Lecture / Ecriture
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Tistou
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Keystone Harbor - Portland on my mind - Cooke City
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Derry - Tistou

   La nuit est tombée. Une nuit noire et mouillée. Le pavé de la chaussée qui monte vers la vieille ville luit. Encore dans la voiture, nous ressentons le froid, l’humidité, comme une hostilité ?
   
   Les portières ont claqué sous la bruine. Les bords de la Foyle, dans notre dos, semblent comme les limites d’un monde dangereux. Les quais sont bas et le cours du fleuve inexorable comme un qui sait que l’embouchure est proche.
   
   Les portières ont claqué et nous sommes encore près de la voiture. Les remparts qui ceinturent la ville n’ont pas l’air bonhomme. Plutôt de murs de prison. Des remparts hauts, aux murs épais, aux pierres sévères.
   
   Nous courbons la tête sous l’humidité qui glace. La lumière est chiche. Jaune. Tombant en cercles vacillants de lampadaires étiques et trop espacés. Un parking à traverser et la porte basse des remparts est là. Devant nous, Ferryquay Street qui grimpe vers The Diamond, cette curieuse place circulaire coeur de la vieille cité. Nous marchons lentement. Il n’y a personne dans la rue. Ca monte. Tout semble fermé. La nuit vous a un air de couvre-feu irrépressible. Impossible de ne pas penser qu’il y a vingt ans, moins, les «troubles», les évènements, rendaient le lieu hostile. Qu’il y a trente-six ans c’était le «bloody Sunday» ; quatorze cadavres après l’intervention de l’armée britannique … Comme si les lieux étaient imprégnés de ces méfaits ? Ou nos têtes alors ? Notre intellect qui fabule ?
   
   Nous progressons lentement vers «The Diamond». Le pavé est glissant. Un véhicule stoppe doucement un peu plus haut, klaxonne. Une musique bruyante, incongrue, se déverse de la porte d’un restaurant rapidement ouverte. Une femme, deux jeunes filles s’élancent, la tête rentrée dans les épaules. Il y a de quoi courir ! Elles sont bras nus, en T-shirt. A croire qu’à Derry, Londonderry comme voulaient l’imposer les protestants histoire d’humilier un peu plus les catholiques, à croire qu’à Derry on ne se promène pas la nuit. On se fait transporter, escorter. Couvre-feu vous dis-je !
   
   Nous pénétrons dans l’établissement, nous ébrouant comme des chiens mouillés. Musique, brouhaha. La salle est étonnamment profonde et l’animation contraste avec le lugubre, dehors. Ambiance de fête, toutes les tables sont bondées. Des couples attendent au bar … Oui, une heure, il faut revenir dans une heure pour une table … Hébétés, nous nous retrouvons dans le silence revenu dès la fermeture de la porte. Il ne bruine plus. Frissons. «The Diamond» est devant. C’est le centre et le haut de la ville. De cette place circulaire partent des rues qui redescendent vers les remparts, toutes aussi désertes les unes que les autres. Les façades sombres, luisantes d’humidité, vous ont un air de Dickens. Une impression terrible d’être en Angleterre, et pas en Irlande. Pourtant sur l’île, nous y sommes. Mais c’est l’Irlande du Nord, ce n’est plus l’Irlande. Ou pas encore ?
   
   Tout à l’heure, en laissant nos bagages dans ce Bed & Breakfast à l’écart de Derry, nos hôtes, policés, se sont montrés aimables, accueillants. Et au détour d’une conversation, un peu plus politique (Sarkozy était à Londres), une remarque de lui, notre hôte, sur le Sinn fein, «parti terroriste» dira-t-il, et Gerry Adams, je ne sais plus comment qualifié … et sur un guéridon, dans un cadre, elle, notre hôtesse, serrant la main de la «Queen», celle d’Angleterre … Rancoeur remâchée, peur du lendemain. La véritable paix, celle des coeurs, ne semble pas pour demain.
   
   Nous nous hâtons. Nous avons froid. Le tour de «The Diamond» a été avalé. Pas de lieu accueillant nous semble-t-il, ou alors une sensation confuse d’être rejeté, mis à l’écart ?
   
   Nous sortons des remparts, partons le long de la Foyle. Une petite rue, endormie elle aussi.
   
   C’est dans un restaurant chinois que nous échouerons. Largement éclairé, comme mis en vitrine. Notre serveuse, belle jeune femme chinoise, nous apprendra qu’elle est arrivée de Chine il y a un an. Mise à l’écart, exclue elle aussi ? En dehors des remparts en tous cas.
   
   Que peut représenter Derry pour elle ? L’avenir, sûrement.
   
   
   Tistou