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India : Mumbai
India : Mumbai - Tistou

   India : Mumbai (Bombay)
   

   De l’autre côté de la vitre, côté rue, ils sont assis sur le trottoir. Etalés devant eux les tas de fripes à vendre sorties de grands sacs en jute ; T-shirts, chemisettes, plutôt en vrac, disposés sur une bâche, et eux assis derrière le tas. C’est à côté de Churchgate Sation, une des gares de Mumbai, et des passants déambulent, en rangs serrés, même en ce 1er Mai. Un 1er Mai censé être férié en Inde aussi mais pendant lequel il y a finalement pas mal d’activité.
   
   Des passants s’arrêtent, fouillent le tas, en saisissent comme arbitrairement une chemisette, une fripe, la portent à hauteur des yeux. Il doit y avoir une courte négociation de prix mais de mon côté de la vitre, je suis sans le son. Une indienne en sari d’un beau vert chatoyant, accompagnée de sa petite fille, cheveux bruns courts comme ça semble être actuellement de mise en Inde (et c’est nouveau), plaque une chemisette sortie du tas sur le dos de son mari, complaisamment tourné. Elle tire sur les épaules. Ca ne doit pas convenir, la chemisette est repartie sur le tas, sur la bâche.
   
   Pas le son. Elle a dû commenter « trop petite », « pas assez ceci, pas assez cela », ou encore « trop chère ». Je n’ai pas le son. Ni le son ni la chaleur non plus. Parce que là-dehors, sur le dos des passants, sur les tas de chemisettes, sur la chaussée, il y a un bon 40°C bien étouffant, saison sèche oblige.
   
   Je me suis réfugié pour le moment dans ce qui pourrait s’appeler un salon de thé. Conditionné, « ventilatorisé », toutes technologies payées par un coût prohibitif pour le pays, et pour Mumbai aussi ; un jus de mangue frais à 180 Roupies (2,50 €) quand la bouteille d’un litre peut être trouvée chez l’épicier vers 40 Roupies.
   
   Mais je suis pour un temps hors fournaise et bruit, deux composantes essentielles de « l’indianité urbaine ». Et Mumbai, c’est la capitale économique de l’Inde par excellence. Peu ou pas de touristes occidentaux – et encore moins en Mai, le mois le plus chaud du sous-continent, mais une activité commerciale qui ne se dément pas et qui rend la ville particulièrement folle. Ce ne sont que grouillements humains, ronde des taxis jaunes et noirs, tous plus klaxonnant les uns que les autres.
   
   Arrivé depuis deux jours, je n’ai pas encore pris mes marques et, entre la fatigue du décalage et le bruit permanent, enrobé d’une gangue de chaleur qui ne desserre les crocs que dans quelques lieux ombrés ou avec ventilateurs, un havre de fraîcheur et une isolation de la cacophonie n’est pas à dédaigner. Drôle d’impression décidément que ce 1er Mai où l’on voit des familles se promener, quelques mendiants mendier (très peu ici à Mumbai) et la moitié des boutiques ouvertes.
   
   Ce matin, à Crawford Market, un des marchés centraux de Mumbai, on pouvait trouver de tout mais avec probablement deux fois moins de choix que de coutume. La réalité indienne, crue, elle y était.
   
   Les « petites gens » qui font vivre le ventre de Mumbai ; débardeurs, coolies divers, vendeurs à l’étal. Proximité d’avec les animaux en tout genre. Pas de vaches errantes ici mais des chats, probablement des rats mais surtout profusion de corbeaux, au large bec constamment entrouvert (certainement la soif) attendant la curée même à l’intérieur des halles viande ou poisson. Jamais vu une telle concentration de corbeaux et encore moins à l’intérieur d’édifices.
   
   L’ambiance est bon enfant. Les vendeurs sourient, les débardeurs grimacent sous l’effort, ployant sous les charges portées sur l’épaule et se frayant difficilement un chemin à travers la foule. Ici on égorge les poulets « à la minute » d’un geste doux latéral de la lame sur le cou du poulet. Un autre plume aussitôt la volaille après l’avoir plongée dans un seau d’eau. Dans les cages, les autres attendent – triste destin du poulet … Là, une marchande de crevettes, assise à terre, les épluche dans une sorte de besogne répétitive sans fin. Plus loin, c’est un marchand de légumes qui recompose inlassablement les pyramides artistiques de ses légumes, comme si de l’ordonnancement de ceux-ci dépendait la vente.
   
   Pas de riches « Mumbaiens » ( ?) comme dans mon café –refuge. Ils doivent envoyer leur personnel « petites mains », qui devaient être là autour de moi, à Crawford Market, faire les emplettes …
   
   Près de moi, dans mon havre de fraicheur, toute une tablée de « Mumbaïennes », visiblement riches, hautaines comme peuvent l’être les très riches, loin, bien loin de celles et ceux qui passent sur le trottoir devant les tas de vêtements. Ca fait un peu genre réunion du Rotary local ou son équivalent. Décidément Mumbai ne me fait pas penser à une ville indienne. Une ville d’Indiens mais comme pas en Inde. Ce soir je prendrai le train couchette pour Aurangabad, plein Est à 7h de train de Mumbai mais toujours dans le Maharashtra. L’Inde crue va commencer …