Lecture / Ecriture
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LAOS 2 : Luang Prabang - Tistou

   Luang Prabang
   
   Des coups sourds, réguliers, d’une basse profonde, nous saisissent du fond de notre sommeil encore fragile, décalage horaire oblige. Le réveil avait été réglé pour 5h45. Pourtant un coup d’œil laborieux à ma montre n’indique que 4h. Et les coups, encore et encore, à fréquence régulière. Non, décidément, ce n’est pas un mauvais rêve. Un coin de rideau soulevé montre que c’est encore la nuit, une nuit laotienne. Mais ces coups proviennent indéniablement du Wat Sene Soukharam, un des innombrables temples bouddhistes de Luang Prabang. Le Wat Sene Soukharam fait face à notre chambre. Nous finirons par comprendre que c’est l’énorme tambour suspendu qui est frappé par les moines et que ce serait comme le signal du repas, ou du réveil, pour les moines bouddhistes et les novices.
   
   Mauvais réveil, difficile ré-endormissement, sentiment confus de situation non maîtrisée.
   
   5h45, réveil, l’officiel. Les moines vont se mettre en branle et défiler à la queue leu leu – et des moines et des temples, il y en a pléthore ici, dans cette capitale du Nord Laos – pour le Tak Bat, l’aumône des moines. Moines et novices, en robe safran, vont remonter la rue principale du vieux quartier de Luang Prabang, la rue Sisavang Vong, et, sébile à la main, recueillir l’offrande alimentaire des fidèles (d’ailleurs, dans l’esprit, davantage un service rendu aux dits fidèles - l’occasion de donner à manger à des hommes pieux comme d’autres, en leur temps, ont pu donner à manger à Bouddha – qu’une véritable quête alimentaire), une offrande de riz le plus souvent.
   
   5h50, habillé en automate, les yeux encore tirés vers le bas, je jette un œil par la fenêtre. Dans le silence le plus complet, des cohortes de moines, les uns derrière les autres, pieds nus, cheminent devant des fidèles assis, à genoux ou accroupis, qui versent à chaque passage une poignée de riz (le riz gluant, sticky rice, si populaire au Laos) dans leur sébile. Tout juste le moine ralentit-il. Il y a quelque chose d’indéfinissable à ce spectacle silencieux dans la petite aube encore naissante qui fait songer à une version de cinéma muet en noir et gris. La rue est déserte, toutes échoppes closes. Seuls les fidèles, à terre, devant lesquels passent en file indienne ces hommes, jeunes hommes, moins jeunes, même des enfants, tous vêtus de la tunique safranée, crâne rasé et sébile à la main, qui semblent indifférents, notamment aux touristes, parsemés le long de la rue.
   
   Dehors la chaleur nous saisit. Le décalage encore, thermique cette fois-ci, pas vraiment assumé. Toujours pas de bruit, et cette avancée, régulière, inexorable, des hommes en safran qui s’en vont gagner progressivement leurs temples respectifs. Et les gestes répétitifs, de femmes pour la plupart, puisant dans la réserve de riz, contre elles, et déposant une poignée dans chaque sébile.
   
   Dans cet air déjà chaud d’une aube pas franchement décidée, je suis tétanisé et ne sais quoi faire de mon appareil photo. S’approcher, certains le font, je le sens comme un sacrilège en quelque sorte... De toutes façons la lumière est trop blafarde, surtout pour ces silhouettes en mouvement continu. Ils défilent, regroupés temple par temple probablement. Ce sont plusieurs centaines de moines/novices qui vont passer devant nous, comme dans un rêve qu’on ne saurait maîtriser. Ceux qui ont une épaule découverte sont les novices. Ils représentent indéniablement la majorité, 90% peut-être. Les plus jeunes sont réellement de tout jeunes garçons. Leur crâne rasé, le dénuement de leur tenue, la dignité avec laquelle ils cheminent, regard fixé devant, incite au respect.
   
   Déjà ils sont tous passés. Ils ont dû entamer le Tak Bat significativement avant 6h. Les fidèles se redressent, époussettent leurs vêtements. Des touristes parmi eux, qui s’étaient joint aux donateurs, achetant le riz pour l’aumône à quelques marchandes venues spécialement malgré les mises en garde distribuées par tracts pour tenter d’éviter un détournement purement touristique de cette cérémonie. Il y est écrit :
   « Observez en silence et ne faites cette offrande que si elle correspond pour vous à une démarche religieuse personnelle que vous êtes capable de pratiquer avec dignité. »
   Il est vrai qu’un touriste, laotien par exemple, qui viendrait se planter devant l’autel en pleine messe et voudrait participer à la communion ferait désordre ! Les marchandes venues profiter de cette aubaine sont particulièrement pointées du doigt.
   
   Ça y est, ils ont tous tourné le coin de la rue. La vie semble reprendre un cours qui aurait été suspendu. On se surprend à reparler normalement, à s’ébrouer. Il y a comme un sentiment de vacuité maintenant que les moines ont disparu.
   
   Demain, demain j’irai plus tôt...