Lecture / Ecriture
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LAOS 1 : Pakbeng - Tistou

   Pakbeng
   
   Il fait très chaud : la touffeur, c’est ça, et le Mékong déroule son flux jaunâtre et inexorable à cinquante mètres de là. Il pleut. Doucement, pas vraiment une pluie de mousson mais il pleut. Des lambeaux de nuages s’accrochent aux flancs de la forêt tropicale de la rive d’en face.
   
   A 17h30, la luminosité est terne. La terrasse carrelée, en dessous de la galerie d’où j’écris, reluit d’humidité et j’observe le Mékong, le trafic sur le Mékong, slowboats et speedboats, pirogues des pêcheurs. Les sons me parviennent, d’une grande pureté, lorsque des pêcheurs s’interpellent, dans cet environnement. On réalise alors qu’en l’absence de routes viables il n’y a pratiquement pas de véhicules. Pas de véhicules, pas de bruits parasites. Les sons d’origine humaine reprennent leur primauté.
   
   Ici, à Pakbeng, village perdu au Nord Ouest du Laos, à mi chemin de la frontière thaïlandaise et de Luang Prabang (la « métropole » et capitale touristique du Nord Laos), l’autoroute c’est le Mékong. Pour y venir, pour en repartir, la voie naturelle est le Mékong. C’est par lui que nous sommes arrivés, c’est par lui qu’on repartira. 8 bonnes heures de slowboat pour remonter son cours depuis Luang Prabang et demain 6 – 7h pour le redescendre. Tout ça pour environ 160 km.
   
   Le slowboat en provenance de Houeisai, à la frontière thaïlandaise, au Nord, et de Luang Prabang, au Sud Ouest, sont arrivés tout à l’heure. Je ne suis pas descendu au débarcadère mais il n’y a pas de raison qu’ils n’aient pas déversé leurs flots de jeunes occidentaux, sacs au dos, en transit vers le Nord de la Thaïlande ou le cœur du Laos. Des jeunes occidentaux et quelques autochtones, encore que ceux-ci descendent davantage lors d’arrêts qui semblent improvisés sur des rives où la vie semble totalement improbable …
   
   Le village - une longue rue qui monte du port, bordée de petits commerces, restaurants et guest-houses – a dû s’animer tel un village mexicain passée l’heure de la sieste ! La vie est entre parenthèses à Pakbeng entre les deux départs du matin, dans les deux sens, et les arrivées du soir, entre 17 et 18h, avec la trentaine de potentiels clients qui débarquent …
   
   Mais le Mékong n’en a cure. Il roule et roule ses flots boueux, ses flots si riches en poissons, limon, ses flots qui font vivre ici, qui font que toute la vie est concentrée sur ses rives. Un slowboat, venu de Luang Prabang, fait sa manœuvre d’accostage : 4 mètres de large pour une bonne trentaine de long, plat au possible (on est assis au ras de l’eau), coque peu profonde en bois, un peu comme une barge, finalement, dotée d’un moteur puissant. C’est que le cours du Mékong, si loin de son delta encore, est tumultueux par passages. Il peut se resserrer, s’étaler, zigzaguer entre des rochers mais toujours il reste jaune et toujours il est bordé de forêts peu hospitalières qui s’accrochent sur des pentes souvent abruptes. A se demander s’il y a des terrains plats dans ce Nord Laos ?
   
   Peu de vie apparente tout au long des 160 km qu’il a fallu parcourir depuis Luang Prabang. Combien de villages ? Une dizaine tout au plus ? Dont le lien principal – le seul ? – avec l’extérieur semble bien être ce Mékong qui coule, coule, des milliers et des milliers de m3 d’eau par seconde en cette saison des pluies.
   
   Peu de vie et peu de cultures. Par moment, la « pelade » d’une pente de montagne indique qu’on a déboisé. Mais pour faire quoi ? Peut-être du maïs ? Un peu de bananiers. Mais pour l’essentiel c’est une forêt, type forêt primaire, avec des arbres qui n’en finissent plus, des lianes qui descendent jusqu’au sol, un feuillage exubérant célébrant le règne végétal dans sa majesté tropicale.
   
   Une pirogue de pêcheur manœuvre dans le courant ? Il a dû aller relever des filets, comme ceux qu’on a croisés tout au long du fleuve sitôt que le cours s’accélérait en petits rapides, sommairement disposés en travers du courant et maintenus par des cannes de bambou coincées entre des rochers. La pêche, la pêche dans le fleuve nourricier.
   
   Il parait que le fleuve se réduit de moitié en saison sèche, rendant la navigation plus problématique mais peut-être la pêche plus aisée, les poissons plus aisément piégés. Les montagnes et les forêts, elles, doivent rester inchangées, abruptement vertes et sans voies d’accès aisées et visibles.
   
   Le jour tombe maintenant de plus en plus vite. Le gros trafic des slowboats est terminé. Seul le touk-touk d’un moteur de pirogue, comme surligné, vient rompre le cliquetis des gouttes sur le carrelage de la terrasse, en dessous. Des lumières s’allument dans Pakbeng. Les restaurants vont se disputer les faveurs des frais débarqués ; une nourriture purement asiatique mais moins nettement identifiable qu’en Inde ou au Vietnam, pourtant si proche … Riz frit, soupe de nouilles ? Les cartes se ressemblent toutes et bizarrement le poisson y est plutôt cher. Enfin, cher est relatif tant la nourriture au Laos est bon marché.
   
   Il fait toujours étonnamment chaud et l’obscurité maintenant présente rend cette sensation plus étrange. La pluie a cessé. Le Mékong coule …
   
   '''