Lecture / Ecriture
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Châtaigne : Taman Negara - Tistou

   Châtaigne : Taman Negara
   
   Un bruit de succion étouffé accompagnait chacun de ses pas, chaque centimètres gagnés, dans la rude montée glissante vers le sommet de la colline. Souffle court, les mains sur les hanches, il s’arrêtait régulièrement, jetant un coup d’œil derrière pour vérifier la progression du reste de la petite troupe. Jaïram, le guide, attendait devant. C’était son quotidien que cette jungle et sa forme était resplendissante.
   
   Pas vraiment de cris étranges, d’oiseaux ou de mammifères, comme il aurait pu s’y attendre, mais un silence ouaté, de cathédrale, de cathédrale verte et végétale. Il était époustouflé de la force et la vigueur de cette végétation équatoriale de montagne, pour laquelle la combinaison de chaleur et d’humidité s’avérait un terreau hors du commun. Les arbres devaient pousser du jour au lendemain ici, et de fait, même s’ils ne dataient pas d’hier, ils avaient poussé leurs cimes jusqu’à des hauteurs vertigineuses, défiant l’entendement de l’Européen qu’il était, plus habitué aux chênes, aux fayards ou aux châtaigniers.
   
   Tiens, châtaignier justement. L’arbre devant lequel il retrouvait progressivement son souffle … ne lui ressemblait pas. Pas du tout. Les premières feuilles étaient à peine distinguables, tout de suite à une cinquantaine de mètres de hauteur, mais elles n’étaient manifestement pas en forme de lances dentelées et brillantes. Les feuilles au-dessus de lui, très haut, semblaient grandes, denses, épaisses. Inconnues, des feuilles de jungle …
   
   Et point de bogues là, par terre. De ces bogues mystérieuses avec leurs enveloppes vertes à piquant laissant entrevoir par une fente plus ou moins ouverte la promesse marron d’une châtaigne, de ce fruit dur qu’il fallait savoir cuire dans des braises, ni trop peu ni trop longtemps, et qui avait un goût d’enfance, un goût d’automne installé avec sa lumière éteinte et sa température déjà fraîche.
   
   Pas de bogues, non. De l’humus, de l’humus et encore de l’humus. Des roches qui affleurent aussi, luisantes d’humidité, mais pas de fruits sur cet arbre, ou alors pas à ce moment de l’année.
   Quant à la lumière, elle était limitée elle aussi, mais dans les glauques. Un glauque verdâtre, lumière tamisée, absorbée par la canopée omniprésente qui ne laissait même pas entrevoir un coin de ciel.
   
   La sueur lui coulait dans les reins le long de la colonne, lui piquait les yeux, imprégnait bras et jambes, enfermés dans le tissu des manches et jambes de pantalon censées le protéger des sangsues. Des sangsues que d’ailleurs il n’avait pas vues.
   
   Il reprit la montée harassante. Splatch, sploutch … Il fallait presque arracher ses pieds du sol.
   Et puis le sommet. Un sommet arrondi. Une trouée avait été pratiquée dans les arbres, qui permettait d’avoir une vue périphérique sur les collines environnantes, tout aussi pourvues d’arbres gigantesques qui en démultipliaient la hauteur. Il eût la vision de ces collines déboisées, qui auraient paru ridicules, maigrelettes, aussi peu engageantes qu’un faisan une fois plumé, et il se prit à espérer qu’en ce Parc National du Taman Negara, tout soit fait pour protéger la forêt primaire. Au moins celle-là.
   
   Comme un serpent grisâtre qui ondulait au pied des collines il reconnût la Tembeling River dont ils avaient remonté le cours en pirogue à moteur – un cours plutôt impétueux somme toute – et dans les eaux de laquelle ils avaient plongé, à la suite de Jaïram, une eau incroyablement chaude et apaisante. Grise, mais grise des particules minérales en suspension, arrachées le long du parcours dans cette jungle malaisienne. Jaïram leur avait affirmé qu’il n’y avait pas de risques de rencontres inopportunes en termes de poissons bizarres ou autres crocos, et d’abord il avait montré l’exemple.
   
   De là-haut, c’était comme un ruban au gris métallique qui contrastait avec les verts polychromes de la jungle.
   
   Et là-bas, vers l’ouest on distinguait avec peine, au bord de la Tembeling, les toits de tôle ondulée des cahutes de Kuala Tahan, le poste avancé du Parc de Taman Negara où se trouvait notamment la baraque qui constituait leur hôtel. Comme par magie, de petits points jaunes s’allumèrent, comme en guirlande. Il plissa les yeux, cherchant à comprendre … Oui, c’était des guirlandes. Des guirlandes d’ampoules. A plus de 17h maintenant le générateur avait dû être lancé et la lumière des ampoules en attestait. Il se promit intérieurement de savourer une station prolongée allongé nu sur le lit, après la douche – froide la douche, on les prend froide là-bas – sous le ventilateur qui, pour le coup, fonctionnerait. Ca n’était plus le cas en milieu de matinée avant qu’ils partent et la touffeur les avait brutalement attrapés, humidifiant inexorablement les vêtements de coton qu’ils avaient passés.
   
   Tout à l’heure il y aurait la douche et le ventilateur. Un sourire inconscient éclaira son visage, une grande joie intérieure l'envahissant…
   
   Qu’est-ce qui t’arrive? On dirait le Ravi de la crèche … s’entendit-il interpeller par sa femme qui arrivait.
   
   Il tendit le bras vers Kuala Tahan.
   
   Tout à l’heure, dans la chambre … Une douche froide et repos sous le ventilateur. Le générateur a redémarré …
   
   
   Tistou