Lecture / Ecriture
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.:Lecture & Ecriture - Rencontre:.
Alain Rémond
Interview avec Sibylline

   


   Alain Rémond est né en 1946 dans le département de La Manche. Après des études de philosophie, il a été professeur d’audiovisuel puis critique de cinéma. Il a collaboré à plusieurs journaux et fut même Rédacteur en chef à Télérama (où il tenait la célèbre rubrique « Mon œil»). Il a également travaillé à la télévision participant durant plusieurs années à l’émission «Arrêt sur images» de la 5. Il travaille encore actuellement pour « Marianne » et « La Croix »
   
   
    Pouvez-vous nous dire comment avez-vous commencé à écrire ?
   
J’ai commencé très tôt à écrire, vers 14-15 ans et en fait, mes premiers livres ont été des recueils de poèmes.
   
   Qui ont été publiés ?
   Oui, oui. Et ensuite, j’ai recommencé à écrire d’une façon assez régulière à partir de 25 ans
   
   Vivez-vous de votre travail d’écrivain ?
    Je suis journaliste et écrivain. Je vis de ces deux activités.
   
   Et, au tout début, comment avez-vous réussi à vous faire éditer ?
   En envoyant mon manuscrit à un éditeur de poèmes.
   
   Vous n’aviez pas de proches dans le milieu de l’édition ?
   Pas du tout.
   Mais cela, c’était pour l’édition de mes poèmes, cela n’a pas été une édition très importante, quelques centaines d’exemplaires. Par contre après, pour le premier vrai livre que j’ai écrit, qui était un livre sur Bob Dylan, un ami d’amis connaissait un éditeur. J’ai donc envoyé ce premier livre à cet éditeur et, à ma grande surprise d’ailleurs, il a été publié. Ensuite, les choses se sont enchaînées, c’est un éditeur qui m’a demandé de faire un livre sur Yves Montand et les livres suivants ont continué à être publiés chez lui. Mais les livres suivants étaient des ouvrages autobiographiques.
   
   Etes-vous plus journaliste qu’écrivain ?
   Actuellement (2006), je dirais que je suis les deux à peu près à égalité.
   
   Mais dans votre tête ? Est-ce qu’il y en a un qui nourrit l’autre ?
   Dans ma tête, je dirais que je vais de plus en plus vers le métier d’écrivain. Enfin, j’adore le métier de journaliste et c’est la base de mes ressources, mais dans ma tête, je suis de plus en plus écrivain.
   
   Et quand vous étiez jeune, vouliez-vous être journaliste ou écrivain ?
   Quand j’étais très enfant… Tout petit, je voulais être pape ou pompier. Ensuite, j’ai longtemps voulu être prêtre. Mon but, dans la vie, c’était cela.
   
   Donc, vous ne ressentiez pas de vocation littéraire ?
   Non, sauf que j’adorais lire et que j’écrivais des petits livres quand j’étais enfant.
   
   Des romans, des contes ?
   Des romans. D’une façon ou d’une autre, c’est cela qui a resurgi ensuite, mais je n’avais pas l’idée déterminée d’être écrivain. C’est arrivé après, petit à petit, comme ça… et j’ai pris tellement de plaisir à l’écriture que j’ai continué.
   Cela dit, il y avait tout de même un livre que je voulais écrire, qui était mon premier livre autobiographique. Celui-là, oui, je voulais vraiment l’écrire. Le reste, je ne veux surtout pas dire que ce n’était pas important, mais ce livre là était le plus important de tous. Seulement j’ai mis beaucoup de temps à l’écrire.
   
   Vous l’avez écrit à quel âge?
   53 ans.
   
   En effet.
   J’ai mis longtemps, mais c’est lui qui a déclenché les autres.
   
   Dites-vous de vous-même que vous êtes un écrivain ?
   Oui, tout à fait, parce qu’un écrivain, tout bêtement, c’est quelqu’un qui écrit et qui publie des livres et surtout, deuxièmement, quelqu’un dans la vie de qui l’écriture est essentielle et qui ne pourrait pas vivre sans écrire.
   
   Vous ne pourriez pas ne pas écrire ?
   Je ne crois pas.
   
   Comment écrivez-vous ? Avez-vous une façon de fonctionner qui vous est indispensable ?
   De par mon métier de journaliste, je peux écrire n’importe où.
   
   Et en tant qu’écrivain ?
   C’est important, parce que j’ai pris cette habitude là de pouvoir écrire dans n’importe quelles conditions. Mais quand je suis lancé dans un livre, effectivement, c’est un peu particulier. Il faut vraiment que je m’isole. Par exemple, je ne supporte même pas la présence de mon chat, voyez-vous. Il faut absolument que je sois seul. J’écris toujours à la main.
   
   Le premier jet ?
   J’écris de façon assez rapide et impulsive et ensuite, évidemment, je rature, je coupe, je réécris, toujours à la main, et après, il y a le passage à l’ordinateur. Et l’ordinateur, c’est très important parce que c’est là que je visualise, je prends une distance par rapport au texte et c’est là où je coupe encore plus. Je coupe énormément quand j’écris. Tout ce qui est « de trop» ou complaisant, ou là où je trouve que je prends la pause etc. Je coupe pour aller vraiment à l’essentiel.
   
   Vous rajoutez un peu ?
   Oh, c’est rare que je rajoute. Sauf si je vois que j’ai fait une grosse erreur de construction, ce qui m’est déjà arrivé et où j’ai dû couper quinze pages d’un coup et en rajouter.
   
   Vous remplacez, en somme, mais vous n’ajoutez pas.
   Non. Jamais.
   
   Mettez-vous plus longtemps à corriger un texte qu’à l’écrire ?
   Non. Tout de même pas. Le temps de l’écriture, pour moi, passe avant tout.
   
   Combien de temps mettez-vous à écrire un livre ?
   C’est très variable. Longtemps, je n’ai pas pu écrire en dehors de mes vacances, donc j’écrivais quinze jours, trois semaines d’affilée, à plusieurs reprises, comme ça. Ensuite, j’ai eu une journée libre par semaine pour écrire, alors j’ai écrit pendant un an et demi un jour par semaine. Maintenant j’ai davantage de temps, j’écris des après midi entières. Le dernier que j’ai écrit a dû me prendre trois mois, non stop, des après-midis entières.
   
   Oui, mais ça, ça ne dépend pas de vous, ce sont les circonstances. Selon votre goût à vous, comment feriez vous?
   J’ai aimé toutes les façons d’écrire, mais maintenant, à l’usage, j’aime mieux avoir plus de temps d’affilée. J’ai aimé quand j’ai écrit «Chaque jour est un adieu», c’était quinze jours, à temps plein puis trois semaines avec beaucoup de temps d’écart et en même temps, j’avais besoin de ce temps là parce que c’était mon premier livre autobiographique et cela me permettait de réfléchir, de laisser reposer. Maintenant, j’aime bien écrire dans la durée et d’un seul coup, de façon un peu compulsive.
   
   Et comme lecteur ? Quel genre de lecteur êtes-vous.
   J’ai toujours aimé lire. Dès mon enfance, j’ai lu comme ça, cela a nourri mon imaginaire et mon désir d’aventure. J’ai toujours lu beaucoup et c’est une espèce de vie en plus. J’aurais beaucoup de mal à m’en passer. Je ne peux pas garder tous mes livres parce que les bibliothèques, ça envahit tout. J’ai donc des bibliothèques à plusieurs endroits de la maison mais je suis obligé de donner des livres.
   
   Vous pouvez vous en séparer ?
   Ah oui. Il y a des livres que j’achète, d’une part, mais il y a aussi des livres que je reçois et que je peux plus facilement donner.
   
   Vous lisez des romans, mais quand vous écrivez, vous n’écrivez pas de romans.
   Non, exactement, c’est un de mes grands problèmes d’ailleurs, mais je ne désespère pas. Là (été 2006), j’ai un projet de livre qui est un roman. On va voir.
   
   Vous ne voulez plus écrire d’autobiographies ?
   Non. Enfin… Vous savez, je voudrais dire «je ne veux plus» mais quand j’écris un livre, ce n’est jamais une décision volontaire. Tout à coup, il y a une nécessité et je ne peux pas y échapper. Je commence à écrire et après… ben voilà. C’est mystérieux, mais c’est toujours un mouvement très fort qui me pousse à écrire et je ne peux pas y échapper.
   
   Donc, vous ne pourriez pas ne pas écrire ?
   Non !
   
   Et ne pas lire non plus ?
   Non.
   Par contre, j’ai longtemps été inhibé et je m’inhibais moi-même, avant d’écrire mon premier livre autobiographique, sur ma famille, sur mon père en particulier, en croyant qu’il fallait que je lise des livres sur la famille, sur les pères et que cela m’aiderait à écrire, et c’était une erreur.
   
   Cela bloquait ?
   Oui, cela bloquait et c’était une bonne excuse pour ne pas écrire. En disant «Ah, il faut encore que je lise tel livre etc. » Je remettais à plus tard.
   
   Vous aviez l’impression qu’il fallait l’apprendre avant de le faire ?
   Je ne sais pas trop, mais je crois bien que c’était vraiment un moyen de m’empêcher d’écrire. Oui, exactement. Alors quand j’ai compris cela, j’ai arrêté de lire des livres sur ces thèmes là et je me suis mis à écrire.
   
   Mais vous me disiez que vous n’aviez publié votre premier livre autobiographique qu’à 53 ans. Vous n’aviez pas essayé de le faire plus tôt ?
   Si bien sûr. Mais je n’arrivais pas à l’écrire. Et ensuite, alors que j’ai écrit ce livre à 53 ans, je me suis aperçu que c’était l’âge qu’avait mon père à sa mort. Or c’est un livre qui tourne autour de mon père. C’est ce que j’ai compris en l’écrivant. Je ne le savais pas avant.
   Tous les livres que j’ai écrits avant, je suis bien content de les avoir écrits, mais bon… c’était moins personnel. Il fallait que j’écrive celui-là.
   
   Est-ce que vous avez des relations avec vos lecteurs ?
   Oui. Beaucoup.
   
   Ils vous écrivent ? Mais en tant que journaliste ou en tant qu’écrivain ?
   En tant qu’écrivain. J’ai des lettres sur mes livres. Surtout mon premier livre autobiographique (1), j’ai reçu un énorme courrier. J’ai d’ailleurs toujours du courrier sur ce livre là. C’est un peu compliqué parce que ce sont souvent des gens qui se sont reconnus dans ce livre et qui du coup, me racontent leur propre vie. Donc, c’est à la fois formidable et un peu lourd parce que ce sont souvent des choses pas très drôles que les gens me racontent
   Les relations entre l’auteur et ses lecteurs, c’est ce dont je parle dans mon dernier livre (2). J’essaie d’expliquer pourquoi c’est à la fois vraiment très important et en même temps, pourquoi à un moment donné c’est devenu pesant au niveau des rencontres. On me pose constamment des questions sur moi, ce qui est normal puisque j’écris des autobiographies.
   
   Ils étaient trop familiers ?
   Non, pas forcément. Très respectueux au contraire mais cela crée un effet de miroir. A un moment, le livre nous échappe, il n’est plus à nous, c’est le livre des lecteurs. Il y a un livre collectif qui s’écrit. C’est formidable, en même temps, mais c’est… étonnant.
   
   Et l’internet ? Vous y intéressez-vous ? Allez vous sur des sites littéraires ?
   Non jamais. Des lecteurs me disent même qu’il y a des choses sur moi sur Internet mais je n’y vais jamais. Ca viendra peut-être, mais je n’ai pas encore pris le pli. Je passe beaucoup de temps devant mon ordinateur pour écrire et le reste de mon temps libre, c’est du temps de lecture alors, aller consulter des sites sur la littérature, je n’y pense pas. Mais j’ai peut-être tort.
   
   Est-ce que vous entendez parler de vie littéraire sur Internet ?
   Non. Sauf quand des lecteurs me disent qu’ils y ont trouvé là tel ou tel renseignement sur moi.
   
   
   
   (1) «Chaque jour est un adieu»
   (2) «Je marche au bras du temps»
   * Les précisions de dates entre parenthèses sont ajoutées par l’interviewer.