Lecture / Ecriture
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.:Lecture & Ecriture - Rencontre:.
Marie-Hélène Lafon
Interview avec Sibylline

   


   Marie-Hélène Lafon vit et enseigne à Paris. Elle a déjà publié six ouvrages: recueils de nouvelles ou romans.
   
   Quand et comment avez-vous commencé à écrire ?
   
J´ai commencé à écrire en 1996, automne 1996.J´ai toujours voulu faire cela, alors que c´était très loin de mon éducation. Je ne voudrais pas avoir l´air de me prendre pour Jeanne D´Arc, mais je dois dire que j´ai senti cette vocation en moi, dès que j´ai su lire et écrire, c'est-à-dire, vraiment dès le CP. Je n´avais jamais eu de contacts avec les livres avant le CP, puisque je viens d´un milieu où il n´y avait pas de livres du tout et que je ne suis pas allée à l´école maternelle. Mais dès que je suis entrée au CP, ça a été un choc, vraiment, et j´ai su que le monde des mots et des histoires,était le mien.
   Je n´ai commencé à écrire qu´en 1996, c'est-à-dire tard, à 34 ans, parce que je ne me sentais pas autorisée à le faire. Quand on a un peu lu, pour n´en citer que deux, Flaubert et Céline, on a l´impression que tout a déjà été fait, que tout est inutile . J´ai suivi des études de lettres et mon rapport à la littérature a beaucoup fait pour retarder mes débuts en écriture. En revanche, une fois que je me suis mise à écrire, en 1996, je n´ai plus cessé et j´ai toujours eu un «chantier en cours» depuis ce moment là.
   
   
    Qu´avez-vous écrit en premier ?
   
En premier, j´ai écrit « Liturgie », c'est-à-dire, un recueil de nouvelles, des textes courts. Pour ce qui est des écrits d´enfant, je n´en ai produit absolument aucun. Je n´ai pas tenu de journal, alors qu´a priori, j´avais le profil, la fillette bonne élève, bonne en rédaction. On me complimentait sur mes qualités d´expression etc. Mais non, je n´ai jamais écrit quoi que ce soit pendant mon enfance. Et pourtant, finalement, j´ai écrit ces nouvelles, puis, cela a été « Le soir du chien » qui a été publié avant les nouvelles parce que je n´ai pas trouvé d´éditeur qui ose se lancer d´entrée de jeu avec des nouvelles surtout sur un sujet qui était peu porteur, c'est-à-dire une écriture de la terre, une écriture du monde paysan, mais sans jamais être une écriture du terroir ou même régionaliste. Car si je suis issue de ce monde rural, je n´ai jamais été un écrivain de terroir. Je suis aux antipodes de cela. Il y a eu une sorte de petit malentendu lors de mon premier livre, dans la région dont je suis originaire, le Cantal, où les gens ont d´abord pensé que cela pouvait être un roman de terroir et, dès qu´ils ont mis le nez dedans, ils ont vu que ce n´était pas cela du tout.
   
   Comment avez-vous réussi à vous faire éditer ?
   
J´ai eu du mal à trouver un éditeur pour cette raison là. J´envoyais mes manuscrits par la poste. J´avais essuyé des refus et même des rencontres avec des éditeurs qui me disaient que ce que j´écrivais était bien de la littérature mais qu´ils ne se lançaient pas parce qu´ils ne voyaient pas du tout qui cela pourrait intéresser. Je ne voulais donc plus proposer mes textes et une amie a énormément insisté pour que je fasse encore une tentative chez Buchet. Et c´est ainsi que mon premier livre a été édité.
   
   Vivez-vous de votre travail d´écrivain ou devez vous exercer une autre activité ?
   
Je ne vis pas de mon métier d´écrivain, car je vends modestement. J´enseigne en collège, et pas seulement pour des raisons financières, mais j´aime mon métier d´enseignante. Cela a du sens pour moi, d´enseigner le français, le latin et le grec. J´enseigne depuis plus de vingt ans, maintenant, c'est-à-dire que c´est un métier que j´exerce depuis beaucoup plus longtemps que l´écriture et qui me laisse une liberté suffisante pour écrire et pour accompagner mes livres. Parce que je ne le savais pas, mais j´ai appris que les livres, ça s´accompagnait.
   
   Quelle vision avez-vous de vous-même comme écrivain ?
   
Je suis ce que j´appelle un écrivain « de lisière », c´est de la métaphore agricole parce que chez moi, elle est constamment sous-jacente. Je suis un écrivain «de lisière» et un écrivain «de sillon». Ecrivain de lisière, parce que, écrivant ce que j´écris, je pense que je resterai toujours dans un étiage de ventes relativement bas et donc, marginal. Le risque de la marge, c´est d´être exclu, évidemment. En même temps, la chance de la marge, c´est d´être libre. Je ne doute pas que l´on puisse trouver sa liberté d´écriture ailleurs que dans la marge, mais pour moi, je me sens totalement libre d´écrire uniquement ce que j´ai nécessité à écrire parce que j´accepte de vendre peu de livres et de ne pas vivre de mes livres. Ecrivant ce que j´écris, je ne pense pas arriver un jour à un gros tirage, ou alors, c´est qu´il y aurait un malentendu. C´est mon impression. J´ai une plutôt bonne presse et je sens bien qu´un groupe de lecteurs existe. Et c´est très important pour moi. Je ne le nie nullement, mais je ne suis pas du tout dans l´attente d´un gros succès éditorial.
   Je suis d´autre part un écrivain « de sillon » en ce que je laboure un territoire. C´est le territoire qui m´est donné par le hasard de ma biographie, c'est-à-dire que pour l´instant, mes livres, à l´exception d´un seul, sont des livres du monde rural. Je viens de là, j´écris de là, partant de là, et je n´ai pas fini de labourer ce terreau. C´est mon travail. C´est ma place. C´est un travail extrêmement subjectif. J´ai une vision du monde qu´on peut très bien ne pas partager, qu´on peut trouver sombre, austère, dure etc. Je le conçois tout à fait et je vois assez bien, là encore en cherchant dans ma vie personnelle, d´où me vient ce regard un peu austère, sévère et sombre. Néanmoins, il m´appartient. Et ma liberté d´écrivain est là, aussi. Et je ne vois pas pourquoi je me mettrais d´un seul coup à chanter un âge d´or et à être dans les récits riants. Ce n´est pas mon registre, du moins, pour l´instant. Il se peut que, plus tard dans ma vie, j´écrive des choses plus légères, plus vives, mais je ne pense pas non plus que mes livres soient exempts de douceur et de tendresse. Je crois qu´il y en a.
   
   Selon vous, qu´est-ce qu´ « un écrivain » ?
   
Dans un premier temps, je dirais que je n´en sais rien, puis en réfléchissant, il me semble tout de même que je peux dire que pour moi, un écrivain, c´est un travailleur du verbe. D´abord et avant tout. Ca peut être un raconteur d´histoire, ça peut être un faiseur de thèse, ça peut être un auteur d´essai, tout ce que vous voulez, ce qui compte pour moi, ce qui fait la condition sine qua non de l´écriture, c´est le travail de la langue. Ca pour moi, c´est absolument fondamental, c´est la raison pour laquelle je place au sommet de l´écriture, le poète. Car à mon avis, les équilibristes du verbe, ceux qui sont au centre du séisme, ce sont les poètes. «Poète», ça vient d´un mot grec qui signifie «faire». Le poète, c´est celui qui fait, qui fait acte de création avec le verbe. Pour moi, un écrivain, c´est ça. Donc, je ne vous cache pas que, pour moi, un nombre incalculable de livres n´ont que des auteurs et ne relèvent pas du travail de l’écrivain. Chacun voit midi à sa porte. L’essentiel étant que, le marché éditorial n’étant pas extensible à l’infini, les gens qui sont peut-être davantage des auteurs «de lisière», comme je pense l’être, continuent quand même à trouver place et ça, ça n’est pas gagné.
   
   
    Quelles sont vos habitudes d´écriture ?
   
Je pourrais dire que je n´en ai pas. Je peux écrire n’importe où. J’ai un peu de mal à écrire par exemple dans un café, mais c’est parce que je n’aime pas me donner en spectacle, mais sinon, pour le premier jet d’écriture, que je fais à la main, sur bloc, rien de spécialement difficile à transporter, eh bien, ce 1er jet, je peux l’écrire à peu près n’importe où. Pour le re-travail, c’est une autre affaire.
   Quant à la régularité, ça dépend. Si je suis en phase de haute écriture, je peux écrire plusieurs heures par jour, pendant les vacances, par exemple ou autre, mais je peux très bien aussi pendant quinze jours ou trois semaines ne pas écrire du tout, notamment parce que je laisse beaucoup reposer les textes. Il faut du temps à l’écriture. Il faut que le temps passe, encore une notion paysanne, il faut du temps, que les choses mûrissent, il faut qu’elles posent, qu’on voie ce qu’elles font. Une fois que le premier jet a posé, là, j’entre dans la phase qui me tient le plus à cœur, c'est-à-dire le gros travail : rabotage, coupures, élagage. Ce sont des mots du vocabulaire des artisans. Cela prend beaucoup de temps. Un livre me prend entre un an et demi et deux ans. Il faut beaucoup de patience, beaucoup de retours, revenir, relire, relire oralement, s’entendre dire. Je tends à atteindre une grande densité dans le texte. Je n’explique jamais rien. Il n’y a pas de ressort psychologique, je donne à voir, je donne à entendre, je donne à sentir. Il y a une sensualité, qui porte sur tous les sens et qui n’est pas seulement à connotation sexuelle. C’est ma préhension du monde qui est faite comme ça. Je veux donner à voir, à entendre la vision que j’ai eue des choses. C’est tout. Sans commenter. D’autre part, mes romans sont très peu narratifs. Je ne raconte pas une histoire et je n’explique rien, ce qui a pu m’être reproché au demeurant. Je fais confiance au lecteur. Le lecteur fait le travail. Le lecteur rentre dans le livre, s’en empare, en fait son affaire.
   
   Comment écrivez-vous (stylo, crayon, ordinateur, cahier, feuilles)
   
J´écris le premier jet à la main, sur un bloc, ensuite je rentre ce premier jet dans l´ordinateur et ensuite, pour les corrections, je les fais à l´ordinateur. Finalement, j´utilise les deux instruments : le stylo et l´ordinateur.
   Oui, cela vous permet d´avoir un texte toujours propre...
   En fait non, parce que j’imprime énormément. Je fais toutes mes corrections sur les feuilles. Je suis incapable de corriger sur écran. Je corrige sur les feuilles imprimées et ensuite, je les remets dans l’ordinateur, en corrigeant à nouveau.
   Ce que j’aime dans le travail d’écriture, c’est que c’est très souple et très simple. J’ai des amis photographes ou peintres, leurs appartements, leurs maisons sont envahies par le matériel nécessaire à leur art. Tandis qu’en écriture, tout tient dans un tiroir et cela, ça me plaît beaucoup. Je trouve cela très satisfaisant. Le travail d’écriture n’est pas matériellement envahissant.
   
   Ecrivez-vous autre chose que vos livres et si oui, quoi, correspondance, journal intime ou autre ?
   
J’écris de la fiction (romans, nouvelles). J’ai commencé à gratter un peu quelque chose qui ressemblerait davantage à de la poésie, notamment dans un livre de photographies de Bernard Molins. C’est un texte très court qui accompagne des photos des docks de Lorient. C’était la première fois que je me lançais sur un texte si court, non narratif, qui laisse le blanc envahir la page. J’ai aussi écrit des proses poétiques dans un livre collectif, et j’ai pris beaucoup de plaisir à le faire. J’ai écrit, sur le Cantal, une sorte d’abécédaire qui va de « arbre » à « vache ». Et la dernière phrase de «vache», c’est « Les vaches ruminent, moi aussi. » et j’y tiens énormément parce que c’est très vrai. Dans ma vie, dans mon travail, de manière générale, je suis une ruminante. J’ai coutume de dire que, lorsque j’ai commencé à écrire en 96 , ce qui m’a poussée n’est absolument pas rationnel, c’est de me dire que j’étais comme une vache et que je regardais passer le train. Or, il fallait que je cesse de regarder passer le train, et il fallait que je monte dedans. Et, commencer à écrire, c’était monter dedans. La vache, ça me poursuit. Mes parents ont des vaches, je suis d’un milieu directement paysan, sans génération intermédiaire, j’ai toujours vécu avec des vaches, je retourne régulièrement dans le Cantal où je retrouve les vaches. La vache, c’est fondamental.
   Pour revenir à la question, en dehors de mes textes, j’écris beaucoup de correspondance. Même encore aujourd’hui où l’on est entré dans l’ère du mail, j’écris beaucoup par courrier postal. Je n’ai jamais tenu de journal intime. Pour mes romans, j’ai commencé tard mais en revanche, j’ai toujours eu un rapport à l’écriture par la correspondance. Une correspondance abondante et, étonnement, les amis d’enfance que je retrouve me disent qu’ils ont conservé mes lettres.
   
   Pourriez-vous vous passer d´écrire ?
   
Eh bien, j’espère que oui. J’espère que quand j’aurai fini, je pourrai m’en passer parce que, si je ne peux pas m’en passer, j’amoindrirai la valeur de mon travail. Non pas que j’aie une grande idée de ce que je fais, mais mon travail, pour l’instant est dans une tension vers un nouveau livre à écrire. Si un jour, la qualité de ce que j’écris baisse, à mes yeux, il faudrait que je m’arrête. Mais j’ai bien peur qu’on ne s’en rende pas compte. Cependant, il me semble qu’il arrive un moment où nous sommes à notre point maximum. Il y a un moment où l’élan faiblit et un point où l’on peut dire «on ne fera jamais mieux.» et, en continuant à écrire après cela, on ne peut que baisser. Ce n’est pas forcément lié à l’âge. C’est la capacité de chacun, sa provision d’énergie. C’est une intuition que j’ai parce que je suis également assez perplexe là-dessus. C’est une grave question pour moi. C’est pourquoi à la question « Pourriez-vous vous passer d’écrire ? », je dis « J’espère que oui. » mais je ne peux pas aller plus loin là-dessus.
   
   L´écriture vous rapproche-t-elle de la société dans laquelle vous vivez, vous rend-elle plus attentive, plus réceptive? Ou bien avez-vous plutôt l´impression que cette activité vous met à l´écart?
   
Mon premier réflexe serait de répondre : « met à l’écart ». Pour moi, l’écriture est une haute solitude, que j’aime. Ce n’est pas exactement qu’elle me mette à l’écart, mais elle renforce mon caractère solitaire. J’ai un fond autarcique très intense dans lequel l’écriture s’inscrit. En même temps, je ne peux que constater que le fait d’écrire et d’avoir des lecteurs, élargit mon expérience du monde. Evidemment, cela multiplie les rencontres. L’écriture me jette dans le monde et est traversée par le monde.
   Cette question et la précédente sont des questions complexes. Ce sont des questions qui restent ouvertes pour moi.
   
   Passons à la lecture, êtes-vous également une lectrice?
   
J’ai été lectrice, dès l’enfance, et dans des conditions très particulières. A savoir que j’avais très peu de livres et je relisais toujours les mêmes. En revanche, comme je n’y ai pas eu accès, toutes les lectures destinées à l’enfance se dessinent en creux dans ma culture littéraire. « Les malheurs de Sophie », j’ai beaucoup aimé, mais je les ai lus à 20 ans ! Donc, très peu de lectures d’enfance et un grand manque, une grande attente. J’avais des extraits choisis à l’école, mais on n’avait jamais le livre complet et généralement, on ne savait rien du livre entier. Donc un rapport au livre, très morcelé, très parcellaire, mais très intense. Ensuite, j’ai lu beaucoup, mais uniquement des livres de mon programme scolaire, parce que j’étais une étudiante très angoissée, j’avais très peur de ne pas en savoir assez, alors je potassais le programme vraiment à fond. Je ne savais rien autour, mais alors le programme !... Après l’agrégation, je me suis vraiment lancée, avec beaucoup de retard, mais avec aussi un énorme appétit et j’ai mis les bouchées doubles. Et dans un sens, je peux dire que j’ai de la chance d’avoir d’énormes lacunes et d’avoir encore énormément à lire. Pour moi, c’est une chose fondamentale. Je lis beaucoup, les classiques et les contemporains. Je les lisais déjà auparavant, mais plus encore depuis que je suis publiée, parce que je m’intéresse à ce qui se passe autour de moi.
   
   
   Quels auteurs vous ont marquée ?
   
Pour moi parmi les grands, très, très grands, il y a Gustave Flaubert. Je lis inlassablement « Mme Bovary », « l’éducation sentimentale », « Un cœur simple ». Pour moi, « Un cœur simple »., que Flaubert a écrit juste avant « Bouvard et Pécuchet », c’est un sommet. Et puis, il y a Céline. Surtout « Voyage au bout de la nuit » ou « Mort à crédit » et aussi Claude Simon et parmi les contemporains, Richard Millet, « Je pense à vous » de Michel C. Thomas ou « Les vies minuscules » de Pierre Michon.
   En fin de compte, j’arrêterai peut-être un jour d’ écrire, mais de lire, je pense que non. Je pense que je n’arrêterai jamais.
   
   
   Avez-vous une belle bibliothèque ?
   
C'est-à-dire que j’ai beaucoup de livres, mais je n’ai pas une bibliothèque belle à regarder. C’est une bibliothèque qui vit. Et puis, j’ai des lacunes énormes, dans ma bibliothèque. Mais j’ai une bibliothèque vivante, dans laquelle les livres entrent, sortent, sont relus et sont annotés..
    Est-elle classée ?
   
Oui, en revanche, elle est très classée. Par ordre alphabétique, très rangée. De plus, je tiens un carnet de lecture, des livres que je viens de lire.
   Je prête de moins en moins mes livres, parce que je déteste perdre un livre et je finirai par ne plus les prêter du tout.
   
   
   Que pensez vous des relations entre un auteur et ses lecteurs. ?
   
Pour moi, c’est très important. Je n’écris pas pour mon tiroir. Je n’ai jamais été dans la position de l’écrivain qui a beaucoup de manuscrits dans ses tiroirs qui ne sont pas lus. J’ai été publiée cinq ans après avoir commencé à écrire.
   
   Et dans votre expérience personnelle, avez-vous des contacts avec des lecteurs ?
   
Eh bien, ça a été une énorme surprise pour moi, parce qu’en tant que lectrice, je n’ai absolument jamais été tentée d’écrire à un auteur ou même de lui demander une dédicace. Si bien que je n’étais pas préparée à une relation avec le lecteur. Mais quand j’ai publié mon premier livre, il m’est arrivé de rencontrer des lecteurs et depuis, cela s’est reproduit de nombreuses fois et cela me surprend énormément.
   
   
   Recevez-vous beaucoup de lettres ?
   
Beaucoup, non, mais j’en reçois et j’y réponds. C’est très émouvant de recevoir des lettres de lecteur et il m’est arrivé de rencontrer ensuite des gens qui m’avaient écrit. Ainsi, j’ai pu constater que le lecteur entre dans la vie de l’écrivain et cela, j’étais loin de le savoir. J’ai été extrêmement surprise et finalement je trouve cela plutôt gratifiant parce que c’est ce regard là qui me fonde en tant qu’écrivain. Je suis dans une grande incertitude de mon statut d’écrivain qui me semble à reconquérir tout le temps et ce regard des lecteurs m’y aide.