Lecture / Ecriture
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Auteur des mois de décembre 2018 & janvier 2019
Nadine Gordimer

   Pour les mois de décembre 2018 & janvier 2019, notre auteur sera
   
   
Nadine Gordimer
   
   parce qu'il ne peut y avoir de site littéraire un peu sérieux sans que ses livres y soient au moins évoqués...
   
   Aussi, pour ce bel hiver, sous la neige ou non, au fond du lit, du fauteuil, en ville, à la campagne, au sommet des montagnes, dans les trains, avions, voitures ou bus, vous pouvez choisir n'importe quel livre de
   
Nadine Gordimer
   vous en régaler (ou non) et nous adresser vos commentaires. A

   
   

   
   postmaster@lecture-ecriture.com

   
   Ils seront mis en ligne ici.
   
   N'êtes-vous pas tenté, puisque vous aimez lire?
   
   N'hésitez pas. Participer à nos auteurs du mois rend plus intell cultivé.
   
   Si, intelligent aussi.

Biographie

   Nadine Gordimer est une écrivaine sud-africaine née en 1923 et morte en 2014, qui combattait l'apartheid.
   Elle a reçu le prix Nobel de littérature en 1991.

Bibliographie ici présente

  Le Conservateur
  Ceux de July
  Bouge-toi !
  Un amant de fortune
  Beethoven avait un seizième de sang noir
  Le magicien africain
  Histoire de mon fils
 

Le Conservateur - Nadine Gordimer

Une autre ferme africaine
Note :

    Qui ne se souvient du roman de Karen Blixen, "La Ferme africaine", que contribua à faire connaître l’adaptation cinématographique, "Out of Africa" ? C’est ce topos de la ferme africaine que traite aussi Nadine Gordimer, le grand écrivain sud-africain, dans "Le Conservateur" (1974). Dans ce roman magistral, l’espace africain devient la métaphore du conflit qui oppose les Noirs aux Afrikaners. La ferme africaine est le point focal où s’inscrit la présence du maître et des serviteurs, devenant par là même la pomme de discorde.
   
   L’histoire est celle de Mehring, un Afrikaner aisé, homme d’affaires connu, qui devient propriétaire d’une ferme à environ quarante kilomètres de Johannesburg. Au début, il se contente d’y recevoir ses amis blancs ou sa maîtresse ; il y vient ensuite seul de plus en plus souvent (p. 33-37). La terre est cultivée par Jacobus le contremaître noir et les ouvriers du compound. Non loin de la propriété, c’est la location, une sorte de ghetto noir de cent cinquante mille habitants. A la périphérie est situé aussi un bidonville habité par des squatters. La boutique de la famille indienne des Bismillah, gardée par des chiens, est la dernière pièce de cette mosaïque ethnique. Les Indiens conservant le statut ambigu de indentured servants, ils se sentent toujours menacés d'expulsion. Quant aux Noirs, ils n'ont pas droit à une existence digne de ce nom et vivent en état de relégation perpétuelle. Le premier chapitre du roman est consacré à la découverte du cadavre d’un Noir anonyme sur les terres de Mehring (dans les romans de Gordimer, c'est souvent par le Noir que le scandale arrive), mort inexpliquée qui ne cessera plus de le hanter. Cette obsession le contraindra à abandonner les lieux.
   
   Certes, ce roman n’est pas d’une lecture aisée, et Nadine Gordimer le reconnaissait elle-même. Il est pourtant celui dont la récipiendaire du Prix Nobel de Littérature 1991 se disait le plus satisfaite. L’auteur y fait en effet coexister, un peu à la manière de Faulkner, le passé et le présent. Elle y pratique l’ambiguïté par un emploi subtil du pronom personnel de la 3e personne, qui met les Noirs à distance, et de l’indirect libre. Elle y fait alterner les différents points de vue, au sein d’une structure particulièrement élaborée en onze sections et vingt-sept sous-sections, qui couvrent dix mois. Utilisant en contrepoint de la narration les mythes de création Zoulou, elle annonce le retour de la terre de Mehring à ses habitants originels. Ses descriptions puissamment poétiques de la nature (le vlei, p. 133 ; les vingt-trois pintades, p. 150-151 ; une nuit extraordinaire, p. 283-285) deviennent des métaphores de l’âme des personnages, tandis que s’organise un réseau complexe de significations autour d’un œuf, d’une pierre ou d'une bille de verre.
   
   Aussi l’incipit (p. 15-16) est-il particulièrement révélateur à cet égard, qui décrit des enfants noirs prêts à ouvrir au maître la barrière de la ferme, tandis que le lecteur ouvre le livre. Groupés autour "des œufs clairs et tachetés", ils veulent se les approprier et Mehring les leur dispute. Les œufs de pintade sont ici le symbole de la vie à venir et de la nouvelle société noire qui va éclore.
   
   "Compteur Geiger de l’apartheid", ainsi que l’a surnommée Per Wästberg, Nadine Gordimer n’a jamais renoncé à dénoncer le vrai visage du racisme en Afrique du Sud. Dans ce but, elle imagine des personnages qui sont affrontés à des choix moraux difficiles et douloureux. C’est le cas de Mehring, l’"anti-héros afrikaner", que sa femme a quitté et qui ne comprend pas son fils. Son "flux de conscience" est le fil conducteur du lecteur, qui comprend qu’il fait perdurer avec bonne conscience le système de l’apartheid. De plus, sous couvert de protéger la nature, il en est en réalité l’exploiteur. Le titre anglais, "The Conservationnist", recèle à cet égard une ambiguïté voulue puisque qu’il connote à la fois l’écologie et le conservatisme.
   
   Peu à peu, la présence du cadavre du Noir, enterré à la hâte par la police dans la troisième pâture, va induire chez Mehring un sentiment de culpabilité diffus. Ce dernier ne l’abandonnera plus et il finira par s’identifier au mort par un insidieux travail de l’imaginaire. Il prendra difficilement conscience que la violence qu’il exerce sur les femmes est de même nature que celle qu’il établit sur une terre qui n’est pas la sienne. Dès lors, au moment où il s’apprête à faire l’amour avec une métisse, transgression majeure, il ne lui reste plus que la fuite. Dans une scène, où Nadine Gordimer distille la plus grande ambiguïté (Mehring n’est-il pas tombé dans un guet-apens?), les Noirs observent d’une hauteur le maître qui s’enfuit. Puis, sur les terres de ce dernier, ils enterrent le cadavre du Noir anonyme : "Ils l’avaient enfin porté dans la chambre du repos ; il était revenu. Il prenait possession de cette terre - la leur- il était l’un des leurs (p. 371)." " La terre se referme sur le mort à l’instant même où se referme le livre."
   
   Avec ce très beau roman, celle que les Noirs surnomment affectueusement "Magogo" (Notre mamie) apporte bien la preuve que son Nobel "appartient à tous les Africains".

critique par Catheau




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Ceux de July - Nadine Gordimer

Racisme endémique
Note :

   Titre original : July's people, 1981
   
    C'est curieux, les auteurs sud africains après lecture donnent souvent l'impression de grand roman, d'incontournable, de fort, de 'qui va rester dans la mémoire' et au moment d'en parler c'est tellement difficile à cerner pourquoi.
   
   Pour en savoir plus sur l'auteur, j'ai lu un billet paru lors de sa disparition en 2014, se terminant par
   À propos de "Ceux de July" (Albin Michel), paru en 1983, Nadine Gordimer déclarait à La Croix : "Le racisme pourrait être le péché originel, l’inévitable tache qui marque tout être humain, de quelque race qu’il soit. Il faut savoir qu’il est là, en chacun de nous, comme le virus de la peste."
   
    Parlons de l'histoire:
    La famille Smales, le père, architecte, la mère, Maureen, et leurs trois jeunes enfants ont fui leur belle villa, quittant Johannesbourg en proie au émeutes, incendies, violence. La population noire a pris possession d'une partie du pays, des avions ont été abattus, bref, c'est le chaos. Où aller? Leur domestique depuis quinze ans, July, propose des les emmener dans son village de brousse, à des centaines de kilomètres, où la case de sa propre mère leur sera prêtée. Le roman va juste raconter quelques semaines de leur séjour. La fin est assez ouverte.
   
   Paru en Afrique du sud en 1981, bien avant la fin de l'Apartheid que l'on connaît, ce roman imagine donc une rébellion armée de la population noire, la mort, la résistance ou la fuite de la population blanche, mais les événements resteront en arrière plan. Nadine Gordimer scrute l'évolution des rapports entre ses personnages. Le couple Smales, avec le mari désormais sans pouvoir et dépendant du bon vouloir de son ex-domestique, lequel décide d'apprendre à conduire et récupère les clés de leur véhicule. Difficile pour le couple de passer d'une immense villa à une simple case, sans intimité réelle (et ni eau ni électricité bien sûr). Cahin-caha ils s'adaptent, Maureen essaie de travailler avec les femmes. C'est finalement leur plus jeune fille qui s'intègre le mieux au village.
   
    Mais les moments les plus forts, à mon avis, sont ceux des échanges entre Maureen et July, où l'on retient sa respiration tellement la tension est palpable. Les Smales n'étaient pas de mauvais employeurs selon leurs critères, ils essayaient de respecter July et lui offrir de bonnes conditions de travail, mais pourtant jamais il ne fut leur égal. Maureen commence à réaliser qu'elle ne comprenait pas July.
   
    "De là, elle voyait la brousse. Elle se mit à lire. Mais le dépaysement qu'offre un roman, l'impression illusoire et pourtant profonde de se trouver transportée dans un autre temps, un autre lieu, une autre vie, qui fait tout le plaisir de la lecture, elle ne l'éprouvait plus. Dans un autre temps, un autre lieu, une autre vie? Elle y était déjà. Et cet exil l'oppressait. Ce changement dans son existence, ce dépaysement involontaire occupaient toute sa pensée comme l'air qu'on souffle dans un ballon le remplit et lui donne sa forme. Déjà, elle n'était pas ce qu'elle était. Aucune fiction ne pouvait rivaliser avec ce qu'elle découvrait à présent et qu'elle n'aurait jamais pu imaginer.
    Ces gens ne possédaient rien.
    Dans leurs maisons, il n'y avait rien. Du moins à première vue."

   
    Un très beau roman, qu'on ne peut oublier.

critique par Keisha




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Bouge-toi ! - Nadine Gordimer

Une famille post-apartheid
Note :

   Le roman décrit une famille de Sud-africains blancs assez privilégiés mais “politiquement corrects”. Adrian Bannerman gère une société de matériel agricole, son épouse Lindsay est avocate, leur fils Paul est écologiste dans une Agence environnementale et leur belle-fille Berenice cadre dans la publicité.
   
   Paru en anglais en 2005, sous le titre Get a Life, le roman de la prix Nobel sud-africaine commence par une situation paradoxale d'assez mauvais goût. Paul, qui combat un projet de nouveau réacteur à la centrale nucléaire de Koeberg, est soigné à l'iode radioactif après une thyroïdectomie, ce qui le rend lui-même temporairement radioactif... Raison pour laquelle il est placé en quarantaine, non pas dans un établissement hospitalier mais chez ses parents, loin de sa femme et de leur fils.
   
   Alors Paul réfléchit :
   "Comment a-t-il pu, lui dont le travail, la raison d'être consiste à préserver le vie, vivre si longtemps et si étroitement avec elle, complice efficace de sa destruction ?"
En effet, l'agence de publicité de Berenice est financée par le secteur touristique, notamment les réserves animalières qui montrent les “Big Five” aux amateurs fortunés d'Afrique sauvage, le contraire, selon lui, de la vraie protection de la nature, sans compter la brutale exploitation du littoral. Au tiers du roman, on s'attend donc à ce que Paul "bouge" et même rompe avec sa femme...
   
   Au lieu de cela, place aux aventures des parents, plutôt convenues sinon peu crédibles. Lindsay avait avoué à son mari que jadis elle l'avait trompé pendant des années pour retrouver un beau juriste à l'étranger mais que c'était bel et bien fini tout ça. La retraite venue, Adrian déserte lors d'un voyage au Mexique avec une jolie conférencière norvégienne qui a la moitié de son âge. Que voulez-vous, il aimait l'archéologie et les temples aztèques !
   
   Avec le style heurté, dur, sec et un peu cassé de la romancière, — du moins dans cet ouvrage — on a du mal à éprouver beaucoup de sympathie pour les personnages. Dans cette société post-apartheid, Nadine Gordimer a judicieusement placé quelques Noirs : comme Primrose la bonne au service des parents Bannerman qui paient l'école de son fils pour se donner bonne conscience, et Thepolo, collègue de Paul dans son travail d'évaluation des risques que les projets de développement infligeront à la nature.
   
   Faute de profondeur psychologique suffisante donnée aux personnages, on a comme l'impression de lire une BD sans images ou encore un projet de roman à thèse laissé inachevé. Mais à la fin ça se termine bien et le gouvernement renonce au nouveau réacteur, [puis en 2018 à toute énergie nucléaire faute de financement]. Ainsi le charbon reste-t-il l'énergie dominante avec 67 % du bilan énergétique tandis que l'électricité est d'origine thermique, tirée du charbon à 90 % (selon l'article Energie en Afrique du Sud de Wikipedia). Mais ce n'était apparemment pas cette dépendance au carbone qui faisait bouger Nadine Gordimer et ça ne l'empêchait pas de se présenter comme écologiste.
   
   Maintenant que vous en savez assez sur ce roman trop bien-pensant : lisez autre chose.

critique par Mapero




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Un amant de fortune - Nadine Gordimer

Choix de société
Note :

   S'il est un mérite qu'on doive reconnaître à ce roman, c'est bien de nous surprendre en empilant invraisemblance sur invraisemblance. Imaginez un peu l'affaire : Julie, riche héritière d'une famille sud-africaine tombe amoureuse d'un petit garagiste immigré clandestin, le présente à ses amis snobs, et quand l'amant auréolé de cambouis est sur le point d'être expulsé d'Afrique du Sud, elle achète deux billets d'avion, l'épouse vite fait au consulat et l'accompagne pour revoir son village à l'orée du désert dans un fichu coin perdu d'un misérable pays arabe ! Et ce n'est pas fini — étonnez-moi demandait Cocteau ! — et c'est bien ce qui arrive quand Abdou/Ibrahim décroche enfin un visa pour aller travailler aux Etats-Unis, notre Julie pourrait décider de rester avec ses belles-sœurs...
   
    On ne sait pas si leur histoire d'amour finira bien ou mal mais peut-être que le plus important est ailleurs. Qu'est-ce qui fait qu'on se sent bien ou qu'on se sent mal dans un milieu (social, familial) donné ? Nadine Gordimer dépeint deux sociétés bien différentes. Dans sa métropole sud-africaine post-apartheid, Julie critique la vie des membres de la classe dirigeante, qu'ils soient blancs ou noirs — à l'exception de l'oncle Archie. Elle s'entend particulièrement mal avec son père, riche homme d'affaires, divorcé et remarié. Elle déteste les réunions mondaines où ces gens se retrouvent pour parler affaires et de placements. Rompant avec son milieu friqué, elle fréquente la société d'un bar branché où l'on aime une touche de provocation et de non-conformisme.
   
   D'un autre côté quand Julie se retrouve plongée dans le village arabe, on sait bien, son mari sait bien, qu'elle n'a rien à y faire. Elle tombe de la planète Mars. Elle, la fille indépendante et délurée, serait-elle vraiment disposée à vivre à peu près recluse, à porter la foulard, à croupir dans une baraque sans salle de bain, et à rompre avec les plaisirs et la culture de la ville. Mais il se produit chez elle la découverte fascinante du désert qui commence au bout de la rue où habite sa belle-famille, en même temps que la découverte d'une famille unie et chaleureuse avec, entre autres, deux belles-sœurs qui vont la comprendre, la jeune Maryam qui l'a convaincue de se rendre utile en enseignant l'anglais, et Khadija dont l'époux travaille à l'étranger sur un gisement de pétrole et ne semble pas vouloir revenir au bled.
   
   Le roman est donc intéressant mais le hic c'est l'écriture qui régulièrement s'emballe sans me convenir et devient hachée pour faire moderne. Je cite la fin de l'incipit : "Voilà : vous avez vu. J'ai vu. Le geste. Une femme dans un embouteillage comme tant d'autres dans la ville, n'importe quelle ville. Vous ne vous en souviendrez pas, vous ne saurez pas qui elle est. Mais moi je sais, à partir de cette image je vais trouver l'histoire de ce banal embarras de rue, jusqu'où il l'entraînera. Ses mains en l'air. Ouvertes."

critique par Mapero




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Beethoven avait un seizième de sang noir - Nadine Gordimer

Inquiétudes et incertitudes
Note :

   Dans ce recueil de nouvelles paru en 2007, Nadine Gordimer évoque les aléas de l’existence, les inquiétudes et les chagrins. A la perte de repères identitaires de Frederick Morris, héros de la nouvelle éponyme, fait écho le malaise de Charlotte, écartelée entre père biologique et père adoptif. Les souffrances du veuvage, la fragilité des couples croisent les difficultés des émigrés en Afrique du Sud. La romancière convoque souvent l’histoire et la difficulté de connaître et comprendre le passé. En fait, d’après elle, "Tout arrive par hasard" : c’est le leitmotiv de la plupart de ces nouvelles, quand elle ne s’essaie pas à ce qui semble de l’humour, en relatant la pérégrination intestinale d’un ver solitaire ou la résistance d’un cancrelat coincé dans un écran d’ordinateur... Les trois derniers récits illustrent sa conception de l’écriture romanesque et du travail de l’écrivain. Opposée au roman "bourgeois", Nadine Gordimer revendique un style "moderne" qui entrave souvent la lecture.
   
   Tout est métissage, incertitude des limites dans le melting pot de l’Afrique du Sud. L'auteure prête son amertume d’ancienne militante anti-apartheid à un professeur d’université dépité devant la révolte des étudiants — "mettre à sac le campus ne va pas faire baisser les frais d’inscription" — "ils nous salopent ce pour quoi nous nous sommes battus, ce qu’on voulait faire pour eux". "L’idéal de la Lutte pour la reconnaissance que le genre humain n’a besoin d’aucune distinction dans le pourcentage des couleurs" n’est pas devenu réalité. Noirs et Blancs peinent à faire société, l’émigré venu d’Europe du Nord ou d’Angleterre peine à communiquer tant sont mêlées les langues. De rencontres en adultères, le hasard fait et défait les couples de blancs aisés, souvent professeurs d’université ou musiciens. Le style de la romancière accentue le sentiment d’imprévisibilité et d’incertitude. Voulant écrire moderne, elle privilégie les phrases elliptiques, inachevées, parfois déstructurées, ce qui rend la situation énonciative souvent confuse, voire incohérente.
   
   Agréable touche à tout, ce recueil peine à susciter l’enthousiasme du lecteur.
   ↓

critique par Kate




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11 nouvelles
Note :

   Au contraire des nouvelles figurant dans "Le magicien africain", les nouvelles de ce recueil n’ont pas à proprement parler de connotations politiques en lien avec la situation en Afrique du Sud (il est vrai également que les nouvelles du "Magicien" datent de l’époque Apartheid quand celles de ce recueil sont post-apartheid). La quatrième de couverture l’expose d’ailleurs ainsi :
   "Au moment même où, dans ses écrits politiques, elle explorait les compromissions morales de l’apartheid, Nadine Gordimer faisait preuve d’une remarquable capacité à analyser le terrain plus intime des relations humaines.../…
   Cependant, c’est dans ses nouvelles, et en particulier celles où la politique ne joue pas un rôle de premier plan, que la romancière traite avec le plus d’intensité et d’imagination les personnages de femmes, de maris, de parents et d’enfants, d’amants aussi, et en extrait l’universalité, dans le désir, ou la douleur de la perte."
   
   "Remarquable capacité à analyser le terrain plus intime des relations humaines"
, certes. C’est réellement le facteur "plus" de Nadine Gordimer que sa capacité à fouiller et conserver cohérentes les attitudes psychologiques de ses personnages.
   
   Mais dire que c’est dans les nouvelles où la politique ne joue pas un rôle qu’elle traite ses personnages avec le plus d’intensité et d’imagination... non. Ce n’est pas ce que j’ai ressenti après avoir lu "Le magicien africain" et "Beethoven avait un seizième de sang noir". Il m’a plutôt semblé que les nouvelles "apolitiques" étaient comme incomplètes, un poil bancales, un peu comme la jacinthe en pot devant moi qui s’écroule faute de tuteur peut-être...
   Non pas qu’elles manquent d’intérêt (Beethoven avait un seizième de sang noir, Mètre à ruban, Rêver des morts, Une femme frivole, Gregor, Mesures de sécurité, Langue maternelle, Allesverloren, Histoire, Légataire, Trois dénouements possibles), mais il leur manque le sel de la réalité inique de l’Afrique du Sud que Nadine Gordimer a beaucoup combattue.
   
   L’adultère tient une énorme part dans ces nouvelles. C’est manifestement une problématique qui lui parait importante.
   
   Enfin, la dernière de ces nouvelles : "Trois dénouements possibles", sous-titrée successivement "Le premier sens", le deuxième sens" et "le troisième sens" m’a laissé décontenancé. J’imaginais bien qu’à partir d’un tronc initial commun trois dénouements différents allaient être développés. Que nenni ! Les trois textes "premier, deuxième, troisième sens" n’ont pas de rapports spécifiques entre eux ? Leur point commun reste l’adultère, plus ou moins différemment conclu. Le point commun ?
   
   Non, définitivement, les nouvelles sélectionnées" par Nadine Gordimer pour "Le magicien africain" me paraissent plus fortes.

critique par Tistou




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Le magicien africain - Nadine Gordimer

Nouvelles choisies, 14 nouvelles
Note :

   Il s’agit d’un recueil de nouvelles inédites en France, écrites entre sa vingtième et sa cinquantième année (elle reçut le Prix Nobel à 68 ans) et publiées entre 1965 ("Not for publication") et 1975 ("Livingstone’s companions"). C’est elle-même qui en a réalisé la sélection.
   
   Les nouvelles choisies concernent l’Afrique du Sud et reflètent profondément les préoccupations de Nadine Gordimer vis-à-vis des problèmes qui gangrènent l’Afrique du Sud de cette époque dans le cadre des relations humaines entre hommes et femmes, blancs et noirs, riches et pauvres...
   
   Une assemblée de visages hilares. Impubliable. Un éclat de faux rubis. Bon climat, habitants sympathiques. Le magicien africain. Un lundi, c'est sûr. A l'étranger. Les Compagnons de Livingstone. Un intrus. Table ouverte. Reine de la pluie. Pas un endroit pareil. La Vie de l'imagination. Emergence de l'Afrique...
   
   Une assemblée de visages hilares : Kathy Hack est une jeune blanche de 17 ans, couvée par sa mère. Celle-ci l’emmène pour les vacances de Noël à la plage d’Ingaza. Elle a en tête de l’introduire en société, de lui faire connaître des jeunes gens de son âge. C’est presque réussi, juste que...
   
   Impubliable : Dilemme typiquement sud-africain. Un jeune noir, Praise Batetse, qui passe son enfance à guider son oncle aveugle se fait remarquer par Adelaïde Graham-Grigg, une blanche qui s’intéresse à la cause des noirs puis par les enseignants auxquels il est confié pour sa remarquable aptitude à apprendre, à lire, écrire. Il parvient au seuil d’une Université et puis...
   
   Un éclat de faux rubis : Il est question ici de M. et Mme Bamjee, des Indiens établis en Afrique du Sud – et donc soumis également à la ségrégation. Mme Bamjee se montre beaucoup plus active que M. dans le domaine de la lutte antiségrégationniste et c’est elle qui se fait arrêter. M. Bamjee est dans le déni et ce sont ses grands enfants qui vont le mettre en face de la réalité. Cette nouvelle répète – ou est un brouillon – d’un épisode particulier du roman "Histoire de mon fils". On y retrouve une semblable problématique...
   
   Le magicien africain : Cette nouvelle donne l’impression d’être un peu bancale, sans véritable fin (et il y en a quelques-unes, de nouvelles dans ce cas). Sur un bateau de croisière qui remonte de Congo, une attraction pour occuper les passagers se révèle être un magicien africain. Il déçoit dans un premier temps son assistance mais se reprend la séance suivante en effectuant un numéro d’hypnotisme sur une passagère. Il disparait dans l’anonymat le plus total peu après et c’est cette évanescence qui constitue la chair de cette nouvelle. C’est l’occasion, une fois de plus, pour Nadine Gordimer d’étudier la psychologie de ses semblables.
   
   Un lundi, c’est sûr : Il est question là, à travers l’histoire de Josias, de la façon dont les noirs peuvent être amenés à prendre part à des actions violentes dans l’Afrique du Sud ségrégationniste...
   A l’étranger : Un Afrikaner endurci, Manie Swemmer, se rend en Rhodésie du Nord (maintenant la Zambie) pour aller voir ses deux fils partis travailler et vivre là-bas. Son voyage et ses rencontres ne vont pas ressembler à ce qu’il se souvenait de cette contrée...
   
   Les compagnons de Livingstone : Tonalité différente pour cette nouvelle qui se réfère totalement à l’explorateur anglais Livingstone. Un journaliste anglais est envoyé comme envoyé spécial sur les traces de Livingstone et notamment de sa tombe, du côté de la Zambie, dans le cadre de la visite du Ministre des Affaires Etrangères en Afrique de l’est. Il va une curieuse rencontre lors de la galère qu’il rencontre pour pouvoir prendre l’avion pour sa destination. La curieuse rencontre d’une blanche établie là-bas, qui tient un hôtel dans des conditions qui donnent à comprendre la déliquescence du pouvoir blanc en Afrique du Sud et ses pays satellites...
   
   Un intrus :
Une histoire d’escroquerie sentimentale.
   
   Table ouverte : Là encore un thème qui apparait également dans le roman "Histoire de mon fils". L’histoire des relations compliquées à l’époque de la ségrégation entre blancs progressistes et noirs révolutionnaires. La fausseté de ces relations est mise en lumière à travers la visite que vient faire en Afrique du Sud Robert Greenman Ceretti, un journaliste de Washington venu rencontrer les noirs qui comptent...
   
   Reine de la pluie : Histoire de relation extra-conjugale pas spécifiquement liée à la situation en Afrique du Sud.
   
   La vie de l’imagination :
A nouveau une relation adultère (un thème finalement assez fréquent chez Nadine Gordimer) mais cette fois ci en lien avec la situation sud-africaine.
   
   Emergence de l’Afrique : Comme pour "Table ouverte" les relations compliquées entre progressistes blancs et révolutionnaires noirs, quasiment condamnés à devoir faire de la prison pour attester de la pureté de leurs intentions :
   "Et nous donc, ses amis blancs, pouvons nous purger de la honte des rumeurs. Nous pouvons redevenir purs. Nous voilà enfin satisfaits. Il est en prison. Il a fait la preuve de lui-même, non ?"

   
   Des nouvelles essentiellement liées à l’histoire récente de l’Afrique du Sud et des pays satellites (futurs Lesotho, Swaziland, Bostawana ou Zambie) mais qui sont profondément enracinées dans des histoires humaines, des relations entre des êtres de chair avec une psychologie très fouillée.

critique par Tistou




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Histoire de mon fils - Nadine Gordimer

Amour au pays de la ségrégation raciale
Note :

   Il s’agit d’un roman centré sur la ségrégation raciale en Afrique du Sud, ses effets directs iniques ainsi que ses effets collatéraux dévastateurs. Nadine Gordimer traite ceci par le biais des amours illégitimes entre Sonny, un noir instruit, militant anti-apartheid et Hannah, une blanche sympathisante de la cause. Il a été publié en 1990, soit un an avant la fin de l’apartheid.
   
   Le fils dont il est question dans le titre, c’est William, Will, le fils de Sonny et Aila. Oui, car Sonny est marié à Aila, noire comme lui, et ils ont deux enfants : Baby, la fille, et Will donc.
   
   Le roman ouvre sur la découverte fortuite, au sortir d’un cinéma, de la relation illégitime de Sonny et Hannah par Will, le fils. Will comprend. Sonny comprend que Will a compris mais aucun des deux n’abordera le sujet avec l’autre, même si Will est miné par cette affaire et voit sa relation au père fortement dégradée.
   "J’étais donc dans le hall où j’attendais pour entrer à la séance de cinq heures dans un des cinémas d’un nouveau complexe lorsque mon père et une femme sortirent de la séance précédente dans une autre salle.
   Mon père était là ; lorsque nous nous sommes vus, c’est moi qui l’avais remarqué, et non l’inverse. Nous étions là debout, pendant que d’autres gens passaient entre nous. Puis il s’avança vers moi avec elle, l’air hébété de qui émerge à la lumière du jour au sortir de l’obscurité d’un cinéma.
   Il dit : Tu te souviens d’Hannah, n’est-ce pas ?"
   

   Ce qu’ils ne savent pas - croyant pourtant préserver Aila, la mère et femme - c’est qu’elle aussi a compris et mène une propre action qu’on ne découvre (on = nous ainsi que Will et Sonny) qu’à la fin du roman.
   
   La trame évolue en permanence dans le non-dit – et pourtant tellement explicite – sur fond de combat anti-apartheid avec toutes les petites misères du petit matin d’un tel combat disproportionné. C’est magnifique de justesse, que ce soit les vicissitudes du combat de "David contre le Goliath" qu’est l’état sud-africain, ou l’histoire tourmentée de Sonny, déchiré entre son amour pour Hannah et le respect qu’il conserve pour Aila. Que ce soit également la dignité d’une Aila, sa détermination, qui va l’amener beaucoup plus loin que nul ne pouvait l’imaginer. Que ce soit aussi les errements de Will, partagé entre le dégoût qu’il éprouve de la trahison du père et la préservation du secret vis-à-vis de sa mère.
   
   Magnifique roman d’apartheid et d’amour adultère !

critique par Tistou




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