Lecture / Ecriture
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Auteur des mois de décembre 2018 & janvier 2019
Nadine Gordimer

   Nadine Gordimer a succédé à Iris Murdoch par la magie de notre goût des sauts littéraires de part et d'autres du globe, et nous nous en sommes régalés.
   
   
   Tous nos "auteurs du mois" par ordre alphabétique:
   
   
Abé Kôbô - juin & juillet 2015
   Âge d'or de la Science Fiction - août & septembre 2010
   Amado Jorge - octobre & novembre 2017
   Andric Ivo - juin & juillet 2013
   Antunes Lobo António - février & mars 2010
   Austen Jane - octobre & novembre 2006
   Auster Paul - novembre 2005
   Axionov Vassili - août & septembre 2009
   Aymé Marcel - décembre 2009 & janvier 2010
   Banks Russell - décembre 2005
   Bartelt Franz- août & septembre 2016
   Bellow Saul - février & mars 2016
   Bernhard Thomas- octobre & novembre 2010
   Bissoondath Neil - décembre 2014 & janvier 2015
   Bolaño Roberto - avril & mai 2016
   Bouvier Nicolas - février 2006
   Brink André - juin & juillet 2008
   Caldwell Erskine- décembre 2017 & janvier 2018
   Charyn Jerome- décembre 2013 & janvier 2014
   Cohen Albert- juin & juillet 2006
   Cortázar Julio - avril & mai 2014
   DeLillo Don - février & mars 2011
   Dib Mohammed - avril & mai 2010
   Djebar Assia - avril & mai 2013
   Doctorow Edgar Laurence - décembre 2011 & janvier 2012
   Dos Passos John - octobre & novembre 2014
   Duras Marguerite - février & mars 2007
   Durrell Lawrence - avril & mai 2012
   Farah Nuruddin février & mars 2012
   Ford Richard - février & mars 2009
   Fuentes Carlos - avril & mai 2009
   Gary Romain- janvier 2006
   Ghosh Amitav- décembre 2016 & janvier 2017
   Golding William - juin & juillet 2014
   Gordimer Nadine- décembre 2018 & janvier 2019
   Grass Günter - décembre 2008 & janvier 2009
   Greene Graham - août & septembre 2012
   Handke Peter- octobre & novembre 2016
   Harrison Jim - avril & mai 2006
   Hrabal Bohumil - octobre & novembre 2012
   Irving John - août & septembre 2007
   Ishiguro Kazuo - décembre 2006 & janvier 2007
   Jorge Lidia- octobre & novembre 2015
   Kadaré Ismaïl - octobre & novembre 2008
   Kemal Yachar - avril & mai 2011
   Kipling Joseph Rudyard - avril & mai 2018
   Laclavetine Jean-Marie - octobre & novembre 2011
   Lao She - février & mars 2008
   Le Clézio Jean-Marie Gustave - mars 2006
   Leduc Violette - juin & juillet 2014
   Lessing Doris - décembre 2007 & janvier 2008
   Maalouf Amin - septembre 2005
   Magris Claudio - août & septembre 2018
   Mahfouz Naguib - avril & mai 2008
   Marsé Juan - août & septembre 2013
   McBain Ed - août 2005
   Murakami Haruki - octobre 2005
   Murdoch Iris - octobre & novembre 2018
   Nabokov Vladimir - avril & mai 2007
   Naipaul Vidiadhar Surajprasad - juin & juillet 2010
   Nair Anita- août & septembre 2015
   Ȏé Kenzaburō - juin & juillet 2012
   Oz Amos - août & septembre 2008
   Perutz Leo - février & mars 2019
   Ravey Yves - février & mars 2015
   Robbe-Grillet Alain - février & mars 2017
   Roth Philip - août & septembre 2006
   Rushdie Salman - juin & juillet 2009
   Sebald W. G. - juin & juillet 2011
   Shalev Meir - août & septembre 2013
   Smith Zadie- décembre 2015 & janvier 2016
   Stasiuk Andrzej - février & mars 2018
   Szabó Magda - août & septembre 2011
   Taïa Abdellah - avril & mai 2015
   Nick Tosches - avril & mai 2017
   Tournier Michel - février & mars 2013
   Valdés Zoé - octobre & novembre 2009
   Vargas Llosa Mario - juin & juillet 2007
   Vidal Gore - décembre 2012 & janvier 2013
   Vila-Matas Enrique - décembre 2010 & janvier 2011
   Volodine Antoine - février & mars 2014
   Vonnegut Kurt - juin & juillet 2016
   Wells H.G. - juin & juillet 2018
   Wright Richard - juin & juillet 2017
   Yan Lianke - août & septembre 2017
   Yourcenar Marguerite - octobre & novembre 2007

Biographie

   AUTEUR DES MOIS DE décembre 2018 & janvier 2019
   
   Nadine Gordimer est née à Springs (Afrique du Sud) le 20 novembre 1923, dans une famille bourgeoise, d'un père lituanien et d'une mère anglaise. Enfant à la santé fragile, elle trouve très tôt le réconfort dans la lecture.
   
   Elle a toujours été sensible aux injustices de la société de l'Apertheid. Elle publie ses premières nouvelles dans les grands magazines américains et acquiert une importante notoriété. Cependant, le roman Un monde d'étrangers publié en 1958, qui raconte une amitié impossible entre un jeune Anglais et un jeune Sud-Africain, est condamné par le pouvoir et interdit.
   
   Elle est pendant longtemps membre du Congrès national africain, l'ANC de Nelson Mandela. Les injustices et répressions sanglantes dont elle est témoin ne font que renforcer sa détermination à lutter contre l'apartheid, malgré la censure qui frappe souvent ses œuvres.
   
   En 1974, elle reçoit le prestigieux prix Booker Prize pour Le Conservateur.
   
   En 1991, le prix Nobel de littérature lui est attribué pour « l’œuvre épique a rendu à l'humanité d'éminents services ». Avant elle, seules 6 femmes ont reçu ce prix.

   
    Elle est morte chez elle à Johannesburg (Afrique du Sud) le 14 juillet 2014. Elle avait 90 ans.

Bibliographie ici présente

  Le Conservateur
  Ceux de July
  Bouge-toi !
  Un amant de fortune
  Beethoven avait un seizième de sang noir
  Le magicien africain
  Histoire de mon fils
  Fille de Burger
  Vivre à présent
  L'arme domestique
  Un caprice de la nature
 

Le Conservateur - Nadine Gordimer

Une autre ferme africaine
Note :

    Qui ne se souvient du roman de Karen Blixen, "La Ferme africaine", que contribua à faire connaître l’adaptation cinématographique, "Out of Africa" ? C’est ce topos de la ferme africaine que traite aussi Nadine Gordimer, le grand écrivain sud-africain, dans "Le Conservateur" (1974). Dans ce roman magistral, l’espace africain devient la métaphore du conflit qui oppose les Noirs aux Afrikaners. La ferme africaine est le point focal où s’inscrit la présence du maître et des serviteurs, devenant par là même la pomme de discorde.
   
   L’histoire est celle de Mehring, un Afrikaner aisé, homme d’affaires connu, qui devient propriétaire d’une ferme à environ quarante kilomètres de Johannesburg. Au début, il se contente d’y recevoir ses amis blancs ou sa maîtresse ; il y vient ensuite seul de plus en plus souvent (p. 33-37). La terre est cultivée par Jacobus le contremaître noir et les ouvriers du compound. Non loin de la propriété, c’est la location, une sorte de ghetto noir de cent cinquante mille habitants. A la périphérie est situé aussi un bidonville habité par des squatters. La boutique de la famille indienne des Bismillah, gardée par des chiens, est la dernière pièce de cette mosaïque ethnique. Les Indiens conservant le statut ambigu de indentured servants, ils se sentent toujours menacés d'expulsion. Quant aux Noirs, ils n'ont pas droit à une existence digne de ce nom et vivent en état de relégation perpétuelle. Le premier chapitre du roman est consacré à la découverte du cadavre d’un Noir anonyme sur les terres de Mehring (dans les romans de Gordimer, c'est souvent par le Noir que le scandale arrive), mort inexpliquée qui ne cessera plus de le hanter. Cette obsession le contraindra à abandonner les lieux.
   
   Certes, ce roman n’est pas d’une lecture aisée, et Nadine Gordimer le reconnaissait elle-même. Il est pourtant celui dont la récipiendaire du Prix Nobel de Littérature 1991 se disait le plus satisfaite. L’auteur y fait en effet coexister, un peu à la manière de Faulkner, le passé et le présent. Elle y pratique l’ambiguïté par un emploi subtil du pronom personnel de la 3e personne, qui met les Noirs à distance, et de l’indirect libre. Elle y fait alterner les différents points de vue, au sein d’une structure particulièrement élaborée en onze sections et vingt-sept sous-sections, qui couvrent dix mois. Utilisant en contrepoint de la narration les mythes de création Zoulou, elle annonce le retour de la terre de Mehring à ses habitants originels. Ses descriptions puissamment poétiques de la nature (le vlei, p. 133 ; les vingt-trois pintades, p. 150-151 ; une nuit extraordinaire, p. 283-285) deviennent des métaphores de l’âme des personnages, tandis que s’organise un réseau complexe de significations autour d’un œuf, d’une pierre ou d'une bille de verre.
   
   Aussi l’incipit (p. 15-16) est-il particulièrement révélateur à cet égard, qui décrit des enfants noirs prêts à ouvrir au maître la barrière de la ferme, tandis que le lecteur ouvre le livre. Groupés autour "des œufs clairs et tachetés", ils veulent se les approprier et Mehring les leur dispute. Les œufs de pintade sont ici le symbole de la vie à venir et de la nouvelle société noire qui va éclore.
   
   "Compteur Geiger de l’apartheid", ainsi que l’a surnommée Per Wästberg, Nadine Gordimer n’a jamais renoncé à dénoncer le vrai visage du racisme en Afrique du Sud. Dans ce but, elle imagine des personnages qui sont affrontés à des choix moraux difficiles et douloureux. C’est le cas de Mehring, l’"anti-héros afrikaner", que sa femme a quitté et qui ne comprend pas son fils. Son "flux de conscience" est le fil conducteur du lecteur, qui comprend qu’il fait perdurer avec bonne conscience le système de l’apartheid. De plus, sous couvert de protéger la nature, il en est en réalité l’exploiteur. Le titre anglais, "The Conservationnist", recèle à cet égard une ambiguïté voulue puisque qu’il connote à la fois l’écologie et le conservatisme.
   
   Peu à peu, la présence du cadavre du Noir, enterré à la hâte par la police dans la troisième pâture, va induire chez Mehring un sentiment de culpabilité diffus. Ce dernier ne l’abandonnera plus et il finira par s’identifier au mort par un insidieux travail de l’imaginaire. Il prendra difficilement conscience que la violence qu’il exerce sur les femmes est de même nature que celle qu’il établit sur une terre qui n’est pas la sienne. Dès lors, au moment où il s’apprête à faire l’amour avec une métisse, transgression majeure, il ne lui reste plus que la fuite. Dans une scène, où Nadine Gordimer distille la plus grande ambiguïté (Mehring n’est-il pas tombé dans un guet-apens?), les Noirs observent d’une hauteur le maître qui s’enfuit. Puis, sur les terres de ce dernier, ils enterrent le cadavre du Noir anonyme : "Ils l’avaient enfin porté dans la chambre du repos ; il était revenu. Il prenait possession de cette terre - la leur- il était l’un des leurs (p. 371)." " La terre se referme sur le mort à l’instant même où se referme le livre."
   
   Avec ce très beau roman, celle que les Noirs surnomment affectueusement "Magogo" (Notre mamie) apporte bien la preuve que son Nobel "appartient à tous les Africains".

critique par Catheau




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Ceux de July - Nadine Gordimer

Racisme endémique
Note :

   Titre original : July's people, 1981
   
    C'est curieux, les auteurs sud africains après lecture donnent souvent l'impression de grand roman, d'incontournable, de fort, de 'qui va rester dans la mémoire' et au moment d'en parler c'est tellement difficile à cerner pourquoi.
   
   Pour en savoir plus sur l'auteur, j'ai lu un billet paru lors de sa disparition en 2014, se terminant par
   À propos de "Ceux de July" (Albin Michel), paru en 1983, Nadine Gordimer déclarait à La Croix : "Le racisme pourrait être le péché originel, l’inévitable tache qui marque tout être humain, de quelque race qu’il soit. Il faut savoir qu’il est là, en chacun de nous, comme le virus de la peste."
   
    Parlons de l'histoire:
    La famille Smales, le père, architecte, la mère, Maureen, et leurs trois jeunes enfants ont fui leur belle villa, quittant Johannesbourg en proie au émeutes, incendies, violence. La population noire a pris possession d'une partie du pays, des avions ont été abattus, bref, c'est le chaos. Où aller? Leur domestique depuis quinze ans, July, propose des les emmener dans son village de brousse, à des centaines de kilomètres, où la case de sa propre mère leur sera prêtée. Le roman va juste raconter quelques semaines de leur séjour. La fin est assez ouverte.
   
   Paru en Afrique du sud en 1981, bien avant la fin de l'Apartheid que l'on connaît, ce roman imagine donc une rébellion armée de la population noire, la mort, la résistance ou la fuite de la population blanche, mais les événements resteront en arrière plan. Nadine Gordimer scrute l'évolution des rapports entre ses personnages. Le couple Smales, avec le mari désormais sans pouvoir et dépendant du bon vouloir de son ex-domestique, lequel décide d'apprendre à conduire et récupère les clés de leur véhicule. Difficile pour le couple de passer d'une immense villa à une simple case, sans intimité réelle (et ni eau ni électricité bien sûr). Cahin-caha ils s'adaptent, Maureen essaie de travailler avec les femmes. C'est finalement leur plus jeune fille qui s'intègre le mieux au village.
   
    Mais les moments les plus forts, à mon avis, sont ceux des échanges entre Maureen et July, où l'on retient sa respiration tellement la tension est palpable. Les Smales n'étaient pas de mauvais employeurs selon leurs critères, ils essayaient de respecter July et lui offrir de bonnes conditions de travail, mais pourtant jamais il ne fut leur égal. Maureen commence à réaliser qu'elle ne comprenait pas July.
   
    "De là, elle voyait la brousse. Elle se mit à lire. Mais le dépaysement qu'offre un roman, l'impression illusoire et pourtant profonde de se trouver transportée dans un autre temps, un autre lieu, une autre vie, qui fait tout le plaisir de la lecture, elle ne l'éprouvait plus. Dans un autre temps, un autre lieu, une autre vie? Elle y était déjà. Et cet exil l'oppressait. Ce changement dans son existence, ce dépaysement involontaire occupaient toute sa pensée comme l'air qu'on souffle dans un ballon le remplit et lui donne sa forme. Déjà, elle n'était pas ce qu'elle était. Aucune fiction ne pouvait rivaliser avec ce qu'elle découvrait à présent et qu'elle n'aurait jamais pu imaginer.
    Ces gens ne possédaient rien.
    Dans leurs maisons, il n'y avait rien. Du moins à première vue."

   
    Un très beau roman, qu'on ne peut oublier.

critique par Keisha




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Bouge-toi ! - Nadine Gordimer

Une famille post-apartheid
Note :

   Le roman décrit une famille de Sud-africains blancs assez privilégiés mais “politiquement corrects”. Adrian Bannerman gère une société de matériel agricole, son épouse Lindsay est avocate, leur fils Paul est écologiste dans une Agence environnementale et leur belle-fille Berenice cadre dans la publicité.
   
   Paru en anglais en 2005, sous le titre Get a Life, le roman de la prix Nobel sud-africaine commence par une situation paradoxale d'assez mauvais goût. Paul, qui combat un projet de nouveau réacteur à la centrale nucléaire de Koeberg, est soigné à l'iode radioactif après une thyroïdectomie, ce qui le rend lui-même temporairement radioactif... Raison pour laquelle il est placé en quarantaine, non pas dans un établissement hospitalier mais chez ses parents, loin de sa femme et de leur fils.
   
   Alors Paul réfléchit :
   "Comment a-t-il pu, lui dont le travail, la raison d'être consiste à préserver le vie, vivre si longtemps et si étroitement avec elle, complice efficace de sa destruction ?"
En effet, l'agence de publicité de Berenice est financée par le secteur touristique, notamment les réserves animalières qui montrent les “Big Five” aux amateurs fortunés d'Afrique sauvage, le contraire, selon lui, de la vraie protection de la nature, sans compter la brutale exploitation du littoral. Au tiers du roman, on s'attend donc à ce que Paul "bouge" et même rompe avec sa femme...
   
   Au lieu de cela, place aux aventures des parents, plutôt convenues sinon peu crédibles. Lindsay avait avoué à son mari que jadis elle l'avait trompé pendant des années pour retrouver un beau juriste à l'étranger mais que c'était bel et bien fini tout ça. La retraite venue, Adrian déserte lors d'un voyage au Mexique avec une jolie conférencière norvégienne qui a la moitié de son âge. Que voulez-vous, il aimait l'archéologie et les temples aztèques !
   
   Avec le style heurté, dur, sec et un peu cassé de la romancière, — du moins dans cet ouvrage — on a du mal à éprouver beaucoup de sympathie pour les personnages. Dans cette société post-apartheid, Nadine Gordimer a judicieusement placé quelques Noirs : comme Primrose la bonne au service des parents Bannerman qui paient l'école de son fils pour se donner bonne conscience, et Thepolo, collègue de Paul dans son travail d'évaluation des risques que les projets de développement infligeront à la nature.
   
   Faute de profondeur psychologique suffisante donnée aux personnages, on a comme l'impression de lire une BD sans images ou encore un projet de roman à thèse laissé inachevé. Mais à la fin ça se termine bien et le gouvernement renonce au nouveau réacteur, [puis en 2018 à toute énergie nucléaire faute de financement]. Ainsi le charbon reste-t-il l'énergie dominante avec 67 % du bilan énergétique tandis que l'électricité est d'origine thermique, tirée du charbon à 90 % (selon l'article Energie en Afrique du Sud de Wikipedia). Mais ce n'était apparemment pas cette dépendance au carbone qui faisait bouger Nadine Gordimer et ça ne l'empêchait pas de se présenter comme écologiste.
   
   Maintenant que vous en savez assez sur ce roman trop bien-pensant : lisez autre chose.
   ↓

critique par Mapero




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Un Gordimer qui sort de l’épure
Note :

   Je croyais même que c’était le dernier roman écrit par Nadine Gordimer, mais non, c’est l’avant-dernier, écrit en 2005. Nadine Gordimer nous avait habitués à des romans plus faciles à rapprocher de causes ou de situations : contre l’apartheid avant son abolition, puis l’état de la société sud-africaine après 1991. Ici, avec Bouge-toi !, on ne sait pas trop à quoi rattacher sa pensée.
   Oui, il est question d’Afrique du Sud, et même d’écologie en Afrique du Sud ; la problématique du nucléaire, qui fut une option (et même plus) là-bas mais accommodée de telle façon qu’on est désarçonné. Qu’on en juge :
   Paul Bannerman, blanc sud-africain trentenaire, issu de famille aisée, début des années 2000, à la sensibilité écologiste, lutte avec l’organisation pour laquelle il travaille contre un projet de réacteur nucléaire (et d’autres projets type exploitations de dunes de sable en milieu protégé et construction d’autoroutes). Ça colle avec ce qu’on peut connaître de nos jours mais pourquoi, comme un clin d’œil morbide, met-elle son héros en quarantaine pour cause de radioactivité. Il a subi un traitement irradiant pour combattre un cancer de la thyroïde et nul ne peut l’approcher sous peine d’être irradié. Parallèle glaçant et qui aurait tendance à bloquer le lecteur. Je ne sais même pas si cette situation peut réellement se produire...
   
   Il s’isole pendant cette période de quarantaine chez ses parents, pour ne pas risquer de contaminer son très jeune fils et sa femme. Période d’introspection et de remise en cause.
   
   Ses parents, qui peu après, vont traverser une période particulière puisque le père de Paul, tout juste parvenu à la retraite, parti avec sa femme pour visiter des sites archéologiques au Mexique, contre toute attente restera là-bas pour vivre une nouvelle relation avec la jeune guide norvégienne qui les drivait sur place. Sa mère se retrouve seule et prend le parti d’adopter une petite orpheline noire contaminée par le Sida. Décidément, dans ce Bouge-toi ! Nadine Gordimer a décidé de ne pas y aller avec le dos de la cuillère. Elle n’a pas osé les extra-terrestres mais on n’en était pas loin !
   
   Cela dit, il y a quand même une grande constante, une préoccupation (?) « Gordimerienne » dans ce roman (comme dans tous les autres), c’est le sujet de la fidélité, de l’adultère. Ça m’a vraiment frappé, dans Bouge-toi ! comme dans tous les autres ouvrages de Nadine Gordimer que j’ai pu lire, la présence systématique de la fin d’un amour, d’un changement de partenaire, d’adultère et de recomposition.
   
   Mais ici, ce qui est surtout frappant c’est l’accumulation de situations outrées, exagérées, qui nuit à la crédibilité. Ça reste néanmoins Nadine Gordimer et la réflexion est toujours à fleur de lecture.

critique par Tistou




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Un amant de fortune - Nadine Gordimer

Choix de société
Note :

   S'il est un mérite qu'on doive reconnaître à ce roman, c'est bien de nous surprendre en empilant invraisemblance sur invraisemblance. Imaginez un peu l'affaire : Julie, riche héritière d'une famille sud-africaine tombe amoureuse d'un petit garagiste immigré clandestin, le présente à ses amis snobs, et quand l'amant auréolé de cambouis est sur le point d'être expulsé d'Afrique du Sud, elle achète deux billets d'avion, l'épouse vite fait au consulat et l'accompagne pour revoir son village à l'orée du désert dans un fichu coin perdu d'un misérable pays arabe ! Et ce n'est pas fini — étonnez-moi demandait Cocteau ! — et c'est bien ce qui arrive quand Abdou/Ibrahim décroche enfin un visa pour aller travailler aux Etats-Unis, notre Julie pourrait décider de rester avec ses belles-sœurs...
   
    On ne sait pas si leur histoire d'amour finira bien ou mal mais peut-être que le plus important est ailleurs. Qu'est-ce qui fait qu'on se sent bien ou qu'on se sent mal dans un milieu (social, familial) donné ? Nadine Gordimer dépeint deux sociétés bien différentes. Dans sa métropole sud-africaine post-apartheid, Julie critique la vie des membres de la classe dirigeante, qu'ils soient blancs ou noirs — à l'exception de l'oncle Archie. Elle s'entend particulièrement mal avec son père, riche homme d'affaires, divorcé et remarié. Elle déteste les réunions mondaines où ces gens se retrouvent pour parler affaires et de placements. Rompant avec son milieu friqué, elle fréquente la société d'un bar branché où l'on aime une touche de provocation et de non-conformisme.
   
   D'un autre côté quand Julie se retrouve plongée dans le village arabe, on sait bien, son mari sait bien, qu'elle n'a rien à y faire. Elle tombe de la planète Mars. Elle, la fille indépendante et délurée, serait-elle vraiment disposée à vivre à peu près recluse, à porter la foulard, à croupir dans une baraque sans salle de bain, et à rompre avec les plaisirs et la culture de la ville. Mais il se produit chez elle la découverte fascinante du désert qui commence au bout de la rue où habite sa belle-famille, en même temps que la découverte d'une famille unie et chaleureuse avec, entre autres, deux belles-sœurs qui vont la comprendre, la jeune Maryam qui l'a convaincue de se rendre utile en enseignant l'anglais, et Khadija dont l'époux travaille à l'étranger sur un gisement de pétrole et ne semble pas vouloir revenir au bled.
   
   Le roman est donc intéressant mais le hic c'est l'écriture qui régulièrement s'emballe sans me convenir et devient hachée pour faire moderne. Je cite la fin de l'incipit : "Voilà : vous avez vu. J'ai vu. Le geste. Une femme dans un embouteillage comme tant d'autres dans la ville, n'importe quelle ville. Vous ne vous en souviendrez pas, vous ne saurez pas qui elle est. Mais moi je sais, à partir de cette image je vais trouver l'histoire de ce banal embarras de rue, jusqu'où il l'entraînera. Ses mains en l'air. Ouvertes."
    ↓

critique par Mapero




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Problématique de l’immigration
Note :

   Un amant de fortune a été écrit en 2001, soit dix ans après la fin de l’apartheid. Il n’est donc pas un roman dénonçant ce qui opprima si longtemps la majorité des habitants de l’Afrique du Sud ; les non-blancs pour faire simple, mais il concerne un problème finalement d’une grande actualité dans nos contrées, le problème de l’immigration depuis des pays où la liberté n’existe pas, non plus l’avenir, l’immigration à but économique dans ce cas précis.
   
   Abdou est employé comme mécanicien dans un garage de Johannesburg et c’est ainsi que Julie, blanche aisée, même si rebelle, le rencontre pour la première fois ; sa voiture est tombée en panne. On ne sait pas formellement quel est le pays d’Abdou, sinon que c’est un pays sans ressources propres. Allez, je miserais une pièce sur la Somalie ou un pays de cette zone d’Afrique de l’Est.
   
   Plus important, Abdou est ce qu’on appellerait ici un « sans papiers ». Et même carrément un illégal puisque sous son vrai nom, l’Etat sud-africain lui a demandé de quitter le territoire et qu’il est resté sous une fausse identité. Il est employé, exploité, au noir par le garage et vit dans l’instabilité permanente. Une relation improbable se noue entre Julie, l’idéaliste, et Abdou, celui qui cherche une reconnaissance de son droit à exister et à prospérer. Julie aime Abdou. Nadine Gordimer nous le laisse clairement entendre. Dans le cas d’Abdou, certainement de l’opportunisme se mêle aux sentiments. Rapidement la réalité va rattraper Abdou et il est sommé de quitter le territoire.
   
   Contre toute attente, Julie décide de le suivre dans son pays, aux franges du désert et où le statut de la femme n’existe pas en tant qu’individu indépendant et responsable. C’est surtout cette aventure qui captive Nadine Gordimer – et moi avec, je dois le dire – et ses développements sont plus qu’intéressants. Marque des grands auteurs, elle dépasse – et de loin – le stade de la bluette pour emprunter des chemins de traverse philosophiques. Pour autant le rythme de l’histoire racontée est très différent des autres romans de Nadine Gordimer que j’ai pu lire. Elle qui procède couramment à la façon d’un entomologiste examinant chaque détail consciencieusement et progressant très lentement on a plutôt l’impression là qu’elle a pris de l’altitude, qu’elle envisage dès le départ la problématique dans sa globalité et que l’histoire est moins essentielle, moins fouillée. Au moins dans la première partie avant qu’ils ne quittent l’Afrique du Sud.
   
   A mon sens un Nadine Gordimer qui sort de l’épure classique.

critique par Tistou




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Beethoven avait un seizième de sang noir - Nadine Gordimer

Inquiétudes et incertitudes
Note :

   Dans ce recueil de nouvelles paru en 2007, Nadine Gordimer évoque les aléas de l’existence, les inquiétudes et les chagrins. A la perte de repères identitaires de Frederick Morris, héros de la nouvelle éponyme, fait écho le malaise de Charlotte, écartelée entre père biologique et père adoptif. Les souffrances du veuvage, la fragilité des couples croisent les difficultés des émigrés en Afrique du Sud. La romancière convoque souvent l’histoire et la difficulté de connaître et comprendre le passé. En fait, d’après elle, "Tout arrive par hasard" : c’est le leitmotiv de la plupart de ces nouvelles, quand elle ne s’essaie pas à ce qui semble de l’humour, en relatant la pérégrination intestinale d’un ver solitaire ou la résistance d’un cancrelat coincé dans un écran d’ordinateur... Les trois derniers récits illustrent sa conception de l’écriture romanesque et du travail de l’écrivain. Opposée au roman "bourgeois", Nadine Gordimer revendique un style "moderne" qui entrave souvent la lecture.
   
   Tout est métissage, incertitude des limites dans le melting pot de l’Afrique du Sud. L'auteure prête son amertume d’ancienne militante anti-apartheid à un professeur d’université dépité devant la révolte des étudiants — "mettre à sac le campus ne va pas faire baisser les frais d’inscription" — "ils nous salopent ce pour quoi nous nous sommes battus, ce qu’on voulait faire pour eux". "L’idéal de la Lutte pour la reconnaissance que le genre humain n’a besoin d’aucune distinction dans le pourcentage des couleurs" n’est pas devenu réalité. Noirs et Blancs peinent à faire société, l’émigré venu d’Europe du Nord ou d’Angleterre peine à communiquer tant sont mêlées les langues. De rencontres en adultères, le hasard fait et défait les couples de blancs aisés, souvent professeurs d’université ou musiciens. Le style de la romancière accentue le sentiment d’imprévisibilité et d’incertitude. Voulant écrire moderne, elle privilégie les phrases elliptiques, inachevées, parfois déstructurées, ce qui rend la situation énonciative souvent confuse, voire incohérente.
   
   Agréable touche à tout, ce recueil peine à susciter l’enthousiasme du lecteur.
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critique par Kate




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11 nouvelles
Note :

   Au contraire des nouvelles figurant dans "Le magicien africain", les nouvelles de ce recueil n’ont pas à proprement parler de connotations politiques en lien avec la situation en Afrique du Sud (il est vrai également que les nouvelles du "Magicien" datent de l’époque Apartheid quand celles de ce recueil sont post-apartheid). La quatrième de couverture l’expose d’ailleurs ainsi :
   "Au moment même où, dans ses écrits politiques, elle explorait les compromissions morales de l’apartheid, Nadine Gordimer faisait preuve d’une remarquable capacité à analyser le terrain plus intime des relations humaines.../…
   Cependant, c’est dans ses nouvelles, et en particulier celles où la politique ne joue pas un rôle de premier plan, que la romancière traite avec le plus d’intensité et d’imagination les personnages de femmes, de maris, de parents et d’enfants, d’amants aussi, et en extrait l’universalité, dans le désir, ou la douleur de la perte."
   
   "Remarquable capacité à analyser le terrain plus intime des relations humaines"
, certes. C’est réellement le facteur "plus" de Nadine Gordimer que sa capacité à fouiller et conserver cohérentes les attitudes psychologiques de ses personnages.
   
   Mais dire que c’est dans les nouvelles où la politique ne joue pas un rôle qu’elle traite ses personnages avec le plus d’intensité et d’imagination... non. Ce n’est pas ce que j’ai ressenti après avoir lu "Le magicien africain" et "Beethoven avait un seizième de sang noir". Il m’a plutôt semblé que les nouvelles "apolitiques" étaient comme incomplètes, un poil bancales, un peu comme la jacinthe en pot devant moi qui s’écroule faute de tuteur peut-être...
   Non pas qu’elles manquent d’intérêt (Beethoven avait un seizième de sang noir, Mètre à ruban, Rêver des morts, Une femme frivole, Gregor, Mesures de sécurité, Langue maternelle, Allesverloren, Histoire, Légataire, Trois dénouements possibles), mais il leur manque le sel de la réalité inique de l’Afrique du Sud que Nadine Gordimer a beaucoup combattue.
   
   L’adultère tient une énorme part dans ces nouvelles. C’est manifestement une problématique qui lui parait importante.
   
   Enfin, la dernière de ces nouvelles : "Trois dénouements possibles", sous-titrée successivement "Le premier sens", le deuxième sens" et "le troisième sens" m’a laissé décontenancé. J’imaginais bien qu’à partir d’un tronc initial commun trois dénouements différents allaient être développés. Que nenni ! Les trois textes "premier, deuxième, troisième sens" n’ont pas de rapports spécifiques entre eux ? Leur point commun reste l’adultère, plus ou moins différemment conclu. Le point commun ?
   
   Non, définitivement, les nouvelles sélectionnées" par Nadine Gordimer pour "Le magicien africain" me paraissent plus fortes.

critique par Tistou




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Le magicien africain - Nadine Gordimer

Nouvelles choisies, 14 nouvelles
Note :

   Il s’agit d’un recueil de nouvelles inédites en France, écrites entre sa vingtième et sa cinquantième année (elle reçut le Prix Nobel à 68 ans) et publiées entre 1965 ("Not for publication") et 1975 ("Livingstone’s companions"). C’est elle-même qui en a réalisé la sélection.
   
   Les nouvelles choisies concernent l’Afrique du Sud et reflètent profondément les préoccupations de Nadine Gordimer vis-à-vis des problèmes qui gangrènent l’Afrique du Sud de cette époque dans le cadre des relations humaines entre hommes et femmes, blancs et noirs, riches et pauvres...
   
   Une assemblée de visages hilares. Impubliable. Un éclat de faux rubis. Bon climat, habitants sympathiques. Le magicien africain. Un lundi, c'est sûr. A l'étranger. Les Compagnons de Livingstone. Un intrus. Table ouverte. Reine de la pluie. Pas un endroit pareil. La Vie de l'imagination. Emergence de l'Afrique...
   
   Une assemblée de visages hilares : Kathy Hack est une jeune blanche de 17 ans, couvée par sa mère. Celle-ci l’emmène pour les vacances de Noël à la plage d’Ingaza. Elle a en tête de l’introduire en société, de lui faire connaître des jeunes gens de son âge. C’est presque réussi, juste que...
   
   Impubliable : Dilemme typiquement sud-africain. Un jeune noir, Praise Batetse, qui passe son enfance à guider son oncle aveugle se fait remarquer par Adelaïde Graham-Grigg, une blanche qui s’intéresse à la cause des noirs puis par les enseignants auxquels il est confié pour sa remarquable aptitude à apprendre, à lire, écrire. Il parvient au seuil d’une Université et puis...
   
   Un éclat de faux rubis : Il est question ici de M. et Mme Bamjee, des Indiens établis en Afrique du Sud – et donc soumis également à la ségrégation. Mme Bamjee se montre beaucoup plus active que M. dans le domaine de la lutte antiségrégationniste et c’est elle qui se fait arrêter. M. Bamjee est dans le déni et ce sont ses grands enfants qui vont le mettre en face de la réalité. Cette nouvelle répète – ou est un brouillon – d’un épisode particulier du roman "Histoire de mon fils". On y retrouve une semblable problématique...
   
   Le magicien africain : Cette nouvelle donne l’impression d’être un peu bancale, sans véritable fin (et il y en a quelques-unes, de nouvelles dans ce cas). Sur un bateau de croisière qui remonte de Congo, une attraction pour occuper les passagers se révèle être un magicien africain. Il déçoit dans un premier temps son assistance mais se reprend la séance suivante en effectuant un numéro d’hypnotisme sur une passagère. Il disparait dans l’anonymat le plus total peu après et c’est cette évanescence qui constitue la chair de cette nouvelle. C’est l’occasion, une fois de plus, pour Nadine Gordimer d’étudier la psychologie de ses semblables.
   
   Un lundi, c’est sûr : Il est question là, à travers l’histoire de Josias, de la façon dont les noirs peuvent être amenés à prendre part à des actions violentes dans l’Afrique du Sud ségrégationniste...
   A l’étranger : Un Afrikaner endurci, Manie Swemmer, se rend en Rhodésie du Nord (maintenant la Zambie) pour aller voir ses deux fils partis travailler et vivre là-bas. Son voyage et ses rencontres ne vont pas ressembler à ce qu’il se souvenait de cette contrée...
   
   Les compagnons de Livingstone : Tonalité différente pour cette nouvelle qui se réfère totalement à l’explorateur anglais Livingstone. Un journaliste anglais est envoyé comme envoyé spécial sur les traces de Livingstone et notamment de sa tombe, du côté de la Zambie, dans le cadre de la visite du Ministre des Affaires Etrangères en Afrique de l’est. Il va une curieuse rencontre lors de la galère qu’il rencontre pour pouvoir prendre l’avion pour sa destination. La curieuse rencontre d’une blanche établie là-bas, qui tient un hôtel dans des conditions qui donnent à comprendre la déliquescence du pouvoir blanc en Afrique du Sud et ses pays satellites...
   
   Un intrus :
Une histoire d’escroquerie sentimentale.
   
   Table ouverte : Là encore un thème qui apparait également dans le roman "Histoire de mon fils". L’histoire des relations compliquées à l’époque de la ségrégation entre blancs progressistes et noirs révolutionnaires. La fausseté de ces relations est mise en lumière à travers la visite que vient faire en Afrique du Sud Robert Greenman Ceretti, un journaliste de Washington venu rencontrer les noirs qui comptent...
   
   Reine de la pluie : Histoire de relation extra-conjugale pas spécifiquement liée à la situation en Afrique du Sud.
   
   La vie de l’imagination :
A nouveau une relation adultère (un thème finalement assez fréquent chez Nadine Gordimer) mais cette fois ci en lien avec la situation sud-africaine.
   
   Emergence de l’Afrique : Comme pour "Table ouverte" les relations compliquées entre progressistes blancs et révolutionnaires noirs, quasiment condamnés à devoir faire de la prison pour attester de la pureté de leurs intentions :
   "Et nous donc, ses amis blancs, pouvons nous purger de la honte des rumeurs. Nous pouvons redevenir purs. Nous voilà enfin satisfaits. Il est en prison. Il a fait la preuve de lui-même, non ?"

   
   Des nouvelles essentiellement liées à l’histoire récente de l’Afrique du Sud et des pays satellites (futurs Lesotho, Swaziland, Bostawana ou Zambie) mais qui sont profondément enracinées dans des histoires humaines, des relations entre des êtres de chair avec une psychologie très fouillée.

critique par Tistou




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Histoire de mon fils - Nadine Gordimer

Amour au pays de la ségrégation raciale
Note :

   Il s’agit d’un roman centré sur la ségrégation raciale en Afrique du Sud, ses effets directs iniques ainsi que ses effets collatéraux dévastateurs. Nadine Gordimer traite ceci par le biais des amours illégitimes entre Sonny, un noir instruit, militant anti-apartheid et Hannah, une blanche sympathisante de la cause. Il a été publié en 1990, soit un an avant la fin de l’apartheid.
   
   Le fils dont il est question dans le titre, c’est William, Will, le fils de Sonny et Aila. Oui, car Sonny est marié à Aila, noire comme lui, et ils ont deux enfants : Baby, la fille, et Will donc.
   
   Le roman ouvre sur la découverte fortuite, au sortir d’un cinéma, de la relation illégitime de Sonny et Hannah par Will, le fils. Will comprend. Sonny comprend que Will a compris mais aucun des deux n’abordera le sujet avec l’autre, même si Will est miné par cette affaire et voit sa relation au père fortement dégradée.
   "J’étais donc dans le hall où j’attendais pour entrer à la séance de cinq heures dans un des cinémas d’un nouveau complexe lorsque mon père et une femme sortirent de la séance précédente dans une autre salle.
   Mon père était là ; lorsque nous nous sommes vus, c’est moi qui l’avais remarqué, et non l’inverse. Nous étions là debout, pendant que d’autres gens passaient entre nous. Puis il s’avança vers moi avec elle, l’air hébété de qui émerge à la lumière du jour au sortir de l’obscurité d’un cinéma.
   Il dit : Tu te souviens d’Hannah, n’est-ce pas ?"
   

   Ce qu’ils ne savent pas - croyant pourtant préserver Aila, la mère et femme - c’est qu’elle aussi a compris et mène une propre action qu’on ne découvre (on = nous ainsi que Will et Sonny) qu’à la fin du roman.
   
   La trame évolue en permanence dans le non-dit – et pourtant tellement explicite – sur fond de combat anti-apartheid avec toutes les petites misères du petit matin d’un tel combat disproportionné. C’est magnifique de justesse, que ce soit les vicissitudes du combat de "David contre le Goliath" qu’est l’état sud-africain, ou l’histoire tourmentée de Sonny, déchiré entre son amour pour Hannah et le respect qu’il conserve pour Aila. Que ce soit également la dignité d’une Aila, sa détermination, qui va l’amener beaucoup plus loin que nul ne pouvait l’imaginer. Que ce soit aussi les errements de Will, partagé entre le dégoût qu’il éprouve de la trahison du père et la préservation du secret vis-à-vis de sa mère.
   
   Magnifique roman d’apartheid et d’amour adultère !

critique par Tistou




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Fille de Burger - Nadine Gordimer

Au temps de l’apartheid
Note :

   Lionel Burger, un médecin sud-africain, est condamné à la prison à vie pour avoir soutenu le mouvement nationaliste noir en tant que leader communiste et clandestin. Quand il meurt en prison, Rosa, sa fille, ne rompt pas avec les amis de son père, mais ne s'engage pas non plus dans leur lutte. Pourtant, au terme d'un récit qui porte sur à peu près quatre ans, elle se retrouvera à son tour en prison, accusée de complicité avec une militante de l'ANC. La prison est au deux bouts du roman puisqu' à l'incipit Rosa n'est encore qu'une gamine faisant la queue devant la porte de l'établissement où sa mère syndicaliste est embastillée.
   
   L'intérêt principal de ce roman vient de ce qu'il se focalise sur l'abomination que fut l'apartheid. L'action se situe dans les années 1974-1977. Nelson Mandela arrêté en 1962 et plusieurs autres membres de l'ANC sont alors détenus à Robben island, au large de Cape Town — la romancière le mentionne plusieurs fois. Le procès de Lionel Burger, la lutte clandestine, les opérations policières, les militants réfugiés à Londres, les sympathisants blancs avec la cause des Noirs, tels sont les éléments bien réels sur lesquels Nadine Gordimer s'est fondée pour raconter cette période de l'Afrique du Sud. Avec la "révolution des œillets" au Portugal, étape vers l'accession à l'indépendance du Mozambique et de l'Angola, les Noirs de Soweto c'est-à-dire de Johannesburg sont davantage portés à espérer la chute du régime d'apartheid ; mais la répression n'en finit pas et des massacres sont perpétrés en 1976 et 1977, date à laquelle Rosa travaille à soigner les blessés qui affluent à l'hôpital.
   
   L'autre intérêt du roman est formé par le récit de ces événements du point de vue de Rosa. Parfois à la troisième personne, l'écriture emprunte plus souvent le biais du monologue à l'adresse de divers interlocuteurs : le père décédé, des relations, un ami : "Conrad, écoute-moi – peux-tu m'entendre quand je t'évoque devant moi, en quelque lieu où tu puisses te trouver". La deuxième partie du roman se déroule hors d'Afrique du Sud. Ayant obtenu, grâce à l'intervention d'un lointain cousin, le passeport qui lui avait été d'abord refusé, Rosa décide de s'éloigner en douce de Johannesburg, de prendre un bol d'air en Europe et d'y respirer la liberté. Près d'Antibes, Rosa vient faire la connaissance de la première épouse de son père. Avec Katya qui mène joyeuse vie en compagnie d'autres retraitées et de touristes, elle redécouvre le passé de son père à l'époque de son engagement communiste. Durant cet été Rosa connaîtra aussi un amour sans lendemain en la personne d'un intellectuel parisien qui lui fait miroiter la vie à deux. Après la Provence, le séjour en Angleterre se passe mal : elle se brouille avec Baasie dont elle partageait jadis les jeux d'enfance dans la propriété des Burger. Il est devenu un militant noir radical qui déteste les Blancs progressistes que Rosa incarne malgré tout à la suite de son père. Se détournant de ces deux hommes, elle rentre à Johannesburg.
   
   Voici donc un roman pour découvrir l'Afrique du sud du temps où Nelson Mandela était en prison. Néanmoins, l'écriture de Nadine Gordimer m'a paru assez souvent embrouillée et son intention pas très claire et si l'on ajoute un grand nombre de personnages secondaires dont l'utilité n'est pas évidente, il est difficile de recommander chaudement cette lecture à moins de vouloir absolument connaître le roman engagé le plus célèbre de cette auteure, roman d'abord interdit en Afrique du sud puis publié en 1979. Les bons sentiments ne font pas forcément les meilleurs romans...

critique par Mapero




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Vivre à présent - Nadine Gordimer

Roman sud-africain post apartheid
Note :

   "Depuis 1991, la promesse d’une vie meilleure pour tous tarde à se concrétiser et les inégalités sociales remplacent l’ancienne ségrégation sociale. Un roman passionnant sur ce que signifie être de nos jours sud-africain, avoir des racines et aider à façonner l’avenir de son pays."
   

   Vivre à présent est le dernier roman publié par Nadine Gordimer, qui a alors 89 ans, peu avant de mourir. Il présente la caractéristique de décrire la situation post apartheid, de 1994 aux années 2000, et se trouve de ce fait beaucoup plus confus (et a été certainement plus confus également à écrire) tant la situation en 2012, 21 ans après la fin de l’apartheid, est des plus compliquées et pas vraiment satisfaisante pour les vieux routiers de l’ANC (African National Congress) qui ont mené le combat dans les années sombres.
   
   Il me semble aussi que la traduction (de David Fauquemberg) n’aide pas, manquant à mon goût singulièrement de fluidité (ou peut-être est-ce l’écriture elle-même à la base ?).
   
   J’ai trouvé Nadine Gordimer moins à l’aise dans cette situation à décrire l’évolution récente de l’Afrique du Sud débarrassée de la ségrégation mais engluée dans moult contradictions, que dans ses écrits de lutte contre l’apartheid, tel Histoire de mon fils, par exemple, beaucoup plus dichotomiques bien évidemment. Par ailleurs elle devient singulièrement plus vieille quand elle écrit Vivre à présent. Quel est le facteur principal ou les facteurs qui font que Vivre à présent est moins facile à lire… ?
   
   On ne peut lui reprocher en tout cas un quelconque parti-pris. Thabo Mbeki, Jacob Zuma, ne sont pas ménagés et leur statut d’anciens combattants ne les met pas à l’abri des critiques formulées sous la plume de Nadine Gordimer.
   
   Steve, blanc d’extractions chrétienne et juive, est marié à Jabulile, noire zoulou. Leur situation en ces temps d’apartheid révolu n’est plus illégale mais ils se sont mariés, au Zwaziland, pendant l’apartheid, du temps où tous deux militaient pour l’ANC et le mariage interracial totalement inconcevable. Steve, ingénieur chimiste, fabriquant des bombes artisanales, et Jabulile ont tous deux été emprisonnés mais ils peuvent maintenant mener une vie au grand jour.
   
   Steve est devenu assistant universitaire et Jabulile avocate. Ils ont tous deux conservé leur idéal mais sont confrontés (comme j’imagine Nadine Gordimer) à la reproduction des inégalités et des iniquités mais cette fois-ci par les leaders noirs issus de leur rang. Corruption, népotisme, incompétence d’où découlent misère toujours plus grande, immigration zambienne et des pays voisins durement réprimée, inégalités toujours plus béantes… Nadine Gordimer ne s’attache pas qu’à la situation d’ex combattants de l’ANC mais aussi à des couples homosexuels qui, eux aussi, sortent de la clandestinité. Elle en fait une chronique type Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin (mais en beaucoup plus littéraire pour dire vrai) qui décrit la désillusion généralisée qui est celle, n’en doutons pas, de Nadine Gordimer herself.
   
   C’est prenant, éclairant mais ça reste une lecture difficile (pour les raisons évoquées en tête).

critique par Tistou




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L'arme domestique - Nadine Gordimer

Un roman impressionnant
Note :

   Ce roman de Nadine Gordimer, paru en 1998, se concentre sur un fait, le noyau central, qui est un meurtre, et irradie tout autour : préliminaires, circonstances, les personnages, leur psychologie et leur passé, et également leur famille, environnement social et historique, déroulement et conséquences, sans rien négliger et ce qui m'a le plus frappée, c'est de voir avec quelle maitrise, l'auteur parvient à organiser et nous présenter tout cela, sans laisser quoi que ce soit dans l'ombre. On est dans le grand art, un travail admirable pour un livre douloureux et très intelligent.
   
   Les faits : Duncan Lindgard, a tiré un coup de révolver sur Carl Jespersen, un ami. Un autre ami l'a vu quitter les lieux en jetant l'arme du crime dans une plate bande, et s'enfermer chez lui.
   
   Le roman commence quand un de ces amis - il s'agit d'un petit groupe vivant ensemble dans cette villa - vient apprendre la nouvelle aux parents de Duncan, Harald et Claudia. Ils s'agit d'un couple aisé de gens cultivés qui viennent de s'installer dans une résidence sécurisée, un couple qui s'aime et n'a eu aucun problème avec son fils et que la nouvelle frappe comme un coup de tonnerre. Il leur semble absolument impossible que leur fils ait pu tuer. Ils traverseront successivement, stupeur, incrédulité, frayeur pour lui, remise en cause, perturbation de leur environnement social et tout ce qui peut devenir le lot de parents de criminels. C'est le premier point fort. Le début du livre est axé sur Harald et Claudia et N. Gordimer sait parfaitement nous les faire comprendre, et on se voit avec eux, parent d'un assassin. Duncan de son côté ne dit rien, n'explique rien, et nous aurons besoin de l'intervention d'un autre personnage vraiment marquant pour en savoir plus sur ce qui s'est passé.
   
   Ce nouveau personnage, c'est Motsamaï Hamilton, avocat, le meilleur, leur dit-on, et pas n'importe qui. Noir issu des ghettos, il a réussi à mener ses études puis à faire une belle carrière en Angleterre, jusqu'à la fin de l’apartheid. Puis il est revenu, précédé par sa brillante réputation, et il s'est fait une place de choix ici aussi. A lui, Duncan parlera et racontera. Lui, saura expliquer les choses aux parents, puis aux juges. Sur ses épaules pèsera le poids de tout l'avenir de Duncan et de sa famille. Il a tué et à cette époque, la peine de mort existait toujours en Afrique du Sud.
   
   Parce qu'il est noir, brillant, efficace, admiré et riche, Motsamaï Hamilton offre une image de ce que l'égalité raciale peut apporter. Les parents, bien qu'intellectuellement avancés et conscients de la sordide injustice de la ségrégation, n'ont jamais participé de quelque façon à la lutte contre l’apartheid. Par conformisme, par souci de leur confort... mais ne sont pas du tout racistes et fréquentent ou voient leur fils fréquenter des noirs, sans problème. En ce sens, ils sont bien M. et Mme Toutlemonde. L'auteur sait nous montrer cette nouvelle société qui s'est créée et s'installe de plus en plus solidement. Il n'y a pas que les noirs qui ont enfin gagné le droit à l'égalité, il y a aussi les homosexuels, et d'eux aussi, il faudra parler, car, vous l'aurez sans doute compris, la petite communauté, ou "famille" qui partageait cette villa, était homosexuelle. N. Gordimer sait réaffirmer leurs droits en les présentant comme une évidence.
   
   Cependant, cette société encore en mouvement, est loin d'être calme et exempte de sursauts de violences, de dangers. La criminalité est énorme. C'est pourquoi, chose étrange pour nous Français, dans beaucoup de maisons, se trouve au moins une arme, que tout le monde sait manier et dont chacun envisage de se servir en cas d'attaque par des voyous trop violents, c'est "l'arme domestique".
   Comme partout, elle tue d'abord ses propriétaires.
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critique par Sibylline




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Genèse d’une défense de la part d’un maître du barreau
Note :

   L’arme domestique a été écrit en 1998. L’apartheid est officiellement aboli depuis sept ans. Si le roman se déroule en Afrique du Sud, le thème lui est plutôt extraterritorial puisqu’il s’agit plutôt d’illustrer, à partir d’un meurtre "domestique" comment un maître du barreau élabore sa stratégie pour venir en aide à son client. Il y a bien une petite partie plus spécifiquement sud-africaine puisque l’avocat en question, Hamilton Motsamaï (personnage que Nadine Gordimer reprendra de manière brève dans le même rôle d’avocat noir introduit dans les cercles du pouvoir quatre ans après L’arme domestique dans Un amant de fortune) est noir, a fait son éducation juridique et ses premières armes en dehors de l’Afrique du Sud, apartheid oblige, et que ça constitue un élément original de la narration. Mais, pour l’essentiel, Nadine Gordimer dissèque, selon la précision et la pertinence psychologique qui la caractérisent le bouleversement qu’un meurtre commis par un de ses enfants peut générer chez les parents et comment un avocat comme Hamilton Motsamaï procède pour sauver la peau de son client.
   
   Duncan Lindgard est un jeune trentenaire, blanc aisé, exerçant dans un cabinet d’architecture. Pour ses parents, Claudia, la mère, médecin et Harald, le père, membre dirigeant d’une société d’assurances, le monde s’écroule un vendredi soir lorsqu’un ami de Duncan vient sonner chez eux pour leur annoncer que Duncan vient d’être arrêté pour suspicion de meurtre par arme à feu envers un de ses amis. Toute cette problématique est parfaitement mise en scène par Nadine Gordimer : réaliser que son enfant est devenu ce qu’on appelle communément un criminel est effectivement quelque chose d’indicible. Puis rentre rapidement dans le jeu Hamilton Motsamaï, gloire montante du barreau sud-africain même si noir (l’apartheid a été aboli réellement très peu de temps auparavant).
   
   Nous allons suivre la façon de raisonner et de procéder de cet avocat, de manière directe mais également via le filtre émotionnel des deux parents et c’est un bonheur de lecture sensible. Le genre qui vous fait vous sentir plus intelligent après lecture qu’avant.
   
   Elle ne l’avait pas volé son Nobel de Littérature notre Nadine Gordimer !

critique par Tistou




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Un caprice de la nature - Nadine Gordimer

Une femme au destin d’exception
Note :

   Un caprice de la nature a été écrit en 1987 soit avant la fin de l’apartheid. On peut donc ranger ce roman dans les œuvres dénonçant cet état de fait, luttant contre cette politique inhumaine et injustifiable. Pourtant, Un caprice de la nature est d’abord l’histoire d’une vie, de la vie exceptionnelle d’une femme exceptionnelle.
   
   Hillela est la fille, blanche (la précision est d’importance puisque nous sommes en Afrique du Sud sous apartheid), de Ruth et Len. Ces deux-là se sont séparés. Len s’est un temps occupé d’Hillela mais très vite celle-ci a été prise en charge par les deux sœurs de Ruth (les tantes d’Hillela), Olga puis Pauline. Autant Ruth, la mère d’Hillela a l’humeur vagabonde et n’a pas hésité à quitter sa fille pour suivre un improbable amant, autant Olga comme Pauline sont des femmes, des mères, plus solides, chacune dans leur genre.
   
   Olga qui la prend d’abord ponctuellement en charge (et qui prend aussi sa pension en charge), pendant les vacances scolaires, est une riche bourgeoise, très conventionnelle. Pauline (et Joe son mari), qui va très vite récupérer Hillela pour l’éduquer en même temps que ses propres enfants (Carole et Alexander), a une conscience abolitionniste marquée et se montre active, à son niveau, pour lutter contre l’apartheid. Mais Hillela va démontrer très vite une grande indépendance d’esprit et de mœurs. Elle ne va pas hésiter à séduire son cousin germain, Alexander, et devoir quitter de ce fait le cocon de Pauline et Joe.
   
   Commence alors le gros du roman : les tribulations d’Hillela, à l’instar de celles des opposants à l’apartheid, à travers l’Afrique, l’Europe, les Etats-Unis, au gré de séductions diverses, de convictions sans concessions, et son destin s’agissant d’une sud-africaine blanche, s’avèrera tout sauf prévisible.
   
   Bien sûr, la ligne directrice du roman est celle que je viens de résumer, mais la chair du roman, la philosophie que fait passer Nadine Gordimer, tourne toujours autour des maux de cette Afrique du Sud sous apartheid, de ses relations avec les autres Etats africains, notamment ses voisins proches, la politique internationale de pays européens, de l’Ouest comme de l’Est, et des Etats-Unis vis-à-vis de l’Afrique du Sud de l’époque. On constate au passage que Nadine Gordimer semble avoir une bonne connaissance d’autres Etats africains et que les relations de ceux-ci avec l’Afrique du Sud pouvaient être plus complexes qu’envisagé.
   
   L’histoire d’Hillela que nous raconte Nadine Gordimer est d’une grande originalité et la manière dont elle enrichit la fiction de ses connaissances humaines et géopolitiques est un véritable délice.

critique par Tistou




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