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Auteur des mois d'octobre & de novembre 2018
Iris Murdoch

   Après l'Europe centrale de Claudio Magris, nous sommes retournés en Grand Bretagne pour saluer cette grande dame des lettres britanniques?

Biographie

   AUTEUR DES MOIS D'OCTOBRE & NOVEMBRE 2018
   
   Jean Iris Murdoch est une écrivaine et philosophe britannique d' origine irlandaise née en 1919 à Dublin, mais sa famille s'installa tout de suite à Londres où elle grandit. Elle fit des études de lettres et de philosophie à Oxford et Cambridge, après quoi elle fut employée à plusieurs postes dans la fonction publique (y compris sur le continent), puis comme professeur.
   
   Elle enseigna la philosophie au St Anne College d'Oxford puis au Royal College of Art jusqu'en 1967.
   
   Elle publia son premier roman en 1954 Under the Net (Sous le filet) qui fut sélectionnée en 1998 comme l'un des 100 meilleurs romans en langue anglaise du XXe siècle. Elle n'avait publié auparavant que de la non-fiction, essais philosophiques et la monographie de Jean-Paul Sartre.
   
   Honorée de nombreux prix et distinctions, elle a été nommée en 1987 Dame Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique .
   
   Atteinte de la maladie d'Alzheimer depuis 1997 et Iris Murdoch est décédée en 1999 à Oxford. Son dernier roman Jackson's Dilemma (Le dilemme de Jackson) ayant été publié en 1995.
   
    En 2008, le Times avait classé Iris Murdoch douzième sur sa liste de « Les 50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945 ».

Bibliographie ici présente

  La mer, la mer
  Les demi-justes
  Le message à la planète
  Le Château de la licorne
  Le Prince noir
  Le dilemme de Jackson
  Un homme à catastrophe
  Les compagnons du livre
 

La mer, la mer - Iris Murdoch

Deux pour le prix d'un
Note :

   Aucun publicitaire malveillant n'a pris le contrôle de ce site, c'est simplement l'effet que m'a fait La mer, la mer d'Iris Murdoch (1978). C'est un roman assez bizarre, le Jeckyll et Hyde de la littérature.
   
   La première partie du roman raconte la retraite au bord de la mer de Charles Arrowby, célèbre metteur en scène, qui a acheté une maison à l'écart de tout sur une falaise. Il ne se passe pas grand chose dans cette première partie : Charles se baigne, bronze, nettoie sa maison, se fait à manger (on a droit au menu détaillé de ses repas simples et raffinés en même temps), se ravitaille au village le plus proche peuplé d'habitants moqueurs. Les journées passent plutôt calmement, Charles a décidé de tenir un journal-biographie et de réfléchir sur sa vie londonienne, ses amours, son travail de metteur en scène. L'enchaînement des jours est cependant parfois interrompu par des événements étranges : Charles voit un monstre marin alors qu'il se repose sur la falaise, des objets sont cassés dans la maison, il aperçoit un visage dans l'une des pièces intérieures de sa maison.
   
   Puis, brusquement, le roman change avec l'arrivée progressive de nombreuses connaissances de Charles qui apportent avec elles tous les problèmes qu'il avait voulu quitter en s'installant dans ce coin reculé. Il se trouve pris involontairement dans deux triangles amoureux, il est harcelé par deux femmes qui veulent l'épouser, son meilleur ami essaie de le tuer, un autre ami devient son serviteur, son cousin militaire et agent secret converti au bouddhisme et qui possède des pouvoirs étranges vient, lui aussi, lui rendre visite, et surtout il retrouve son premier amour, la seule femme qu'il avait voulu épouser. Malheureusement pour lui, cette femme, Hartley, la soixantaine bien sonnée, est déjà mariée avec un ancien soldat maladivement jaloux qui a imaginé que le fils qu'ils ont adopté est en fait le fils de Charles. Celui-ci se met dans la tête qu'Hartley a besoin d'être sauvée et il la séquestre dans sa maison. A tout cet embrouillamini, s'ajoute en plus le fils adoptif de Hartley, Titus, qui est à la recherche de son vrai père.
   
   Etrangement, et ce peut-être parce que je suis en vacances en ce moment, j'ai préféré la première partie du roman qui possède un côté extrêmement poétique grâce à la description du déroulement de ces journées calmes qui s'enchaînent sans trop de heurts. La deuxième partie m'a parue être trop foisonnante surtout en comparaison avec le début du roman. Je suppute que certains préféreront cependant cette deuxième partie bien plus rythmée que la première et très drôle. La mer, la mer est un très bon roman qui flirte avec différents genres romanesques et qui est farfelu à souhait.
   
   Si vous le lisez, n'hésitez pas à me dire quelle partie vous avez préférée...

critique par Cécile




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Les demi-justes - Iris Murdoch

So british !
Note :

   “The Nice and the Good”, publié en 1968, est l'un des nombreux romans de la fameuse romancière britannique, connue pour avoir intéressé son pays à l'œuvre de Sartre et avoir eu une relation avec Elias Canetti. Le titre de la traduction française essaie sans doute de situer l'œuvre quelque part dans l'existentialisme dont les Français étaient alors si fiers, mais avec la suggestion navrée d'un moyen terme entre l'idéal et le possible pour tout l'ensemble des personnages du roman. Le titre original aussi associe les valeurs et les hommes. Iris Murdoch se livre à la peinture d'un milieu aisé, principalement constitué de hauts-fonctionnaires de Whitehall — le quartier des ministères — et de leurs familles. L'action se déroule à la fois au cœur de Londres et au bord de la mer, à Trescombe House, la villa d'Octavian Grey, le plus important de ces hauts-fonctionnaires. Octavian et son épouse Kate y reçoivent amis et familiers au cœur de l'été le plus chaud qui se puisse trouver au nord du Channel. Sous le microscope de l'écrivain, se découvre un petit monde à la recherche de plaisirs égoïstes, secoué par les conséquences d'un suicide, avant de retrouver à la fin une harmonie pour le moins inattendue.
   
   L'entrée du lecteur dans le roman n'est compliquée qu'en raison de l'assez grand nombre de personnages, comme chez Balzac ou Zola. Dans son séjour balnéaire, Kate Grey, fort jolie femme, est entourée de Mary, une veuve accompagnée de son fils Pierce, de Paula Biranne séparée d'un collègue d'Octavian, venue avec ses jumeaux, Edward et Henrietta, de Theo, frère d'Octavian, revenu des Indes après une affaire mystérieuse, de Willy un ancien déporté de Dachau féru de littérature classique. Barbara, la fille de la maison, est rentrée de son pensionnat en Suisse — ce qui situe assez le niveau social du groupe — et sa jeunesse titille les sens de Pierce. Le week-end, Octavian invite à les rejoindre un ami et collègue du ministère, John Ducane, qui est le personnage central du roman.
   
   Ducane est chargé par Octavian Grey d'une enquête interne au ministère suite au suicide de Radeechy, un personnage aussi bizarre que son nom est curieux. Ducane doit chercher à savoir si des documents liés à la sécurité nationale n'auraient pas fuité dans la presse, comme pourrait le laisser penser le douteux McGrath, maître chanteur au petit pied. Radeechy, veuf depuis peu, s'est-il vraiment suicidé par chagrin? Et les messes noires qu'il organise — caves obscures, filles nues et calices de sang de pigeon…— cachent-elles quelque dangereuse organisation? Tandis que Ducane s'évertue à tirer les choses au clair, sa vie privée tangue entre Jessica son amoureuse qu'il peine à quitter, Kate dont les flirts contribuent à réveiller la libido d'Octavian, et l'aguichante Judy McGrath. Pas simple d'être conseiller juridique à Whitehall, même avec une Bentley avec chauffeur.
   
   Dans la villa du bord de mer, la vie n'est pas plus simple. Des couples pourraient se faire ou se défaire. C'est que l'intrigue imaginée par Iris Murdoch est d'une complexité folle, avec des scènes qui se répètent parfois selon un effet de miroir. Par exemple, le départ pour l'Australie de Judy avec le chauffeur de Duncane est en miroir avec le retour d'Eric, l'ex-amant de Paula, qui s'était expatrié dans ce même pays lointain après la dispute dramatique entre elle et son mari. Ou encore : l'expédition de Pierce dans une grotte marine vite obscure et menaçante est le pendant de la descente aux enfers dans les caves de Whitehall sur les lieux des messes noires de Radeechy. Outre la description des tensions psychologiques, l'auteur excelle à nous attirer vers de fausses pistes, comme à nous suggérer des attentes illusoires : il en est ainsi du passé indien de Theo, dont le dévoilement aurait pu fonder d'autres développements, ou de l'exhibitionnisme de Judy et du goût de son mari photographe pour le chantage qui auraient pu faire basculer l'action et perdre tel ou tel personnage, à commencer par le héros principal. Beaucoup ont failli... et puis non... John Ducane, comme un chat qui retombe sur ses pattes, sauve son image. Et tout est bien qui finit bien, pour ne pas citer Shakespeare... Surtout, surtout, ne pas prendre ce roman pour un polar!

critique par Mapero




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Le message à la planète - Iris Murdoch

Un disciple trop empressé
Note :

   Vu la date de publication — 1989 — ce Message à la planète aurait pu, je ne sais pas moi, enterrer le communisme, ou anticiper les discours écologiques qui allaient se déployer les années suivantes. Rien de tout cela dans cet antépénultième roman de l'auteure irlandaise.
   
   Dès les premières pages on a compris qu'Iris Murdoch a créé un petit monde soudé d'une dizaine de personnages principaux, dominé par Marcus Vallar et Alfred Ludens, tels un maître et son disciple. En fait, Marcus ne deviendra bien présent qu'à partir de la page 200 environ et en attendant, on parle de lui comme d'un Maître, d'un gourou, ou d'un fou, d'un personnage charismatique pour beaucoup, insupportable pour quelques uns comme Patrick qui est mourant. Le groupe s'est mis dans la tête qu'il faudrait aller chercher Marcus — qui les ignore depuis trop longtemps — car sa présence pourrait sauver Patrick, un séduisant poète à qui un prêtre vient de donner l'extrême onction. Et de fait, quand, Ludens réussit à trouver Marcus au fond d'une campagne isolée et à le persuader de venir d'urgence à Londres, le “miracle” se produit. Du coup tout le groupe se retrouve submergé par l'émotion. Mais la vie londonienne est trop bruyante pour Marcus et en conséquence sa fille Irina, aidée par le médecin qui n'avait pas sauvé le poète, trouve le moyen de faire admettre son père dans une clinique psychiatrique, au vert, près de Salisbury. Là, ses amis, Ludens et Patrick en tête, se succèderont pour lui rendre visite en cette chaude fin de printemps, Ludens pour lui faire quitter son enfermement et Patrick pour le servir, plein de reconnaissance. La “résurrection” de Patrick ne tarde pas à s'ébruiter et il s'amorce une sorte de culte autour de Marcus. Les événements désorientent Ludens qui espérait surtout que son Maître délivrerait un message philosophique écrit. L'arrivée de pèlerins pour le solstice qu'ils vont fêter à Stonehenge crée une ferveur de type New Age. Au bout de quelques jours Markus refuse de passer pour un nouveau Messie et c'est le drame.
   
   Des actions secondaires se greffent sur l'action principale. Ludens, qui est un jeune historien envisage de se marier : une bohémienne lui a prédit qu'il rencontrerait trois femmes avant de s'engager. Dans ce groupe d'amis, le peintre Jack Sheerwater occupe une place particulière avec son épouse Franca la brune et sa maîtresse Alison la pétulante rousse. Irina, Alison, et Franca : voilà les trois femmes qui a un moment où un autre tombent dans les bras de Ludens. Mais celui-ci est trop aveuglé par son projet de faire de Marcus un grand-maître de l'esprit. Chacune d'elle lui échappera : Franca restera fidèle, Alison fuguera, tandis qu'Irina sera libérée de son père comme de Ludens rendant possible un mariage jusqu'alors interdit.
   
   Quel est donc le message ? À un moment, Marcus rêve à "la façon d'échapper à la technologie qui menace de détruire la planète sinon par une explosion, du moins par un anéantissement total de la faculté de penser". Mais cette piste n'est pas suivie par la romancière. Le directeur de l'institution psychiatrique a enregistré à les propos de Marcus à son insu : quand il fait écouter la bande à Ludens on n'entend plus que les bredouillis d'une langue inintelligible ! Le message universel tombe à l'eau. En dépit des espérances de Ludens, il n'y a pas eu de révélation philosophique, mais plutôt une réflexion sur la souffrance qui cause à Marcus tant de cauchemars. En raison de son origine juive, Marcus développe la culpabilité d'être un survivant de la Shoah bien qu'il n'ait pas été déporté par les nazis puisque vivant alors en Angleterre. Il a cependant multiplié les lectures l'éclairant sur les malheurs des juifs. Durant son séjour en clinique, le rabbin envoyé par le directeur cherche à lui faire renouer le contact avec la tradition ; symboliquement il s'empresse d'apporter un châle de prière. On peut toutefois se demander s'il y a une spiritualité ou une sagesse remarquables chez Marcus qui a été un ancien mathématicien prodige puis un peintre abstrait proche de Sheerwater ? N'est-il pas seulement "un sphinx sans secret" ? À moins qu'il ne soit seulement un fou que l'établissement spécialisé accueille avec empressement vu sa fortune.
   
   L'écriture d'Iris Murdoch se complait aux dédales de la psychologie, épluchant particulièrement les pensées de Ludens, Franca, Alison, etc, plus peut-être que de Marcus. On la sent attachée à ses personnages, à ses créatures, comme si elle ne voulait pas les quitter, et c'est peut-être pour cela que le roman s'étire dangereusement au-delà d'une longueur raisonnable.

critique par Mapero




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Le Château de la licorne - Iris Murdoch

Un aspect tragicomique...
Note :

   Roman acheté, il y a plus de vingt ans que j'ai enfin lu!
   
   Dans un manoir hanté sur une côte irlandaise sauvage, Hannah vit recluse mystérieusement entourée de serviteurs qui sont autant de geôliers.
   
   c'est ce que constate Marian, qui vient d'être engagée comme répétitrice de français auprès de Mrs Green-Smith (Hannah) qui vit dans une sombre demeure isolée qu'entourent un jardin aux grilles défensives, un marécage mortifère, une falaise imposante, un vieux dolmen à l'air menaçant, et l'océan avec ses lames de fond.
   
   Un certain Gerald s'occupe des affaires d'Hannah ainsi que d'elle en personne, d'une manière singulière. Protecteur, sournois, trop plein de sollicitude. D'autres protagonistes jouent le même rôle auprès de la belle jeune recluse.
   
   Et il n'y a pas d'enfant ! Marian découvre que, loin d'être répétitrice, elle sera dame de compagnie d'Hannah. Une appréhension la saisit. Son penchant immédiat pour la maîtresse des lieux qu'elle s'avoue en partie, lui donne envie de savoir pourquoi elle mène cette existence en huis clos et craignant de sortir.
   
   Lorsque Marian apprend quelque vérité sur Hannah, elle brûle de la faire évader, même contre son gré.
   
   En effet, Hannah, victime d'un mariage qui se révéla vite une mésalliance, aurait poussé son mari du haut de la falaise, sept ans plus tôt. Et serait depuis sous bonne garde, grâce à des "amis" de ce mari, que Marian imagine terrifiant, et dont les occupants du manoir craignent le retour.
   
   Cependant Hannah a eu un amant qui vit encore dans le manoir d'en face, à ½ heure de là en voiture. Et aussi un prétendant, Effingham, qui lui propose en vain la fuite à deux pour tout recommencer de zéro.
   
   Cherche-t-elle à expier une faute, est-elle la proie d'un enchantement, comme le croient les gens du voisinage ?
   
   Est-elle seulement terrifiée par la menace latente que représentent la situation qu'elle vit, la surveillance que l'on exerce sur elle, le retour de l'époux ?
   
   Hannah est tous d'abord vue comme une personne inaccessible, un être charmant, intouchable, dangereux aussi comme l'être fabuleux qui donne son titre au roman. Autour d'elle, les geôliers comme des libérateurs en puissance, ne savent eux-mêmes, ce que signifie la liberté pour elle.
   
   Ils apprendront à leurs dépens ce qu'a pu lui coûter certaines visions fantasmatiques.
   
   Chacun interprète le silence d'Hannah et sa manière de vivre ou de supporter la vie, comme on cherche à décrypter les paroles de la Sybille. Pour Effingham, homme de quarante ans, narcissique, naïf et paresseux, Hannah et une enchanteresse, la femme inaccessible des romans courtois. Mais cet amoureux couard (un peu caricaturé)n'est pas à la mesure des ancien troubadours !
   
   Pour Max Lejour, le vieux professeur platonicien, qui vit à "Rider's", autre propriété isolée, et qui est son plus proche voisin, Hannah est en train de trouver la sagesse dans l'épreuve.
   
   Pour Marian, Hannah est victime de sa peur et de la culpabilité, prisonnière mentalement plus que physiquement. Et il importe de la sauver.
   
   Avec l'aide d'Effingham, elle tente de la soustraire à ses gardiens. Mais Hannah est très surveillée, et Effingham bavard, et maladroit, précipite les événements...
   
   La fin du roman montre qu'Hannah avait peur d'elle-même de ses réactions, mais une partie m'est restée obscure.
   
   Un roman d'analyse psychologique, d'intrigue et de suspense, une parodie réussie des romans gothiques, des réflexions sur des notions telles que culpabilité et liberté, et aussi une bonne dose de satire de mœurs, voilà les points forts du livre.
   
   Effingham est un personnage assez vain qui donne à l'histoire ses moments comiques. Les autres personnages sont moins chargés mais l'ironie s'exerce sur tous ces gardiens de "harem" pour une seule femme, et même à l'égard d'Hannah elle-même et de ses tentatives de conjuration : la robe de chambre jaune, les deux plantes fétiches : la monnaie du pape et l'herbe de la pampa, la lecture de la Princesse de Clèves sur laquelle Marian et elle s'endorment, donnent à l'ensemble une tonalité tragicomique.

critique par Jehanne




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Le Prince noir - Iris Murdoch

La faute à Shakespeare
Note :

   C'est une narration autobiographique écrite en boucle. L'histoire commence quand Bradley Pearson, 58 ans, reçoit l'appel téléphonique de son ami l'écrivain à succès Arnold Baffin : il lui demande de venir d'urgence parce qu'il vient de brutaliser son épouse Rachel et craint de l'avoir tuée. L'histoire s'approchera de la fin quand, à son tour, Rachel appellera l'ami du couple parce qu'elle redoutera d'avoir tué son mari à la suite d'une dispute dont la cause n'est pas celle qui fera accourir Bradley.
   
   C'est un narrateur dont le projet d'écriture est constamment empêché par les appels téléphoniques et les visites des différents personnages : Rachel et Arnold Baffin, Julian leur fille d'à peine vingt ans, Christian l'ex-épouse de Bradley, depuis peu veuve, riche et de retour à Londres, Priscilla la sœur de Bradley, qui vient de quitter le domicile conjugal à Bristol, l'esprit passablement dérangé, et enfin Francis Marloe, psychologue, homosexuel et toujours fauché — trois caractéristiques qui importent à tour de rôle.
   
   C'est un roman sur l'écriture. Pearson, le narrateur, a déjà publié deux ou trois livres mais il est en panne d'inspiration alors que Baffin, son ami et cadet de dix ans, a accumulé une jolie pile de succès d'édition que Bradley est loin d'avoir lus en entier. Animé sans doute par la jalousie envers un collègue célèbre, Pearson a rédigé une critique très négative du dernier livre d'Arnold. Par ailleurs, Julian est hantée par la figure d'Hamlet, qu'elle étudie et qu'elle interprète, et pour séduire Bradley elle s'habille en Prince noir ; cet épisode justifie le titre du récit.
   
   C'est donc un roman sur l'amour, ainsi que le souligne le sous-titre de l'autobiographie. Si les couples échouent et se défont — Christian a divorcé, Priscilla quitté Roger et Rachel tuera son mari — Bradley expose avec complaisance son penchant pour Rachel puis son attirance pour la jeune Julian à qui il offre des bottes rouges avant d'en tomber littéralement amoureux. La villa de bord de mer louée par Bradley pour s'y livrer à l'écriture, Patara, devient un bref instant le nid d'amour de Bradley et de Julian, une liaison qui provoque le courroux d'Arnold. La jeune ingénue pleine d'idées romantiques tranche avec la figure triste de Priscilla dont la présence insupporte Bradley.
   
   Les personnages d'Iris Murdoch ne produisent pas beaucoup d'attachement ou de compassion de la part du lecteur, certains sont clairement irritants voire antipathiques, Bradley en tête. Il est à la recherche de l'inspiration perdue, de l'amour qu'il ne connaît plus depuis des années, ainsi que d'une nouvelle vigueur sexuelle, symboliquement figurée par la Post Office Tower que l'on vient d'achever à Londres en 1965. Mais Bradley se conduit d'une manière souvent inconséquente et énervée, celle d'un mufle ou d'un goujat qui envoie promener ses visiteurs, y compris son ex-épouse et surtout sa sœur à l'équilibre mental incertain. L'autobiographie de Bradley est sans doute déformée par sa rédaction et sa mise en forme, mais les personnages qui la jugent et s'expriment en postface n'ajoutent que l’égoïsme de leurs points de vue.
   
   Il faut aussi savoir que la composition du livre repose sur l'alternance de longues séquences de dialogues reconstruits par Bradley en écrivant sa biographie et de lourds moments de réflexion du même Bradley qui nous rappellent qu'Iris Murdoch enseigna la philosophie. Dans tous les cas cela exige la persévérance du lecteur vu l'extrême minutie de l'analyse de la romancière et — pense-t-on parfois — une excessive longueur due aux ressassements de Bradley.
    ↓

critique par Mapero




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Montée inéluctable d’une catastrophe
Note :

   Londres, XXème siècle. Bradley Pearson est un auteur qui a connu un succès précoce mais sans lendemain. Sans lendemain largement du fait qu’il n’est pas d’une très grande fécondité et qu’il considère comme un acte de gloire de déchirer les feuilles que difficilement il écrit. Il a gagné sa vie, somme toute laborieuse, en tant "qu’agent du fisc", il est maintenant à la retraite.
   
   Il a pour ami un écrivain plus jeune, plus prolixe, beaucoup plus prolixe, qui, lui, connait le succès avec des romans que Bradley considère comme mineurs et même médiocres. C’est Arnold Baffin.
   Arnold Baffin, sa femme Rachel et Julian leur fille, constituent comme une seconde famille pour Bradley. Il a divorcé de Christian, sa femme, il y a déjà une paire d’années et celle-ci est partie épouser un riche et vieux Texan.
   
   Il y a Francis Marloe, le frère de Christian, homosexuel veule à la personnalité trouble qui survit aux crochets de qui n’a pas le cœur de le rejeter et enfin Priscilla, la sœur de Bradley, de dix ans moins âgée que Bradley, qui vit un mariage malheureux et ne sait pas prendre les bonnes décisions.
   
   Les acteurs sont en place et l’action va pouvoir se déclencher car, au vrai, "le Prince noir" se déroule telle une pièce de théâtre avec des actions qui rebondissent en un laps de temps très court, faisant interférer ces différents acteurs quasiment en une unité de lieu.
   
   "Cela produirait peut-être plus d’effet du point de vue dramatique de faire commencer cette histoire au moment où Arnold Baffin me téléphona pour me dire : "Bradley, pourriez-vous venir me voir, s’il vous plait, je crois que je viens de tuer ma femme"."
   

   Ca commence fort, non ? Et la trame va s’entremêler très rapidement puisqu’au moment où Bradley quitte son havre pour aller chez Arnold constater qu’en fait celui-ci n’a pas tué sa femme, Francis Marloe débarque et lui annonce que Christian, son ex-femme, est revenue du Texas et va probablement chercher à le revoir, à sa grande contrariété.
   
   Se rendant chez Arnold, il constate que Rachel n’est pas morte mais plutôt mortifiée de l’attitude de son mari. Il comprend qu’elle est amoureuse de lui. Puis très rapidement, Julian venant vers lui, c’est lui qui tombe amoureux d’elle – et elle a tout de même quelques dizaines d’années de moins que lui. Et puis débarque sa sœur Priscilla qui vient de quitter la maison familiale…
   
   Les contrariétés s’enchainent à un rythme effréné sans qu’on ait le sentiment que Bradley puisse lutter. De fait, il ne lutte pas et est emporté tel un fétu de paille dans la tourmente des évènements.
   
   Il ne s’agit pas d’un roman d’action pour autant. Loin de là même. L’introspection est au pouvoir au fil des avanies rencontrées par Bradley et ça va finir mal. Très mal.
   
   Iris Murdoch n’est manifestement pas le genre d’auteur qu’on peut lire à toute vitesse, pas une "page-turner". Il y a matière à réflexion dans ce "Prince noir" !

critique par Tistou




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Le dilemme de Jackson - Iris Murdoch

Les choses, sans les dire
Note :

   Ce roman est le dernier d'Iris Murdoch. Il a été publié en 1995, alors que la dame avait déjà 75 ans. On n'est donc pas surpris d'y trouver une auteure en pleine maîtrise de son art. Pas surpris non plus d'une certaine lenteur et aussi d'une certaine nostalgie. Benet, personnage central, est un très riche retraité, enrichi encore par le décès de son oncle adoré dont il est le seul héritier. Benet doit maintenant peu à peu se détacher de sa confortable demeure londonienne pour s'installer dans le magnifique domaine dont il a hérité. Il adore ce domaine, mais appréhende un peu ce retrait campagnard. Ses amis l'y suivront-ils et aussi, pourra-t-il s'y créer de nouveaux liens d'amitié avec par exemple son jeune voisin, propriétaire d'un domaine équivalent au sien ? …
   
   Benet, comme son oncle, ne s'est jamais marié. Cependant, il n'a pas une mentalité de solitaire, il a beaucoup d'amis(es) et désire être toujours entouré. Concernant ces amis, vous avez intérêt à bien les repérer dès le départ, car sinon, il y a un risque de s'y perdre un peu, et comme on ne les quittera plus...
   
   La grande affaire du moment et par laquelle commence le livre, est la préparation du mariage d'une de ses jeunes amies (Marian) avec le voisin évoqué plus haut (Edward). Benet a tout fait pour réunir ces deux-là. Il considère plus ou moins Marian comme sa fille et compte en fait s'assurer ainsi un voisinage amical et chaleureux pour ses vieux jours. Le mariage sera superbe. Le village entier va participer. Il veille à tout. Mais quelques instants avant la cérémonie, arrive un mot laconique de Marian : elle ne peut plus se marier et ne viendra tout bonnement pas. En fait, elle a totalement disparu. Où est-elle donc, et que lui est-il arrivé ??? Edward, le promis, semble absolument terrassé par l’événement et ne pas pouvoir s'en remettre... Tout le monde va chercher Marian, et au passage dévoiler sa propre vie.
   
   Le Jakson du titre, ne fait une apparition-éclair qu'à la page 78, et on ne commence à savoir qui il est qu'à la page 110. Pourtant, il est bien l'un des personnages majeurs du roman, peut-être LE personnage majeur. Il fera fonction de majordome, homme à tout faire mais aussi bientôt ami de Benet, et bientôt également de tous ses amis. Jackson est un homme extraordinaire.
   
   On peut choisir de ne voir dans ce roman qu'une histoire de bobos en crise et de leur passionnant way of life. Pour ma part, j'y ai vu une histoire homosexuelle. On s’interroge dès le début sur les mœurs exactes de cet oncle Tim jamais marié qui a disparu des radars pendant la plus grande partie de sa vie pour faire des choses "extraordinaires" à l'étranger, mais on ne sait pas exactement lesquelles... et également sur celles de ce neveu Benet tant aimé de lui et qui ne semble pas avoir connu les femmes. Des hommes non plus, on ne parle pas. En fait, on ne parle de rien concernant la vie sexuelle de Benet. La rencontre entre Jackson et Benet est décrite absolument avec les termes qui seraient employés pour décrire un coup de foudre. Coup de foudre subi mais rejeté par Benet, alors que Jackson lui, fera tout son possible pour se rapprocher. Coup de foudre identifié et favorisé par Tim avant sa mort... C'est lui qui fera en sorte que les deux hommes restent en contact malgré les refus de son neveu. Peu à peu, Jakson devient un employé indispensable, l'entourage le considère de plus comme un ami autant qu’un employé, il n'y a que Benet... mais sa position est de moins en moins claire.
   
   Pourtant, le roman se termine sans que rien ne soit vraiment éclairci de ce côté-là. Une réflexion d'un ami au sujet de lit restera sans écho... on n'ira pas plus loin et c'est à mon avis le gros défaut du livre. On a trop parlé de ces relations -intéressantes par ailleurs- pour les laisser se diluer dans les limbes de l'incertitude. Et puis pourquoi, même en conclusion, ne pas donner d'indications claires? Quel intérêt d'un point de vue romanesque ? Ca a un goût d'inaccompli, de "pas osé"... et du coup, on se demande, où l'auteure voulait-elle aller avec cette histoire qui a quand même donné son titre au roman ?
   
   Et pour Marian et Edward ? Oh, pas de souci. Tout s'est arrangé. Vous en doutiez ?
   
   Ce roman, écrit avant que la maladie d'Alzheimer de l'auteur soit diagnostiquée, est cependant considéré comme le plus simple de sa production.
   
   A noter : Petite fixation phonique de l'auteure qui n'aide pas le lecteur, nous avons des M. et Mme Caxton, Loxon et Moxon, pour ne rien dire de Jackson lui-même...

critique par Sibylline




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Un homme à catastrophe - Iris Murdoch

Vaudeville à Londres
Note :

   Après Le Prince noir, Le Message à la planète, les Demi-Justes, on commence à comprendre le “cocktail” d'Iris Murdoch. Choisir un bon nombre de personnages, des amis, des parents, toutes personnes d'âge, de caractère et d'occupation bien contrastés. Ajouter des histoires d'amour les unes réussies, ou rêvées et d'autres contrariées. Réunir le tout à Londres par exemple. Bien brasser dans diverses réceptions mondaines. Laisser agir cinq cents pages...
   
   Dans ce roman de 1971, cela suffit à produire des catastrophes rien que durant l'espace d'un été. Gracie Tisbourne et Ludwig Leferrier n'avaient effectivement rien pour former un couple. La demoiselle futile, mais fille d'un haut-fonctionnaire, rêvait de bagues de diamants et de jolies robes tandis que le jeune historien débarqué d'Amérique vivait dans la culture antique qu'elle ignorait. "Il était impossible de lui expliquer ce qu'étaient les Assyriens et elle ne désirait pas vraiment le savoir". Un poste à Oxford lui semblait le paradis. Ils s'aventurèrent imprudemment dans un projet de mariage pour la fin du mois d'août. Le jeune homme était par ailleurs réclamé par l'armée américaine et le Vietnam. Bien évidemment, tout ne pouvait se concilier...
   
   Le roman de Murdoch déborde de personnages et de récits secondaires, et sans dévoiler la fin, on peut dire que l'essentiel de l'histoire s'articule autour de deux frères, Matthew l'aîné et Austin le cadet, apparentés à la famille Tisbourne. Matthew revient du Japon ; on sait qu'il a été diplomate, qu'il a gagné une fortune à Hong Kong, qu'il rapporte une collection de porcelaines chinoises et qu'il est célibataire. S'il rentre à Londres, ce serait dans le but de se réconcilier avec son frérot l'incroyable Austin, "l'homme à catastrophes"; séducteur mais aussi gaffeur, menteur, alcoolique, lâche, instable, colérique, violent et j'en passe, et de surcroit le voici chômeur. Le premier mariage d'Austin s'est mal terminé, avec Betsy accidentellement noyée dans un canal. Charlotte juge l'affaire louche, depuis qu'elle a trouvé chez Austin des photos et une lettre qui semblent prouver que la jeune femme savait nager, et suggérer une liaison avec Matthew. La seconde femme d'Austin, la fragile et jolie Dorina vient de quitter la domicile conjugal pour se réfugier chez sa demi-sœur Mavis. Celle-ci, comme d'ailleurs Charlotte la tante de Gracie, espérait épouser Matthew quand il jugerait bon de revenir à Londres. Maintenant qu'il y réside, provisoirement hébergé dans la Villa dont Gracie vient d'hériter, les événements vont s'enchaîner. Mais conduisant en état d'ivresse la voiture de Matthew, Austin écrase une petite-fille, envoie à l'hôpital son père dans le coma, et casse quelques porcelaines précieuses chez son frère.
   
   Quand Dorina fait un premier pas pour se réconcilier avec son mari, elle le retrouve — manque de chance — dans les bras de sa logeuse... C'est qu'il y a du vaudeville dans cette comédie sociale (qui pour plusieurs personnages n'est qu'une tragédie). Les portes claquent, on commande un taxi, on l'annule, on se téléphone, on s'écrit beaucoup (aujourd'hui Iris Murdoch nous aurait sûrement inondés de textos). Mavis recueille Dorina et quand celle-ci fugue pour la seconde fois c'est le mari qui se retrouve chez elle. Mavis n'ose le virer parce que c'est de Matthew qu'elle attend une solution, mais le temps passe. Se peut-il que Matthew puisse se détacher de sa dulcinée à cause des problèmes de Ludwig Lefferier ? "Austin était tout simplement demeuré trop longtemps avec Mavis et l'avait contaminée". Oui, Austin est certainement toxique comme on dit aujourd'hui.
   
   "Tout cela avait été, comme tant d'autres choses dans cette histoire, le fait du hasard. Mais c'était trop beau pour n'avoir pas été aussi le fruit de l'instinct."
Le hasard est en effet si fortement sollicité par la romancière que cela donne à ce roman aux ambitions réalistes une invraisemblance à peu près permanente. C'est là son charme.

critique par Mapero




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Les compagnons du livre - Iris Murdoch

Tranches de vies londoniennes
Note :

   Iris Murdoch, si elle était un chien, serait un pitbull. Un qui ne lâche plus sa proie sitôt qu’il a refermé ses crocs dessus. Elle est romancière, alors on ne parlera pas de crocs, mais elle ne lâche pas ses personnages. A peine nés sous sa plume ils sont destinés à être mis sous l'oculaire du microscope et, à l’instar d’un entomologiste-psychologue, à voir leurs comportements et leurs évolutions décortiqués jusqu’à plus soif. Elle ne leur lâche rien.
   
   Comme en outre elle a un style très descriptif – rien n’est omis pour chaque situation de l’aspect des personnages en place et de l’environnement dans lequel ils évoluent - ça donne des romans à évolution lente et particulièrement copieux (615 pages serrées pour "Les compagnons du livre"), longs à lire. J’ai mis longtemps à lire cet ouvrage mais ne me suis pas ennuyé pour autant. Car Iris Murdoch ne raconte pas des histoires pour raconter des histoires mais s’en sert comme supports à des réflexions très profondes, sociétales comme philosophiques et, comme déjà écrit, elle ne lâche rien. Un pitbull !
   
   Londres, seconde moitié du XXème siècle, Gerard Hernshaw, Rose Curtland, Jean et Duncan Cambus, Jenkin Riderhood, David Crimond, … sont d’anciens élèves de l’Université d’Oxford, qui n’ont jamais décroché de leur relation à cette Université même s’ils sont maintenant aux portes de la retraite et qui vivent, pour certains d’entre eux, une relation si pas-fusionnelle au moins très étroite.
   Ils ont eu en leur temps d’étudiants des tendances marxistes, iconoclastes, et ont peu à peu évolué. Tous, sauf un, David Crimond, le plus exalté du lot, le plus déterminé aussi, mais qui s’avère également comme une espèce de "génie du mal", semant drame et désolation autour de lui.
   David Crimond est donc à part, il est resté étudiant attardé et s’acharne à écrire "l’ouvrage" qui fera date au XXème siècle, mêlant marxisme, philosophie et considérations diverses. L’ouvrage définitif en quelque sorte, le livre dont il est question dans le titre. Pour lui permettre de se consacrer à ce labeur et le libérer des contingences matérielles, ses coréligionnaires, même s’ils le considéraient à part, avaient créé une "Gesellschaft", une société se cotisant pour lui fournir des fonds.
   
   Cette démarche a perduré dans le temps même si les liens se sont distendus entre David Crimond, demeuré marxiste, et les autres, les "compagnons", au point qu’en réalité ceux-ci ne savent quasiment rien de l’avancement de l’ouvrage. Mais le financent pour autant.
   
   Par ailleurs Rose est depuis toujours amoureuse de Gerard, qui fait office de leader et référence du groupe. Gerard est attiré par Jenkin, Jean Cambus a par le passé quitté Duncan, son mari, pour David Crimond, et quelques autres personnages secondaires (pas si secondaires que cela en fait) et plus jeunes ; Tamar, Gulliver, Lilly, ont également des problématiques compliquées.
   
   Au moment où le roman commence, Jean Cambus va à nouveau quitter Duncan pour David Crimond. C’est un peu le coup de pied dans la fourmilière que donne Iris Murdoch et, le coup de pied donné, elle va scruter l’évolution des différents protagonistes au fil des drames ou micro-évènements qui vont survenir.
   
   Roman à évolution lente mais d’une densité incroyable, il faut de la disponibilité de temps et d’esprit pour en venir à bout. Un sacré témoignage sur une fraction de la société londonienne, une fraction qu’on qualifiera d’intellectuelle, de la seconde moitié du XXème siècle !

critique par Tistou




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