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Auteur des mois d'octobre & de novembre 2018
Iris Murdoch

   Pour les mois de octobre & novembre 2018, notre auteur sera
   
   
Iris Murdoch
   
   parce qu'il ne peut y avoir de site littéraire un peu sérieux sans que ses livres y soient au moins évoqués...
   
   Aussi, pour ce bel automne roux, sous les marrons, au fond du lit, du fauteuil, en ville, à la campagne, au sommet des montagnes, dans les trains, avions ou bus, vous pouvez choisir n'importe quel livre de
   
Iris Murdoch
   vous en régaler (ou non) et nous adresser vos commentaires. A

   
   

   
   postmaster@lecture-ecriture.com

   
   Ils seront mis en ligne ici.
   
   N'êtes-vous pas tenté, puisque vous aimez lire?
   
   N'hésitez pas. Participer à nos auteurs du mois rend plus intell cultivé.
   
   Si, intelligent aussi.

Biographie

   Iris Murdoch est une écrivaine britannique née en Irlande en 1919 et décédée en 1999.
   

Bibliographie ici présente

  La mer, la mer
  Les demi-justes
 

La mer, la mer - Iris Murdoch

Deux pour le prix d'un
Note :

   Aucun publicitaire malveillant n'a pris le contrôle de ce site, c'est simplement l'effet que m'a fait La mer, la mer d'Iris Murdoch (1978). C'est un roman assez bizarre, le Jeckyll et Hyde de la littérature.
   
   La première partie du roman raconte la retraite au bord de la mer de Charles Arrowby, célèbre metteur en scène, qui a acheté une maison à l'écart de tout sur une falaise. Il ne se passe pas grand chose dans cette première partie : Charles se baigne, bronze, nettoie sa maison, se fait à manger (on a droit au menu détaillé de ses repas simples et raffinés en même temps), se ravitaille au village le plus proche peuplé d'habitants moqueurs. Les journées passent plutôt calmement, Charles a décidé de tenir un journal-biographie et de réfléchir sur sa vie londonienne, ses amours, son travail de metteur en scène. L'enchaînement des jours est cependant parfois interrompu par des événements étranges : Charles voit un monstre marin alors qu'il se repose sur la falaise, des objets sont cassés dans la maison, il aperçoit un visage dans l'une des pièces intérieures de sa maison.
   
   Puis, brusquement, le roman change avec l'arrivée progressive de nombreuses connaissances de Charles qui apportent avec elles tous les problèmes qu'il avait voulu quitter en s'installant dans ce coin reculé. Il se trouve pris involontairement dans deux triangles amoureux, il est harcelé par deux femmes qui veulent l'épouser, son meilleur ami essaie de le tuer, un autre ami devient son serviteur, son cousin militaire et agent secret converti au bouddhisme et qui possède des pouvoirs étranges vient, lui aussi, lui rendre visite, et surtout il retrouve son premier amour, la seule femme qu'il avait voulu épouser. Malheureusement pour lui, cette femme, Hartley, la soixantaine bien sonnée, est déjà mariée avec un ancien soldat maladivement jaloux qui a imaginé que le fils qu'ils ont adopté est en fait le fils de Charles. Celui-ci se met dans la tête qu'Hartley a besoin d'être sauvée et il la séquestre dans sa maison. A tout cet embrouillamini, s'ajoute en plus le fils adoptif de Hartley, Titus, qui est à la recherche de son vrai père.
   
   Etrangement, et ce peut-être parce que je suis en vacances en ce moment, j'ai préféré la première partie du roman qui possède un côté extrêmement poétique grâce à la description du déroulement de ces journées calmes qui s'enchaînent sans trop de heurts. La deuxième partie m'a parue être trop foisonnante surtout en comparaison avec le début du roman. Je suppute que certains préféreront cependant cette deuxième partie bien plus rythmée que la première et très drôle. La mer, la mer est un très bon roman qui flirte avec différents genres romanesques et qui est farfelu à souhait.
   
   Si vous le lisez, n'hésitez pas à me dire quelle partie vous avez préférée...

critique par Cécile




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Les demi-justes - Iris Murdoch

So british !
Note :

   “The Nice and the Good”, publié en 1968, est l'un des nombreux romans de la fameuse romancière britannique, connue pour avoir intéressé son pays à l'œuvre de Sartre et avoir eu une relation avec Elias Canetti. Le titre de la traduction française essaie sans doute de situer l'œuvre quelque part dans l'existentialisme dont les Français étaient alors si fiers, mais avec la suggestion navrée d'un moyen terme entre l'idéal et le possible pour tout l'ensemble des personnages du roman. Le titre original aussi associe les valeurs et les hommes. Iris Murdoch se livre à la peinture d'un milieu aisé, principalement constitué de hauts-fonctionnaires de Whitehall — le quartier des ministères — et de leurs familles. L'action se déroule à la fois au cœur de Londres et au bord de la mer, à Trescombe House, la villa d'Octavian Grey, le plus important de ces hauts-fonctionnaires. Octavian et son épouse Kate y reçoivent amis et familiers au cœur de l'été le plus chaud qui se puisse trouver au nord du Channel. Sous le microscope de l'écrivain, se découvre un petit monde à la recherche de plaisirs égoïstes, secoué par les conséquences d'un suicide, avant de retrouver à la fin une harmonie pour le moins inattendue.
   
   L'entrée du lecteur dans le roman n'est compliquée qu'en raison de l'assez grand nombre de personnages, comme chez Balzac ou Zola. Dans son séjour balnéaire, Kate Grey, fort jolie femme, est entourée de Mary, une veuve accompagnée de son fils Pierce, de Paula Biranne séparée d'un collègue d'Octavian, venue avec ses jumeaux, Edward et Henrietta, de Theo, frère d'Octavian, revenu des Indes après une affaire mystérieuse, de Willy un ancien déporté de Dachau féru de littérature classique. Barbara, la fille de la maison, est rentrée de son pensionnat en Suisse — ce qui situe assez le niveau social du groupe — et sa jeunesse titille les sens de Pierce. Le week-end, Octavian invite à les rejoindre un ami et collègue du ministère, John Ducane, qui est le personnage central du roman.
   
   Ducane est chargé par Octavian Grey d'une enquête interne au ministère suite au suicide de Radeechy, un personnage aussi bizarre que son nom est curieux. Ducane doit chercher à savoir si des documents liés à la sécurité nationale n'auraient pas fuité dans la presse, comme pourrait le laisser penser le douteux McGrath, maître chanteur au petit pied. Radeechy, veuf depuis peu, s'est-il vraiment suicidé par chagrin? Et les messes noires qu'il organise — caves obscures, filles nues et calices de sang de pigeon…— cachent-elles quelque dangereuse organisation? Tandis que Ducane s'évertue à tirer les choses au clair, sa vie privée tangue entre Jessica son amoureuse qu'il peine à quitter, Kate dont les flirts contribuent à réveiller la libido d'Octavian, et l'aguichante Judy McGrath. Pas simple d'être conseiller juridique à Whitehall, même avec une Bentley avec chauffeur.
   
   Dans la villa du bord de mer, la vie n'est pas plus simple. Des couples pourraient se faire ou se défaire. C'est que l'intrigue imaginée par Iris Murdoch est d'une complexité folle, avec des scènes qui se répètent parfois selon un effet de miroir. Par exemple, le départ pour l'Australie de Judy avec le chauffeur de Duncane est en miroir avec le retour d'Eric, l'ex-amant de Paula, qui s'était expatrié dans ce même pays lointain après la dispute dramatique entre elle et son mari. Ou encore : l'expédition de Pierce dans une grotte marine vite obscure et menaçante est le pendant de la descente aux enfers dans les caves de Whitehall sur les lieux des messes noires de Radeechy. Outre la description des tensions psychologiques, l'auteur excelle à nous attirer vers de fausses pistes, comme à nous suggérer des attentes illusoires : il en est ainsi du passé indien de Theo, dont le dévoilement aurait pu fonder d'autres développements, ou de l'exhibitionnisme de Judy et du goût de son mari photographe pour le chantage qui auraient pu faire basculer l'action et perdre tel ou tel personnage, à commencer par le héros principal. Beaucoup ont failli... et puis non... John Ducane, comme un chat qui retombe sur ses pattes, sauve son image. Et tout est bien qui finit bien, pour ne pas citer Shakespeare... Surtout, surtout, ne pas prendre ce roman pour un polar!

critique par Mapero




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