Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

.:: Lecture & Ecriture ::.   
Auteur des mois de août & septembre 2018
Claudio Magris

   Pour les mois de août & septembre 2018, notre auteur sera
   
   
Claudio Magris
   
   parce qu'il ne peut y avoir de site littéraire un peu sérieux sans que ses livres y soient au moins évoqués...
   
   Aussi, pour ce bel été, au travail ou en vacances, au fond du lit, du fauteuil, du transat, sur la plage, à la campagne, au sommet des montagnes, dans les trains, avions ou bus, vous pouvez choisir n'importe quel livre de
   
Claudio Magris
   vous en régaler (ou non) et nous adresser vos commentaires. A

   
   

   
   postmaster@lecture-ecriture.com

   
   Ils seront mis en ligne ici.
   
   N'êtes-vous pas tenté, puisque vous aimez lire?
   
   N'hésitez pas. Participer à nos auteurs du mois rend plus intell cultivé.
   
   Si, intelligent aussi.

Biographie

   AUTEUR DES MOIS D'AOUT & SEPTEMBRE 2018
   
   Claudio Magris est un universitaire, journaliste et écrivain italien, né à Trieste en 1939.

Bibliographie ici présente

  Danube
  Une autre mer
  Enquête sur un sabre
  Microcosmes
 

Danube - Claudio Magris

Au long du fleuve
Note :

   Quatrième de couverture
   
    "Des sources en Forêt-Noire à son delta en mer Noire, Claudio Magris descend le fleuve. En touriste : il visite les paysages et les maisons, s'arrête, à Vienne, devant un simple escalier de bois. En érudit : il découvre les sites majeurs, les rites de la Mitteleuropa ; il croise, semble-t-il, Kafka, Canetti, Lukács, Joseph Roth..., de passage, eux aussi. En homme : il s'émeut, s'émerveille, s'interroge. Sous la plume d'un grand écrivain, le voyage au gré du fleuve devient aussi une grande fresque des siècles passés." 
   
   
   
    Né à Trieste en 1939, Claudio Magris est un intellectuel italien, professeur de littérature germanique, spécialiste des Habsbourg et de la culture autrichienne. Son œuvre récompensée par de nombreux prix comprend essais et romans.
   
   C’est à un long voyage que nous convie l’auteur, celui du Danube qui, parti de la forêt Noire, traverse six pays et finit sa course par un delta dans la Mer Noire. Un texte érudit mêlant Histoire, Philosophie, Littérature. Il convoque l’esprit des lieux à chaque étape de ce long périple, s’émerveille des paysages que ce grand fleuve sculpte, tantôt paisible, flâneur, tantôt violent s’engouffrant dans les Portes de fer avant son entrée en Roumanie. Un voyage à travers les siècles et notre Histoire. Fleuve mythique, à l’égal du Nil, sa source reste un mystère même si le village de Donaueschingen a été retenu comme lieu de sa naissance. «Hier entspringt die Donau».
   
    Un récit enrichissant!

critique par Michelle




* * *




 

Une autre mer - Claudio Magris

Un choix discutable mais respectable
Note :

   Soit trois amis, Carlo, Nino et Enrico, qui ont achevé leurs études secondaires à Gorizia en 1907. Ils lisent Schopenhauer, découvrent Ibsen et Tolstoi. Le roman se focalise sur l'histoire d'Enrico Mreule né en 1886 dans une famille aisée de la bourgeoisie locale. Son ami Carlo Michelstaedter fait figure d'idole car il s'est lancé dans l'étude des penseurs grecs — ils en ont discuté ensemble dans sa mansarde — et il a soutenu une thèse qui sera publiée seulement après son suicide en 1910. À cette date Enrico a fait un autre choix, un choix contraire à son ami philosophe. De même qu'il n'a pas répondu à l'invitation de Tolstoï qui prêche d'abandonner les biens matériels pour le rejoindre, et qu'il s'éloigne de ses amis de jeunesse y compris de Paula, la sœur de Carlo avec qui il aime faire de l'équitation. Le 28 novembre 1909, il a embarqué pour l'Argentine afin de fuir l'armée "k.u.k" c'est-à-dire impériale et royale pour une autre raison que politique : quoique triestin il n'est pas de ces irrédentistes qui salueront Vittorio Veneto. "Au fond, le service militaire lui est insupportable à cause du col serré de l'uniforme et plus encore à cause des bottes, lui qui dès qu'il le peut va nu-pieds".
   
    Mais l'Argentine s'avère une impasse : Enrico, qui dédaigne donner des cours à l'association Dante Alighieri, quitte Buenos Aires et perd plusieurs années à élever des chevaux de la Pampa à la Patagonie avant que Nino ne vienne l'extraire de son expérience insignifiante. "Est-ce qu'il n'aurait pas mieux valu rester simplement ensemble à discuter dans la mansarde, au besoin sans écrire, au besoin sans que même Carlo écrive ?"
   

   Enrico rentre à Trieste en 1922 et après quelques années d'enseignement au séminaire se retire sur la côte de l'Istrie, devenue italienne et y reste, une guerre plus tard, quand elle devient yougoslave.
   
    Dès lors ce qui avait été une fuite devient un détachement, un détachement du monde des hommes. Enrico décline les possibilités : de continuer à enseigner, de satisfaire une épouse (elle le quitte), de retrouver Paula devenue veuve, de s'engager (ni fasciste, ni communiste). Décrocheur, "intellectuel déserteur" comme suggère la prière d'insérer, il ne s'attache qu'à la mer qu'il contemple, en barque ou assis sur le littoral. La mer c'est l'Adriatique contemplée depuis la côte d'Istrie. À quelle "autre mer" le titre renvoie-t-il ? À une mer intérieure de calme, de retrait du monde en échange d'une vie de dépouillement et même de misère matérielle. L'auteur montre à merveille cette tentation du refus du monde en même temps qu'il fait défiler sous nos yeux le passage du temps sur Trieste et ses environs, sur une ville et des habitants bien réels même si l'étiquette de roman s'affiche sur ce livre plutôt que celle de récit.

critique par Mapero




* * *




 

Enquête sur un sabre - Claudio Magris

Sabre et goupillon
Note :

   C'est par la fiction d'une longue lettre d'un prêtre à la retraite, don Guido, à son ami don Mario archiviste de l'évêché, que se présente cette œuvre de Claudio Magris, la première traduite en France. Elle porte sur des événements de la fin de la Seconde guerre mondiale. Fin 1944, la retraite de la Wehrmacht devant l'Armée Rouge, conduisit des troupes allemandes à refluer vers des vallées alpines en Carnie au nord du Frioul, non loin de Trieste, ville natale de Claudio Magris. Parmi ces troupes figuraient des cosaques alliés du Reich : ils étaient dirigés par le général Krasnov.
   
   Piotr Nikolaievitch Krasnov est connu pour diverses raisons. Officier de la garde impériale, général tsariste en 1914, il avait brièvement crû aux promesses des révolutionnaires avant de se retourner contre les Bolcheviks durant la guerre civile à la tête des cosaques qui l'avaient élu ataman en 1918. D'autre part, à la faveur de son exil, il écrivit des romans sur la période qu'il venait de vivre, dont au moins un est encore réédité, "De l'aigle impérial au drapeau rouge", aux Editions des Syrtes. Vaincus, ces cosaques se rendirent aux Anglais en 1945, ignorant que l'un des accords secrets de Yalta prévoyait que les prisonniers russes des Alliés occidentaux seraient livrés à Staline. Krasnov fut ainsi pendu à Moscou en janvier 1947 après un procès-éclair. Son sort rejoignait alors celui du général Vlassov qui avait lui aussi placé une armée russe anticommuniste au service du Reich.
   Mais dans les vallées où ils rêvèrent d'une Kosakia, un Kosakenland promis par les nazis, ces soldats perdus laissèrent des traces. Des habitants s'imaginèrent que Krasnov y avait trouvé la mort abattu par des partisans antifascistes le 2 mai 1945 dans le val de Gorto. C'est ce qu'examine don Guido, porte-parole des recherches et des inventions de Claudio Magris. Une tombe anonyme, à côté de laquelle est retrouvée la garde d'un sabre, travaille l'imagination des gens du pays. Le vieux prêtre rapporte aussi des conversations avec don Caffaro le curé du village où ces soldats avaient brièvement vécu et suscité des légendes, y compris celle d'un trésor laissé par Krasnov.
   
   En passant, il nous est donné une jolie définition du fascisme auquel Krasnov avait cédé : "une fausse poésie, emphatique et excitée". Quelque chose comme l'opposé du style de Magris, calme, rigoureux et précis. Voilà une bonne manière d'aborder l'œuvre de l'auteur triestin.
    ↓

critique par Mapero




* * *



Bientôt Nobel ?
Note :

   Une fois, j’ai entendu qu’on disait de Claudio Magris qu’il pourrait être un futur lauréat du prix Nobel de littérature. Il ne m’a pas fallu bien longtemps pour décider qu’il fallait que je le lise. Il s’est écoulé trois ans pour que je passe à l’action (le dossier de Lire sur la littérature italienne a été le déclencheur) et trois mois pour qu’il sorte de ma Pile à Lire.
   
   Il a fallu que je choisisse un titre. Ça a été celui-là car le sujet m’étais inconnu mais m’intéressait beaucoup.
   
   Ce livre m’a d’abord surprise. C’est un genre hybride : on s’attend à une sorte de biographie mais en réalité c’est une longue lettre d’un vieux curé à un autre plus jeune, lui racontant les événements. Au lieu d’une biographie, on obtient un essai décrivant un peu les faits. Une fois que l’on sait ça, on n’a plus à s’étonner d’un style qui nous tient à distance des évènements et on ne peut qu’être impressionnée par l’intelligence des opinions données (bien sûr c’est toujours argumenté d’une manière convaincante).
   
   Cependant, c’est justement le fait de décrire si peu ce qui c’était passé qui a fait que par moment je me suis retrouvée un peu perdue (et que du coup je me suis un peu ennuyée).
   
   En conclusion, un avis mitigé. J’aurais aimé que l’auteur nous détaille un peu plus ce qu’il avait à nous dire. J’aimerais cependant continué à lire cet auteur. Connaissez-vous un titre qui pourrait me permettre de mieux comprendre le travail de Caudio Magris ?

critique par Céba




* * *




 

Microcosmes - Claudio Magris

Vagabondages autour de Trieste
Note :

   Microcosmes ? Des petits mondes ! Ceux de Claudio Magris ne se situent qu'en Italie du Nord, à Trieste et dans l'étranger proche, en Slovénie et Croatie. Autrement dit une petite part de Mitteleuropa très accessible depuis sa cité, Trieste, où il est né en 1939. Ce livre lui a valu le prix Strega en 1997. Qu'a-t-il donc de si remarquable ?
   
   Ces microcosmes commencent et finissent à Trieste, partant du Café San Marco que fréquentent de beaux esprits, pour aller jusqu'au jardin public voisin où des statues rappellent par une série de têtes les grands hommes qui ont habité ici, Joyce, Saba, Svevo… Justement, la tête de Svevo n'est plus là, ironie du sort pour celui qu'il qualifie de romancier de l'absence. Tous ces textes sont riches de descriptions paysagères et d'anecdotes portant sur des personnages représentatifs d'un village, d'un coin de montagne ou d'une île oubliée.
   
   Magris s'éloigne de sa cité pour la Valcellina, dans le Frioul, une vallée très isolée où des ancêtres paternels ont semble-t-il vécu, puis dans les Lagunes de Grado près de Trieste, tout au fond de l'Adriatique. Aujourd'hui submergée, la petite île de San Grisogono porte le nom d'un martyr décapité sous Dioclétien, ancêtre possible d'un penseur né en Dalmatie en 1861, resté un génie incompris. "Il est difficile de dire qui des deux, du martyr ou du savant, a eu le sort le plus cruel".
   
   L'auteur se souvient de vacances passées en Slovénie au Monte Nevoso avec son épouse Marisa (décédée en 1996) et ses fils Francesco et Paolo qui espéraient pouvoir rencontrer l'ours fameux qui remplit les conversations des gens du pays. Dans le texte Colline, on passe dans la région de Turin, où l'auteur a enseigné la littérature allemande, et croisé à l'université un farfelu que les Brigades rouges n'ont pas épargné. Absyrtides est consacré à des iles aujourd'hui croates où les parlers italien et croate se métissent. Et puis vient l'évocation de vacances familiales dans le Haut-Adige, alias Tyrol du sud, au bourg d'Antholz, région où la culture italienne et la culture allemande s’interpénètrent. "…il serait bon que l'aigle du Tyrol soit rôti, mangé et digéré une bonne fois pour toutes, sans qu'on n'ait plus besoin de cracher sur ses os, comme il serait temps de s'ébrouer pour se débarrasser de l'obsession polémique de la frontière…"
   
   Partout les modifications de frontières sont venu bousculer les hommes, jouant avec leur identité, altérant jusqu'à la langue de tous les jours. "La correction de la langue est la prémisse de la netteté morale et de l'honnêteté" soutient Magris pour qui "Beaucoup de filouteries et de prévarications brutales naissent quand on fait de la marmelade avec la grammaire et la syntaxe".
   Déjà au milieu du XIX° siècle, les vieux Piémontais regrettaient l'avènement de l'unité italienne et la rupture consécutive avec la Savoie patrie de la famille régnante mais désormais française. Les modifications de frontières de 1919, triomphe de l'irrédentisme, créèrent des nostalgiques du Tyrol germanophone et même des autonomistes. En 1945, la victoire de Tito ôtera Fiume aux Italiens, et réduira l'arrière-pays de Trieste. Claudio Magris n'en finit pas de récriminer contre ces redécoupages et garde la nostalgie du temps où Trieste était austro-hongroise, non par intérêt particulier pour les Habsbourg, mais par goût des espaces ouverts — rendant tous ces microcosmes plus accessibles.
   
   Il ne faut pas manquer d'indiquer qu'une grande variété thématique enrichit ces microcosmes. Ainsi l'importance du temps qui passe, inéluctable, vient-il alourdir ces propos, les rendre plus graves. Attentif aux témoignages de personnes très âgées, témoins d'une époque révolue, l'auteur montre ici une gravité qui, conjuguée à l'érudition, caractérise nettement sa manière.
   
   L'ironie de l'histoire constitue bien sûr un fil rouge dans Microcosmes. Pour participer à la construction du socialisme chez Tito, des ouvriers communistes italiens quittèrent leur pays : en 1948 la rupture de Tito avec Staline plaça ces communistes italiens — et bons staliniens qu'ils étaient — dans une situation délicate : ils se retrouvèrent dans un camp de concentration que les Italiens avaient construit au temps de Mussolini. De nombreux autres passages sont aussi des piques contre le régime titiste.
   
   La vanité des hommes enfin. On la traque jusque dans les cadrans solaires, "avec cette manie d'y graver des inscriptions pompeuses qui les proclament inéluctables, irrémédiables, irrévocables, les ont rendues arrogantes au suprême degré. Mais il suffit d'un nuage pour les faire disparaître et c'est un vrai plaisir de voir ce cadran dans l'ombre, vide, trône vacant du temps destitué".
   Elle se glisse aussi dans cette illustration d'un ouvrage imprimé à Amsterdam en 1682 qui montre le château de Pecetto (près de Turin) mais ce château n'a jamais été construit ! "Cette disparité entre le réel et son inventaire n'est pas pour déplaire à celui qui [venant de ce "nulle part" qu'on nomme Trieste] aime les choses qui ne sont pas et trouve, comme un personnage de Svevo, son destin dans l'absence."
    On a souvent avancé le nom de Magris pour le Nobel, mais jusqu'à présent il reste absent de la liste des auteurs couronnés. L'absence, encore.

critique par Mapero




* * *