Lecture / Ecriture
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Auteur des mois de juin & juillet 2018
Herbert George Wells

   Après Kipling, nous nous sommes attardés encore un peu chez les "vieux Anglais", d'autant que celui-là est le père de la Science-Fiction, le grand-père putatif d'Huxley, Orwell et quelques autres du même acabit. Cela méritait bien qu'on s'y arrête un peu.
   
   
   Tous nos "auteurs du mois" par ordre alphabétique:
   
   
Abé Kôbô - juin & juillet 2015
   Âge d'or de la Science Fiction - août & septembre 2010
   Amado Jorge - octobre & novembre 2017
   Andric Ivo - juin & juillet 2013
   Antunes Lobo António - février & mars 2010
   Austen Jane - octobre & novembre 2006
   Auster Paul - novembre 2005
   Axionov Vassili - août & septembre 2009
   Aymé Marcel - décembre 2009 & janvier 2010
   Banks Russell - décembre 2005
   Bartelt Franz- août & septembre 2016
   Bellow Saul - février & mars 2016
   Bernhard Thomas- octobre & novembre 2010
   Bissoondath Neil - décembre 2014 & janvier 2015
   Bolaño Roberto - avril & mai 2016
   Bouvier Nicolas - février 2006
   Brink André - juin & juillet 2008
   Caldwell Erskine- décembre 2017 & janvier 2018
   Charyn Jerome- décembre 2013 & janvier 2014
   Cohen Albert- juin & juillet 2006
   Cortázar Julio - avril & mai 2014
   DeLillo Don - février & mars 2011
   Dib Mohammed - avril & mai 2010
   Djebar Assia - avril & mai 2013
   Doctorow Edgar Laurence - décembre 2011 & janvier 2012
   Dos Passos John - octobre & novembre 2014
   Duras Marguerite - février & mars 2007
   Durrell Lawrence - avril & mai 2012
   Farah Nuruddin février & mars 2012
   Ford Richard - février & mars 2009
   Fuentes Carlos - avril & mai 2009
   Gary Romain- janvier 2006
   Ghosh Amitav- décembre 2016 & janvier 2017
   Golding William - juin & juillet 2014
   Grass Günter - décembre 2008 & janvier 2009
   Greene Graham - août & septembre 2012
   Handke Peter- octobre & novembre 2016
   Harrison Jim - avril & mai 2006
   Hrabal Bohumil - octobre & novembre 2012
   Irving John - août & septembre 2007
   Ishiguro Kazuo - décembre 2006 & janvier 2007
   Jorge Lidia- octobre & novembre 2015
   Kadaré Ismaïl - octobre & novembre 2008
   Kemal Yachar - avril & mai 2011
   Kipling Joseph Rudyard - avril & mai 2018
   Laclavetine Jean-Marie - octobre & novembre 2011
   Lao She - février & mars 2008
   Le Clézio Jean-Marie Gustave - mars 2006
   Leduc Violette - juin & juillet 2014
   Lessing Doris - décembre 2007 & janvier 2008
   Maalouf Amin - septembre 2005
   Magris Claudio - août & septembre 2018
   Mahfouz Naguib - avril & mai 2008
   Marsé Juan - août & septembre 2013
   McBain Ed - août 2005
   Murakami Haruki - octobre 2005
   Nabokov Vladimir - avril & mai 2007
   Naipaul Vidiadhar Surajprasad - juin & juillet 2010
   Nair Anita- août & septembre 2015
   Ȏé Kenzaburō - juin & juillet 2012
   Oz Amos - août & septembre 2008
   Ravey Yves - février & mars 2015
   Robbe-Grillet Alain - février & mars 2017
   Roth Philip - août & septembre 2006
   Rushdie Salman - juin & juillet 2009
   Sebald W. G. - juin & juillet 2011
   Shalev Meir - août & septembre 2013
   Smith Zadie- décembre 2015 & janvier 2016
   Stasiuk Andrzej - février & mars 2018
   Szabó Magda - août & septembre 2011
   Taïa Abdellah - avril & mai 2015
   Nick Tosches - avril & mai 2017
   Tournier Michel - février & mars 2013
   Valdés Zoé - octobre & novembre 2009
   Vargas Llosa Mario - juin & juillet 2007
   Vidal Gore - décembre 2012 & janvier 2013
   Vila-Matas Enrique - décembre 2010 & janvier 2011
   Volodine Antoine - février & mars 2014
   Vonnegut Kurt - juin & juillet 2016
   Wells H.G. - juin & juillet 2018
   Wright Richard - juin & juillet 2017
   Yan Lianke - août & septembre 2017
   Yourcenar Marguerite - octobre & novembre 2007

Biographie

   AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2018
   
   Herbert George Wells, plus connu sous la signature H. G. Wells est un écrivain britannique né le 21 septembre 1866 à Bromley dans le Kent, dans une famille très modeste (petits commerçants dont le magasin n'a jamais été rentable)
   
   Herbert George se rebelle violemment contre son destin d'employé de magasin. Il veut une vie plus intéressante et pour cela, se tourne vers les études, que sa famille n'a pas les moyens de lui payer.
   
   Ce sont les études scientifiques qui l''intéressent le plus, et il sera l'élève éperdument admiratif du professeur Thomas Huxley, darwiniste militant et futur grand-père d'Aldous Huxley. Pourtant, ses études tourneront court et c'est sans diplôme qu'il les interrompra.
   
   Parallèlement, il rompt avec toute religion et se passionne pour les thèses socialistes. Il conservera toujours ces idées politiques, se passionnant pour les théories de sociétés idéales. Il était frappé de voir comment les choses étaient mal organisées et rendaient tout le monde malheureux et ne cessa jamais de rechercher les modifications qui rendraient possible un monde meilleur, le but étant que chacun trouve son bonheur. Cela lui semblait très possible.
   
   Après ses études, il trouve un emploi dans un journal où il rédige des nouvelles et des articles de vulgarisation scientifique. Le succès vient très vite et il entreprend bientôt des romans. Dès le premier (The Time Machine, 1895), il connait un succès fulgurant qui ne se démentira jamais. Il est unanimement considéré comme un des pères de la science-fiction. Il fit preuve d'un esprit novateur, d'une grande imagination et sut tirer le meilleur parti de sa culture scientifique.
   
    Wells fut aussi un penseur politique influent, il rédigea de nombreux essais politiques et sociaux. Il fit même de certains des best sellers. Il rencontra et s'entretint aussi bien avec Roosevelt que Staline. Il avait déjà rencontré Lénine, Trostski, Gorki et de nombreux autres. Son humanisme et son ampleur de vue étaient respectés. Mais quand il meurt, le 13 mars 1946 , la deuxième guerre mondiale lui a fait perdre tout espoir d'une amélioration du monde humain.
   
   Joseph Altairac et Laura El Makki lui ont consacré une biographie, et David Lodge, une biographie romancée.
   
    L'œuvre de H.G. Wells étant maintenant libre de droits, vous pouvez la trouver en ebooks gratuits.
   Plusieurs liens sont donnés ici, vers le bas de la page.

Bibliographie ici présente

  L'île du docteur Moreau
  La guerre des mondes
  Les premiers hommes dans la Lune
  La machine à explorer le temps
  L'homme invisible
  M. Barnstaple chez les hommes-dieux
  Récits d'anticipation
  Les chefs-d’œuvre de H.G.Wells
  Ados: Un étrange phénomène
  Quand le dormeur s'éveillera
  Les Pirates de la mer et autres nouvelles
  Un rêve d'Armaggedon - La porte dans le mur
  Le Cambriolage d'Hammerpond Park et autres nouvelles extravagantes
  L’histoire de M. Polly
  Recueil bilingue
  Au temps de la comète
  Une tentative d'autobiographie
 

L'île du docteur Moreau - Herbert George Wells

Déroutant
Note :

   Seul survivant d'un naufrage, Edward Prendick trouve refuge sur une étrange île des mers du Sud, recueilli, avec quelques réticences, par un savant des plus singuliers, le docteur Moreau, chassé d'Angleterre pour ses expériences sur les transfusions sanguines. Mais il découvre bientôt avec horreur que l'île est peuplée de créatures monstrueuses, faites d'un ou plusieurs animaux plus ou moins humanisés, vivant sous la domination du docteur Moreau et de son assistant fort porté sur la boisson, le mystérieux Montgomery. Mais une suite d'événements inexplicables pousse peu à peu les créatures à se révolter contre la Loi que leur impose le docteur Moreau...
   
   Un roman déroutant, dénonçant l'emploi abusif et irresponsable des manipulations génétiques, près de 75 ans avant l'heure. Certes, un grand classique de la littérature, mais souvent reçu avec le sourire aujourd'hui, tant les créatures imaginées par Wells nous semblent peu crédibles et ridicules. Mais en replaçant l'oeuvre dans son contexte, on peut y voir les inquiétudes d'un homme concernant les "avancées" de la science. Les personnages restent complexes, les motivations profondes de Moreau et Montgomery n'apparaissent pratiquement que dans les derniers chapitres du roman, mais cela ne gène pas la progression de l'intrigue et contribue, au contraire, à renforcer le suspense. Les créatures sont tour à tour effrayantes, attachantes, plus humaines que les humains avant de retomber dans leur animalité et dans leurs bas instincts.
   
   Une réflexion toujours d'actualité, et menée avec brio, sur les dérives de la science et les relations de domination entre hommes et animaux.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Manipulations génétiques avant l’heure
Note :

   1896 ; c’est l’année où fut publiée « L’île du Docteur Moreau », œuvre d’anticipation s’il en est, qui préfigure un rêve de l’homme réalisé (?!) en partie par le biais des manipulations génétiques : sélectionner les meilleurs caractères d’une race pour «l’améliorer », tenter la perfection.
   
   Pas de manipulations génétiques à proprement parler sur l’île du docteur Moreau, perdue au fond du Pacifique et seulement atteinte par le narrateur Edward Prendrick, par le biais d’un débarquement sauvage décidé par le capitaine du vaisseau sur lequel il est passager. Non, pas de manipulations génétiques sur l’île mais la présence d’un savant tout aussi fou qui s’acharne par la chirurgie à tenter de transformer des animaux (ours, hyènes, singes, panthères, sangliers, …) en hommes ou en ce qui se rapprocherait le plus de l’homme.
   « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait Rabelais, nous y sommes.
   Le pauvre Prendrick échoue donc par hasard sur cette île, à l’écart des passages maritimes, île choisie par le docteur Moreau pour se livrer à une sorte de réécriture de l’œuvre du créateur.
   « Tandis que le suivais des yeux, il me revient en tête, par quel procédé mental inconscient ? une phrase qui fit retourner ma mémoire de dix ans en arrière. Elle flotta imprécise en mon esprit pendant un moment, puis je revis un titre en lettres rouges : "Le Docteur Moreau", sur la couverture chamois d’une brochure révélant des expériences qui vous donnaient, à les lire, la chair de poule. »
   

   Prendrick va s’apercevoir que d’étranges êtres peuplent cette île et que le cauchemar entrevu n’est que l’ombre de la réalité. Mais, comme dans toutes les bonnes histoires, les choses vont dégénérer et tout va devenir beaucoup plus compliqué pour Prendrick…
   
   Visionnaire, notre gaillard Wells ! Il faut dire que l’Homme et ses desseins sont tellement prévisibles… Wells n’a fait que pousser le plus loin possible l’évolution prévisible des choses.

critique par Tistou




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La guerre des mondes - Herbert George Wells

Apocalypse …
Note :

   S’il est un archétype concernant la S.F., et notamment l’idée qu’on se fait de la S.F. avec martiens, soucoupes volantes et tutti quanti … c’est bien «la guerre des mondes». Peut-être aussi du fait de son adaptation cinématographique? Néanmoins …
   
   Déjà, remettre en perspective que ce roman fut écrit par Wells en … 1898, à une époque où l’avion n’existait pas encore! Lui, H.G. Wells ne nous parle pas d’avions mais de … d’espèces d’obus dans lesquels les martiens sont propulsés et d’où ils débarquent. Un peu à la façon du Jules Verne de «De la Terre à la Lune». Donc foin de soucoupes volantes. Mais tous les archétypes qu’on retrouvera plus tard dans les romans de cette mouvance sont pratiquement là: des martiens d’une forme et d’une vie très éloignées de la forme terrestre, des sentiments hostiles vis-à-vis des Terriens, une impression d’impuissance vis-à-vis d’eux, … L’inconnu, il n’y a pas à dire, ne porte pas à la confiance et à l’optimisme!
   
   H.G. Wells ne s’attache pas vraiment à expliquer comment les martiens …, pourquoi les martiens …, ni d’une quelconque possibilité scientifique. Tout ceci ne le concerne pas et d’ailleurs il a déjà fait un sacré saut en convoquant des martiens, d’une forme inattendue, débarqués d’un obus gigantesque traversant l’espace à des vitesses inimaginables à l’époque (H.G. Wells venait d’apprendre à tenir sur une bicyclette au moment de l’écriture du roman!). Ce qui l’intéresse et qui fait le cœur du roman, c’est l’apocalypse que déclenche une telle invasion sur une civilisation telle la société anglaise fin du XIXème siècle. C’est bien ainsi qu’il faut lire le roman, de même qu’on ne peut lire «Orgueils et préjugés» de Jane Austen sans prendre en compte les mœurs de l’époque d’écriture dudit roman! Et cette invasion est rude. Face à un adversaire inimaginé – inimaginable, à l’aspect, aux moyens tout aussi hors du commun, H.G. Wells ne nous décrit pas autre chose qu’une boucherie, une «Bérézina», une mort de notre civilisation. C’est certainement cela qui est novateur dans ce roman et qui fera école pour tant d’autres œuvres qui suivront.
   
   «La guerre des mondes» reste très plaisante à lire. Pas pour des descriptions technologiques qui, évidemment, sont largement dépassées maintenant, mais pour l’étude des caractères de ses contemporains confrontés à cet évènement inouï. Allez, un petit bout pour la route:
   « Une grosse masse grisâtre et ronde, de la grosseur à peu près d’un ours, s’élevait lentement et péniblement hors du cylindre. Au moment où elle parut en pleine lumière, elle eut des reflets de cuir mouillé. Deux grands yeux sombres me regardaient fixement. L’ensemble de la masse était rond et possédait pour ainsi dire une face : il y avait sous les yeux une bouche, dont les bords sans lèvres tremblotaient, s’agitaient et laissaient échapper une sorte de salive. Le corps palpitait et haletait convulsivement. Un appendice tentaculaire long et mou agrippa le bord du cylindre et un autre se balança dans l’air.»
   
   Le mythe du martien était né, messieurs-dames!
   ↓

critique par Tistou




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Mars Attacks !
Note :

   Passionnant !
   
   Et comme ce roman a bien vieilli ! Sauf si vous êtes allergique à l'écriture classique vous allez passer un excellent moment avec cette "Guerre des Mondes" que tout le monde croit connaître, mais que peu ont vraiment lu. Eh bien, vous avez tort. Même si vous pensez connaître l'histoire (c'était mon cas), cela vaut vraiment la peine d'être lu, et, comme le souligne J. Altairac dans son ouvrage "Il semble bien qu'avant Wells, il n’existe qu'un seul texte décrivant l'invasion de la terre par des extraterrestres . (...) Et revoilà Wells dans le rôle de créateur de thèmes de science-fiction. L'invasion extraterrestre va devenir, comme le voyage dans le temps, un des motifs les plus exploités du genre."
   
   Et à propos, pourquoi Martiens" et non "Marsiens", puisqu'ils viennent de Mars ? Eh bien, je vous le dirai vers la fin de ce commentaire, vous aurez au moins appris quelque chose.
   
   Revenons à notre histoire. Nous sommes à Londres et sa proche banlieue, à la toute fin du 19ème siècle. Les Martiens, donc, débarquent près de Londres, dans des fusées (pas de soucoupe) qui atterrissent au rythme de une par jour. Les Anglais, déjà amplement persuadés de leur supériorité sur le reste du monde, ne doutent pas non plus beaucoup de l'élargir à cette nouvelle engeance. Pour l'instant, on observe, sans que cela déclenche un grand émoi dans la capitale toute proche et en répétant abondamment que la gravité bien plus forte sur Terre que sur Mars, les condamnera à une pénible et lente reptation...
   
    Et ce n'est pas faux, sauf que les Martiens n'ont jamais eu l'intention de se déplacer sur Terre, ils ont des machines, pour s'occuper de cela. Machines qui correspondent bien à ce qui est dessiné sur la couverture de l'édition Folio montrée ici. Après un temps de récupération, les machines se mettent en marche pour vaquer à leurs affaires. Les Terriens s'interposent, les Martiens les écrasent. On envoie l'armée, les canons, de plus en plus gros, d’autant que c'est vers Londres qu'ils vont. Il n'y a même pas vraiment de bataille, les envahisseurs s'en débarrassent comme nous nous débarrasserions, nous, d'insectes envahissants... et poursuivent sans y prêter plus d'attention. Les populations fuient dans la plus grande pagaille. Le pays tout entier cesse bien vite de fonctionner. Pour tout arranger, on ne tarde pas à s'apercevoir que les Martiens se nourrissent du sang des humains, et les fusées continuent d'arriver : une par jour...
   
   Le récit nous en est fait par un narrateur ressemblant énormément à Wells lui-même, qui se trouvait non loin du lieu de la chute de la première fusée et qui, d'une curiosité insatiable, tient beaucoup à observer tout ce qui se passe. A un moment, son récit est complété par celui de son frère qui se trouvait à Londres même.
   
   Par ailleurs, "Il est à mon avis absolument admissible que les Martiens puissent descendre d'êtres assez semblables à nous"... mais qui seraient beaucoup plus avancés dans l'évolution et auraient atteint un niveau qui nous réduit en comparaison, au rang d'animaux. A ce propos, Wells esquisse une prise de conscience de la réalité animale et de la nécessité qu'il y aurait à respecter en eux l'être vivant, au stade d'évolution où il est, même s'il est bien inférieur au nôtre. C'est assez avancé pour l'époque. "A coup sur, si nous ne retenons rien d'autre de cette guerre, elle nous aura cependant appris la pitié, la pitié pour ces âmes dépourvues de raison qui subissent notre domination."
   
   En cours de route, nous verrons exposée par un autre personnage, une philosophie élitiste, eugéniste et dictatoriale dont on voit à son développement que, sur ces bases qui peuvent paraître se défendre, ne peut s'installer qu'une épouvantable dictature stérile. Par ailleurs, un développement nous fera la surprise de rejoindre une idée développée dans "La machine à explorer le temps", nous aidant à mieux la comprendre.
   
   Et alors, les Martiens ont-il gagné ? Eh bien, regardez autour de vous, vous aurez la réponse. Mais alors comment ??? Pour le savoir, il vous faudra le lire. N'hésitez pas.
   
   En fin de roman, le narrateur tire la morale de la terrible leçon que les Terriens viennent de recevoir, elle tient en deux règles :
   Ne pas se prendre pour les rois de l'univers, quelque chose d'inconnu peut tomber du ciel à tout instant et nous anéantir.
   Inversement, puisqu’ils peuvent venir chez nos, nous pourrons aussi bientôt aller sur d'autres planètes et il faut y réfléchir.
   
   J'adore Wells.
   Néanmoins, je ne peux résister à vous présenter la terrible cuisine anglaise (surtout à l'époque) "Nous réparâmes nos forces en absorbant le contenu d'une boite de tête de veau à la tortue et une bouteille de vin." Ça fait envie.
   
   Hum, et donc, nos marTiens... Le nom de la planète Mars vient du latin (Mars, Martem, Martis, Marti, Marte). L'adjectif martial par exemple a la même racine. Il semble que les deux écritures (martien et marsien) aient coexisté un moment en français. Mais c'est "martien" qui s'est imposé.

critique par Sibylline




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Les premiers hommes dans la Lune - Herbert George Wells

La lune est habitée !
Note :

   Le premier homme dans la Lune ? Adam ! Il a croqué la pomme par inadvertance…
   
   Le comportement étrange d’un individu attifé de façon disparate attire l’attention de Bedford, jeune homme retiré dans le Kent après avoir subi des revers financiers.
   
   Installé à sa fenêtre, bien décidé à écrire une pièce de théâtre, qui pense-t-il devrait le remettre à flot, Bedford est un homme d’affaires qui a mal géré celles-ci, trop pressé d’engranger de l’argent sans véritablement se donner le temps de réfléchir. Les problèmes boursiers sont plus complexes qu’il le supposait, et après les mois de vaches grasses se sont imposés les mois de vaches maigres. Et il se rend compte que l’écriture, comme la bourse, ne se maîtrise pas si facilement que cela.
   
   Donc intrigué par le comportement de cet homme, il décide un jour de l’aborder. Le professeur Cavor est un homme d’habitudes, et cette interruption dans ses déambulations quotidiennes, dans ses pensées, le perturbent. Mais peu à peu, entre Bedford et Cavor, s’établit une relation, sinon amicale, du moins réconfortante pour les deux hommes. Et Cavor peut s’exprimer en toute quiétude sur ses aspirations, ses projets, même si Bedford ne comprend pas tout de ses élucubrations. Il est question d’éther, de tubes de force, de potentiel gravitationnel, d’énergie radiante, exemples à l’appui, ce qui est très confortable aussi bien pour Bedford que pour le lecteur.
   
   Bedford est attiré par le projet de Cavor, et il va même l’aider. Dans son antre Cavor travaille, avec l’aide de trois compagnons aux métiers différents mais complémentaires. L’idée est de construire une sorte de capsule constituée de plaques de verre recouvertes de tôles à base d’hélium. L’hélium est un gaz qui a démontré sa capacité puisqu’il a été utilisé pour remplir les ballons et les dirigeables.
   
   Bedford est attiré par l’appât du gain, car Cavor a dans l’idée de se propulser sur la Lune, à la recherche de matériaux rares. Et les préparatifs terminés, c’est le grand voyage organisé dans l’espace, avec à bord les deux hommes, le scientifique et le financier. Le décollage s’effectue en douceur, le voyage n’est pas perturbé, et l’alunissage est réussi. Un bon point pour la Cavorite, la capsule qui a servi a transporter les deux touristes dans l’espace.
   
   L’atmosphère n’est guère différente que sur Terre, mais il faut s’habituer à la gravitation et les deux hommes avancent parmi les cratères par sauts de puce. Il fait froid car le soleil est de l’autre côté de la Lune et lorsqu’il darde ses rayons à l’endroit où les deux hommes se trouvent, c’est la chaleur étouffante qui prédomine. Et alors, de minuscules plantes pointent le bout de leurs folioles puis prennent de l’extension. C’est le moment pour les Sélénites bergers de faire sortir pâturer des espèces d’animaux qui ressemblent à des veaux sans pattes, un peu comme les veaux marins.
   
   Cavor et Bedford vont se trouver face à des Sélénites qui ont l’aspect de gros insectes, comme des fourmis géantes, et ils connaîtront quelques démêlés, étant entraînés dans les entrailles de la Lune.
   
   Véritable roman de science-fiction, "Les premiers hommes dans la Lune" n’est pas une anticipation, puisque l’auteur place son récit au moment où il l’écrit, ou plutôt au moment où Bedford le rédige lorsqu’il rentre sur Terre.
   
   Mais si la science-fiction est le support de ce roman, deux autres points, au moins, permettent à Herbert-George Wells d’apporter sa vision du monde et de dénoncer certaines pratiques ou énoncer quelques réflexions sur l’avenir.
   
   Ainsi en ce qui concerne la science, Carvor déclare :
   "Les prêtres et les inquisiteurs du Moyen-âge avaient raison, et les modernes ont tort. Vous risquez de petites expériences et l’on vous offre des miracles. Puis, aussitôt que vous y êtes pris, vous êtes bernés et démolis de la façon la plus inattendue. Vieilles passions et nouvelles armes… Tantôt cela bouleverse votre religion, tantôt cela renverse vos idées sociales, ou vous précipite dans la désolation et la misère !"
   

   Un roman tout à fait en prise avec l’actualité, les scientifiques veulent toujours progresser, mais n’est-ce pas au détriment parfois de l’humanité ?
   
   Bedford est parti dans l’intention de se refaire une santé financière. Seulement, il déchante vite dans sa recherche de brevets et de concessions dans les cratères de la Lune. Car il y a de l’or sur la Lune. Mais Carvor idéaliste n’en est pas moins réaliste.
   
   Les gouvernements feront tous leurs efforts pour venir ici. Les nations se battront entre elles pour cette conquête et extermineront ces créatures lunaires. Cela ne fera qu’étendre et multiplier les conflits.
   
   Si Herbert-George Wells anticipe une guerre spatiale, le propos n’est en pas moins d’actualité en ce début de XXe siècle, avec la colonisation de nombreux pays africains, la recherche de matériaux précieux, le découpage des territoires, au détriment des populations qui ne demandaient rien à personne.
   
   La société sélénite n’est pas configurée de la même manière que sur Terre. Elle pourrait se répartir en divers corps de métier, leur organisme n’étant pas formé pour être polyvalent. Or quand l’un des corps de métiers n’est pas sollicité, leurs représentants sont au repos.
   
   Cela ne fait qu’éclairer la façon inconsidérée dont nous acquérons nos habitudes de penser et de sentir. Droguer l’ouvrier dont on n’a pas besoin et le mettre en réserve vaut sûrement beaucoup mieux que de le chasser de son atelier pour qu’il aille mourir de faim dans les rues. Dans chaque communauté sociale complexe, il y a nécessairement des interruptions dans l’emploi de toute énergie spécialisée, et sous ce rapport l’inquiétant problème des chômeurs est absolument aboli par les Sélénites.
   
   Un roman dont le propos est plus actuel que l’on pourrait croire, un roman qui n’a pas vieilli, malgré les soixante-dix ans, ou presque, qui séparent l’écriture de cette histoire et le grand pas pour l’humanité en juillet 1969.
   
   Les premiers hommes dans la Lune est un classique à lire et à relire, pour le plaisir et pour comparer la société actuelle avec celle des Sélénites et celle de l’Angleterre de la fin du XIXe et début XXe siècles. Et qui démonte que sous le couvert de la science et de la fiction, H.G. Wells s’intéressait aux problèmes sociétaux de son époque.
   
   La recherche frénétique de la conquête de la Lune est pour l’instant calmée, mais comme Bedford on peut se demander :
   "Pourquoi étions-nous venus dans la Lune ? Cette question se présenta à moi comme un problème embarrassant. Quel est cet esprit qui incite perpétuellement l’homme à quitter le bonheur et la sécurité, à peiner, à courir au devant du danger, à risquer même une mort à peu près certaine ?"

   
   Titre original: The First men in the Moon – 1901.
    ↓

critique par Oncle Paul




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Deux pour être précis. Deux hommes
Note :

   C’est 36 ans après "De la terre à la lune", de Jules Verne, que H.G. Wells écrit "Les premiers hommes dans la lune" (1901). Jules Verne, qui "se considérait avec modestie comme un simple anticipateur des progrès de la science", ne semblait pas avoir une haute opinion de la façon de Wells de traiter le sujet :
   "On m’a envoyé ses livres et je les ai lus. C’est très curieux et, ajouterai-je, très anglais. Mais je ne vois pas de possibilité de comparer son œuvre et la mienne. Nous ne procédons pas de la même manière. Il me semble que ses histoires ne reposent pas sur des bases très scientifiques. Non, il n’y a pas de rapport entre son œuvre et la mienne. Je vais sur la lune dans un boulet de canon lancé par un canon. Ce n’est pas une invention. Lui va dans Mars (!!) avec un aéronef qu’il construit dans un métal qui supprime la loi de la gravitation. Ca, c’est très joli, s’écrie M. Verne avec animation, mais montrez-moi ce métal. Qu’il nous le fabrique !"
   

   Il reproche clairement à Wells de prendre trop de liberté avec la science, d’imaginer ex nihilo ce qui pourrait être inventé plus tard quand Jules Verne revendique plutôt une filiation moins imaginative des progrès scientifiques.
   
   C’est que ce qu’a inventé le professeur Cavor, en Angleterre, est proprement révolutionnaire. Il a conçu dans le plus grand secret un alliage (un peu compliqué !) de métaux et d’Hélium qui permet de s’affranchir de la gravitation. Plus de gravité et hop ! plus rien ne vous retient sur terre et vous la quittez.
   
   Mais Cavor est du type doux rêveur génial et c’est sa rencontre avec Bedford, un jeune homme un peu aventurier, rêveur aussi dans son genre mais rêvant à la richesse (il est exilé sur la lande anglaise pour écrire une pièce de théâtre et ainsi devenir riche !). L’association des deux va cristalliser l’idée d’aller sur la lune. Pour la performance pour Cavor, dans l’idée de devenir riche pour Bedford.
   
   Ils vont donc y aller et nous allons, avec eux, découvrir une lune que nous n’avons pas encore été capables de découvrir puisque, tenez-vous bien, Cavor et Bedford vont y découvrir une civilisation, plutôt avancée, et qui vit largement sous la surface de la lune (c’est probablement pour cela que ceux qui s’y sont aventurés n’ont rien découvert, encore …).
   
   Interactions avec une civilisation nouvelle, des êtres nouveaux, tout ceci dans un contexte physique des plus hostiles, H.G. Wells nous développe tout cela avec même, in fine, le retour de Bedford sur terre et des communications avec Cavor resté dans la lune.
   
   J’ai l’impression de préférer quand même le Wells traitant de mondes parallèles, plus potentiellement "poétiques", à cette œuvre d’anticipation aux pieds trop ancrés dans la technique. N’empêche qu’un métal ou un enduit qui permettrait de s’affranchir de la gravitation, ça reste révolutionnaire comme idée !

critique par Tistou




* * *




 

La machine à explorer le temps - Herbert George Wells

La quatrième dimension
Note :

   Que l'homme puisse trouver un moyen de voyager dans le temps, aussi bien le futur que le passé, est un des concepts de science fiction les plus porteurs. C'est vrai que cela réalise des désirs que l'homme a toujours éprouvés : voir ce qui va arriver ou corriger le passé. Cette trouvaille a fait florès, elle est maintenant dans absolument tous les esprits comme possibilité fictive, et à ce titre, souvent évoquée, même dans les conversations courantes. Mais sait-on que c'est H.G. Wells qui l'a inventée ? Avant lui, il y avait bien eu quelques incursions temporelles par le rêve par exemple , mais il fut le premier à inventer LA Machine qui allait rationaliser et contrôler tout cela.
   
   Il l'avait depuis longtemps, cette idée. Il avait rédigé une première nouvelle d'ailleurs inachevée et publiée dans le journal scolaire, "The chronic Argonauts". Cela tourna donc court, mais Wells tenait à l'idée, aussi la retravailla-t-il à plusieurs reprises durant les années qui suivirent, sans jamais y renoncer... au point d'en rédiger huit versions pour arriver à celle que nous connaissons et qui le projeta tout de suite parmi les maitres de la littérature de SF. Wells démarrait ses "scientific romances".
   
   H.G. Wells était un scientifique. Il a enseigné la biologie et mena une belle carrière de journaliste scientifique. Son apport à la SF a été de lui donner cet air rationnel qui aide l'imagination à presque croire que "c'était possible". Aussi, ici, par exemple, décrit-il sa machine avec une apparence de précision. Nous sommes au 19ème siècle, alors quand il en énumère les matériaux, bois précieux, cristal, ivoire, il augmente la crédibilité par cette nécessité de matériaux rares. Aujourd'hui, on ferait pareil, mais en citant les dernières trouvailles de la science. Il donne à sa description un aspect le plus technique possible, prenant le contrepied des récits précédents où ce voyage dans le temps était lié à la nébulosité floue du trouble de conscience. Ici, au contraire, tout est le plus net possible. Il a une théorie "scientifique" à la disposition de sa fiction : le temps est une quatrième dimension : comme une ligne le long de laquelle nous avançons, mais ne pourrait-on pas modifier notre progression sur cette ligne ? Ici, justement, si. Notre savant-fou, ayant donc mis sa machine au point, n'hésite pas à tenter lui-même l'aventure, pire, lors du premier voyage, il le fait sans rien dire à personne. Et le voilà parti ! Dans le futur. L'année 802 701. Rien que cela ! Wells avait d'abord mis un futur plus proche avant de réaliser, lui le darwiniste, que des modifications importantes de l'humain nécessitait des délais très longs.
   
   C'est là qu'intervient la seconde passion de Wells, et son deuxième talent : son penchant pour les sciences humaines et sociétales. Il va utiliser ce voyage pour donner vie à un monde effroyable ou l'humanité ce sera scindée en deux espèces : les beaux, gentils et terriblement moutonniers et les affreux, intelligents et destructeurs, qui les exploitent comme du gibier. On peut, à son goût, le prendre au sens littéral ou le voir comme si Wells avait poussé à son paroxysme le concept d'exploitation de l'homme par l'homme.
   
   Notre hardi explorateur fera d'autres expéditions, mais le voyage dans le temps n'est pas sans danger, bien au contraire...
   
   Il faut l'avoir lu, au moins une fois.

critique par Sibylline




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L'homme invisible - Herbert George Wells

L’anneau de Gygès
Note :

   Se rendre invisible : c’est ce qu’a réussi à faire un jeune chimiste impécunieux, dans ce célèbre roman considéré comme un classique de la science-fiction.
   
   Griffin, comme il l’expliquera à un de ses condisciples retrouvé, dont il espère faire son complice, s’est focalisé sur ce type de recherche, parce qu’il est albinos : cette anomalie le conduit à faire des recherches sur les phénomènes de réflexion et réfraction des rayons lumineux et les mécanismes de ce qu'on appelle perception visuelle. L’absence chez un individu comme lui de mélatonine aurait favorisé son devenir "invisible"!
   
   Au-delà de ses théories loufoques, les albinos étant mis à l’écart, voire persécutés, on sent bien qu’il aspire à l’invisibilité pour ne plus être remarqué. C’est pourtant l’inverse qui se produira. Et l’urgence de tester sa découverte sur lui-même, lui est dictée par le désir d’échapper aux nombreuses dettes qu’il a contractées…
   
   L’homme invisible est d’abord un homme en fuite, et le récit est largement l’histoire de sa cavale. le début de l'intrigue, son séjour à l'auberge d'Iping, petite ville du sud de l'Angleterre, est un mélange de burlesque et d'humour noir, ses agissements, et les réactions des gens vont d'abord amuser le lecteur ; l'effet d'étrangeté qui, peut-être prévalait il y a un siècle, n'est plus guère de mise de nos jours. Cependant, le roman va vite devenir une haletante course-poursuite très bien menée.
   
   L'intérêt est relancé lorsque Griffin se révèle un dangereux délinquant, rêvant de devenir maître du monde !
   
   Etre invisible, voir sans être vu, est un fantasme vieux comme le monde. On ne peut s'empêcher d'évoquer la légende grecque de l’anneau de Gygès : ce berger tombant par hasard sur un anneau qui rend invisible réussit à s’emparer du trône et à en évincer le roi. La destinée de Griffin qu’on relit avec un mélange de peine et de soulagement est bien différente…
   
   Un personnage complexe, des seconds rôles bien campés, de l'action et du suspens, c'est là un classique qui vieillit plutôt bien.
   ↓

critique par Jehanne




* * *



Lutte à mort
Note :

   "L'homme invisible" a été le troisième roman de science-fiction qu'H.G. Wells a écrit, après "La machine à explorer le temps" et "L'ile du Dr Moreau". Et là encore, comme dans La Machine, il a mis le doigt sur un vieux rêve de l’humanité : l'invisibilité – et mieux, il l'a comblé. Un rêve que tous les hommes partagent. Combien de fois avons-nous dit ou songé "J'aimerais être une petite souris (ou invisible) pour savoir ce q...", Etre là où on peut voir, entendre, faire tout ce que l'on veut, sans que personne ne le sache. Dès l'antiquité, l'homme en a rêvé, et en cette fin de 19ème siècle, Wells allait arriver à faire presque croire à ses contemporains que les foudroyants progrès de la science que leur époque connaissait, allaient permettre de le réaliser, voire, l'avaient déjà permis à certains génies... C'est que notre auteur, journaliste de vulgarisation scientifique à cette époque, maîtrise assez bien son sujet pour lui faire prendre au maximum les apparences d'une possibilité scientifique réaliste. Il s'appuie sur de vraies recherches, et glisse juste, le petit bémol fictionnel qui leur permettrait d'avoir pour conséquence l'invisibilité. C'est la base de la science-fiction (comme son nom l'indique) et le lecteur n'en demande pas plus. Cela lui suffit pour embarquer dans la grande aventure et suivre Griffin, l'homme invisible.
   
   Ce qui, à mes yeux, fait l’intérêt du livre, en dehors de cette mine de possibilités qu'est l'invisibilité, c'est la psychologie des personnages. Griffin, notre homme invisible, est un cas ! Si Wells s'était contenté de nous montrer, par l’entremise d'un gentil héros, toutes les aventures qu'un homme invisible pouvait connaître, cela aurait encore été amusant, mais son roman aurait été bien inférieur. Loin de là, il s'est choisi un personnage principal dont le moins qu'on puisse dire est qu'il a une forte personnalité, atypique et malcommode, et il l'a laissé l'exprimer. Du coup, la tension est tout de suite très forte, et loin du ronron d'un conte, on se trouve dans une histoire où tout est possible et où l'on se demande toujours jusqu'où cela ira.
   
   C'est vrai que Griffin est peu sympathique, malhonnête, voire criminel... Il a dès le départ, le chic pour se faire détester de tous, même des chiens. C'est qu'il déteste tout le monde, lui aussi. Le monde l'agace, il ne supporte personne et il est blessant avec tous. Mais la société en a tout autant à son égard. Pour ma part, je vois aussi Griffin comme un surdoué caractériel qui a toujours pâti de sa non conformité à la norme (d'autant qu'il est albinos) et qui maintenant, entend tirer tout le parti possible de sa trouvaille (jusqu'à la pire mégalomanie). Du moins, au départ. La situation difficile dans laquelle il se trouve lui met les nerfs à vif, ce qui n'améliore pas sa patience. Son état physique n'est pas fameux et se détériore. Evidemment, à un moment, d'excès en excès, il dérape dans la folie... (D'ailleurs, n'en fallait-il pas dès le début pour expérimenter sur lui-même son produit ?) Mais, comme on le verra, là encore, le monde ne lui fera pas de cadeau. Il s'estime au dessus des lois, mais de toute façon, il n’avait plus sa place dans le monde (à part comme bête de foire). Il vole, on le trahit, il tue, on le poursuit comme du gibier... Il y a beaucoup de violence dans ce roman, de pression, d'injustice, d'abus. De part et d'autre. Tout le monde abuse de son pouvoir dès qu'il en a un et la vox populi n'est pas plus tendre que lui. Griffin, s'y prend mal, il ne maîtrise rien. Il a un gros QI, mais un petit QE*, on sait maintenant que c'est un mauvais mélange...
   
   Ceux qui croient que Wells est un auteur pour enfant se trompent lourdement.
   
   * Quotient émotionnel
    ↓

critique par Sibylline




* * *



Que diable faire de l’invisibilité ?
Note :

   C’est l’impression que donne la lecture de cet « homme invisible ». Que H.G. Wells a posé comme postulat « que diable pourrait-il se passer si l’on acquérait l’invisibilité » et qu’il a planché là-dessus sous la forme d’un roman. Qui en a inspiré plus d’un par ailleurs après lui. Mais j’ai bien l’impression qu’il avait défriché l’essentiel...
   
   Un dénommé Griffin qui avait attaqué des études de médecine a bifurqué sur la Physique, et notamment l’étude de la lumière. Ce faisant il développe une théorie sur l’invisibilité - que H.G. Wells nous explique ! – et parvient à la mettre en pratique. Homme instable et colérique, poussé à bout par son logeur inquiet de ce qui se trame chez ce locataire particulier, il passe à l’acte et se rend invisible.
   
   Commence alors la partie intéressante du roman au cours de laquelle H.G. Wells passe en revue les différents inconvénients que rencontrerait un homme placé dans une telle situation. D’autant que cet homme, Griffin, s’il est un génial physicien, n’est pas des plus équilibrés et est prêt à toutes sortes d’indélicatesses, puis de méfaits et de crimes pour son propre intérêt.
   
   Tout ceci finit par une lutte sans merci entre l’homme invisible (et nuisible) et la population de Port-Burdock où il a fini par retrouver le docteur Kemp, par hasard, un de ses anciens coreligionnaires. Docteur Kemp qui se rend rapidement compte de la dangerosité de Griffin et lance la chasse.
   
   Dans ce cas précis, H.G. Wells fait carrément dans la catégorie « savant fou », un peu comme le docteur Moreau de « L’île du docteur Moreau ». Une preuve s’il en était besoin que le progrès scientifique pour le progrès scientifique n’a pas vraiment de sens. Ou, comme le dit Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

critique par Tistou




* * *




 

M. Barnstaple chez les hommes-dieux - Herbert George Wells

Mondes parallèles
Note :

   En "papa" de la S.F., H.G. Wells se pose là ! Je ne sais pas si le concept, en roman d’anticipation, des mondes parallèles avait déjà été développé avant 1923, date de la parution de "M. Barnstaple chez les hommes-dieux", mais il est ici ouvertement traité. Et d’une manière qui laisse peu d’initiatives nouvelles à ceux qui voudront reprendre le concept.
   
   M. Barnstaple, obscur rédacteur même-pas-en-chef d’une obscure publication à Londres, qui vit mal manifestement son "tournant de la cinquantaine" et qui s’embête dans sa vie "comme un rat mort" décide, un peu à l’insu de tout le monde (et notamment sa femme, ses fils), de prendre quelques jours de vacances, seul, pour tenter de se retrouver.
   
   Le voilà parti dans sa petite auto ("Péril jaune" qu’il l’appelle !) quand, au détour d’un chemin de campagne il se retrouve projeté loin de la route de Maidenhead, près de Slough, sur laquelle il circulait :
   "Soudain, comme par l’effet d’un choc, sa voiture dérapa. Elle dérapa si violemment que, pendant une minute ou deux, il perdit la tête. Il oublia tout à fait la conduite à tenir quand une auto dérape. Il crut se rappeler vaguement qu’on doit incliner le volant dans la direction où l’on glisse, mais son trouble ne lui permit pas de reconnaître cette direction.
   Plus tard, il se souvint qu’à ce moment il avait entendu un bruit, le même exactement qui résulte d’un excès de pression ; le bruit sec, comme d’une corde de violon cassée, qu’on entend au début ou à la fin d’une anesthésie.
   Il lui avait semblé se retourner vers la haie, sur sa droite, et maintenant, en face de lui, il retrouvait la route ! Il toucha l’accélérateur, puis il ralentit et stoppa. Il stoppa, au comble de l’étonnement.
   La route n’était plus du tout ce qu’elle était une demi-minute auparavant. Les haies avaient changé, les arbres s’étaient transformés, Windsor Castle s’était éclipsé. Compensation légère, M. Barnstaple revoyait la grande limousine. Elle était arrêtée, à la distance d’environ deux cents yards, sue le bas-côté de la route."
   

   Il n’est pas seul, en effet, une autre berline avec quatre autres personnes. Et pas des moindres puisque l’une d’elles est Cecil Dunleigh, le "chef du Parti Conservateur, politicien distingué, homme et philosophe éminent". En fait, on s’apercevra plus loin que d’autres "terrestres" auront aussi connu cette translation de monde, puisque c’est de ceci dont il s’agit.
   
   Ils sont arrivés dans un monde parallèle, sensiblement plus évolué que le nôtre et tout le plaisir que prend H.G. Wells dans l’écriture de ce roman consiste à imaginer de quelles manières les tares de la civilisation occidentale du début du XXème siècle pourraient être gommées, corrigées. Car c’est bien de cela qu’il s’agit plus que d’une histoire elle-même. H.G. Wells se fait manifestement grand plaisir à mettre en exergue les dérives et mauvais côtés de notre société et à imaginer de quelles manières on pourrait y apporter remèdes : Communisme (le Communisme idéal, pas celui des bolcheviks de 1920) et Anarchie pas loin.
   
   C’est pour toutes ces considérations qu’on prend grand intérêt à suivre les tribulations de M. Barnstaple dans son "Péril jaune"...

critique par Tistou




* * *




 

Récits d'anticipation - Herbert George Wells

4 romans, 23 nouvelles
Note :

   Le recueil référencé 9782715215573 et dont la photo est ci-contre, contient
   
   Romans :
    La Machine à explorer le temps* - L'Île du docteur Moreau* - La Guerre des mondes* - Quand le dormeur s'éveillera*.
   
   Nouvelles :

   L'Homme volant - La Tentation d'Harringay - La Chambre rouge - Les Pirates de la mer - Les Argonautes de l'espace - Dans l'abîme* - L'Histoire de feu M. Elvesham* - Sous le bistouri - La Pomme - L'Homme qui pouvait accomplir des miracles* - L'Étoile* - L'Œuf de cristal* - Un Étrange phénomène* - L'Aviateur Filmer - La Vérité concernant Pyecraft - La Plaine des araignées - Le Nouvel Accélérateur - Le Bazar magique - Le Corps volé - Un Rêve d'Armaggédon - Le Pays des aveugles - La Porte dans le mur* - Une Vision du jugement dernier.
   
   * signifie que vous le trouverez à gauche ou ci-dessous.
   ↓

critique par *Postmaster




* * *



L'Homme qui pouvait accomplir des miracles
Note :

   Cette nouvelle nous conte l'aventure d'un homme, qui, comme le titre l'indique dès l'abord, pouvait faire des miracles. Mais il ne le savait pas encore, d'ailleurs, pour tout dire, c'est en soutenant haut et ferme devant ses compagnons de comptoir que les miracles étaient impossibles, qu'il se prouva le contraire. Alors que ses amis de pub qui, l'instant d'avant soutenaient leur réalité, ne crurent pas un instant qu'il venait d'en accomplir un et lui reprochèrent fort son mauvais tour... Ainsi va le monde.
   
   Chassé de la taverne, notre faiseur de miracles teste ses capacités en des expériences de plus en plus ambitieuses, mais sans jamais prendre le temps de réfléchir à ce qui se passe et moins encore aux possibles conséquences de ses actes. D'abord timoré dans ses expériences, il ne tardera pas à ne plus y mettre la moindre limite mais... où tout cela nous mène-t-il ?
   
   Vous le saurez en lisant cette nouvelle plus distrayante que philosophique, qui date de 1898, période où H.G. Wells fournit beaucoup de nouvelles à divers magazines. Elles n'étaient pas toutes d'une profondeur révolutionnaire, tout en prêtant tout de même à réflexion. L'originalité est ici moins totale que souvent avec Wells. Les contes de vœux omnipotents sont vieux comme le monde, mais ils sont généralement limités à trois, ici, le pouvoir est illimité et on ne parle pas de magie, mais de miracle...
   Et vous? Jusqu'où iriez-vous si vous pouviez faire tout ce que vous voulez? Moi, je
   
   PS : Un film a été tiré de cette nouvelle en 1936 Wells en rédigea les dialogues.
    ↓

critique par Sibylline




* * *



Dans l'abîme
Note :

   Titre original, « In the Abyss », plus parlant...
   
   C’est cinq ans avant l’écriture de "Les premiers hommes dans la lune" qu’H.G. Wells écrit cette nouvelle, aux antipodes en quelque sorte du roman cité puisque cette fois c’est dans les abysses qu’H.G. Wells qu’envoie Elstead, dans une espèce de pré – sous marin ou pré –bathyscaphe de sa conception.
   
   "L’objet de leur conversation était une immense boule d’acier, d’un diamètre extérieur d’environ neuf pieds, et qui semblait être le projectile de quelque titanique pièce d’artillerie ; elle était fort laborieusement nichée dans un échafaudage monstrueux, élevé dans la charpente du vaisseau.../…
   En deux endroits, l’un au-dessus de l’autre, l’acier faisait place à une couple de fenêtres circulaires, fermées d’une paroi de verre d’une épaisseur énorme, et l’une d’elles, enchâssée dans un cadre d’acier d’une grande solidité, se trouvait pour l’instant en partie dévissée."
   

   Elstead va plonger dans cette sphère au fond de l’océan, à cinq miles de profondeur, une profondeur à laquelle la pression exercée fait craindre le pire à ceux qui l’accompagnent. Mais Elstead est un aventurier, il a calculé ses risques, il plongera donc...
   
   La suite ? Un parallèle (aux antipodes) en quelque sorte aux "premiers hommes dans la lune" puisque, contre toute attente, Elstead et son engin d’acier se retrouvent dans un monde peuplé de créatures étranges mi-poissons mi-humaines, qui vont manifestement l’adorer à l’instar d’un dieu descendu sur terre, je veux dire "sous mer". Ils vont pousser l’engin, et Elstead dedans, jusqu’à ce qui pourrait ressembler à une ville sous-marine abritant ces créatures étranges. Ils se prosternent devant lui, sont manifestement en adoration et Elstead qui se voit mourir faute d’oxygène au fond des abysses ne doit son salut qu’à l’usure de la corde qui retenait la sphère. Il remonte à la surface et peut faire la narration de ce qui constitue la nouvelle. Merci M. Elstead pour ces nouvelles du fond des abysses. Hélas, il repartira pour une seconde plongée...
   
   A mon avis, là-bas en bas ils attendent toujours les successeurs d’Elstead !
   ↓

critique par Tistou




* * *



L’œuf de cristal
Note :

   Un œuf, mais pas de poule en vue.
   
   Nouvelle de science fiction, "L’œuf de cristal" nous fait entrer dans la petite boutique d'un antiquaire, Mr Cave, sur les pas d'un clergyman et d'une de ses connaissances. Il a vu en vitrine un bel œuf de cristal qui lui semble avoir toutes les qualités pour décorer son intérieur. Quand il interroge le vieil antiquaire sur le prix de l'objet, il a la surprise de s'entendre réclamer une forte somme, mais l'attrait de l’œuf est si grand, qu'il accepte. Il s'entend alors répondre qu'en fait, l'œuf de cristal ne peut lui être vendu car il a déjà été retenu.
   
   Intervient alors l'énergique et peu agréable épouse de l'antiquaire qui exige la vente de l'objet. Le commerçant ne peut obtenir qu'un report de deux jours...
   
   Derrière les scènes de ménage qui s'ensuivent, le lecteur le moins perspicace aura deviné que cet œuf doit avoir quelque chose de particulier, de très particulier même. Nous découvrirons quoi, sur les pas de Mr Cave et d'un jeune aide-préparateur à St Catherine's Hospital, passionné de choses scientifiques, Mr Wace, dont il s'est fait un allié.
   
   Le lecteur plus averti remarquera beaucoup de similitudes entre ce Mr Wace et le jeune préparateur passionné de sciences que fut H.G. Wells, et pas seulement la proximité phonétique des noms.
   
   C'est une nouvelle intéressante dont on peut imaginer que l'idée a été inspirée à Wells par les prémices d'une invention qui allait bouleverser le monde... mais bien plus tard. Ajoutez-y quelques Martiens, et la sauce prend très bien quand on mélange avec ce vieux monde victorien. Ça a même beaucoup de charme.
    ↓

critique par Sibylline




* * *



L'étoile
Note :

   Neptune est heurtée par une énorme masse lumineuse venue des confins de l'espace. La collision est colossale. Les deux astres se mêlent. Mais cet accident énorme a modifié les trajectoires d'autres étoiles et la foule qui observe les événements, d'abord avec une simple curiosité, puis avec un intérêt scientifique, puis avec crainte, constate que la lune a changé d'orbite et qu'elle se rapproche de la terre. D'autres astres voient également leurs trajectoires modifiées, avec les conséquences physiques que tout cela peut avoir...
   
   Nous avons ici un récit catastrophe. L'auteur veut frapper son lecteur pour bien lui marteler que nous qui nous croyons si forts et omnipotents, et notre terre elle-même, sommes en fait fragiles et à la merci d'un simple hasard cosmique.
   
   HG Wells parsème le récit de ce qui se passe dans l’espace, de multiples scènes minuscules (une ligne parfois) mais très imagées, du quotidien terrien habituel. Il les montre tels des millions de fourmis très occupés à leurs minuscules affaires "importantes" sous l'infini des cieux et l'infinité de ses possibles. Comme il le dira un an plus tard dans "La guerre des mondes", il ne faut pas se prendre pour les rois de l'univers, quelque chose d'inconnu peut tomber du ciel à tout instant et nous anéantir.
   
   En attendant, il décrit amplement tous les catastrophiques effets terrestres de la moindre perturbation de l'univers proche, et en l’occurrence, du frôlement de la terre par Neptune et l'astre inconnus mêlés : déluges, raz de marée, changements extrêmes de températures, irruptions volcaniques, tremblements de terre etc.
   
   Pour enfoncer le clou, il imagine des Martiens observant la terre et ne voyant là qu'un intéressant phénomène sans grande importance, un peu comme quand nous voyons une explosion solaire. Ce qui cause des millions de morts sur terre peut sembler anodin vu de très loin. Simple question de point de vue...

critique par Sibylline




* * *




 

Les chefs-d’œuvre de H.G.Wells - Herbert George Wells

Anthologie
Note :

   Le recueil référencé 9782258074064 et dont la photo est ci-contre, contient
   
   
   Romans :
   La Machine à explorer le temps *
   Une histoire des temps à venir *
   Les Premiers Hommes dans la Lune *
   La Guerre des mondes *
   L'Ile du docteur Moreau *
   L'Homme invisible *
   Barnstaple chez les hommes-dieux *
   
   Nouvelles :

   L'étoile *
   Dans l'abîme *
   L’œuf de cristal *
   Le nouvel accélérateur
   L'histoire de Plattner
   Le corps volé
   Sous le bistouri
   Un reve d'Armaggedon
   Un étrange phénomène *
   La porte dans le mur *
   Skermesdale au pays des fées *
   
   * signifie que vous le trouverez à gauche ou ci-dessous.
   ↓

critique par *Postmaster




* * *



Dans l’abîme
Note :

   Titre original, « In the Abyss », plus parlant...
   
   C’est cinq ans avant l’écriture de "Les premiers hommes dans la lune" qu’H.G. Wells écrit cette nouvelle, aux antipodes en quelque sorte du roman cité puisque cette fois c’est dans les abysses qu’H.G. Wells qu’envoie Elstead, dans une espèce de pré – sous marin ou pré –bathyscaphe de sa conception.
   
   "L’objet de leur conversation était une immense boule d’acier, d’un diamètre extérieur d’environ neuf pieds, et qui semblait être le projectile de quelque titanique pièce d’artillerie ; elle était fort laborieusement nichée dans un échafaudage monstrueux, élevé dans la charpente du vaisseau.../…
   En deux endroits, l’un au-dessus de l’autre, l’acier faisait place à une couple de fenêtres circulaires, fermées d’une paroi de verre d’une épaisseur énorme, et l’une d’elles, enchâssée dans un cadre d’acier d’une grande solidité, se trouvait pour l’instant en partie dévissée."
   

   Elstead va plonger dans cette sphère au fond de l’océan, à cinq miles de profondeur, une profondeur à laquelle la pression exercée fait craindre le pire à ceux qui l’accompagnent. Mais Elstead est un aventurier, il a calculé ses risques, il plongera donc...
   
   La suite ? Un parallèle (aux antipodes) en quelque sorte aux "premiers hommes dans la lune" puisque, contre toute attente, Elstead et son engin d’acier se retrouvent dans un monde peuplé de créatures étranges mi-poissons mi-humaines, qui vont manifestement l’adorer à l’instar d’un dieu descendu sur terre, je veux dire "sous mer". Ils vont pousser l’engin, et Elstead dedans, jusqu’à ce qui pourrait ressembler à une ville sous-marine abritant ces créatures étranges. Ils se prosternent devant lui, sont manifestement en adoration et Elstead qui se voit mourir faute d’oxygène au fond des abysses ne doit son salut qu’à l’usure de la corde qui retenait la sphère. Il remonte à la surface et peut faire la narration de ce qui constitue la nouvelle. Merci M. Elstead pour ces nouvelles du fond des abysses. Hélas, il repartira pour une seconde plongée...
   
   A mon avis, là-bas en bas ils attendent toujours les successeurs d’Elstead !
   ↓

critique par Tistou




* * *



L’œuf de cristal
Note :

   Un œuf, mais pas de poule en vue
   
   Nouvelle de science fiction, "L’œuf de cristal" nous fait entrer dans la petite boutique d'un antiquaire, Mr Cave, sur les pas d'un clergyman et d'une de ses connaissances. Il a vu en vitrine un bel œuf de cristal qui lui semble avoir toutes les qualités pour décorer son intérieur. Quand il interroge le vieil antiquaire sur le prix de l'objet, il a la surprise de s'entendre réclamer une forte somme, mais l'attrait de l’œuf est si grand, qu'il accepte. Il s'entend alors répondre qu'en fait, l'œuf de cristal ne peut lui être vendu car il a déjà été retenu.
   
   Intervient alors l'énergique et peu agréable épouse de l'antiquaire qui exige la vente de l'objet. Le commerçant ne peut obtenir qu'un report de deux jours...
   
   Derrière les scènes de ménage qui s'ensuivent, le lecteur le moins perspicace aura deviné que cet œuf doit avoir quelque chose de particulier, de très particulier même. Nous découvrirons quoi, sur les pas de Mr Cave et d'un jeune aide-préparateur à St Catherine's Hospital, passionné de choses scientifiques, Mr Wace, dont il s'est fait un allié.
   
   Le lecteur plus averti remarquera beaucoup de similitudes entre ce Mr Wace et le jeune préparateur passionné de sciences que fut H.G. Wells, et pas seulement la proximité phonétique des noms.
   
   C'est une nouvelle intéressante dont on peut imaginer que l'idée a été inspirée à Wells par les prémices d'une invention qui allait bouleverser le monde... mais bien plus tard. Ajoutez-y quelques Martiens, et la sauce prend très bien quand on mélange avec ce vieux monde victorien. Ça a même beaucoup de charme.
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critique par Sibylline




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Mr Skelmersdale au Pays des Fées
Note :

   Paradis perdu
   
   A l’instar de "La porte dans le mur" ou "Un étrange phénomène" ou encore "M. Barnstaple chez les hommes-dieux", il est question de passage d’un individu de notre monde à un monde parallèle, une autre dimension, la quatrième. En l’occurrence ici ; le Pays des Fées...
   Skelmersdale, jeune homme, vient de connaître une désillusion amoureuse. Millie vient de lui signifier qu’il l’avait déçue et qu’elle ne souhaitait pas le revoir. Perturbé, il va s’allonger sur une butte, un tertre, c’est la nuit de la Saint Jean, il s’y endort :
   "C’est avec cette sorte de tourment dans l’esprit que Mr Skelmersdale grimpa sur la Butte et, d’une façon inexplicable, après un assez long temps sans doute, il s’y endormit.
   Au réveil, il se trouva couché sur un gazon d’une douceur extrême, à l’ombre d’arbres fort sombres qui cachaient complètement le ciel. D’ailleurs, il semble que le ciel soit perpétuellement caché au Pays des Fées : à part une nuit où les fées dansèrent, Mr Skelmersdale, pendant tout son séjour chez elles, ne vit pas une étoile. Pour cette nuit unique, je me demande s’il était réellement au Pays des Fées, ou s’il n’était pas plutôt au-dehors, au milieu des roseaux, dans les prairies basses qui bordent la ligne du chemin de fer."
   

   Il se retrouve donc dans un hypothétique Pays des Fées, pris en main par une très charmante fée qui lui confie que c’est elle qui l’a fait venir et qu’en fait elle est très attirée par lui. Skelmersdale, encore sous le coup de sa déception amoureuse d’avec Millie ne veut pas tourner la page. Il va résister aux avances de la fée pour s’apercevoir, au moment précis où elle le renvoie dans le monde réel qu’en fait Millie n’est plus rien pour lui, que c’est la fée qui a capturé son cœur. Mais bien sûr il est trop tard, un peu comme dans "La porte dans le mur" une occasion s’est présentée, vous n’avez pas su la saisir et le restant de votre vie en est bouleversé. Sentiment d’autant plus intense qu’il s’agit ici d’une occasion en lien avec un monde situé dans une autre dimension. Rien que ça !
   
   La thématique des mondes parallèles est indéniablement une source d’inspiration importante pour H.G. Wells. "Mr Skelmersdale au Pays des Fées" a été écrit en 1901. Il préfigure lui aussi un peu (comme "La porte dans le mur") le roman de fin de vie "M. Barnstaple chez les hommes-dieux".
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critique par Tistou




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Une histoire des temps à venir
Note :

   Au XXIIème siècle
   
   Voici ce que pouvait écrire un homme doué de raison et se penchant sur l’avenir à la toute fin du XIXème siècle, en 1897 plus précisément puisque c’est à cette date que H.G. Wells publia "Une histoire des temps à venir" :
   "Le monde, dit-on, a plus changé entre les années 1800 et 1900 qu’il ne l’avait fait dans les cinq cents ans qui précédèrent. Ce siècle, le XIXème, fut l’aube d’une nouvelle époque dans l’histoire de l’humanité – l’époque des grandes cités, la fin de la vie éparse dans les campagnes."

   Ca ne vous rappelle rien ?
   
   Puis voici ce que le même H.G. Wells, cette fois ci en état de prospective, écrit :
   "Pourtant les développements du XIXème siècle n’étaient que l’aube d’un nouvel ordre des choses. Les premières grandes cités des temps nouveaux furent horriblement incommodes, assombries par des brouillards fumeux, malsaines et bruyantes ; mais la découverte de nouvelles méthodes de construction et de chauffage changea tout cela. De 1900 à l’an 2000, la marche de l’évolution fut encore plus rapide, et de l’an 2000 à 2100 le progrès continuellement accéléré des inventions humaines fit paraître enfin le XIXème siècle comme la vision incroyable d’une époque idyllique et tranquille."
   

   Dans l’ensemble, de la justesse dans les grandes lignes, des accrocs dans les détails, forcément, ces détails dont on dit que le diable s’y niche !
   
   L’histoire de "Une histoire des temps à venir" ressemble fort à celle racontée plus tard par René Barjavel dans "Ravage". Une histoire des plus communes d’amours contrariées qui permet à l’auteur de mettre le doigt sur les singularités d’une société.
   
   Elle lui ressemble donc, ainsi que les tenants et aboutissants, ainsi que la vision globalement tragique du futur tel que le pressentent H.G. Welles et René Barjavel par exemple, sans qu’on puisse dire si c’est Wells qui a fait école, ou si c’est la pente naturelle pour qui imagine le futur de ne voir que du noir et globalement des sociétés toujours davantage totalitaires (totalitaires pour le bien d’une frange de la population, s’entend ! Le totalitarisme ne se refait pas.
   
   Au crédit de la première hypothèse, celle de Wells faisant école ; l’antériorité (1897 contre 1943). Il s’agit de l’histoire de Denton et Elisabeth Mwres (Mwres, nom dans lequel Wells voit la déformation future du nom de Mornis). Ils s’aiment, ne font pas partie de la même classe : Denton est middle-class quand Elisabeth est de la classe des privilégiés, et le père d’Elisabeth s’oppose à leur amour (qui, au passage, dans sa notion romantique, n’existe plus à cette "époque). Pour rester ensemble, ils ne reculent pas devant le déclassement, devenant de simples outils de production dans cette société totalitaire, mais H.G. Welles fera intervenir ure fin … aménagée.
   
   Dans cette partie concernant des êtres humains réduits à leur capacité de travail, on pense aussi à "Silo" de Howey Hugh, avec encore une fois l’antériorité pour H.G. Wells, le papa de la S.F. au sens global. Une chose est certaine, tous ces braves auteurs de S.F. ne voient pas un usage libérateur et épanouissant du progrès pour l’homme mais bien plutôt un asservissement général et une voie royale pour le totalitarisme.
    ↓

critique par Tistou




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L'étoile
Note :

   Neptune est heurtée par une énorme masse lumineuse venue des confins de l'espace. La collision est colossale. Les deux astres se mêlent. Mais cet accident énorme a modifié les trajectoires d'autres étoiles et la foule qui observe les événements, d'abord avec une simple curiosité, puis avec un intérêt scientifique, puis avec crainte, constate que la lune a changé d'orbite et qu'elle se rapproche de la terre. D'autres astres voient également leurs trajectoires modifiées, avec les conséquences physiques que tout cela peut avoir...
   
   Nous avons ici un récit catastrophe. L'auteur veut frapper son lecteur pour bien lui marteler que nous qui nous croyons si forts et omnipotents, et notre terre elle-même, sommes en fait fragiles et à la merci d'un simple hasard cosmique.
   
   HG Wells parsème le récit de ce qui se passe dans l’espace, de multiples scènes minuscules (une ligne parfois) mais très imagées, du quotidien terrien habituel. Il les montre tels des millions de fourmis très occupés à leurs minuscules affaires "importantes" sous l'infini des cieux et l'infinité de ses possibles. Comme il le dira un an plus tard dans "La guerre des mondes", il ne faut pas se prendre pour les rois de l'univers, quelque chose d'inconnu peut tomber du ciel à tout instant et nous anéantir.
   
   En attendant, il décrit amplement tous les catastrophiques effets terrestres de la moindre perturbation de l'univers proche, et en l’occurrence, du frôlement de la terre par Neptune et l'astre inconnus mêlés : déluges, raz de marée, changements extrêmes de températures, irruptions volcaniques, tremblements de terre etc.
   
   Pour enfoncer le clou, il imagine des Martiens observant la terre et ne voyant là qu'un intéressant phénomène sans grande importance, un peu comme quand nous voyons une explosion solaire. Ce qui cause des millions de morts sur terre peut sembler anodin vu de très loin. Simple question de point de vue...

critique par Sibylline




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Ados: Un étrange phénomène - Herbert George Wells

Tout Wells convient aux ados
Note :

   Etrange ? C’est le moins !
   
   "Un étrange phénomène" reprend un peu la thématique du roman du même H.G. Wells "M Barnstaple chez les hommes-dieux", à savoir le passage d’un individu d’un monde à un autre ou d’un lieu à un autre. A vrai dire "Un étrange phénomène" (1895) étant antérieur de 28 ans au roman évoqué, c’est plutôt d’un brouillon qu’il faudrait parler.
   
   Ici, c’est d’un lieu à un autre puisque Sidney Davidson, laborantin physicien de son état, se retrouve d’un coup plongé visuellement dans un lieu qui n’est plus du tout son laboratoire de Physique. C’est-à-dire que son corps est bien dans le lieu "laboratoire" ; il entend ses collègues lui parler, mais la réalité qu’il a devant les yeux est celle d’un vaisseau britannique naviguant sur un océan manifestement lointain et exotique.
   
   "- Je ne peux pas me voir moi-même, fit-il en riant. Où diable sommes-nous ?
   - Ici, répondis-je, dans le laboratoire.
   - Le laboratoire ! répéta-t-il d’un ton fort surpris et en portant la main à son front. Oui, j’étais dans le laboratoire, jusqu’au moment où éclata ce coup de tonnerre, mais je veux bien être pendu si l’on m’y trouve encore. Quel est ce navire ?
   - Il n’y a pas de navire, dis-je, soyez raisonnable, mon vieux.
   - Pas de navire, reprit-il, sans prendre garde à mon immédiat démenti. Je suppose, continua-t-il lentement, que nous sommes morts tous les deux. Mais le drôle de la chose c’est que je sens absolument comme si j’avais encore un corps. C’est un reste de vieille habitude, sans doute. Toute la boutique a été détruite par la foudre, probablement. Vite et propre, hein, Bellows ?"
   

   Trois semaines il restera ainsi à ne voir que des scènes déconnectées de sa réalité physique, ne voyant même pas ses membres, et donc obligé de compter sur la solidarité de ses collègues pour manger, ne pas se mettre en danger...
   Et puis progressivement, il va revenir dans la réalité et regretter le monde dans lequel évoluait sa vision (une relative constante chez Wells que cette nostalgie d’un autre monde entraperçu).
   Plus tard, Davidson tombera en arrêt devant la photographie du "Fulmar", qu’il reconnait comme étant le vaisseau avec lequel il vécut trois semaines, aux antipodes de l’Angleterre.
   H.G. Wells en vient à une théorie, énoncée de la bouche du narrateur :
   "D’explication, il n’en est pas de probable, sinon celle qu’a émise le professeur Wade. Mais elle implique une quatrième dimension et une théorie aventurée sur les diverses sortes d’espaces. Dire qu’il y a eu "un nœud dans l’espace" me semble parfaitement absurde, mais peut-être est-ce parce que je ne suis pas mathématicien."
   

   Une théorie ? Une idée en tout cas, une des idées dont ne manquait pas le génial précurseur de la S.F...

critique par Tistou




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Quand le dormeur s'éveillera - Herbert George Wells

Vive la littérature d'Aventure !
Note :

   Pour bien profiter de Wells, il faut tout prendre au premier degré, retrouver son âme d'enfant, et se lancer dans l'aventure. Quand il vous raconte une guerre contre les Martiens, il faut vous imaginer tranquillement chez vous avec soudain, des Martiens qui attaquent. Que feriez-Vous ? Vous ne savez pas ? Eh bien, regardez ce que son héros a fait et vibrez avec lui. Utilisez la même méthode quelle que soit l'aventure et vous vivrez des moments passionnants, à diverses époques, avec divers monstres, face à de nombreux dangers et des plus variés. Abandonnez l'introspection nombriliste, jouez le jeu et impliquez vous, lancez-vous, prenez des risques, vivez les plus étranges aventures. Démonstration d'aujourd'hui : "Et si vous étiez le Maitre du Monde".
   
   Point d’extraterrestre ici, un homme, comme beaucoup d'hommes de cette fin du 19ème siècle. La trentaine, réduit au désespoir car il ne peut trouver le sommeil depuis six jours ! Une telle insomnie a de quoi rendre fou, et c'est ce qui arrive. Voilà notre homme épuisé envisageant sérieusement de se jeter dans un abîme de la montagne proche, où il est monté. Un peintre qui y faisait sa promenade, le trouve dans cet état et, comprenant le sérieux de la situation, refuse de le laisser seul et l'emmène chez lui. Là, il l'installe dans un fauteuil, lui sert un verre et le laisse un moment, et quand il revient, notre désespéré dort à poing fermé. Il apparaît bientôt qu'il dort même trop. Beaucoup trop, sans qu'il soit possible de le réveiller. Le corps médical s'intéresse à son cas, mais sans résultat, et finit par emporter notre Dormeur, qui ne rouvrira les yeux que... 200 ans plus tard.
   
   Evidemment, le monde a bien changé, et il lui faudra découvrir toutes ces nouveautés, d'autant qu'il les voit avec des yeux d'homme du 19ème siècle. Cette situation permet à H.G. Wells de se livrer à un de ses jeux préférés : l'anticipation et la prospective. Il se passionnait pour ces extrapolations sur ce que le monde pouvait ou non devenir. Il adorait les mettre en situation, les faire jouer sous divers angles, pour voir se qui se passerait alors, les conséquences...
   
   Ici, nous découvrons un monde où l'exploitation de l'homme par l'homme s'est encore accrue. Une classe dirigeante vit dans le luxe, sans contact avec le "peuple", qu'elle exploite de façon éhontée. Comme toujours, une sorte de religion ou de mythologie est bien utile dans ces cas-là, et c'est la légende du Dormeur qui, inconscient depuis deux cents ans, s'occupera (enfin!) du Peuple quand il s'éveillera. C'est bien pratique pour la classe dominante à qui l'on ne réclame rien jusque là. Et pourquoi ce Dormeur, parce que son cas médical est tout à fait exceptionnel d'une part et que, de l'autre, diverses circonstances font qu'il est devenu depuis le 19ème siècle, l'homme le plus riche du monde, son quasi propriétaire de la terre, pour tout dire. Wells montre, à cette occasion sa parfaite connaissance des leviers du pouvoir et des liens qui le lient aux puissances d'argent.
   "D’un bout à l’autre de l’Empire britannique et de l’Amérique, le droit de propriété de Graham était à peine déguisé ; Congrès et Parlements étaient, en pratique, considérés comme des vestiges antiques, des curiosités. Même dans les deux empires de Russie et d’Allemagne, l’influence de sa richesse avait un poids énorme."
   

   Dans bien d'autres domaines sociétaux également, la vue de Wells avait été particulièrement perspicace et clairvoyante : l'évolution des langues et du langage, les progrès techniques et leurs répercutions sociétales
    "Après que le téléphone, le cinématographe et le phonographe eurent remplacé le journal, le livre, le maître d’école et l’alphabet, – vivre en dehors du champ des câbles électriques eût été vivre en sauvage isolé. À la campagne, il n’y avait ni ressources, ni moyens de se vêtir ou de se nourrir (selon les conceptions raffinées du temps), ni médecins capables dans un cas urgent, ni société, ni occupation utile d’aucune sorte. "

   
   L'Education, également, autre passion de Wells, "– À quoi servirait de les gaver ? Cela ne fait que des malheureux et des mécontents. Nous les amusons. Et, même en l’état actuel… il y a du mécontentement, de l’agitation." La dictature favorise largement l'inculture.
   
   Etc. Les supputations sur l'avenir d'un homme comme H.G. Wells, très intelligent et particulièrement à l'écoute de son époque tant du point de vue scientifique que politique, ne pouvaient être que dignes d’intérêt. Il y a eu quelques couac, mais la plupart se sont révélées très justes, et bien vues.
   
   On se doute que l'arrivée dans cette société inique et figée, d'un homme habité par les grands espoirs du début de l'ère industrielle, encore mu par le "sentimentalisme primitif, de l’antique foi dans la justice" va faire des vagues, et de très grosses même, compte tenu du fait qu'il n'est rien moins que le Maitre du Monde...
   "Car, dans les derniers jours de cette vie antérieure, si loin maintenant dans le passé, la conception d’une humanité libre et égale était devenue pour lui une hypothèse très réalisable. Avec une conviction téméraire, il avait espéré, comme en vérité toute l’époque à laquelle il avait appartenu l’espérait, que le sacrifice du grand nombre au petit nombre cesserait quelque jour ; que le moment était proche où tout enfant né d’une femme aurait une chance équitable et assurée de bonheur. Après deux cents ans, la même espérance, toujours trompée, faisait entendre, à travers la Cité, son cri passionné. Après deux cents ans, il le constatait, le paupérisme, le travail sans espoir, toutes les misères de jadis, plus grandes que jamais, avaient crû avec la Cité, et pris des proportions gigantesques."
   
   Alors, seule tache sur ce très beau roman, le racisme de Wells qui y apparaît dans la deuxième moitié. Un de ses rares défauts. Il faut dire qu'il était quasi unanimement partagé dans l'Angleterre coloniale de l'époque. Raciste absolument, mais contradictoirement, le héros dit : "Mon siècle était un siècle de rêves… de commencements, un siècle de nobles aspirations. Dans le monde entier nous avions mis fin à l’esclavage ; dans le monde entier, nous avions répandu le désir de voir cesser la guerre, le désir que tous, hommes et femmes, pussent vivre noblement dans la paix et la liberté… c’est là ce que nous espérions jadis." On le voit donc mettre l'abolition de l'esclavage au premier rang des progrès humains. Tout espoir n'est donc pas perdu, Wells n'était peut-être pas loin de briser ce carcan victorien comme les autres, et d'évoluer.

critique par Sibylline




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Les Pirates de la mer et autres nouvelles - Herbert George Wells

12 Nouvelles
Note :

   Le recueil édité chez Tallandier en 1978, dont la photo est ci-contre, contient
   
   1 - Les Pirates de la mer (The Sea Raiders)
   2 - L'Homme qui pouvait accomplir des miracles (The Man who could work Miracles) *
   3 - L’œuf de cristal (The cristal egg) *
   4 - L'Étoile (The star)
   5 - Un étrange phénomène (The remarkable case of Davidson's eyes) *
   6 - Dans l'abîme (In the abyss) *
   7 - Les Argonautes de l'espace (The Argonauts of the Air)
   8 - La Chambre rouge (The Red Room)
   9 - L'Homme volant (The Flying Man)
   10 - Les Triomphes d'un taxidermiste (The triumphs of a taxidermist)
   11 - La Tentation d'Harringay (The Temptation of Harringay)
   12 - La Pomme (The Apple)
   
    * signifie que vous le trouverez à gauche ou ci-dessous.
   ↓

critique par *Postmaster




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L'Homme qui pouvait accomplir des miracles
Note :

   Cette nouvelle nous conte l'aventure d'un homme, qui, comme le titre l'indique dès l'abord, pouvait faire des miracles. Mais il ne le savait pas encore, d'ailleurs, pour tout dire, c'est en soutenant haut et ferme devant ses compagnons de comptoir que les miracles étaient impossibles, qu'il se prouva le contraire. Alors que ses amis de pub qui, l'instant d'avant soutenaient leur réalité, ne crurent pas un instant qu'il venait d'en accomplir un et lui reprochèrent fort son mauvais tour... Ainsi va le monde.
   
   Chassé de la taverne, notre faiseur de miracles teste ses capacités en des expériences de plus en plus ambitieuses, mais sans jamais prendre le temps de réfléchir à ce qui se passe et moins encore aux possibles conséquences de ses actes. D'abord timoré dans ses expériences, il ne tardera pas à ne plus y mettre la moindre limite mais... où tout cela nous mène-t-il ?
   
   Vous le saurez en lisant cette nouvelle plus distrayante que philosophique, qui date de 1898, période où H.G. Wells fournit beaucoup de nouvelles à divers magazines. Elles n'étaient pas toutes d'une profondeur révolutionnaire, tout en prêtant tout de même à réflexion. L'originalité est ici moins totale que souvent avec Wells. Les contes de vœux omnipotents sont vieux comme le monde, mais ils sont généralement limités à trois, ici, le pouvoir est illimité et on ne parle pas de magie, mais de miracle...
   Et vous? Jusqu'où iriez-vous si vous pouviez faire tout ce que vous voulez? Moi, je
   
   PS : Un film a été tiré de cette nouvelle en 1936 Wells en rédigea les dialogues.
    ↓

critique par Sibylline




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Dans l'abîme
Note :

   Titre original, « In the Abyss », plus parlant...
   
   C’est cinq ans avant l’écriture de "Les premiers hommes dans la lune" qu’H.G. Wells écrit cette nouvelle, aux antipodes en quelque sorte du roman cité puisque cette fois c’est dans les abysses qu’H.G. Wells qu’envoie Elstead, dans une espèce de pré – sous marin ou pré –bathyscaphe de sa conception.
   
   "L’objet de leur conversation était une immense boule d’acier, d’un diamètre extérieur d’environ neuf pieds, et qui semblait être le projectile de quelque titanique pièce d’artillerie ; elle était fort laborieusement nichée dans un échafaudage monstrueux, élevé dans la charpente du vaisseau.../…
   En deux endroits, l’un au-dessus de l’autre, l’acier faisait place à une couple de fenêtres circulaires, fermées d’une paroi de verre d’une épaisseur énorme, et l’une d’elles, enchâssée dans un cadre d’acier d’une grande solidité, se trouvait pour l’instant en partie dévissée."
   

   Elstead va plonger dans cette sphère au fond de l’océan, à cinq miles de profondeur, une profondeur à laquelle la pression exercée fait craindre le pire à ceux qui l’accompagnent. Mais Elstead est un aventurier, il a calculé ses risques, il plongera donc...
   
   La suite ? Un parallèle (aux antipodes) en quelque sorte aux "premiers hommes dans la lune" puisque, contre toute attente, Elstead et son engin d’acier se retrouvent dans un monde peuplé de créatures étranges mi-poissons mi-humaines, qui vont manifestement l’adorer à l’instar d’un dieu descendu sur terre, je veux dire "sous mer". Ils vont pousser l’engin, et Elstead dedans, jusqu’à ce qui pourrait ressembler à une ville sous-marine abritant ces créatures étranges. Ils se prosternent devant lui, sont manifestement en adoration et Elstead qui se voit mourir faute d’oxygène au fond des abysses ne doit son salut qu’à l’usure de la corde qui retenait la sphère. Il remonte à la surface et peut faire la narration de ce qui constitue la nouvelle. Merci M. Elstead pour ces nouvelles du fond des abysses. Hélas, il repartira pour une seconde plongée...
   
   A mon avis, là-bas en bas ils attendent toujours les successeurs d’Elstead !
   ↓

critique par Tistou




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L’œuf de cristal
Note :

   Un œuf, mais pas de poule en vue
   
   Nouvelle de science fiction, "L’œuf de cristal" nous fait entrer dans la petite boutique d'un antiquaire, Mr Cave, sur les pas d'un clergyman et d'une de ses connaissances. Il a vu en vitrine un bel œuf de cristal qui lui semble avoir toutes les qualités pour décorer son intérieur. Quand il interroge le vieil antiquaire sur le prix de l'objet, il a la surprise de s'entendre réclamer une forte somme, mais l'attrait de l’œuf est si grand, qu'il accepte. Il s'entend alors répondre qu'en fait, l'œuf de cristal ne peut lui être vendu car il a déjà été retenu.
   
   Intervient alors l'énergique et peu agréable épouse de l'antiquaire qui exige la vente de l'objet. Le commerçant ne peut obtenir qu'un report de deux jours...
   
   Derrière les scènes de ménage qui s'ensuivent, le lecteur le moins perspicace aura deviné que cet œuf doit avoir quelque chose de particulier, de très particulier même. Nous découvrirons quoi, sur les pas de Mr Cave et d'un jeune aide-préparateur à St Catherine's Hospital, passionné de choses scientifiques, Mr Wace, dont il s'est fait un allié.
   
   Le lecteur plus averti remarquera beaucoup de similitudes entre ce Mr Wace et le jeune préparateur passionné de sciences que fut H.G. Wells, et pas seulement la proximité phonétique des noms.
   
   C'est une nouvelle intéressante dont on peut imaginer que l'idée a été inspirée à Wells par les prémices d'une invention qui allait bouleverser le monde... mais bien plus tard. Ajoutez-y quelques Martiens, et la sauce prend très bien quand on mélange avec ce vieux monde victorien. Ça a même beaucoup de charme.

critique par Sibylline




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Un rêve d'Armaggedon - La porte dans le mur - Herbert George Wells

La porte dans le mur
Note :

   L'ouvrage référencé 9782070314607 et dont la photo est ci-contre, contient 2 nouvelles:
   "Un rêve d'Armaggedon" et "La porte dans le mur".
   
   
   Dans la veine "Autres dimensions"
   
   "La porte dans le mur" (1906) est dans la même veine que "Un étrange phénomène", nouvelle antérieure, et que le roman "M Barnstaple chez les hommes-dieux", à savoir la juxtaposition de mondes, de dimensions parallèles.
   
   Dans cette nouvelle, c’est une porte, dans un mur, qui joue le rôle de lieu de passage entre deux mondes : le monde réel, forcément glauque et sans trop d’illusions chez Wells et un monde merveilleux, serein, apaisé, comme chez "M Barnstaple et ses hommes-dieux" ou "Mr Skelmersdale au Pays des Fées".
   
   Lionel Wallace a connu, petit, une expérience peu banale qui l’a enchanté sur l’instant et lui a fait paraître fade le restant de sa vie :
   "Pour lui, cette porte dans le mur était une porte véritable, menant, à travers un mur véritable, vers les réalités immortelles.
   Elle apparut dans sa vie de très bonne heure, quand il n’était qu’un bambin de cinq ou six ans. Je me rappelle de quel ton lent et grave il me précisa la date.
   Une vigne vierge cramoisie la recouvrait, décrivait-il, une seule belle teinte cramoisie, sur une tâche ambrée de clair soleil, contre un mur blanc. Ces détails se confondaient dans l’impression d’ensemble, sans que je m’en fusse rendu compte, et, devant la porte verte, le trottoir était parsemé de feuilles de marronnier, tachetées de jaune, ni rousses ni sales, mais fraîchement tombées... ce qui indique que c’était en octobre... J’observe tous les ans les marronniers, et je ne me trompe pas... Autant que je puis en être sûr, je devais avoir cinq ans et quatre mois.
   …/…
   Wallace s’abandonna un moment à sa rêverie ; puis, avec l’inflexion hésitante de ceux qui relatent des incidents incroyables, il reprit :
   Imagine-toi qu’il y avait là deux grandes panthères... oui, deux panthères tachetées... Et je n’avais pas peur... Ces fauves au pelage velouté jouaient avec une balle, dans une allée spacieuse, entre deux longues plates-bandes fleuries à bordure de marbre. L’une des bêtes leva la tête et vint à moi, curieuse. Elle s’approcha, frotta son oreille ronde et douce contre la petite main que je tendis, et ronronna... C’était un jardin enchanté... Oui, certes !... Ses dimensions ? Il s’étendait très loin de tous côtés. Je crois même qu’on apercevait des collines dans la distance... Comment diable étaient-elles venues à West Kensington ?... Je n’en sais rien, mais je me trouvais là comme à un retour chez soi, après une longue absence..."
   

   Effectivement tout ceci nous met loin de West Kensington où la réalité est toute autre.
   Un des intérêts de cette nouvelle, outre l’histoire proprement dite, est la description d’une nostalgie d’instants passés qui peut impacter la vie d’un individu. Ici, bien sûr, à un niveau inégalable pour le commun des mortels ; tout le monde ne franchit pas une telle porte ! Cette thématique est abordée dans d’autres nouvelles ou romans tels "Mr Skelmersdale au Pays des Fées" ou "M Barnstaple chez les hommes-dieux" par exemple.
   
   H.G. Wells y décrit également des occasions manquées, du genre de celles qui vous laissent un regret éternel – et ça, je pense que beaucoup d’entre nous en connaissent. Lionel Wallace aura en effet à diverses époques de sa vie l’occasion inopinée de retrouver cette porte mais chaque fois dans des situations telles qu’il lui est impossible de repousser cette porte ; soit qu’il se rende au lit de mort de son père ou à un concours pour une bourse... En tout état de cause, pour H.G. Wells, pour retrouver le paradis perdu, il faut être prêt à payer un prix... qu’on est incapable de payer.

critique par Tistou




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Le Cambriolage d'Hammerpond Park et autres nouvelles extravagantes - Herbert George Wells

Médiocre
Note :

   Le recueil référencé 9782070466955 et dont la photo est ci-contre, contient
   
   L'histoire de feu M. Elvesham (1896)
   Le cône (1894)
   Le trésor de la forêt (1894)
   Le Cambriolage d'Hammerpond Park (1894)
   
   
   L'histoire de feu M. Elvesham
   Savez-vous qu'on peut se faire voler sa vie, au sens littéral ? Eh bien, si, c'est possible, au moins dans un des mondes fantastiques de Wells. Mais bien mal acquis...
    A moins, au fond que tout cela ne puisse en fin de compte s'expliquer autrement.
   
   
   Le cône (1894)
   "Le cône" est une histoire affreuse qui m'a fait renoncer à donner ce recueil à ma petite fille comme j'en avais précédemment l'intention. Pas originale pour deux sous, mais terrible, bien que la disposition compliquée et inconnue des lieux rende très difficile la visualisation des faits. On ne comprend pas exactement, mais en même temps, c'est horrible. Bref, détesté, mais bravo à Wells pour la montée en tension.
   
   
   Le trésor de la forêt (1894)
   Carte au trésor. Petite histoire assez quelconque et de plus entachée du racisme des colons anglais de l'époque. Aucun fantastique dans le récit. Peut-être ce que j'ai lu de moins intéressant de la part de Wells depuis que je le lis.
   
   
   Le Cambriolage d'Hammerpond Park
   Ni Martiens, ni mondes parallèles, cette fois, mais le bref récit d'un cambriolage. Le ton est humoristique.
   
   
   Seule l'écriture de Wells sauve un peu ce pâle recueil de nouvelles décevantes. Elles datent de l'époque où l'auteur les fournissait à la chaîne à son journal. Je ne saurais conseiller cette lecture, H.G. Wells a fait tellement mieux ! Je ne comprends pas que ce soit celles-là que Folio ait choisi de rééditer. Curieux choix. Lisez-en plutôt un autre.

critique par Sibylline




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L’histoire de M. Polly - Herbert George Wells

Un roman social humoristique
Note :

   Lorsque Wells redescend sur Terre et nous propose un roman social humoristique !
   
   Le nom de H.-G. Wells fait immédiatement penser à quelques titres de romans, d’anticipation ou de fantastiques, célèbres tels que La Guerre des mondes, L’homme invisible ou encore L’île du docteur Moreau.
   
   Pourtant il ne faudrait pas réduire la production littéraire du célèbre romancier britannique à ces quelques exemples, car bon nombre de ses écrits, souvent considérés comme des romans sociaux à l’humour toujours présent mais discret, valent largement le détour.
   
   Ainsi cette Histoire de M. Polly est un regard porté sur les mœurs sociales et économiques du début du XXe siècle à travers l’histoire d’un homme, M. Polly, un homme insouciant, naïf, lymphatique et sympathique qui accumule les déboires.
   
   Au moment où le lecteur fait la connaissance de M. Polly, Alfred de son prénom, celui-ci est assis sur une barrière, une jambe pendante, et il fulmine, expectorant des vitupérations dans un vocabulaire qui lui est particulier. Il digère mal et attribue ses embarras gastriques à la terre entière et en particulier à sa femme Myriam et à la faillite de sa boutique qui se profile.
   
   C’est le moment pour le scripteur de revenir en arrière et de développer la jeunesse de M. Polly, ses années d’école puis de pension à la mort de sa mère, celles comme apprenti puis commis dans des différentes boutiques de confection dans le Sussex puis à Londres, les quelques jeunes garçons avec lesquels il s’était lié d’amitié, le décès de son père chez le cousin Johnson qui l’avait recueilli et la connaissance d’une partie de la famille dont il n’avait jamais entendu parler. Notamment les trois sœurs Larkins dont il s’amourache plus ou moins, tandis qu’elles n’attendent qu’un mot de sa part, puis son mariage plus tard avec l’une d’elles, Miriam. Entre temps il avait quitté son emploi à Londres et grâce à un héritage paternel auquel il ne s’attendait pas et qui était conséquent, l’installation, un peu malgré lui, dans une boutique à Fishbourne, puis la faillite qui lui pend au nez.
   
   Il n’a que trente-sept ans et demi, est marié, mal, depuis quinze ans, et il décide de jeter son bonnet, en l’occurrence sa casquette qu’il pensait avoir perdue alors qu’elle était tout simplement dans sa poche, par-dessus les moulins et de se suicider après avoir mis le feu à sa boutique.
   
   Tout ne se déroule pas tout à fait tel qu’il l’avait imaginé et ses voisins, avec lesquels il était en froid, vont le traiter comme un homme courageux. Mais pour lui, c’est trop tard, et plaquant tout, sa femme et ses ruines, il part à l’aventure et se retrouvera comme homme de main dans une auberge. D’autres aventures lui sont promises, particulièrement mouvementées, au cours desquelles il se sublimera sans vraiment le savoir et le vouloir.
   
   Ce roman humoristique un peu dans l’esprit de Jérôme K. Jérôme (souvenez-vous de Trois hommes dans un bateau) et de quelques autres, permet de mettre en scène M. Polly dans des événements marquants de son existence, notamment l’enterrement de son père, épisode triste normalement, mais d’autres péripéties qui amènent le sourire sur le visage du lecteur alors que les situations ne s’y prêtent guère pourtant.
   
   Il s’agit de décrire le parcours d’un homme, banal, et de réaliser une étude de mœurs avec une bonhommie particulièrement réjouissante.
   
   "Entré à six ans à l’école communale, sorti à quatorze de la pension particulière, M. Polly se trouvait au bout de ce temps, dans un état d’esprit comparable à celui où serait un malheureux patient, opéré de l’appendicite par un jeune apprenti boucher, rempli de bonne volonté et de décision, mais aussi surmené que mal payé, et qui aurait été remplacé, avant la fin de l’opération, par un aide maladroit, plein d’excellents principes, mais adonné à la boisson – ce qui revient à dire que l’esprit de M. Polly présentait le plus complet désarroi."
   

   M. Polly passe son temps dans sa boutique à lire, occupation digne d’intérêt d’autant qu’il achète les volumes, dont souvent manquent les couvertures ou certains tomes, dans des brocantes. Mais cela ne lui apporte guère, surtout lors d’un entretien d’embauche.
   
   "Celui qui passe son temps à forger des phrases bizarres et des épithètes faites de mots écorchés ; celui qui pour la vie n’est qu’un bloc aurifère dans lequel de rares veines de joie inactive figurent tout le précieux métal; celui qui, par goût, lit Boccace, Rabelais et Shakespeare, et pour qui, arriviste stentorien et junior gandin sont les termes exprimant l’opprobre le plus amer ; - celui-là n’est pas appelé à un grand avenir, dans les conditions actuelles du commerce."
   

   Le commerce, justement, n’est pas sa tasse de thé, il s’en ouvre au cousin Johnson lors du décès de son père.
   "Ma foi, j’avoue que le commerce ne me sourit qu’à moitié, déclara M. Polly, trop de bluff et de chiqué là-dedans pour ma façon de voir."

   
   Quant à son union avec Miriam, à peine marié, son esprit balance entre deux sentiments :
   "M. Polly était absolument incapable de démêler si son cœur débordait de tendresses anticipées ou de déplorables regrets."

   
   Un roman qui s’avère une véritable récréation bénéfique engendrant de la bonne humeur dans un contexte social et littéraire, parfois, procréant la morosité.

critique par Oncle Paul




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Recueil bilingue - Herbert George Wells

Nouvelles des débuts
Note :

    Le recueil référencé 9782253053460 et dont la photo est ci-contre, contient neuf nouvelles:
   
   Le bacille dérobé ou Le Vol du microbe
   Un thème de thriller qui allait faire florès : des chercheurs se font dérober par un terroriste, une éprouvette content de quoi diffuser le choléra dans tout Londres... Une course poursuite à haut risque s'engage. Tout ce qu'il faut pour faire un drame, mais notre imprévisible Wells nous fait une comédie.
   
   Une affaire d'autruches
   Ton humoristique. Vous apprendrez comment certaines autruches peuvent se vendre à prix d'or dans une région où elles ne sont même pas rares...
   
   Le fabricant de diamants
   Quand vous rencontrez un clochard qui vous dit savoir fabriquer des diamants, vous n'y croyez pas.
   Quand il vous les montre, qu'ils sont énormes et bien réels, et que vous vous y connaissez assez pour savoir que ce sont des vrais...
   
   La perle d'amour
   Cette nouvelle, la plus courte, pastiche un conte indien et peut avoir plusieurs interprétations. C'est une magnifique histoire d'amour en tout cas.
   Oui mais, savons-nous toujours discerner quel est l'objet réel de l'amour ? Y avons-nous pensé ? C'est le moment ou jamais.
   
   Dans l'observatoire d'Avu
   Dans l'observatoire d'Avu, à Bornéo, on observe les étoiles, comme il se doit, mais parfois, on voit d'autres choses... Ou, si on ne les voit pas, du moins les sent-on, et de fort près... Histoire pour faire peur
   
   L'Étrange Orchidée
   Botanic fiction! Quand on est un petit monsieur, rentier modeste de son état, on s'ennuie un peu, alors on se trouve un hobby, et Mr Wedderburn collectionne les orchidées, nouvelles coqueluches des Britanniques. Elles viennent de leurs lointaines colonies tropicales et ne sont pas encore toutes identifiées. Et puis surtout, il y en a qui ne sont pas des orchidées!
   
   Le beau costume ou Une fable au clair de lune
   Une curieuse histoire qu'on imagine inspirée d'une anecdote de son enfance. Une ambiance onirique et une chute dramatique, mais j'avoue ne pas parvenir à saisir quel est le sens de ce récit. Sinon peut-être qu'il n'y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne...
   
   
   Ainsi que
   Les Cuirassés terrestres
   L'Empire des Fourmis
   
   Ce sont des nouvelles des débuts (sauf la dernière, La perle). Une époque où H.G. Wells devait en fournir en quantité au journal qui l'employait. Elles ne sont pas aussi originales et surprenantes que le reste de son œuvre, mais il y a quand même de bonnes idées, et dans plusieurs, on trouve ce lien à la science qui devint sa marque de fabrique.

critique par Sibylline




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Au temps de la comète - Herbert George Wells

Un monde meilleur
Note :

   Un vieillard en haut d'une tour, est en train d'écrire. Surgit un jeune homme inconnu qui l'interroge et, pour lui répondre, le vieil homme raconte sa vie. Je dois à ma grande honte avouer que je ne suis pas parvenue à comprendre qui était ce jeune homme, d'où il venait etc. Est-il le pur fruit de l'imagination du vieillard ? Le lecteur fictif auquel il s'adresse... ? Ce n'est pas clair. Comme il fallait s'y attendre, on le retrouve à la fin du roman mais, et pour le coup, contrairement à ce que j'attendais, la situation n'est pas explicitée.
   
   Nous sommes à une époque qui se situe "après le passage de la comète" et nous comprenons immédiatement que ce passage a totalement métamorphosé la vie sur terre, seulement, au début, nous ne savons pas de quelle façon, et nous ne le saurons pas avant la moitié du livre, je ne vous le dirai donc pas. Le monde décrit est directement inspiré de celui de Wells jeune en cette fin de 19ème siècle. Une vie dure pour les pauvres, dont il fait partie. Le jeune homme qu'il est alors se plie mal aux exigences de son emploi et ne tarde donc pas à le perdre (on est proche de la vie de l'auteur). Parallèlement, il est épris d'une jeune fille, mais celle-ci doit aller habiter une autre ville. Les lettres, surtout pleines de malentendus, ne comblent pas longtemps l'absence et ils s'éloignent l'un de l'autre, ce que le jeune homme refuse absolument, surtout si cela doit se faire au profit d'un autre.
   
   De son côté, il vit avec sa mère, avec laquelle il est bien désagréable. Il la traite avec un mépris familier et exigeant qu'il donne pour une forme d'affection filiale.
   
   Au même moment, une comète s'approche de la terre au point que les hommes, d'abord distraits, la scrutent avec de plus en plus d'inquiétude, car elle se rapproche tant qu'ils commencent à imaginer qu'elle pourrait percuter notre planète. Mais le peuple ne se préoccupe pas encore de ce phénomène.
   Ainsi s'écoule la vie. Par égoïsme et intolérance, le narrateur perd son meilleur ami, son emploi, sa fiancée... ce qu'il refuse au point de se lancer à sa poursuite armé d'un pistolet, et avec des intentions de meurtre...
   
   Cela prend toute la première moitié du roman et à mon avis, c'est bien trop long. On se lasse de l’égoïsme et des rages de notre narrateur. On n'a guère de sympathie pour lui, et quand il se lance après sa fiancée, on le déteste carrément... et on se demande si on va continuer à lire ce livre, d'autant que rien n'indique que l'auteur ne donne pas raison à ce désagréable personnage. Donc, le premier but de ma chronique, sera de vous conseiller de ne pas vous désintéresser de cette histoire, et de poursuivre... car le moment où il rattrapera sa fiancée coïncidera avec celui où la comète arrivera, et après cela, plus rien ne sera pareil. Tout sur terre sera entièrement modifié et la seconde moitié de l'ouvrage nous montrera un monde qui se rebâtit sur des bases entièrement nouvelles et différentes. Wells se passionnait pour l'utopie sociale, il en a imaginé plusieurs ; ici, il tente de nous montrer comment fonctionnerait un monde idéal.
   
   Il envisage tous les domaines de la société : travail, éducation, gouvernement, économie et, vie amoureuse et familiale. Il rêve d'amour libre et ses adversaires se sont volontiers gaussés de ce sujet, d'autant qu'il avait en ce siècle plutôt verrouillé, une liberté de mœurs que beaucoup acceptaient mal. On disait qu'il imaginait un monde où l'amour serait libre uniquement pour satisfaire ses propres fantasmes, alors que le monde libre dans tous les domaines auquel il aspirait ne pouvait faire l'économie de cette liberté-là. D'ailleurs, aucun des grands utopistes n'a pu négliger ce domaine.
   
   Ceci étant dit, j'ai trouvé quand même que cette seconde partie, après m'avoir ravie par sa richesse d'inspiration, devenait finalement trop sucrée car, elle aussi, trop longue... Ses nouvelles relations avec sa mère virent sirupeuses plutôt que satisfaisantes.
   
   Bref, c'est un roman qui aurait gagné à faire 200 pages plutôt que 300 et dont le vrai bon morceau est dans la description du fonctionnement d'un monde idéal. C'est dommage car c'était vraiment une idée passionnante.
   
   "J'avais vu, jadis, de la méchanceté et de la tragédie là où je ne voyais plus que les effets d'une extraordinaire sottise. Le côté ridicule du faste et de l'orgueil humain m'apparut, et ce nouvel aspect des choses révolues m'éclaira dans ces rayons d'aurore, et provoqua un rire inextinguible."

critique par Sibylline




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Une tentative d'autobiographie - Herbert George Wells

Découvertes et conclusions d'un cerveau très ordinaire
Note :

   Ecrit entre 1932 et 1934, alors que l'auteur a de 66 à 68 ans, et donc, 12 ans avant sa mort, cet ouvrage n'a pas été réédité en français depuis 1936 ce qui, disons-le, est une honte. On le trouve encore chez les soldeurs.
   
   Sa carrière est faite et c'est avec une grande et simple franchise, qu'il raconte ce que fut sa vie. Wells a choisi de s'y exprimer dans un style particulièrement naturel, ce qui fait que pénétrer dans ce livre, c'est comme avoir une très longue discussion avec un vieil ami qui vous raconterait son passé. Je m'y suis immergée des heures sans le moindre ennui, et toujours avec cette impression de vraie rencontre amicale. Bien évidemment, il ne se contente pas de dévider platement une succession d'évènements avec leurs dates, ni même d'ailleurs de vous faire connaître son état d'esprit à ce moment-là. Bien souvent son discours dévie (je ne dirais pas s'égare, car ce serait faux) vers d'autres sujets. L'occasion amènera à développer ses idées sur les thèmes les plus divers.
   
   Or, par chance, H.G. Wells est un homme très intelligent et à l'esprit original et libre. C'est ce qui fait accessoirement que je l’apprécie tant, mais c'est surtout ce qui fait ici que cet ouvrage soit si intéressant et agréable à lire. Il a choisi de faire la part belle à ses rencontres féminines – ce qui est à l'image de sa vie. Mais évoque également la genèse de sa pensée et de sa philosophie de la vie. Ce qui a toujours rendu les romans de science-fiction de Wells si passionnants, c'est qu'ils prenaient racine dans une vision sociale et politique du monde et de son évolution ; et cette vision était toujours portée vers le futur. L'imagination envisageant sans cesse les diverses possibilités d'évolution, et ce, pas seulement pour ses romans, mais parce que c'était ainsi qu'elle fonctionnait toujours. Il développe ses idées à ce sujet, d'autant qu'il a consacré une bonne part de son énergie à les faire entendre. Il avait une vision, et, pourrait-on dire, un projet de monde meilleur et même une idée assez nette de la façon dont on pourrait l’atteindre. Et même s'il s'était irrémédiablement égaré dans la gestion des exclus de ses sociétés idéales, il y croyait encore au moment où il a écrit ces pages. Ce n'est qu'avec la seconde guerre mondiale qu'il a perdu son optimisme à ce sujet...
   
   Lisez-le, vous ne serez pas déçu. Quant à son sous-titre de "cerveau très ordinaire", n'y voyez que coquetterie, ce n'est pas ce qu'il pensait vraiment, ne serait-ce déjà que pour sa mémoire.

critique par Sibylline




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