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Auteur des mois de février & mars 2018
Andrzej Stasiuk

   Nous sommes passés à l'Est pour ces deux derniers mois; derrière l'ex-rideau de fer, en Pologne plus précisément, si l'on s'en réfère à la nationalité de notre auteur, mais sur un territoire bien plus large en fait, si l'on considère tous les pays dans lesquels ils nous entraine sur ses talons.
   

Biographie

   AUTEUR DES MOIS DE FÉVRIER & MARS 2018
   
   L’écrivain, poète et journaliste polonais Andrzej Stasiuk est né en 1960 à Varsovie.
   

    Après des études chaotiques puisqu'il fut successivement renvoyé d'un lycée professionnel, d'une école technique et d'une école professionnelle, A. Stasiuk a participé aux activités du Mouvement pour la liberté et la paix au début des années 1980.
   
   Il a déserté l'armée, passé un an et demi en prison. En 1986 il quitte Varsovie et s'installe à Czarne, et quelques années plus tard à Wołowiec dans le Beskid Niski.
   
   Considéré comme le chef de file de la littérature polonaise contemporaine, il collabore à diverses revues littéraires et culturelles. Il est l'auteur d'articles de presse, publiés dans "Tygodnik Powszechny", "Gazeta Wyborcza", "Tytułu", "Ozone", "Frankfurter Allgemeine Zeitung" et d'autres magazines.
   
   Outre des recueils de poésie et quelques pièces de théâtre – dont une seule a été traduite en français (Les barbares sont arrivés, Éditions théâtrales avec France Culture, 2008), il est l’auteur d’une quinzaine de livres dont quatorze sont traduits en français et en d’autres langues.
   
   Avec sa femme Monika Sznajderman, il dirige la Maison d'édition Czarne, spécialisée dans la littérature d'Europe centrale.
   
   Il est apparu dans le film Gnoje (1995) de Jerzy Zalewski, une adaptation du Corbeau blanc..
   
   Le 26 janvier 2018, l'album studio Mickiewicz - Stasiuk - Haydamaky a été enregistré avec le groupe ukrainien Haydamaky. Vous trouverez facilement sur le net si vous voulez l'entendre.

Bibliographie ici présente

  Par le fleuve
  Dukla
  Contes de Galicie
  Sur la route de Babadag
  Fado
  Taksim
  Pourquoi je suis devenu écrivain
  Un vague sentiment de perte
 

Par le fleuve - Andrzej Stasiuk

On the Road... mais en Pologne
Note :

   Titre original : Przez rzekę, 1996
   
   Ce recueil de nouvelles a été le premier livre traduit en français de l'écrivain polonais — mais déjà son cinquième titre en tant qu'auteur. Tous ces textes ne constituent pas des écrits isolés. En tête du recueil "L'Eglise", "La Bibliothèque" et "Le Catéchisme", rappellent des souvenirs d'enfance d'un garçon ; deux textes pour dire que la religion l'ennuyait, et le titre intercalé manifeste un intérêt pour les livres — totalement absents de la suite du recueil — "Tu sais, il rapporte à la maison de ces cochonneries…" — et le désir naissant de s'approcher de la gent féminine représentée par la jolie bibliothécaire.
   
   Cet intérêt pour l'autre sexe intervient dans plusieurs nouvelles avec le personnage récurrent de Nadia, ("Nadia", "Poursuite"). Elle est la maîtresse inconstante, dont le narrateur aime humer le parfum sur sa peau et ses vêtements, et qu'il suit de bar en bar quand elle drague d'autres hommes ("Par le fleuve"). C'est pour elle que l'ami du narrateur tente de se suicider à un moment où elle aurait disparu ("Wasyl"). Le thème de la disparition revient avec la nouvelle "Zula Egipt", où l'on voit une Zula aux bas noirs fausser compagnie au narrateur et à son ami le docteur S. en sortant du cinéma où elle les avait accompagnés. Il est possible que la disparition d'une femme soit aussi à lire en filigrane dans la nouvelle "Kruger" en fin de volume.
   
   Dans le flux de conscience du narrateur, les souvenirs défilent comme des paysages, mais selon une chronologie brisée. "Zula Egipt", "Ptys" et "Vers le Nord" se déroulent partiellement en voiture. On se donne des airs de Jack Kerouac dans "Sur la Route". En même temps que l'autoradio débite les airs venus d'Amérique — on écoute Tom Waits, Iggy Pop, Nico, et j'en passe — les kilomètres défilent à travers le sud de la Pologne. En arrivant à Tarnow, il écoute le bruissement des pneumatiques sur l'asphalte mouillée : "Les pneus, à l'avant un pneu Michelin et un Continental, à l'arrière un pneu de récupération aux normes polonaises et l'autre russe, complètement lisse, faisaient un bruit aigu, comme un sifflement. Ce crissement me plaisait beaucoup et j'enlevai aussitôt les Rolling Stones". Grâce à la boisson, "j'avais cessé de m'inquiéter du fait que je n'avais pas de permis de conduire, et la nécessité de posséder une carte grise me semblait être une fantaisie légère digne d'un fonctionnaire rétrograde". (Tout petit détail en effet... On se souvient avoir lu dans wikipedia que l'auteur lui-même aurait déserté de son régiment, selon la légende, au volant d'un tank... Ceci lui coûta un an et demi de prison. Après quoi il s'installa dans les Beskides et y fonda une maison d'édition!)
   
   "Quoi que tu fasses, tu ne feras pas plus de quatre cents kilomètres." La Pologne est trop petite si l'on n'a pas les documents pour passer la frontière. Le narrateur tourne en rond, sans but véritable, pour tuer l'ennui. La bière et la vodka accompagnent les errances du narrateur, "Bière, cent grammes, et cigarettes" sont les mots du narrateur quand il entre dans un troquet. Cent grammes, c'est bien sûr 10 cl de vodka. Trop de bières, trop de vodka... Peut-être est-ce une panacée contre le climat — la pluie, toujours la pluie — qui semble accompagner chaque nouvelle. Il est vrai que ça donne de jolis reflets sur la chaussée mouillée, et que les pavés luisent, mais c'est alors que la route devient glissante : "Une question insensée lui brûlait les lèvres : Pourquoi, sous cette foutue pluie, avait-il fixé un rendez-vous à la belle étoile dans un lieu isolé ?" Oui, pourquoi... Beaucoup de questions restent sans réponse dans ce livre mineur.

critique par Mapero




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Dukla - Andrzej Stasiuk

Dukla, en Pologne, comme un port d’attache …
Note :

   "Andrzej Stasiuk est né à Varsovie en 1960. Militant pacifiste dans sa jeunesse, il passe deux ans en prison pour avoir refusé de faire son service militaire, expérience qu’il racontera plus tard dans Mury Hebronu (Les Murs d’Hébron). Après avoir travaillé pour des journaux clandestins au temps de Solidarité, il quitte Varsovie en 1986 et s’établit dans un petit village à l’extrême sud de la Pologne. En 1996, il y fonde avec Monika Sznajderman, sa femme, la maison d’édition Czarne. En 2005, il reçoit le prix Adalbert Stifter ainsi que le prix Nike, équivalent polonais du prix Goncourt."
   

   Polonais donc, on pourrait qualifier Andrzej Stasiuk de "Nicolas Bouvier de l’Europe de l’Est" ! Comme Nicolas Bouvier, il a cette capacité à saisir des détails insignifiants d’un lieu, de personnages, de moments d’un voyage, à les saisir et à nous les donner comme preuves intangibles d’une réalité proprement indescriptible. Comme l’art d’une description en creux ; définir les "autour", les à – côté, pour mieux faire sentir l’insaisissable. Mais de l’Europe de l’Est (ou celle qu’on appelait ainsi avant la chute de Mur – vous savez ce fameux mur en ex-RDA), exclusivement de cette Europe là qui semble obnubiler notre Andrzej Stasiuk.
   Romancier il n’est point. Sur les quatre ouvrages lus à la file aucun ne raconte une histoire complète, continue. Ce sont toujours des fulgurances. De lieux, de pays ou de personnages. De courts chapitres qui souvent constituent un tout, à relier, ou pas, au reste. Quant au style, il est remarquable. Peut-être aussi est-il remarquablement traduit ? En tout cas la lecture d’Andrzej Stasiuk est une lecture exigeante. De par les sujets, les thèmes abordés et par la sophistication de son écriture. A contrario on dira que ses ouvrages ne sont pas des "page – turners" !
   
   "Dukla" est une petite ville de l’extrême Sud-Est de la Pologne, en Galicie, à la frontière slovaque et dans le massif des Carpathes. Tel que Andrzej Stasiuk nous décrit "Dukla", c’est un peu sa "madeleine" à lui. Et je me sens tout ému de songer que j’ai dû y passer lors d’un pas si vieux voyage au Sud de la Pologne, le long de la frontière slovaque jusqu’à la frontière ukrainienne.
   
   Comment décrire cet ouvrage ? Un roman ? Pas vraiment. Des nouvelles ? Pas davantage. Un essai ? Que nenni. En fait Andrzej Stasiuk ne nous parle que de Dukla. Mais un Dukla de toutes les époques. Un Dukla vers lequel il revient inlassablement comme de la limaille par un aimant attiré.
   Imaginez un photographe qui prend la même photo du même lieu mais à des heures de la journée, des lumières, des saisons, différentes. Eh bien c’est un peu l’équivalent de ce que nous livre Andrzej Stasiuk. Ca vous a comme un côté obsessionnel. Il y a là-dedans une non-histoire totalement assumée. On ne sait pas s’il y a un dessein. Ou plutôt si, on le sait. Il n’y a que Dukla et la correspondance avec différentes périodes, différents épisodes, de sa vie.
   Oh, pas des épisodes croustillants, une non-histoire ai-je dit. Un seul héros : Dukla.
   "Dukla. Quelques ruelles, une église, un monastère et les vestiges d’une synagogue avec ses bouleaux rachitiques agrippés aux murs quelques mètres au-dessus du sol. On était dimanche. Devant l’église Marie-Madeleine, le curé nénissait un troupeau de voitures fraîchement briquées. Plus loin, des Ukrainiens avaient étalé leur marchandise sur les capots poussiéreux de leurs Jigouli. Bras croisés, ils observaient cette cérémonie barbare. Leurs voitures avaient parcouru des milliers de kilomètres sans la moindre bénédiction. La qualité de leur marchandise semblant toute relative, les élégants fidèles qui passaient près d’eux les snobaient."
   

   "Dukla", c’est typiquement le roman que vous pouvez lire à l’envers. Commencer par la fin, le milieu, le début, quelle importance ? de toutes façons, c’est Dukla !

critique par Tistou




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Contes de Galicie - Andrzej Stasiuk

15 nouvelles
Note :

   Titre original : Opowieści galicyjskie
   
    "Andrzej Stasiuk est né à Varsovie en 1960. Militant pacifiste dans sa jeunesse, il passe deux ans en prison pour avoir refusé de faire son service militaire, expérience qu’il racontera plus tard dans Mury Hebronu (Les Murs d’Hébron). Après avoir travaillé pour des journaux clandestins au temps de Solidarité, il quitte Varsovie en 1986 et s’établit dans un petit village à l’extrême sud de la Pologne. En 1996, il y fonde avec Monika Sznajderman, sa femme, la maison d’édition Czarne. En 2005, il reçoit le prix Adalbert Stifter ainsi que le prix Nike, équivalent polonais du prix Goncourt."
   

   Polonais donc, on pourrait qualifier Andrzej Stasiuk de "Nicolas Bouvier de l’Europe de l’Est" ! Comme Nicolas Bouvier, il a cette capacité à saisir des détails insignifiants d’un lieu, de personnages, de moments d’un voyage, à les saisir et à nous les donner comme preuves intangibles d’une réalité proprement indescriptible. Comme l’art d’une description en creux ; définir les "autour", les à – côté, pour mieux faire sentir l’insaisissable. Mais de l’Europe de l’Est (ou celle qu’on appelait ainsi avant la chute de Mur – vous savez ce fameux mur en ex-RDA), exclusivement de cette Europe là qui semble obnubiler notre Andrzej Stasiuk.
   
   Romancier il n’est point. Sur les quatre ouvrages lus à la file aucun ne raconte une histoire complète, continue. Ce sont toujours des fulgurances. De lieux, de pays ou de personnages. De courts chapitres qui souvent constituent un tout, à relier, ou pas, au reste. Quant au style, il est remarquable. Peut-être aussi est-il remarquablement traduit ? En tout cas la lecture d’Andrzej Stasiuk est une lecture exigeante. De par les sujets, les thèmes abordés et par la sophistication de son écriture. A contrario on dira que ses ouvrages ne sont pas des "page – turners" !
   
   "Contes de Galicie" au contraire d’autres ouvrages présente une unité de lieu. C’est dans le titre : la Galicie. A ne pas confondre avec la Galice au Nord-Ouest de l’Espagne. La Galicie est cette région qui s’étend tout au Sud de la Pologne, aux confins nord de la Slovaquie et qui se prolonge en Ukraine. C’est par ailleurs la région où vit Andrzej Stasiuk et qui lui est chère, manifestement.
   Des nouvelles ? En fait pas vraiment puisqu’il s’agit de très courts chapitres concernant plusieurs personnages du même village, qui donnent une impression de décousu de prime abord mais qui se révèlent au bilan formant une "histoire" de ce village, à une époque post-communisme, un moment où la société ne sait pas trop où elle en est : plus de collectivisme mais pas encore de compréhension d’un fonctionnement plus individuel. Et la pauvreté bien sûr, la misère culturelle, des conditions sans aucun doute difficiles qui doivent perdurer encore dans ces "trous du c… du monde".
   
   "Un village comme un autre. Un fil de trois kilomètres de maisons s’éparpille, casse puis se ressoude en suite compacte. Le béton, le bois, les toitures défoncées, les débris de clôtures, les rampes en fer des balcons composent ce gâteau pourri : misère et phantasmes sur un monde vu à la télévision. Une voie asphaltée touche le bord des habitations, les effleure à peine. C’est mieux comme ça d’ailleurs car le chemin de gravier défoncé, artère principale du village, est occupé dans sa totalité par les enfants et les chiens."
   

   Nous sommes dans le frustre, le sordide. Travail, dur le travail. Boissons, alcoolisées les boissons. Désespérance, notamment des femmes qui en dehors de mettre des enfants au monde ne peuvent guère distinguer d’avenir.
   
   Jozek, Wladek, Kruk, Janek, … Ils défilent au fil des chapitres, finissent par se recouper, se rencontrer pour former une trame multicolore ; paradoxe dans ce monde d’une grisaille sans pareille!

critique par Tistou




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Sur la route de Babadag - Andrzej Stasiuk

Le but est dans le voyage
Note :

   Titre original : Jadąc do Babadag
   
   Enrichissons avec lui le club des écrivains-voyageurs, convoquons un Nicolas Bouvier, un Sylvain Tesson, pour ne parler que des plus récents, et partons pour un bout de chemin en la compagnie d'Andrej Stasiuk. La route, nous la ferons en train, en voiture, un bus, en vélo, camion, charrette ou même à pied, s'il le faut, mais nous irons. Nous irons vers des gares ouvertes sur rien. Rien qu'une route. Des auberges immuables, des tavernes où la lumière n'entre pas (mais l'alcool frelaté, si), des chemins où l'ennemi s'appelle chiens errants, ou froid aussi, ou chaleur de four au contraire, nous sommes en climat continental. Le plein hiver est trop froid, le plein été trop chaud.
   
   Nous irons. Andrej Stasiuk a une carte, une vieille, en papier, illisible sur les pliures. Je n'en avais pas. Je scanne et agrandis celle que nous offre la couverture, c'est la seule de l'ouvrage – et c'est bien dommage- mais ce sera pour constater qu'elle ne nous sera pas d'une grande aide, la plupart des ville évoquées n'y figurant pas.
   
   Nous irons, souvent attirés par les frontières, les passant, les longeant, les repassant à un autre endroit ou au même. Nous avons vu toutes sortes de douaniers. Nous connaissons leur façons de faire et de penser. Nous les craignons un peu, mais pas trop. C'est du temps perdu, des bakchich discrets sous d'amples explications, un micro despotisme qu'il ne faut pas froisser, et c'est tout. Quant aux frontières, quand on connait leur Histoire, on peut comprendre qu'ils n'y croient pas plus farouchement que cela.
   "J'ai compté les tampons sur mon passeport. Cent soixante-sept en sept ans environs, mais en vérité, ils auraient dû être plus nombreux, car quelques fainéants n'ont pas eu envie de se bouger." (…) "Oui, cent soixante-sept tampons, et si l'on ajoutait les non-apposés, cela ferait sûrement deux cents. Rouges, violets, verts, noirs, estompés, avec des ajouts au stylo-bille, avec des images d'antiques locomotives, d'automobiles, avec d'enfantines silhouettes d'avions et de bateaux, car tout ceci recèle en soi une part d'enfantillage (…) Côté sérieux, zéro."
   

   Quatorze voyages, quatorze textes. On ira partout : la Moldavie, la Hongrie, la Roumanie, l'Albanie, l'Ukraine, La Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, l'Autriche, la Croatie, la Serbie, la Bulgarie... Tous ces pays de la Mittel Europa qui ont connu des siècles si mouvementés, et si violents ! On partira, une fois dans un sens, une fois dans l'autre, sans but ni projet ou alors, vague et secondaire. On visitera la ville natale de Cioran, on cherchera les pas de Jakub Szela, la tombe du roi, des Tziganes... On aime convoquer le passé, tant légendaire qu'historique. On ne visitera pas les musées, on ne s'extasiera pas sur les paysages, on ne tentera pas de définir les caractéristiques des populations... Mais on aime observer les monnaies, pièces et billets, les tampons officiels, on l'a vu. On fréquentera les petites gens parmi lesquels on semble à l'aise et accepté. On verra les effets de la misère. On observera même les animaux. "Oui, mon Europe est remplie d'animaux" Vaches, bœufs, chevaux, moutons, buffles chiens... On n'a pas de "théorie du voyage". On avance. A peine arrivé, où que ce soit, on songe au départ. On ne sait pas rester en place. On ne dit pas pourquoi. Le sait-on ? En tout cas, on ne le cherche pas.
   
   Andrej Stasiuk n'est pas seul, mais il n'en parle pas. Parfois, à l'ombre d'une phrase, on devine l'ombre d'une présence, une femme, m'a-t-il semblé. Mais c'est à peine. Rien n'en est dit. Il ne parle pas beaucoup de lui même non plus, en dehors de relater ses déplacements.
   
   Quand il sera rentré, Stasiuk écrira ces récits que nous sommes en train de lire. "Au retour, je déniche des livres, je questionne des gens, j'entasse des bribes d'information et je vérifie où j'ai réellement été. Cela ne donne pas grand chose car tout devient encore plus étranger et fait penser à un rêve rêvé à l'intérieur d'un rêve. Je dois regarder mon passeport pour être sûr que ces pays étrangers existent."
   

   Et puis, surtout peut-être, Andrej Stasiuk a une belle écriture.
   "On sent l'eau partout, et la terre spongieuse et lourde s'incurve sous le poids du ciel. Les villages ressemblent à des ilots jaunes en pierre. Le monde colle à l'horizon et, vu de loin, tout se réduit à une ligne plane." (209)
   "Je m'étais dit que le ciel, dans ces contrées, aurait pu émettre un son métallique si on avait frappé dessus."

   Alors, nous irons.
   Et Babadag ? Me direz-vous ? Ah oui, on vous a laissé supposer que cela pouvait être le but de ces voyages, mais voyons, le temps d'arriver là, vous avez bien compris qu'il n'y a pas de but... final. Le but est dans le voyage.
    ↓

critique par Sibylline




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14 Nouvelles
Note :

   « Andrzej Stasiuk est né à Varsovie en 1960. Militant pacifiste dans sa jeunesse, il passe deux ans en prison pour avoir refusé de faire son service militaire, expérience qu’il racontera plus tard dans Mury Hebronu (Les Murs d’Hébron). Après avoir travaillé pour des journaux clandestins au temps de Solidarité, il quitte Varsovie en 1986 et s’établit dans un petit village à l’extrême sud de la Pologne. En 1996, il y fonde avec Monika Sznajderman, sa femme, la maison d’édition Czarne. En 2005, il reçoit le prix Adalbert Stifter ainsi que le prix Nike, équivalent polonais du prix Goncourt. »
   
   Polonais donc, on pourrait qualifier Andrzej Stasiuk de « Nicolas Bouvier de l’Europe de l’Est » ! Comme Nicolas Bouvier il a cette capacité à saisir des détails insignifiants d’un lieu, de personnages, de moments d’un voyage, à les saisir et à nous les donner comme preuves intangibles d’une réalité proprement indescriptible. Comme l’art d’une description en creux ; définir les « autour », les à – côté, pour mieux faire sentir l’insaisissable. Mais de l’Europe de l’Est (ou celle qu’on appelait ainsi avant la chute de Mur – vous savez ce fameux mur en ex-RDA), exclusivement de cette Europe là qui semble obnubiler notre Andrzej Stasiuk.
   
   Romancier il n’est point. Sur les quatre ouvrages lus à la file aucun ne raconte une histoire complète, continue. Ce sont toujours des fulgurances. De lieux, de pays ou de personnages. De courts chapitres qui souvent constituent un tout, à relier, ou pas, au reste. Quant au style, il est remarquable. Peut-être aussi est-il remarquablement traduit ? En tout cas la lecture d’Andrzej Stasiuk est une lecture exigeante. De par les sujets, les thèmes abordés et par la sophistication de son écriture. A contrario on dira que ses ouvrages ne sont pas des « page – turners » !
   
   14 Nouvelles dont une très longue dernière, éponyme. Nous sommes avec ce « Sur la route de Babadag » dans la même veine que « Fado », c’est-à-dire tendance « road movie », relations d’émotions du voyage, d’un écrivain « on the road ». Et là encore c’est l’Europe Centrale et Orientale qui en est la véritable vedette : ex – Yougoslavie, Albanie, Moldavie, Pologne, Roumanie, Hongrie, … tous ces pays qui font partie de notre espace européen et que nous méconnaissons avec constance ! Tiens, ne serait-ce que cet extrait tiré de la nouvelle « Moldova »
   
   « Le pays mesure trois cents kilomètres environ à l’endroit le plus long et cent trente environ à l’endroit le plus large. Le passage de Leuseni est en béton gris et il est désert. La femme en uniforme prend les passeports et disparait pendant une quinzaine de minutes. Ne passent ici que les Moldaves et les Roumains, et certainement personne par plaisir. »
   

   Personne par plaisir ? Pourtant « Moldavie » finalement ça me fait rêver. Ca m’évoque « Le sceptre d’Ottokar », un merveilleux album de Tintin. Ca m’évoque cette architecture… paysanne ( ?) qui m’avait surpris à Bratislava, la capitale de la Slovaquie. Une architecture toute simple, en vastes arrondis… Mais pourquoi je vous raconte ça, moi ?!
   
   Babadag, au fait, ce n’est pas une faute pour Bagdad (comme j’avais pu naïvement l’imaginer avant d’avoir le livre en main), Babadag est une ville roumaine, dans le delta du Danube. Où l’on trouve… ? Des Tziganes ! (comme dans toute l’Europe à vrai dire) Les Tziganes, un des sujets récurrents de Stasiuk. Comme nous, Stasiuk ne les comprend pas. Mais lui en tout cas, il est fasciné par eux. Il est vrai qu’entre l’ultra-conformisme de la société post-communiste et la fantaisie tzigane…
   
   L’ouvrage est décousu, parcouru de digressions, et pourtant vous avez l’impression d’en savoir beaucoup sur ces sociétés auxquelles on s’intéresse si peu par ici. Lisez Andrzej Stasiuk, vous aurez une idée de toutes les connaissances qui peuvent vous manquer. Si proches, si lointaines…

critique par Tistou




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Fado - Andrzej Stasiuk

Pauvre Europe
Note :

   "Le passé et la mémoire sont ma patrie et ma maison…" C'est le credo d'un écrivain qui ne fait pas dans le présentisme ! Incitant à la mélancolie, un air de "fado" salue l'arrivée du voyageur dans quelque auberge de campagne et justifie le titre de ce recueil de récits dont l'auteur né en Pologne habite un village des Beskides près de la frontière slovaque. "Fado" livre forme un "road book" consacré à ses émotions, à ses réflexions nées en parcourant cette Europe centrale qui n'est plus Europe de l'Est depuis la chute du rideau de fer. En cours de route Andrzej Stasiuk rappelle judicieusement que cette Europe centrale et orientale a donné naissance à de brillants écrivains : Canetti, Celan, Cioran, Bulatović, Kiš, etc…
   
   Cette Europe centrale succède tant bien que mal aux possessions des Habsbourg, que les humoristes appelaient "kakanie" et les géographes "Mitteleuropa". "Fado" est une quête de l'identité du citoyen de Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Slovénie, Serbie, Monténégro, Albanie… Il appartient en théorie à la même civilisation que l'Ouest, mais en pratique le poids des traditions perdure, accentué par le charme défraîchi et un peu exotique de son environnement. L'auteur accorde plus d'importance à la première guerre mondiale qu'à celle qui a suivi. En Galicie, il visite à la Toussaint les cimetières militaires du front austro-russe de 1915 comme des tombes où reposeraient oncles et cousins, tous contemporains du brave soldat Švéïk de Jaroslav Hašek, dont on a multiplié les statues. Les campagnes traditionnelles, à l'écart de l'agrobusiness, avec leurs chalets pittoresques et fleuris, sont à l'image de la ferme des grands-parents. La nostalgie est omniprésente dans ces textes, comme un fil rouge. Le communisme a disparu laissant derrière lui de vieilles usines et de vieilles locomotives rouillées, qui rappellent des billets en zlotys d'avant les années 70. À Stróze, important nœud ferroviaire : "Autrefois il y avait un flipper dans le buffet de la gare." Et l'ambiance était joyeuse.
   
   Aujourd'hui, l'avenir venu de Bruxelles s'abat sur la Mitteleuropa ; tel un eurosceptique, Stasiuk voit le futur de sa région comme une addition de défauts. La consommation et les marques ont envahi l'Europe centrale. L'imitation de l'Ouest fait rage ; la description est impitoyable. Les jeunes se réunissent d'abord pour se montrer "leurs voitures d'occasion importées d'Allemagne. Il n'est pas exclu que leur patrie, ce soit la Golf III." Ils retrouvent ensuite dans les discothèques des filles "vêtues de manière succincte et provocante [qui] ont l'air de vouloir à tout prix se défaire de leur tenues miniatures." Ils portent des fringues "conformes à la dernière tendance diffusée sur MTV. […] Ils sont maigres, avec les oreilles décollées. La mode des dernières années qui leur impose de se raser le crâne les dénude impitoyablement."
   Dans cette Mitteleuropa désormais soumise à l'appel de la "modernité", seuls les Tziganes campent sur leurs traditions. "Lors de mes voyages, je cherche leurs habitations lamentables et provisoires, en Slovaquie, en Roumanie, en Hongrie. Leur présence m'inquiète et, en même temps, suscite mon admiration. Leur vie marginale remet radicalement en question le sérieux de mon "européanité". Voici un peuple analphabète à la peau mate qui parcourt depuis des siècles l'Europe et l'européanité exactement comme s'il traversait des régions faiblement peuplées, pauvres et peu attrayantes. Parfois ils trouvent quelque chose dont ils font usage, mais dans l'ensemble, ils donnent l'impression d'avoir apporté tout ce dont ils ont besoin. Tout indique qu'ils n'ont rien appris de nous et qu'aucune de nos gloires ne suscite leur admiration. Seraient-ils depuis plus de six cents ans aveugles et insensibles à nos réalisations ? […] On a pourtant peine à croire que notre monde soit à ce point inintéressant."
   Alors que déjà les Monténégrins ont spontanément adopté l'euro, Stasiuk caricature les conséquences lointaines de l'appel de l'Ouest sur les peuples de l'Europe centrale. Il imagine une prochaine migration des barbares.
   "Le plan pour les décennies à venir est à peu près le suivant : les Tziganes arriveront en nombre et installeront leurs campements sur les Champs-Elysées, des montreurs d'ours bulgares feront leurs tours sur le Kudam à Berlin, des Ukrainiens à moitié sauvages établiront leurs communautés cosaques misogynes dans la plaine du Pô, aux portes de Milan, des Polonais ivres et pieux dévasteront les vignobles du Rhin et de la Moselle…"
   Pauvre Europe !
   Ces extraits montrent suffisamment l'agrément de l'écriture de Stasiuk, ni trop plate ni très affectée, presque tous publics. L'écrivain-voyageur a récidivé avec son dernier livre, "Taksim", qui emmène le lecteur jusqu'au cœur d'Istanbul.
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critique par Mapero




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24 nouvelles
Note :

   « Andrzej Stasiuk est né à Varsovie en 1960. Militant pacifiste dans sa jeunesse, il passe deux ans en prison pour avoir refusé de faire son service militaire, expérience qu’il racontera plus tard dans Mury Hebronu (Les Murs d’Hébron). Après avoir travaillé pour des journaux clandestins au temps de Solidarité, il quitte Varsovie en 1986 et s’établit dans un petit village à l’extrême sud de la Pologne. En 1996, il y fonde avec Monika Sznajderman, sa femme, la maison d’édition Czarne. En 2005, il reçoit le prix Adalbert Stifter ainsi que le prix Nike, équivalent polonais du prix Goncourt. »
   
   Polonais donc, on pourrait qualifier Andrzej Stasiuk de « Nicolas Bouvier de l’Europe de l’Est » ! Comme Nicolas Bouvier il a cette capacité à saisir des détails insignifiants d’un lieu, de personnages, de moments d’un voyage, à les saisir et à nous les donner comme preuves intangibles d’une réalité proprement indescriptible. Comme l’art d’une description en creux ; définir les « autour », les à – côté, pour mieux faire sentir l’insaisissable. Mais de l’Europe de l’Est (ou celle qu’on appelait ainsi avant la chute de Mur – vous savez ce fameux mur en ex-RDA), exclusivement de cette Europe là qui semble obnubiler notre Andrzej Stasiuk.
   
   Romancier il n’est point. Sur les quatre ouvrages lus à la file aucun ne raconte une histoire complète, continue. Ce sont toujours des fulgurances. De lieux, de pays ou de personnages. De courts chapitres qui souvent constituent un tout, à relier, ou pas, au reste. Quant au style, il est remarquable. Peut-être aussi est-il remarquablement traduit ? En tout cas la lecture d’Andrzej Stasiuk est une lecture exigeante. De par les sujets, les thèmes abordés et par la sophistication de son écriture. A contrario on dira que ses ouvrages ne sont pas des « page – turners » !
   
   Pour ce qui concerne «Fado», ce sont clairement des nouvelles disséminées dans l’espace. L’espace de l’Europe de l’Est (disons Centrale et Orientale), chère à Andrzej Stasiuk. Cette obsession pour cet espace qui fut longtemps contenu, étouffé, sous la férule de l’ex-URSS, et qui a quand même du mal à «rebondir», à trouver un nouveau mode de fonctionnement.
   
   Ex-Yougoslavie, Roumanie, Slovaquie, Pologne, Ukraine, et Albanie qui lui semble particulièrement chère. Et les Tziganes. Ces Tziganes issus de ces confins orientaux et ostracisés partout lui paraissent paradoxalement créer comme un trait d’union entre tous ces pays.
   
   Une de ces nouvelles est intitulée «Un on the road slave». C’est exactement l’impression que laisse la lecture de ces courts chapitres. Que ce soit au volant d’un véhicule, en taxi ou dans un train, les réflexions qui lui viennent, les attitudes et comportements qu’il décrit sont ceux d’un voyageur curieux, un voyageur sur la route, «on the road».
   
   « Ce printemps, nous nous sommes perdus en Roumanie. Je m’étais trompé de route : au lieu d’aller vers la frontière hongroise, j’avais pris vers le sud-ouest, en direction d’Oradea. La nationale 19 était plutôt déserte. Le soleil était bas à l’horizon et aveuglant. Nous avions parcouru deux mille kilomètres sur les routes tortueuses de Marmatie, Bucovine et Transylvanie, nous étions fatigués. Nous voulions nous reposer de la folie des images et des paysages changeants, nous reposer de cette diversité permanente. Soudain, en face de nous, un convoi de Tziganes a surgi du néant lumineux des rayons dorés du soleil. Quatre roulottes attelées à des chevaux efflanqués, couvertes d’une bâche trouée et effilochée, sur lesquelles pendouillaient divers objets, des seaux, des bidons, des jerrycans en plastique vides. »
   

   Notre ami Andrzej Stasiuk voue une vraie affection à ces «coureurs de route», inclassables, sans apparente nationalité que sont les Tziganes. C’est un thème qui revient fréquemment dans ses relations de voyage.
   
   Oh, bouger ! Partir à sa suite vers les sommets des Carpathes, les forêts sombres de Transylvanie, le dénuement assumé d’un peuple en mouvance perpétuelle, galérer dans un méchant hôtel d’une imprononçable petite ville d’on ne sait plus où… Andrzej Stasiuk a cet art de nous donner envie d’aller toucher du doigt ce monde incertain, qui existe pourtant, et qu’on a tort de ne pas voir.

critique par Tistou




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Taksim - Andrzej Stasiuk

Deux hommes et une camionnette
Note :

   Avec Andrzej Stasiuk nous embarquons dans des pérégrinations à travers la triste Europe centrale et balkanique là où "la météo maintient l'ordre mieux que les flics". Alors que "Fado" se fondait sur des textes brefs, voici un roman dense au titre longtemps problématique pour le lecteur. Tout le monde sait bien que Taksim est la place célèbre d'Istanbul, mais il faut atteindre les dernières pages pour saisir le pourquoi de l'affaire ! Car c'est avant tout l'histoire de deux hommes et d'une camionnette. "C'est tout ce que je savais faire : conduire et l'écouter parler" et puis "Roule, c'est tout". Basés dans une petite ville du sud de la Pologne, Pawel le narrateur et son compère Władek parcourent principalement la Slovaquie et la Roumanie pour vendre aux gens pauvres des campagnes des vêtements d'occasion, des fripes qu'ils achètent en gros à des intermédiaires. Harassée de kilomètres, la Ducato de Pawel sert à la fois à transporter les fripes et à abriter pour la nuit les deux hommes quand ils sont éloignés de leur base, c'est-à-dire très souvent.
   
   • Comment diable cela fait-il un roman ?
   "On voit que cette ville va mourir" déclare le narrateur dès l'incipit. Les étapes glauques, les longs parcours dans des bleds perdus comme Medziborie qu'on trouve mal même sur Google, constituent une matière — comme dans le livre déjà évoqué de l'écrivain-voyageur — à cela s'ajoutent les clients qu'ils rencontrent, leurs “relations d'affaires”, et aussi Eva, la belle caissière du parc d'attractions que dirige Markus, l'ami forain de Władek.
   
   L'intérêt se glisse dans les conversations que les deux hommes tiennent pendant des heures sur la route : "Je me demandais quand il avait trouvé le temps de vivre tout ça et par quel miracle il avait tout gardé en mémoire" avoue Pawel dont on ne saura pas grand chose sinon qu'il habite seul une vieille baraque louée à une mystérieuse veuve — la pauvre ne se souvient pas avoir vu les Allemands pendant la guerre... Quand il n'est pas au volant de son Ducato, Pawel regarde la station-service sur le quai en face de chez lui, et passe le temps à attendre le retour de Władek, qu'il appelle aussi "le Boss". De Władek en revanche, l'histoire se dévoile au fur et à mesure que passent les kilomètres. Il a eu une enfance de bon à rien : "À la fin, ils m'ont chargé à vie de la garde des vaches. À la campagne c'est le boulot des gosses et des idiots du village et j'en étais très content". Et puis il a roulé sa bosse dans les trafics du temps où la région était une sorte de vaste colonie soviétique et la Roumanie réduite à la misère par le régime du "cordonnier". À cette époque Władek faisait ses coups avec "le Gris" que l'on retrouvera en passeur de clandestins et en trafiquant enrichi dans le capitalisme sauvage du post-soviétisme.
   
   • Une Europe à deux vitesses.
   Nous y voilà, c'est maintenant l'arrière-cour de l'Union européenne. À la faveur des médiocres aventures passées et présentes de “héros” peu reluisants — on les prendrait facilement pour des personnages de Samuel Beckett — le polonais Andrzej Stasiuk peint une société en pleine décrépitude à la chute des régimes communistes.
   "Les Russes sont partis et personne n'est venu les remplacer. Tu piges ? Et personne ne viendra. Du moins jusqu'à l'arrivée des Chinois." Le système nouveau promu par l'UE les laisse perplexes : "Laisse tomber, le capitalisme crèvera bien sans nous." Ceux qui n'émigrent pas se risquent dans le petit commerce : "Pressing, pièces de rechange, épicerie, bio, photocopie et reliure, cul et coiffure, portables et autoradios volés et mont-de-piété et maintenant pour finir, labo-photo.... Tout ça en l'espace de quatre ans. C'est pas un rythme pour les gens ordinaires, mon vieux, pas ici, pas dans ce coin." Pawel et Władek, eux, vivotent de la fripe sur les places des villages clochardisés après l'éclatement des Fermes d'état : la toute petite ferme familiale se croyait "autosuffisante" ; "petite arche de Noé à la dérive", elle serait balayée par l'histoire.
   
   Alors que la petite entreprise de Pawel et Władek subit le choc de la mondialisation sous la forme de la “camelote” bon marché venue de Chine en vente au nouveau centre commercial, les Tziganes constituent comme un pôle de résistance. "Après ses allocs, le Tzigane le plus pauvre pouvait sortir de là habillé comme dans un clip à la télé". Dans cette société chamboulée, ils survivent parce qu'habitués au pire. Le quartier tzigane c'est : "Tôle rouillée, bois brut, briques de récupération, argile et galets de la rivière. On aurait dit que le vent avait arraché tout ça quelque part pour le déposer ici. Une maquette du Jugement dernier." Ils trouvent dans les bases soviétiques abandonnées des réserves de matériaux à recycler. Un vieux char russe ça fait vivre une famille pendant un an. Ils ont squatté les postes frontières tombés à l'abandon avec l'entrée de ces pays dans l'Union européenne.
   
   Tandis que leurs parents roulent encore dans "de vieilles voitures qui avaient vu la chute des Soviets", des jeunes qui sont partis chercher fortune à l'Ouest reviennent auréolés des symboles de la société de consommation occidentale. "Des bagnoles avec le volant à droite faisaient leur apparition dans les patelins les plus paumés. Les types en costard moulant et lunettes miroir qui en descendaient regardaient leur maison natale comme une espèce de Bantoustan". Et les filles ? Elles ressemblent à "des idiotes maquillées" — sauf Eva bien sûr.
   
   Cette société peine à changer en mieux. "On était seulement un peu plus sales, plus crades et plus vieux" se lamente Pawel. On retrouve l'alcool comme un camarade amical. La bière sert à faire couler la vodka ; ici on boit la borovička, eau de vie populaire en Slovaquie, ailleurs du vin moldave et l' "eau de vie de prune de Marmatie". Le mal vient de plus loin ; le narrateur appelle cela "la névrose du servage". Ces sociétés avaient connu le servage sur les grands domaines féodaux jusqu'à une date récente et cela a laissé des traces. Ainsi "Les serfs ont toujours envié les Juifs. Ils éprouvaient pour eux de la haine, du mépris, de l'admiration et de l'envie. D'autant qu'ils buvaient peu et savaient tous écrire".
   
   Voilà en somme toute une société préparée à la vague populiste. Je ne sais si c'était l'intention de l'écrivain mais il n'aurait pas pu s'y prendre mieux pour nous le faire comprendre.

critique par Mapero




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Pourquoi je suis devenu écrivain - Andrzej Stasiuk

Roman picaresque
Note :

   Titre original : Jak zostałem pisarzem (próba autobiografii intelektualnej)
   
    Dans "Pourquoi je suis devenu écrivain", paru en 1998, l’écrivain polonais Andrzej Stasiuk, raconte les souvenirs des années 1970 et 1980 dans son pays sous le régime communiste. C'est le premier volet d’un récit autobiographique dont le second porte le titre de "Un vague sentiment de perte".
   
   C’est sur la suggestion de Sibylline et pour participer à l'écrivain du mois de Lecture et écriture (ici) et dans le cadre du mois sur la Littérature de l’Europe de l’Est, que je l'ai lu.
   
   J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre. Cela tient au style déconcertant, petites phrases courtes, sèches, froides, sans aucun développement, aucune analyse des faits, encore moins des sentiments. Et parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne, comme si une phrase chassait l’autre, on est averti de ses goûts musicaux, c’est un amoureux du rock, point à la ligne, sans plus d’explication, on passe à autre chose !
   
   Bon ! J’ai commencé par m’ennuyer ferme d’autant plus que ces jeunes gens (c’est à dire Stasiuk et ses amis car il refuse de dire "je" et emploie le "nous") s’ennuient eux-mêmes, désœuvrés, sans but, refusant la contrainte et l’autorité :
   "Nous passions notre temps à glander, à faire des allers-retours entre les deux places de la Vieille-Ville."
   

   A mes yeux, rien ne se passe, rien d’intéressant n’arrive. A part des cuites mémorables, des bagarres, des moments de travail qui alternent avec des moments de pénurie que l’amitié et la solidarité aident à faire passer. Il décrit d’ailleurs ses amis et en dresse des portraits pittoresques. Ils sont tous aussi fous que lui !
   
   Pourtant, je continue ma lecture car ce style m’interpelle et finit par m’intéresser; je me demande ce qu'il me rappelle. Je penche pour certains écrivains américains quand Stasiuk répond lui-même à ma question en me disant que s’il a "pompé" sur quelqu’un c’est plutôt sur Céline.
   
   Mais à force "d’oublier" d’aller à l’école, "d’oublier" d’aller travailler, il va lui arriver de gros problèmes car "oublier" de rentrer de permission quand on est dans l’armée, cela s’appelle déserter ! Voilà donc notre futur écrivain en prison et pas n’importe laquelle, une prison militaire dont l’organisation est calquée sur un camp de concentration. Et quand il parle du régime carcéral militaire et des gradés, c’est bien l'ironie et la hargne céliniennes que l’on retrouve :
   "Et me voilà de nouveau devant des pantins qui s’agitaient comme dans un cirque (..) Garde-à-vous ! A terre ! Rampez ! Debout ! Exécution ! … Bref la vieille rengaine, car, dans ce domaine, il est quasi impossible d’être inventif. J’ai réussi tant bien que mal à rejoindre le reste des condamnés, regroupés dans une immense salle pleine à craquer. Puis, de but en blanc, j’ai demandé à quoi on jouait."
   

    A ce stade du récit, je commence à être de plus en plus sensible à l’humour noir qui se dégage des ces pages, à la violence de cette société privée de liberté - n'oublions pas que nous sommes dans la Pologne communiste -. Je comprends que le seul moyen de résister, c’est la passivité, c’est le refus de coopérer, de rentrer dans les rangs.
   
   Mais ce qui me frappe le plus, c’est l’utilisation de la litote que Stasiuk porte au niveau de l’art ! De même que Voltaire désigne la prison comme des "appartements d’une extrême fraîcheur", Stasiuk quand il est jeté au cachot pour rébellion écrit :
   "Ma cellule était très chic. Je pouvais faire un pas dans le sens de la longueur, et un demi-pas dans le sens de la largeur. Dans un coin il y avait des toilettes. Et un châlit, bien sûr. En planches. Pour la nuit j’avais une couverture.
   Heureusement, je n’avais pas de corvée à faire. Je restais donc assis. Ou bien debout. Je faisais quelques pas sur place. Je m’allongeais. Trois fois par jour j’avais droit à une gamelle. Des cailloux et des vers."
   

   C’est là que les petites phrases sèches, réduites, prennent du poids, et parce qu’elles paraissent anodines, elles soulignent la dureté de l’incarcération et la déshumanisation. En fait, plus il subit de violence, plus son style devient minimaliste : "après un petit passage à tabac" !
   
   La seconde partie du roman correspond à la libération de Stasiuk. Nous sommes en 1980, le premier syndicat libre Solidarnosc a vu le jour. L’écrivain entre dans la clandestinité et il travaille de temps en temps mais toujours en dilettante; il va pourtant peu à peu se mettre à écrire des livres, à la demande de son ami qui organise la résistance, pour témoigner de la prison, écrits qui ne seront pas publiés.
   
   Sa vie est toujours aussi bohème, il refuse toujours autant les contraintes, il est toujours aussi épris de liberté, aussi fou comme lorsqu’il grimpe sur la flèche d’une grue pour y accrocher un drapeau et l’humour noir est toujours présent. Il parle de ses lectures, des écrivains qu’il aime ou non; Genêt le déçoit, il adore Beckett. Ce qui me m’étonne le plus dans cette partie, ce sont les réflexions du narrateur sur la société polonaise libérée du communisme. Le livre est publié en effet en 1998 et reflète son désenchantement :
   "Aujourd’hui, nous avons enfin la liberté, mais les gens sont asservis comme jamais auparavant. Dans le passé alors que nous étions totalement privés de liberté, chacun faisait ce que bon lui semblait. En tout cas les personnes de mon entourage".
   

   Cela peut paraître un paradoxe mais c’est ce que ressent l’écrivain. Oui, l’on sent la nostalgie d’une époque révolue "Quelle merveille ces années 1980 !" par contraste avec une société devenue conformiste, où la pression sociale est très forte, ou chacun doit entrer dans le rang, tant au point de vue du travail, que des exigences vestimentaires, de ce que l’on attend de l’individu. Le temps aussi a changé, il est pressé, alors que jadis il se fragmentait et s’étirait lentement.
   
   Finalement et même si la lecture n’a pas été aisée, je suis heureuse d’être allée jusqu’au bout de ce livre et d’en avoir compris l’intérêt. Ce qu’il faut bien en avoir en tête en le commençant c’est qu’il ne sera pas conforme à ce que l’on attend habituellement d’une autobiographie ou d’un récit de souvenirs. L’auteur lui même nous en avertit :
   "J’ai vécu une histoire d’amour. Du sérieux. Je ne vais pas en parler ici, ceci n’est pas un journal intime mais une chronique d’un certain état d’esprit".
   

    L’écrivain, poète et journaliste polonais Andrzej Stasiuk est né en 1960 à Varsovie. En 1992, ses débuts littéraires sont très remarqués. Bientôt, il fuit la célébrité et la capitale pour s’établir dans un petit village aux confins du sud-est de la Pologne. Considéré comme le chef de file de la littérature polonaise contemporaine, il collabore à diverses revues littéraires et culturelles. Outre des recueils de poésie et quelques pièces de théâtre – dont une seule a été traduite en français ("Les barbares sont arrivés", Éditions théâtrales avec France Culture, 2008), il est l’auteur d’une quinzaine de livres dont quatorze sont traduits en français et en d’autres langues. L’œuvre de Stasiuk a souvent été récompensée, notamment en Pologne mais aussi en Allemagne. En France, la tonalité inimitable de sa prose ainsi que son amour profond pour l’arrière-cour de l’Europe a suscité beaucoup d’enthousiasme.

critique par Claudialucia




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Un vague sentiment de perte - Andrzej Stasiuk

Deuils...
Note :

   Titre original : Życie to jednak strata jest
   
   Encore une fois, j’ai découvert ce livre grâce au compte Twitter des éditions Actes Sud, lors de leur opération de cet été Un Livre, Un Voyage. C’est un livre absolument magnifique (la preuve en est que je l’ai lu deux fois en deux jours ; d’une autre côté, il ne fait que 100 pages), mais il ne faut surtout pas lire cela quand on est un tant soit peu déprimé.
   
   Le livre est composé de quatre récits, correspondant à quatre êtres aujourd’hui disparus et dont l’auteur raconte la mort, en tout cas ce qu’il a ressenti, sans faux-semblants aucuns. C’est aussi l’occasion de nombreuses réminiscences, d’évocations de l’enfance et de l’adolescence.
   
   Grand-mère et les esprits

   Le premier texte porte sur sa grand-mère, une grand-mère de l’ancien temps, parlant des esprits comme d’êtres vivants, alors que catholique pratiquante, les saints restaient des personnes mortes cantonnées à l’église. C’est l’occasion pour l’auteur d’évoquer la place du surnaturel dans notre société où la moindre chose inconnue doit être expliquée rationnellement :
   "Les dernières grands-mères qui ont vu de leurs propres yeux le monde des esprits vont bientôt mourir. Elles le contemplaient avec foi et sérénité, et avec crainte aussi. Cette réalité surnaturelle, vive et présente, s’en ira avec elles. Hormis de rares expériences mystiques réservées à quelques élus, il nous faudra désormais beaucoup de volonté pour croire encore en l’existence de l’inconnu. La surface lisse du quotidien s’empressera de nous servir notre plat reflet en guise de profondeur."
   

   Augustin
   Augustin ne faisait pas partie de la famille de l’auteur. C’est un vieil homme qu’il avait rencontré au détour d’un concours de nouvelles, où Stasiuk était juré. La nouvelle d’Augustin avait surnagé et l’auteur avait souhaité le rencontrer. Il était tombé sur un vieil homme extrêmement accueillant :
   "À la deuxième ou à la troisième visite, Gugu nous avait servi du poulet : de la chair juteuse mélangée à des pommes de terre, avec des concombres marinés. Cela devait être un dimanche. Et c’était le goût d’une nourriture toute simple, un goût qui vous poursuit la vie entière."
   Or, Augustin fait un jour un accident vasculaire cérébral. Les visites à la maison se transforment en visites à l’hôpital. Il ne parle plus ; les visiteurs ne savent plus quoi lui dire et meublent le temps par des propos idiots. Il reprend petit à petit vie ; ses relations avec ses visiteurs aussi. Puis il meurt, d’un arrêt cardiaque, de manière soudaine tout de même.
   Dans ce récit, Stasiuk parle de l’embarras de la convalescence, de ne pas savoir quoi faire, quoi dire, car la personne que l’on a en face n’est plus tout à fait la même.
   
   La chienne
   Dans le récit de la mort de sa chienne, l’auteur reste dans la même veine, sauf qu’ici il part d’une mort lente et affreuse pour la personne qui regarde souffrir l’animal. Pour autant, il ne souhaite pas la faire piquer car il rapproche sa vie à celle de sa chienne :
   "Le fait est qu’elle m’irrite parfois. Comme si elle faisait exprès de vieillir et de devenir impotente, pour nous contrarier. Je passe à côté d’elle une dizaine de fois par jour, j’enjambe son corps meurtri et, par moments, j’éprouve une sorte d’agacement. Comme si tous les sentiments que je ressentais pour elle s’en allaient peu à peu avec sa vie. Une cruauté difficile à maîtriser. Je me penche et je la caresse. Ce qui auparavant était un simple réflexe est devenu un geste réfléchi.
   Si j’écris tout cela, c’est parce que je suis pour la première fois confronté à la mort lente d’un être avec qui, durant des années , j’ai partagé presque tous les instants. […]
   Je regarde ma chienne et je pense à moi et aussi à toutes ces personnes qui, lentement, quittent l’enveloppe de leurs corps, s’en échappent. Bref, en observant ma chienne, je ne peux m’empêcher de voir l’humanité dans ce qu’elle a de mortel. Notre vieil animal jaune et inutile […] se transforme peu à peu en une chose dont il faudra se débarrasser. Eh oui, d’aucuns conseillent de précipiter l’issue fatale, de nous épargner les problèmes et d’abréger ses souffrances. Puisque rien ne pourra changer, reculer, s’inverser. Une simple piqûre, c’est tout. Je pourrais le faire moi-même. Quand il le fallait, j’ai bien égorgé des moutons et des chèvres. Mais, curieusement, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces gens alités dans des endroits discrètement cachés, servant de mouroirs. Ils sont inutiles. Ils coûtent de l’argent et de l’énergie. Demandent beaucoup de travail. Ils suscitent l’agacement ou l’indifférence. Je sais comment cela se passe, j’en ai maintes fois été témoin : trois ou quatre personnes en blouse blanche et gants en latex entrent dans la chambre. Deux d’entre elles soulèvent le corps indolent, en deux minutes les autres lui retirent sa couche, lui font la toilette et lui remettent une nouvelle couche. Trois minutes plus tard, pas une seule trace de ce qui vient de se passer. Juste une drôle d’odeur – plus vraiment humaine – qui flotte dans l’air. Peut-être est-ce cette odeur du corps humain qui nous effraie, nous rebute et nous poursuit au point que nous l’enfermons dans ces endroits lointains et invisibles. Nous payons les gens en gants de latex pour qu’ils la respirent à notre place. Nous les payons pour qu’ils accompagnent la mort. D’une certaine manière, nous les payons pour qu’ils meurent à notre place. En accompagnant un mourant, nous mourons un peu nous-mêmes, nous devenons un peu plus mortels. Ainsi achetons-nous un service pour ne pas perdre notre temps. Pour ne pas respirer cet odeur.
   Drôle de civilisation que la nôtre. Elle nous porte secours, nous protège, prolonge notre vie. Et en même temps, elle nous rend complètement désarmés face à la mort.
   Nous sommes de plus en plus nombreux et nous serons de plus en plus nombreux à mourir. Dans la solitude grandissante. Du moins jusqu’au jour où nous aurons inventé l’immortalité. Je crains pourtant que cette immortalité ne soit en fait qu’une solitude qui se prolonge à l’infini."
   
   Mon quartier
   Ce texte est le plus long (à peu près la moitié du livre) et parle du décès du meilleur ami d’enfance de l’auteur. C’est avec lui qu’il a rêvé de découvrir le monde, de fuir l’usine de leurs pères, d’être des traîtres. Ils ont un peu réalisé leurs rêves, en faisant deux à trois fois par an des voyages pour découvrir les pays environnants la Pologne (de plus en plus possible après la chute de l’Union Soviétique). Lors d’un "dernier voyage" avec son ami, au bord de la mer Adriatique (où ils ont déjà séjourné), il revit son quartier d’enfance, l’usine automobile de leurs pères, les voyages et tous les bons moments. Cela contraste avec son sentiment d’impuissance face au malade assis sur le siège passager. Encore une fois, il lui en veut d’une certaine manière mais à mon avis, c’est juste qu’il ne sait pas quoi faire. Il meuble là encore, en rappelant des souvenirs à son ami, alors qu’il n’est même pas sûr que cela l’intéresse. Il n’arrive pas être à l’écoute parce qu’il est mal à l’aise (comme un peu tout le monde je pense) face à cette personne qui n’est plus tout à fait la même qu’il a connue.
   "Comment se fait-il alors que tout continue d’exister comme avant, tandis que nous, nous devenons de plus en plus seuls ? Comme lui, chaque jour un peu plus. C’est ce que je me dis, car il est impossible de partager la mort avec quelqu’un, une mort lente. Surtout quand on n’a partagé qu’une vie avec lui.
   Je faisais resurgir les images du passé sans même lui avoir demandé son avis. Cela m’arrangeait. De ne pas le suivre. De ne pas l’accompagner. Je le regardais trotter, surpris de le voir tellement vieilli, alors qu’il était toujours pour moi le même garçon, celui des années 1977, 1983, 1991 ou 1992, quand il était arrivé chez nous dans son Escort rouge. Je voyais toujours le même visage qui, des années durant, était resté inchangé, et ce n’est qu’à partir du moment où le silence s’était dressé entre nous, comme une séparation, que le temps s’ébranla soudain en accélérant comme un film qu’on rembobine."
   

   En résumé
   Je suppose que vous aurez compris pourquoi il m’a fallu deux lectures : une pour être éblouie, une pour noter de nombreux passages. C’est un texte vraiment magnifique, tout en justesse et en sincérité. Les souvenirs sont réalistes, les propos sur la mort et sur le fait d’y assister aussi.
   
   Il est clair que je n’en ai pas fini avec Andrzej Stasiuk, mais pour l’instant je vais me chercher une lecture un peu plus gaie.

critique par Céba




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