Lecture / Ecriture
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Lamiel de Stendhal

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Stendhal, de son vrai nom Marie-Henri Beyle, est né le 23 janvier 1783 à Grenoble et mort le 23 mars 1842 à Paris.

Lamiel - Stendhal

Education sentimentale
Note :

   Lamiel raconte l’éducation sentimentale d’une jeune fille que rien ne prédestinait à devenir un être plein de vie et de curiosité. Elle peut nous paraître très contemporaine cette jeune fille qui balance entre les deux pôles de l’ennui et de l’excitation : ennui de la vie rangée et de l’éducation étroite que les préjugés du XIXème siècle imposent aux filles dès leur naissance ; excitation de la recherche de l’amour et ennui de l’amour purement physique que lui font subir ses différents amants, trop falots ou trop vulgaires pour la divertir réellement.
   
   Ce qu’elle recherche désespérément sans en avoir bien conscience, c’est la spontanéité, le naturel et la sincérité dans les rapports humains. Le docteur Sansfin lui fait découvrir la bêtise de ses parents nourriciers Hautemare et la méchanceté perfide de la duchesse de Miossens, bien cachée sous un vernis d’éducation aristocratique, mais il ne remplace cela que par une hypocrisie et une cruauté insoutenables. Lamiel est assez intelligente pour comprendre les raisons de son cynisme, mais trop pure pour le partager. Chez elle, la libération progressive de son individualité n’est pas une provocation mais une recherche d’authenticité. C’est pourquoi au sarcastique docteur elle préfère le jeune abbé Clément, plein de douceur, de tact et de naïveté. Cette liaison est bénéfique, puisqu’elle lui fait soupçonner la nature des sentiments qui sous-tendent l’amour. Seulement, Lamiel est trop lucide pour projeter ses fantasmes sur le jeune duc de Miossens et établir des liens solides avec lui : ce jeune homme manque de caractère, qualité que Lamiel possède au plus haut degré, ce qui rendrait possible la formation d’un couple dont les partenaires auraient une personnalité très complémentaire l’une par rapport à l’autre, si par hasard Lamiel avait envie de diriger un amant agréable et flatteur.
   
   En fait, Lamiel se sert de chacune de ces personnes pour former son caractère : elle emprunte au docteur son esprit d’analyse et son sens du relatif, à l’abbé Clément sa sincérité et sa gentillesse, au duc de Miossens ses manières élégantes, et à tous un peu d’instruction et de culture, car ce qui intéresse cette jeune fille en premier lieu, plus que les tourments du cœur et les petits plaisirs de la vanité, c’est le monde dans son ensemble : la nature et les hommes, qui par des actes nobles et audacieux, par leurs conflits, peuvent l'émerveiller sans la séduire pour autant.
   
   Malgré certaines apparences trompeuses, il s’agit bien d’une intellectuelle : rien ne la divertit plus que la lecture, l’étude des disciplines les plus variées et les représentations théâtrales. En cela, elle s’apparente à Julien Sorel, et à Fabrice del Dongo dans sa jeunesse, par son manque de désirs et de plaisirs sensuels. Ce tempérament très doué avance dans la vie en se méfiant de plus en plus des illusions et en cherchant à contourner les apparences ; c’est ce qui lui permet de juger par comparaison et d’acquérir son sens du relatif, qui la met à l’abri du ridicule de tous ses compagnons. Elle est alors à même de saisir leurs prérogatives, que l’observation lui a permis de comprendre peut-être mieux qu’eux-mêmes. Elle se sert d’eux pour devenir leur égale dans les faits, alors qu’elle est bien supérieure par l’esprit, la grâce et la sincérité. A une époque aussi étouffante c’est là un crime, et l’on peut craindre que son destin sera comparable à celui de Julien Sorel, qui lui aussi a voulu se servir des hommes et a finalement été démasqué, à cause des femmes. Lamiel, toutefois, a un avantage : elle ne partage pas son ambition.
   
   
   Extrait :
   
   « Le lendemain, Lamiel trouva Jean dans le bois, il avait ses habits des dimanches. - Embrasse-moi, lui dit-elle. Il l'embrassa. Lamiel remarqua que, suivant l'ordre qu'elle lui en avait donné, il venait de se faire faire la barbe ; elle le lui dit. - Oh, c'est trop juste, reprit-il vivement, mademoiselle est la maîtresse ; elle paye bien et elle est si jolie! - Sans doute, je veux être ta maîtresse. - Ah! c'est différent, dit Jean d'un air affairé ; et alors sans transport, sans amour, le jeune Normand fit de Lamiel sa maîtresse. - Il n'y a rien autre? dit Lamiel. - Non pas, répondit Jean. Lamiel s'assit en le regardant s'en aller. (Elle essuya le sang et songea un peu à la douleur.) Puis elle éclata de rire en se répétant : " Comment, ce fameux amour ce n'est que ça!" »

critique par Jean Prévost




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