Lecture / Ecriture
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Juste une ombre de Karine Giebel

Karine Giebel
  Les morsures de l'ombre
  Juste une ombre
  Toutes blessent la dernière tue
  Meurtres pour rédemption

Karine Giébel est une auteure française de romans policiers, née en 1971.

Juste une ombre - Karine Giebel

L'ombre d'une intrigue
Note :

   Belle, brillante, ambitieuse, Cloé a tout pour réussir et pour prendre la tête de son agence de pub lorsque le patron se décidera enfin à prendre sa retraite. Depuis toujours, Cloé est une fonceuse, une battante, et n'a pas l'habitude qu'on lui refuse quoi que ce soit.
   
   Un soir, alors qu'elle rentre seule chez elle après une soirée avec des amis, elle aperçoit une ombre derrière elle. Une silhouette furtive qui la suit, la terrifie et disparaît au moment même où Cloé croit sa dernière heure arrivée.
   
   "C'était juste une ombre", lui disent ses amies. Sauf que cette ombre envahit peu à peu toute la vie de Cloé. Dans la rue, elle est persuadée d'être suivie. Chez elle, certains objets changent de place en son absence, son frigo se remplit tout seul et des animaux morts sont déposés sur son paillasson. Au bureau, elle se sent épiée en permanence.
   
   Et pourtant, personne ne veut la croire : ni son compagnon, ni sa meilleure amie. Elle n'est quand même pas folle, elle le sait. Quelqu'un lui en veut, au point de chercher à la briser, en l'isolant progressivement et en la faisant passer pour une paranoïaque en mal d'attention. Mais qui serait assez machiavélique pour concevoir un tel plan? Et surtout... Jusqu'où ira-t-il pour la faire complètement sombrer?
   
   Récompensé par le prestigieux Prix du Polar de Cognac, ce roman a permis à Karine Giébel de se faire une place de choix sur le marché du thriller français, aux côtés des célèbres Thilliez, Chattam et Grangé.
   
   Construit sur une idée intéressante, ce polar s'enlise pourtant rapidement dans un schéma binaire, victime harcelée d'un côté, délire de persécution de l'autre, et l'ensemble reste finalement assez convenu et prévisible au fur et à mesure que l'héroïne voit toute sa vie s'effondrer autour d'elle.
   
   Le principal défaut que l'on pourrait reprocher à Karine Giébel, c'est de croire qu'il suffit d'enchaîner les phrases très courtes pour avoir du style. Malheureusement, saucissonner ses phrases à l'extrême en espérant naïvement créer ainsi une atmosphère angoissante se transforme rapidement en exercice de style vain et, surtout, lassant pour le lecteur.
   
   Les personnages sont particulièrement antipathiques, en particulier l'héroïne, vraie garce dont on se dit qu'elle a finalement bien mérité ce qui lui arrive, et à qui le lecteur a toutes les peines du monde à s'identifier. L'autre héros du roman a lui tout du stéréotype du flic de fiction : meurtri par la vie, il dissimule son chagrin sous une carapace de gros dur, mais son cœur tendre le conduit à s'intéresser à une histoire à laquelle il est le seul à croire... Vu et revu cent fois, on aurait aimé passer notre tour sur ce coup-là. D'ailleurs, les personnages secondaires ne sont guère mieux lotis : rapidement esquissés, ils n'apportent pas grand chose à l'intrigue.
   
   L'auteur semble également avoir une prédilection pour les malheurs et autres accidents de la vie, avec le lot de névroses et de traumatismes qu'ils occasionnent. Sur ce plan-là, l'accumulation est telle qu'on est souvent bien loin de la vraisemblance, tout comme dans les scènes où le "psychopathe" se dévoile, exposant en détail ses motivations, ses pensées, ses projets (et ne parlons même pas de cette manie exaspérante de s'adresser à sa victime en l'appelant "mon ange"...), ce qui est tout de même bien pratique.
   
   Alors certes, Karine Giébel parvient à maintenir juste assez de suspense pour nous faire lire son polar jusqu'au bout, mais son dénouement est un vrai pied-de-nez au lecteur : invraisemblable, grand-guignolesque, bavard, mal écrit... C'est pratiquement un morceau de bravoure, tant il condense en quelques pages tous les défauts du roman.
   
   Bref, encore un de ces médiocres page-turners à la française, largement surestimé (à croire que les jurés de Cognac ont justement un peu abusé sur la boisson au moment de dresser leur palmarès*), à l'intrigue faiblarde, aux personnages diablement antipathiques et au style horripilant. Une fois encore, succès en librairie ne rime pas, loin s'en faut, avec talent.
   
   
   * mais on sait bien que non

critique par Elizabeth Bennet




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