Lecture / Ecriture
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La traque de la musaraigne de Florent Couao-Zotti

Florent Couao-Zotti
  La traque de la musaraigne
  Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au porc de le dire
  L'Homme dit fou et la mauvaise foi des hommes
  Poulet-bicyclette et Cie

Florent Couao-Zotti est un écrivain béninois né en 1964.

La traque de la musaraigne - Florent Couao-Zotti

Roman noir, à plus d'un titre
Note :

   Lorsque Stéphane Néguirec, breton de sa nationalité, poète de son activité a fini d'écumer le sol natal, il part pour l'Afrique la terre des ancêtres pour déclamer, chanter. Porto-Novo, capitale du Bénin, petit pays entre le Togo et le Nigéria sera son choix pour s'installer. Mais, l'Afrique lui jouera des tours surtout lorsqu'il rencontrera la superbe Déborah Palmer qui lui propose simplement un mariage blanc contre une grosse somme en dollars.
   
   Depuis un moment, j'ai envie de lire un roman de Florent Couao-Zotti, en fait depuis que j'ai lu un de ses titres : Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au porc de le dire. Je n'avais pas encore pris le temps d'en lire jusqu'à ce dernier, "La traque de la musaraigne". Et je ne suis pas déçu par cet excellent roman noir. Pas un polar : il n'y a pas d'enquête, pas de mort ou de flic ou de privé, un roman noir, d'un homme qui tombe de Charybde en Scylla depuis sa rencontre avec Déborah ; à tel point qu'on se demande jusqu'où ses poursuivants vont l'emmener. Lorsqu'on le croit au plus bas, une péripétie, un autre protagoniste arrivent et font de lui une marchandise. Pour Déborah, c'est guère mieux, elle ne veut plus vivre dans la pauvreté, elle veut échapper à son ancien ami Jesus Light qui la battait, mais Jesus Light la traque depuis le Ghana jusqu'à Porto-Novo. 
   
   Les personnages principaux de F. Couao-Zotti sont des paumés, des personnes en quête de rédemption qui n'attendent que le déclic, l'étincelle pour se relancer, pour repartir. Leur malheur est qu'ils sont poursuivis par de vrais méchants prêts à tout pour leur mettre la main dessus. Stéphane et Déborah sont deux beaux personnages ni mauvais ni bons, plutôt victimes ; l'auteur démarre sans rien nous dire d'eux, puis au détour d'un chapitre raconte leurs parcours, de Guingamp à Porto-Novo pour l'un en passant par Saint-Malo -ce n'est sans doute pas la route la plus directe, mais Stéphane est un poète, il ne cherche pas la ligne droite- et du Ghana au Bénin pour l'autre avec de multiples arrêts. 
   
   La traque est longue, la fuite l'est tout autant, mais même si l'intrigue peut souffrir d'un très léger "ventre mou" (avant une fin excellente et après un début tonitruant), il est absolument impossible de quitter ce livre, car F. Couao-Zotti écrit dans une langue admirable, j'y reviendrai après m'être intéressé au contexte de ce roman. L’Afrique contemporaine. Et plus particulièrement le Bénin. Entre corruption à tous niveaux, sexe, prostitution, argent facile, débrouille, trafics en tous genres : "Tu sais, l'ami, expliqua Ignace avec une pointe de fierté, ceci est mon Titanic [une pirogue]. Attention, il n'aura pas le même destin que l'autre, mais il m'aidera à transporter les cargaisons les plus envieuses d'essence kpayo [= contrefait] [...] Oui, je convoie de l'essence de contrebande depuis le Nigéria jusqu'au débarcadère de Djassin, après l'archevêché de Porto-Novo." (p.192). Dans les rues de Cotonou et de Porto-Novo dans lesquelles tout peut arriver et dans lesquelles l'extrême pauvreté côtoie une plus grande réussite (souvent illégale) : coins abandonnés, pas entretenus, routes dans des états déplorables : "La moto gigotait sur la piste jaune de la Route des Pêches. Sur les quatre kilomètres qui séparaient le Calvaire du village des pêcheurs, le chemin était loin d'être un long fleuve tranquille. Nids de poule, tranchées de voyous, baignoires de crocodile, tous les trous se succédaient avec autant de variété que de régularité." (p.89) Malgré ces conditions de vie difficiles, les habitants sont solidaires, soudés, prêts à rendre service parfois contre rémunération mais pas toujours, on sent toute l'admiration et la tendresse que l'auteur a pour ses compatriotes.
   
   Je suis tombé sous le charme de l'écriture de l'auteur, parfois très imagée avec des télescopages de mots ou des usages de vocables assez personnels ou encore des expressions particulières : "Elle s'attendait à tout, miss Déborah. D'ailleurs, si l'on égrenait son existence, les rêves qu'elle avait nourris, les cauchemars qui l'avaient bouillie, on s'apercevrait qu'elle avait vécu mille vies ; que, depuis ses premiers laits, il s'était accumulé dans son corps, dans les interstices de sa peau, des quintaux d'histoires incroyables." (p.157/158). Parfois, Florent Couao-Zotti sait aussi user d'une langue plus classique : "Il paraît, disent les sociologues, qu'on est le produit de son milieu et qu'on en duplique tôt ou tard les mêmes travers. Déborah, pour contrer les habitudes violentes de son père, avait empoigné un soir une trique et lui avait fracassé la tête avec. Un délire et une jubilation propres à une âme soulagée, lui avaient soulevé la poitrine." (p.158) C'est le télescopage de ses mots, l'assemblage de ces deux types d’écriture qui rendent la sienne unique et admirable. J'ai lu sur Wikipédia : "L'œuvre de FCZ est foisonnante, riche et inventive, à mi-chemin entre le baroque, la poésie et l'intrigue policière." C'est, par rapport à ce roman, tout à fait exact, F. Couao-Zotti a une écriture baroco-poético-policière absolument incontournable et que je compte bien continuer à explorer.
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critique par Yv




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Tueur d'opérette
Note :

   Actuellement l’Afrique Francophone possède deux grandes voix dans le polar. D’un coté Janis Otsemi, Frédéric Dard gabonais et de l’autre Florent Couao-Zotti, béninois dont j’ai déjà relaté l’excellent "Si la cour du mouton est sale…" Aujourd’hui ils se retrouvent tous les deux chez le même éditeur pour notre plus grand plaisir.
   "Quand Stéphane Néguirec, jeune Breton un brin rêveur, poète à ses heures, amoureux du large et des horizons lointains, débarque à Cotonou, au Bénin, il ne sait pas encore que question dépaysement, il va être servi ! Aux paysages enchanteurs qui l’électrisent, s’ajoutent les charmes des filles aux courbes délicieuses et notamment, ceux de la mystérieuse Déborah Palmer qui lui propose très vite un mariage blanc contre une fortune en billets verts. À l’autre bout de la ville, Jésus Light, un voyou ghanéen, traque sans relâche sa femme, Pamela, partie précipitamment avec le butin de son dernier casse… En temps normal, leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser… Mais c’était sans compter sur cette bande de ravisseurs islamistes venus du Nigéria voisin à la recherche d’otages européens"

   
   On retrouve la truculence dans la langue et je ne résiste pas à extraitiser. "Déborah tourna la poignée de la porte qui s’ouvrit sur un homme coiffé d’une toque aboméenne, épaules voutées, sec comme un criquet fumé, mais fourbe comme un menteur édenté."
   
   D’accord, l’auteur se perd un peu entre ses intrigues, mais l’introduction du terrorisme nigerian est intéressante. Même si nous sommes plus près d’un chef d’opérette que d’un psychopathe réel. En même temps, tous ces sales types sont souvent proche de la caricature."Chakirou ne voulait consommer aucun risque qui lui resterait en travers de la gorge. Dans le passé, il avait déjà subi, par deux fois,les coups tordus d’escrocs voulant lui vendre des otages supposés français ou américains. Enquête faite, il s’était révélé que le premier n’était qu’un Vénézuelien, tendance indienne, le second, un albinos aux traits de face d’ananas avec un nom bien vendable de Charles Taylor. Un Libérien."

critique par Le Mérydien




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