Lecture / Ecriture
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La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga

Scholastique Mukasonga
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Scholastique Mukasonga est une écrivaine rwandaise de langue française née en 1956. En 1973, elle doit s’exiler au Burundi. En 1992, elle s’établit en France.

La femme aux pieds nus - Scholastique Mukasonga

Un tombeau de papier
Note :

   Quatrième de couverture (del'auteur) :
   
   "Cette femme aux pieds nus qui donne le titre à mon livre, c'est ma mère, Stefania. Lorsque nous étions enfants, au Rwanda, mes sœurs et moi, maman nous répétait souvent : "Quand je mourrai, surtout recouvrez mon corps avec mon pagne, personne ne doit voir le corps d'une mère." Ma mère a été assassinée, comme tous les Tutsi de Nyamata, en avril 1994 ; je n'ai pu recouvrir son corps, ses restes ont disparu. Ce livre est le linceul dont je n'ai pu parer ma mère. C'est aussi le bonheur déchirant de la faire revivre, elle qui, jusqu'au bout traquée, voulut nous sauver en déjouant pour nous la sanglante terreur du quotidien. C'est, au seuil de l'horrible génocide, son histoire, c'est notre histoire." Scholastique Mukasonga.

   
   
    Dans une œuvre qui mêle autobiographie et fiction, Scholastique Mukasonga témoigne de ce que fut pour elle le traumatisme du génocide qui élimina trente-sept membres de sa famille. Cette horreur programmée et attendue, elle ne l’a pas vécue directement puisqu’elle était déjà en France lorsqu’elle a appris ce qui se passait dans son pays mais elle l’a vécue enfant et adolescente dans la violence quotidienne, avant que ses parents ne décident, en 1973, de la faire passer avec son frère André au Burundi, "choisis pour survivre".
   Vaille que vaille, sa mère, Stéfania, recréait les conditions nécessaires à la survie de sa famille.
   
   Cette mère, qui symbolise pour Scholastique Mukasonga les jours de bonheur de son enfance, elle lui rend hommage dans "La femme aux pieds nus". Figure centrale de la structure familiale et de la vie sociale, elle est à l’image de toutes ces femmes puissantes couronnées de l’urugori, craintes de leurs maris, chéries de leurs fils, secondées par leurs filles, écoutées par toutes les femmes de la colline, respectées par tous les hommes. Stefania disparue à jamais mais présente pour toujours. A celle qui souhaitait que son corps soit recouvert d’un linceul, Scholastique offre "un tombeau de papier" :
   
   " Maman, je n’étais pas là pour recouvrir ton corps et je n’ai plus que des mots, des mots d’une langue que tu ne comprenais pas, pour accomplir ce que tu avais demandé. Et je suis seule avec mes pauvres mots et mes phrases… qui tissent et retissent le linceul de ton corps absent."

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critique par Michelle




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Hommage à la mère
Note :

   La femme aux pieds nus n'est autre que Stéfania, la mère de l'auteur, massacrée comme tant d'autres lors du génocide rwandais de 1994. Le génocide n'est pas le thème central de ce livre, mais il est sous-jacent à chaque page, la présence des militaires et des jeunes hutus est menaçante et fait vivre la famille dans une tension constante.
   
   Stéfania et les siens avaient déjà été chassés de leurs terres et déplacés dans la région du Bugasera, terre aride et inhospitalière où les mères s'efforcent de maintenir les traditions avec dignité et courage. C'est ce que décrit l'auteur en évoquant son enfance parmi ses nombreux frères et sœurs. En une dizaine de chapitres, elle dresse un portrait de la vie quotidienne, saison après saison, la récolte du sorgho, la construction d'une case traditionnelle "l'inzu". De nombreuses traditions régissent la conduite à tenir, que ce soit sur la beauté des femmes, la manière de se soigner et de lire les présages, ou les codes à respecter entre voisines.
   
   De nombreuses tâches incombent aux femmes qui les assument inlassablement, cherchant à assurer une meilleure vie à leurs enfants. La pauvreté est grande, le luxe suprême est d'aller acheter un pain à deux jours de marche à Kigali. Ces femmes font preuve d'une grande ingéniosité et Stéfania est d'une ténacité sans faille. Il y a aussi les fêtes et les réjouissances, où la joie est présente, quand avec leurs faibles moyens ces réfugiés peuvent maintenir un peu de leur vie passée.
   
   Dans une écriture simple et belle, l'hommage rendu à Stefania est magnifique, sans pathos, au plus près de ce qu'elle représentait. La lecture est fluide et m'a beaucoup appris sur les us et coutumes de cette région d'Afrique, tout comme sur la manière dont les Blancs ont pu influencer le déroulement des évènements.
   
   A plusieurs reprises, l'auteur fait référence à son livre précédent "Inyenzi ou les Cafards", j'aurais peut-être dû commencer par lui pour mieux apprécier encore le contenu de celui-ci.
   
   Une lecture indispensable et une plume à découvrir absolument.
   
   Prix Seligmann contre le racisme 2008

critique par Aifelle




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