Lecture / Ecriture
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Des nœuds d'acier de Sandrine Collette

Sandrine Collette
  Des nœuds d'acier
  Un vent de cendres
  Six fourmis blanches
  Il reste la poussière

Sandrine Collette est une femme auteure française née en 1970.

Des nœuds d'acier - Sandrine Collette

Racontez-moi des horreurs !
Note :

   "Les gens qui sont un peu attentifs à la planète, les convaincus du développement durable ou tout simplement les radins des poubelles ont l'habitude d'écraser sur elles-mêmes les bouteilles en plastique une fois qu'elles sont vides. Ce n'est pas au bruit que ça fait que je pense, mais au résultat : une bouteille comme un accordéon, qui doit faire le tiers de sa hauteur initiale. C'est à ça que je ressemble à l'intérieur. Un empilement de hauteurs écrabouillées. C'est ainsi que je me ressens, oui."
   

   Théo vient de sortir de prison après 19 mois de détention. Dix-neuf mois d'enfermement et de violence, dont il est sûr d'être délivré définitivement. Or, son premier geste est d'aller voir son frère, qu'il a massacré dix-neuf mois plus tôt, et de le narguer sur son lit de souffrance. D'emblée, Théo nous est donc présenté comme un personnage antipathique, incapable de maîtriser ses pulsions destructrices et ce geste imbécile l'oblige à prendre la fuite droit devant lui, jusqu'à un coin reculé de campagne, où il se réfugie dans une chambre d'hôte.
   
   Là, les jours s'écoulent tranquillement à profiter de la nature et du calme, à manger les bons petits plats d'une hôtesse bienveillante. Théo renoue avec la marche, partant de plus en plus loin, ne croisant quasiment jamais personne. Jusqu'à ce qu'il tombe sur une maison peu avenante où il va se faire piéger.
   
   Je n'en dirai pas plus, sinon que c'est un livre glaçant, qui nous confronte aux pires aspects de l'être humain, resté au niveau bestial. Dans cette maison, Théo va vivre une situation d'enfermement pire que la prison, avec pour geôliers deux frères fous à lier et très sadiques. Je me suis arrêtée plusieurs fois dans ma lecture, certaines scènes sont difficiles à lire. En même temps, le suspense est tellement bien mené que c'est impossible de le lâcher longtemps.
   
   Théo va passer par tous les stades, la révolte, la résignation, l'épuisement, la ruse. Sa résistance est égale à l'acharnement de ses geôliers. Oubliée l'antipathie du début envers Théo, tellement ce qu'il vit est inhumain. Ce qui m'a fait continuer ma lecture, c'est la distance que j'avais au regard de l'histoire que j'ai considérée malgré tout comme peu crédible. Encore que... savons-nous exactement tout ce qui se passe aux fins fonds de nos campagnes? Et l'homme prouve tous les jours qu'il est capable de tout vis-à-vis d'autres humains.
   
   J'ai pensé quelquefois au film de John Boorman "Délivrance", pour la comparaison avec une population repliée sur elle-même, arriérée et incapable d'émotions, seulement dans le passage à l'acte brutal.
   
   Une lecture que je ne regrette pas, mais comme dirait Bernard Blier dans "les tontons flingueurs" "c'est du brutal"!
   
   Ce roman a reçu le Grand Prix de Littérature Policière 2013.
   
   Le deuxième roman de l'auteur "Un vent de cendres" est plus soft.
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critique par Aifelle




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Des éloges surprenants
Note :

   Libre, enfin. Après dix-huit mois de prison, Théo est libéré pour bonne conduite. Mais à peine sorti, le voilà de nouveau en mauvaise posture, après avoir rendu visite à son frère, qu'il n'a plus le droit d'approcher : il y a deux ans, il lui a brisé la colonne vertébrale et l'a laissé pour mort après avoir découvert la liaison que sa propre femme entretenait avec lui. Persuadé d'avoir tous les policiers du pays à ses trousses, il se réfugie à la campagne, dans une chambre d'hôtes tenue par une vieille femme.
   
   Pendant quelque temps, il jouit du simple plaisir d'être libre, parcourant les sentiers et les forêts, seul, libéré de toute contrainte. Il redécouvre les petits bonheurs de l'existence, une belle promenade, un bon feu, un bon repas, une compagnie agréable.
   
   Mais un beau jour, son hôtesse l'envoie dans un vrai traquenard. Théo n'a vraiment rien d'une victime, et pourtant, du jour au lendemain, il se retrouve kidnappé et séquestré par deux frères dégénérés qui l'utilisent comme esclave et le traitent comme un chien : le voilà privé d'eau et de nourriture, battu et n'ayant pour dormir qu'une une vilaine paillasse au fond d'une cave humide et malodorante.
   
   Dans son malheur, il n'est pas seul : il rencontre Luc, lui aussi esclave des deux vieux fous, tellement maigre, blessé et affaibli que ses jours paraissent comptés. Devant son désespoir, Théo se fait une promesse : il a survécu à la prison, aux privations, aux bagarres, aux coups sournois des codétenus et des matons, alors il échappera, coûte que coûte, à cet enfer. Mais à quel prix?
   
   Consacré dès sa sortie comme "le nouveau chef-d'œuvre du polar français", "Des nœuds d'acier" se veut au croisement de Misery et de Délivrance : un thriller à base de séquestration et de divers sévices, mais par des dégénérés, s'il vous plaît.
   
   L'idée de départ est plutôt intéressante, bien qu'elle ne brille pas par son originalité : des romans sur le même thème, il en existe déjà beaucoup. Ici, Sandrine Collette pense apporter sa touche d'originalité en installant son intrigue à la campagne, dans un coin perdu volontairement anonyme (afin de toucher à l'universel, sans doute, ambiance "cela aurait pu arriver n'importe où"... Oui, comme n'importe quel fait divers, donc), et en jouant sur le caractère de ses personnages : d'un côté un ancien taulard quelque peu rongé par le remords d'avoir transformé son frère en légume (oui, mais ne vous inquiétez pas, il l'avait tout de même bien mérité, ce salaud qui avait tout pour lui et lui avait même piqué sa femme), et de l'autre deux frères à moitié fous, qui vivent reclus, ne pensent qu'à se soûler à la gnôle maison et à forniquer avec leur propre sœur, elle même octogénaire, lorsqu'elle leur paye une petite visite.
   
   Le problème, c'est qu'avec ce parti pris, l'auteur tombe rapidement dans la surenchère, en particulier avec les descriptions des tortures endurées par le héros, et surtout dans la répétition : le récit finit fatalement par tourner en rond, lorsque Théo évoque inlassablement ses journées de labeur, ses pensées, ses terreurs, ses espoirs de plus en plus minces de pouvoir s'échapper un jour. Le style, s'il avait été un tant soit peu travaillé, aurait pu rendre ces chapitres redondants plus intéressants, mais Sandrine Collette a visiblement appris à écrire avec Karine Giébel, autre prétendue "reine" du polar contemporain : des phrases courtes, hachées, sans souffle, des effets faciles, des images convenues.
   
   Ajoutons que, malgré les efforts de l'auteur pour rendre son héros plus attachant, notamment par le biais de ses souvenirs d'enfance ou de ses pensées pour la femme qu'il aime (grande absente du récit, étant donné que par un mystérieux "hasard" qui tombe bien, il a oublié de la prévenir qu'il était sorti de prison...), Théo reste un personnage plutôt antipathique et froid, animé par la haine et la violence. Difficile donc de s'apitoyer sur son sort et de compatir à ses souffrances, ce qui enlève tout de même pas mal d'intérêt au roman.
   
   Loin de conclure ce polar en apothéose, comme on l'aurait souhaité, le dénouement laisse le lecteur sur sa faim : l'issue du roman est en effet assez prévisible, et on attend longtemps une chute qui ne vient pas, malgré la pirouette finale de l'auteur.
   
   En bref, un polar qui a reçu, de la part de la critique et du public, des éloges surprenants : construit sur une idée qui manque tout de même d'originalité, il traîne en longueur (un comble pour un roman de 260 pages) et parvient tout juste à emmener son lecteur jusqu'au dénouement, qui arrive comme un cheveu sur la soupe, le tout servi par un style sans génie, qui se complaît dans des descriptions glauques et des scènes sordides.

critique par Elizabeth Bennet




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