Lecture / Ecriture
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Jules Ferry - La liberté et la tradition de Mona Ozouf

Mona Ozouf
  Composition française - Retour sur une enfance bretonne
  La cause des livres
  Jules Ferry - La liberté et la tradition

Mona Ozouf, née Mona Sohier en 1931, est une chercheuse française, philosophe de formation, qui s'est dirigée vers l'histoire et spécialisée sur la Révolution française.

Jules Ferry - La liberté et la tradition - Mona Ozouf

L’instituteur de la nation
Note :

   Dans la République des Jules, le plus connu c'est Ferry. "On honore toujours Ferry aujourd'hui, mais en le fendant en deux" constate Mona Ozouf dans son avant-propos. Il n'a jamais fait l'unanimité des Français et elle le rappelle d'emblée : "Il a d'abord été le personnage le plus haï de notre vie politique" figure idéal-typique du républicain anticlérical et franc-maçon, avant d'être en 2014 loué comme fondateur de l'école publique, laïque et obligatoire, en même temps que voué aux gémonies comme instigateur des conquêtes coloniales, ­— ce qui d'ailleurs avait causé sa chute en 1885.
   
   Dans ce livre qui n'est pas une biographie, l'historienne l'étudie selon des angles successifs pour mieux montrer sa cohérence, et dépasser les controverses du présent. Avec son écriture parfaite, l'essai de Mona Ozouf est franchement une réussite et un régal de lecture.
   
   Jules Ferry est en quelque sorte l'incarnation de cette “République opportuniste” qui s'impose en 1879 avec le souci de relever la France au sortir de "trois défaites" : la première République "défigurée par la Terreur", ensuite "la douche glaciale de la séquence 1848-1851", enfin le cataclysme de 1870 avec l'invasion, la guerre civile et la perte de l'Est du pays — dernier point auquel Jules Ferry natif de Saint-Dié est particulièrement sensible. Pour cette France des années 1870 présentée à la manière d'Eugen Weber comme "une mosaïque de paysages, de langages, d'usages", Jules Ferry a un projet reconstructeur et unificateur qui se fonde d'abord sur la multitude des communes rurales : il obtient l'élection des maires des campagnes (1874) comme des villes (1884) — sauf Paris puni pour son rébellion de 1871. "Détaché de la religion dès quinze ans", Ferry veut "refaire la France comme patrie morale" en éloignant l'Eglise de la vie de l'Etat. La laïcité selon Ferry n'empêche pas les parents de faire donner un enseignement religieux à leurs enfants et ainsi "l'école vaque le jeudi pour leur permettre cette liberté" en évitant d'aggraver la fracture entre "deux jeunesses rivales". Le but suprême est bien l'unité nationale, ce que l'enseignement de la morale et de l'histoire comme grand récit national par l'instituteur doit favoriser. Ce "récit bien ordonné" qui surfe sur les "sommets lumineux" d'un passé bien trié s'appuie sur la géographie "de la petite à la grande patrie" ; la carte de France s'affiche sur le mur de l'école des garçons et de l'école des filles à la place du crucifix.
   
   "Refaire" de la France isolée une "grande puissance" ne pouvant se réaliser contre l'Empire allemand, Jules Ferry canalise son expansion outremer : Tunisie, Tonkin, Madagascar, Afrique noire. L'idéal de 1789 et de 1879 que l'instituteur apporte au village hexagonal, le soldat de la République de gauche l'apporte au bled d'outremer où il plante le drapeau tricolore! Bien sûr, Mona Ozouf ne cache pas que cette politique irrite les adversaires que Ferry a sur sa gauche — Clemenceau, le tribun — et à sa droite  — Boulanger, le sabre —. Un Etat à la constitution consolidée, c'est aussi l'ambition de Jules Ferry, sans toutefois recourir à une Constituante qui risquerait de supprimer le Sénat désormais présenté comme l'assemblée des communes de France une fois ôtés ses membres inamovibles, et donc pas de Révision radicale comme les boulangistes le souhaitaient. Jules Ferry souhaitait pour la France un régime parlementaire et libéral ; les réformes sociales viendraient plus tard.
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critique par Mapero




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Ferry, le Grand
Note :

   Le césarisme est un régime politique inspiré du gouvernement de type monarchique que voulait imposer Jules César à Rome, où le pouvoir est concentré entre les mains d’un homme fort, chef militaire charismatique, appuyé par le peuple.
   
   Durant la Révolution française puis sous le Directoire, le Consulat puis les premier et second Empires, apparaissent en France des régimes qualifiés de "césarisme démocratique" pour désigner des gouvernements qui concentrent les pouvoirs au bénéfice de l’exécutif tout en s’appuyant sur le peuple à chaque opération politique majeure, en détournant des procédés de démocratie semi-directe, tels que le référendum, pour en faire des plébiscites (plébiscites napoléoniens). Les apparences démocratiques cachent alors la réalité du césarisme : la confusion des pouvoirs au profit d’un organe incontrôlé, définition même de l’autoritarisme.
   
   Si l’on ne présente plus Mona Ozouf, spécialiste reconnue de l’Histoire de l’éducation, j’avoue que c’est un peu par provocation envers moi même que je m’étais pris ce petit livre pour les vacances.
   
   Alors je m’explique. La définition qui est ci dessus est en fait l’élément manquant de l’ouvrage. En effet, cet élément est au centre de la thèse, mais par un pré-supposé, nous sommes censés être au courant donc pour rendre service je vous ai mis l’explication ce qui vous évitera de tâtonner (ne me remerciez pas)
   
   Mona Ozouf nous livre une vision de son Jules qui n’est pas une biographie car elle en a déjà produite une. Il s’agit de défendre en Ferry un personnage jugé trop à gauche par la droite et trop à droite pour la gauche. Je simplifie, mais toute ressemblance avec des événements actuels ne saurait être que purement fortuite à mon sens. Vincent si tu nous entend depuis Bruxelles où tu es parti lâchement…
   
   Donc, cet essais vise à nous mettre en garde contre la tentation et délivrer du mal. Paris est désormais pour Ferry la ville des révolutions (la commune est passée par là), défi permanent à la durée républicaine; celle aussi où il peut, mieux que partout, percevoir le lien obscur du jacobinisme et du césarisme dont la détestation commune fait l’unité de sa pensée.
   
   Mais si il est une chose que Clémenceau sut exploiter et qui aujourd’hui encore reste au niveau des griefs contre Ferry, c’est bien la politique coloniale. J’attendais donc de voir comment Mona Ozouf allait pouvoir nous en sortir son grand homme. Et voici ce que cela donne : Attentif à ne pas alarmer l’opinion, enclin à dissimuler à la Chambre l’exacte portée des expéditions, à travestir les conflits armés en simples opérations de police, il s’appliquait à ne demander que de "petits" crédits et de mince renforts. Quitte à en réclamer à nouveau quelques mois plus tard, mettant alors les députés dans la nécessité de les entériner sous peine de compromettre le prestige voire l’honneur de la France… A l’égard du Parlement régulièrement mis devant le fait accompli, il a constamment montré une grande désinvolture. Il s’en est défendu : à l’en croire, un trait caractéristique des entreprises coloniales est d’être tributaires de la lenteur des informations et du caprice des événements. Une politique menée en terres lointaines contraint donc celui qui la mène à une démarche incertaine, souvent oblique, malaisément explicite en tout cas (toute ressemblance avec un président actuel ne serait que mauvaise foi de ma part. J’assume)
   
   Passionnant car la dame écrit très bien, je n’ai pas eu l’impression d’avoir appris grand chose si ce n’est que nous sommes probablement entourés de visionnaires incompris.

critique par Le Mérydien




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