Lecture / Ecriture
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Le bouddha derrière la palissade de Cees Nooteboom

Cees Nooteboom
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Cees Nooteboom (Cornelis Johannes Jacobus Maria Nooteboom) est un écrivain néerlandais né en 1933.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le bouddha derrière la palissade - Cees Nooteboom

Carnet de voyage...
Note :

   Carnet de voyage, petit carnet rouge où l’on note tout, album de photos où l’on garde les flashes qui ont imprimé la rétine.
   Les deux hommes se tiennent sous un arbre au vert intense. Derrière une palissade délabrée s’élève une musique enchanteresse, une musique thaï. Enigme des paroles, velours du son. »
   L’un des deux hommes, cela se voit au premier coup d’œil, est un voyageur »
   Le second n’existe pas. Nooteboom aime bien ces dédoublements de personnalités, ces embrouillements de personnages «existants» et d’autres n’existant pas. Il a utilisé plusieurs fois le procédé.
   
   Le second donc, n’existe pas. Il est le compagnon imaginaire dont a besoin ce voyageur solitaire, cet Hollandais qui s’est jeté seul dans le flot thaï. Il n’existe pas, mais il se manifeste, il parle, et beaucoup. Désignant un livre sur le bouddhisme « Mais le Bouddha n’est pas là, mon gars. Le Bouddha, il est là ! » Et il montre un trou dans la palissade. Ce qu’ils voient : la cour d’une affreuse bicoque. Un vieil homme dort au pied d’un arbre, pelotonné comme un chien. Et au dessus de lui, à la fourche de l’arbre, une minuscule plate-forme a été ménagée : un bouddha de fer-blanc, barbouillé de peinture dorée, y est posé. Posé ou plutôt assis. Gras, satisfait, les yeux étirés en fentes, les mains à plat dans son ample giron. Devant lui, quelques fleurs fraîches dans un vase, une banane et une orange.
   Tu le vois, foutaises, les huit nobles chemins, les grande roue, petite roue, VIIIème siècle, Xème siècle, Bangkok, 1985»

   
   Nous sommes donc à Bangkok. Les bouddha pullulent ici. Statues de pierres ou miniatures accrochées aux rétroviseurs, de fer-blanc ou d’or. L’écrivain voyageur les rencontre absolument partout et finalement, c’est la première chose que ses yeux cherchent lorsqu’il découvre un nouveau lieu. Quel Bouddha sera-ce ici? Le rieur, le méditatif ? Debout, assis, couché ? Couvert d’or ou vermoulu? Géant ou minuscule ? Dans l’intimité de la chambre, la chaleur du foyer ou sur la place du village, ou sommet d’une montagne ?
   
   Nooteboom nous livre en ce bref compte rendu de son passage à Bangkok, une série de scènes, un flot d’images, de couleurs et d’odeurs (pas toujours des parfums). Tous ses sens sont sollicités et il s’adresse aux nôtres. La foule infinie « Partout des humains : l’espèce n’était pas près de s’éteindre.» , des musiciens, des danseuses, des moines, des prostituées, des enfants, des vieillards … Les Khmers rouges, la guerre n’est pas loin. Une poignée de photos échappées de son carnet rouge tombent ainsi sur notre table.
   Et, à la halte d’une auberge pour étrangers, «Autour d’une grande table, une population mêlée et aguerrie de vagabonds, un Ecossais fanatique aux cheveux ras lis son journal de voyage à la dernière jeune fille en fleur du monde occidental. Il connaît tous ces gens, le Français au jean coupé trop haut et volontairement effrangé ciselé sur son mont de Mars, le vieux routard boucané de Westphalie, les personnes du beau sexe flottent dans leurs voiles d’Isadoras Duncans prolongées, les génies en construction avec leurs carnets bourrés de notes, les princesses aux pieds nus, les mangeurs de plantes, les saints des derniers jours. »
   
   Alors oui, parce que je le reconnais dans ce «génie en construction» et que cette poignée d’Européens en mal de dépaysement me semble bien être sa famille, je n’ai pas été complètement passionnée par ses notes de voyage. Il me semblait les avoir peut-être déjà lues sous d’autres plumes. Maintenant, les hippies qui ne sont pas restés sur les routes de Calcutta sont devenus des bobos… Bon. Je sais.

critique par Sibylline




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