Lecture / Ecriture
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Un tueur sous la pluie/Bay City blues/Déniche la fille de Raymond Chandler

Raymond Chandler
  The Long Good-Bye
  Adieu ma jolie
  La Dame du lac
  Un tueur sous la pluie/Bay City blues/Déniche la fille

Raymond Thornton Chandler est un auteur américain de romans policiers, né en 1888 à Chicago, et décédé en 1959.

Un tueur sous la pluie/Bay City blues/Déniche la fille - Raymond Chandler

I'm killing in the rain !
Note :

   J'ai sûrement, il y a longtemps, lu cet auteur très connu et apprécié. Ce recueil de trois nouvelles me semble le bienvenu pour une première lecture ou relecture et convient parfaitement à mon état d'esprit littéraire du moment. Peut-on appeler ces textes "nouvelles" car il sont en général très longs, plus de 80 pages, pour le premier, plus de 110 pour le second et presque 80 pour le dernier?
   
   "Un tueur sous la pluie" Quand un client arrive, il ne faut pas faire la fine bouche! Même si la demande est plutôt étrange! Un homme Dravec, colosse très argenté, aimerait que le dénommé Steiner arrête d'importuner sa fille Carmen! Et aussi de coucher avec elle! Car lui, Dravec, aimerait bien l'épouser Carmen qui en réalité n'est pas sa fille! Mais les ennuis commencent, Steiner qui traficote dans le porno est tué, Carmen est dans la même pièce nue et droguée, apparemment pendant une séance de photos qui n'étaient pas des illustrations pour un baptême! Mais le corps disparaît, ses collections de livres X semblent avoir des adeptes pas regardant sur les moyens! Bref quelques morts, et enfin la lumière!
   
   "Baby City blues". Une hollandaise blonde oxygénée, épouse pas trop fidèle d'un toubib renommé, est retrouvée morte... Un dénommé Matson se sent en danger de mort, il avait l'odorat développé car on le retrouve sans vie! Un indice, un escarpin en velours vert, doublé en chevreau blanc, avec le nom du fabricant "Verschoyle" et un numéro S.465! Comme il s'agit de chaussures faites sur mesure, la propriétaire est vite trouvée. Chose relativement peu courante, elle avait commandé deux fois la même paire! Un peu de problème de sexe avec un zeste de politique et sûrement pas mal de fric au bout! Le jeu et les boîtes de nuit de la côte californienne forment un univers pas forcément sans danger. Chantez ou déchantez!
   
   "Déniche la fille. Bonne idée, mais où est-elle? D'abord qui est cette fille...? Elle s’appelle Beulha et si tous les chemins mènent à Beulha, ils sont jonchés de cadavres! Celui qui la cherche est Steve Skalla, un colosse qui vient de finir de purger une longue peine de prison. Et qui semble fou amoureux... jusqu'à tuer. Et c'est ce qui va se passer. L'amour n'adoucit pas forcément les mœurs.
   Un détective fumant la pipe, ancêtre de Phil Marlow? Enfin il doit se dépêtrer dans des affaires louches et aux multiples rebondissements, ce qui est la loi du genre! Un personnage principal différent pour chaque nouvelle, pas toujours regardant sur la loi et la moralité.
   
   Des femmes souvent belles, parfois très belles, mais très souvent victimes accessoirement coupables ou complices, mais toujours présentes, ce qui est aussi la loi du genre.
   
   Un policier, Violets Mc Gee, quelques truands morts ou vivants, des situations inextricables, mais résolues, du whisky bien sûr. Bref tous les ingrédients nécessaires aux livres américains de l'époque qui furent souvent des réussites et des précurseurs du roman noir moderne!
   
   J'ai trouvé que l'écriture était classique pour ne pas dire vieillotte. Une découverte malgré tout mais un sentiment mitigé devant ces récits un peu longs pour des nouvelles, donc qui manquent de rythme et qui dans l'état ne sont pas assez développés pour faire des romans. Œuvres de jeunesse peut-être?
   
   Je dois une revanche à Chandler, alors une lecture (ou relecture) de "Le grand sommeil" s'impose. Il est amusant de constater que j'avais éprouvé la même chose pour un autre recueil de nouvelles d'un autre grand auteur de romans noirs américains, James Cain, pour "La fille dans le tempête"!
   
   
   Extraits :
   
   - Je peux vous débarrasser de Steiner. C'est facile. Mais je ne vois pas ce que ça peut vous rapporter.
   
   - Elle m'a rien dit, chuchota-t-il. Elle m'a rien dit du tout. Moi qui ferai n'importe quoi pour elle!
   
   - Je restais planter au milieu de la pièce en train de me demander pourquoi je m'étais donné tout ce mal. Au point où en étaient les choses, ça n'avait plus guère d'importance.
   
   - Il était grand, avec une bouille sympathique, le cheveu argenté, une fossette au menton et sa petite bouche faite pour embrasser les bébés.
   
   - ... mais je savais que ce n'était pas la pointure car Verschoyle de Cherokke Street à Hollywood ne faisait que des souliers sur mesure d'après des formes individuelles, les chaussures de scène et des bottes de cheval.
   
   - Ma foi, la voir en blouse blanche de travail ou à poil et morte sur un lit, c'est un peu différent, il faut croire.
   
   - Un ancien boxeur qui avait reçu sur la gueule tout ce que l'on pouvait recevoir sauf le pont de Brooklyn.
   
   - Il y avait dans son attitude une certaine malhonnêteté qui m'intriguait.
   
   - Ça valait vraiment la peine de l'avoir attendue.
   

   Titre original des nouvelles : Killer in the Rain. Bay City Blues. Try the Girl. (1964)
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critique par Eireann Yvon




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Milieu des années trente
Note :

    Trois nouvelles dans ce recueil. Je reviens de temps en temps visiter les durs à cuire américains, des histoires de privés, à l'humour pince sans rire, aux sous-entendus grivois et au whisky facile. Evidemment et comme d'hab. je n'ai rien compris aux intrigues tortueuses de Un tueur sous la pluie et Bay City Blues. J'ai presque compris "Déniche la fille" because moins de cadavres. Ces trois textes datent du milieu des années trente, avant la création de Philip Marlowe. Raymond Chandler est l'un des très rares que je puisse lire sans le comprendre. Y a aussi Joyce mais, naufragé de la page 45 de Ulysse, je l'ai éradiqué de ma vie. Rappelons que c'est parfois difficile de s'y retrouver, le Raymond ayant souvent repris des éléments de certains textes pour les refondre ailleurs dans les romans ou même d'autre textes courts. Sans importance puisque de toute façon on (enfin moi) n'y comprend goutte.
   
    Mais quelle putain d'ambiance dans ces histoires publiées en général dans les pulp magazines (Black Mask) et longtemps méprisées. J'en adore l'efficacité, terriblement cinoche, qui ne s'encombre pas de psymachin, ni d'élégance. Les types y sont des marlous, des corrompus, des vicelards. Et c'est ainsi qu'on les nomme. Quant aux femmes ce sont des, des, des... courtisanes, j'appellerai ça comme ça. Bref çà grenouille à tous les étages, californiens ou chicagoans. Tiens je vais le laisser jacter, le Ray, de toute sa verdeur et de toute sa poésie.
   
   "La blonde ôta ses dents de ma main et me cracha à la figure mon propre sang".
   
   " Je sortis ma flasque de bourbon et la posai en équilibre au bout de mon genou".
   
   "Il somnolait. Sa cravate plastron avait dû être nouée vers 1880 et la pierre verte qui en ornait l'épingle n'avait pas tout à fait le diamètre d'un fond de corbeille à papier".

   
    Scénariste à Hollywood comme d'autres minables, Faulkner, Dos Passos, Fitzgerald, Chandler n'est guère crédité aux génériques. C'est aussi bien comme ça. Ses bouquins, c'est déjà du cinéma.
   
   
   P.S. Marrant. Dans cette édition Carré Noir de 64 le verso est illustré d'une magnifique photo pub de cigarettes blondes de luxe, comme en fument les femmes fatales de ces romans noirs. Je ne l'ai pas mise pour ne pas tomber sous le coup de la loi. O tempora o mores!

critique par Eeguab




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