Lecture / Ecriture
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Barnabé Rudge de Charles Dickens

Charles Dickens
  Chroniques de Mudfog
  De grandes espérances
  La maison d’âpre-vent
  David Copperfield
  Voie sans issue
  Un conte de deux villes
  Un chant de Noël
  L'ami commun
  La Petite Dorrit
  Le mystère d'Edwin Drood
  Esquisses de Boz
  Les aventures de Monsieur Pickwick
  Ados: De grandes espérances
  Oliver Twist
  Dès 08 ans: Scrooge, Un Chant de Noël
  Barnabé Rudge
  Nicholas Nickleby
  Dès 10 ans: Le chant de Noël en prose

Charles Dickens est un écrivain anglais né en 1812 et décédé en 1870.

Vous trouverez sur ce site la fiche de l'ouvrage que Marie-Aude Murail a consacré à Charles Dickens, ainsi que la bibliographie rédigée par J.P Ohl.

Les amateurs pourront peut-être également s'intéresser au fantaisiste "Monsieur Dick" qui tente de résoudre le mystère d'Edwin Drood ainsi qu'au "Drood" de Dan Simmons.

On trouve une des nouvelles de C. Dickens dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

Barnabé Rudge - Charles Dickens

Personnages victimes de la Grande Histoire
Note :

   Titre original : Barnaby Rudge
   
   Vaste roman où Dickens retrace en toile de fond ce que l’Histoire anglaise a retenu sous le nom de "Gordon Riots" ("les émeutes Gordon") de 1780 quand les protestants extrémistes s’opposaient au fameux "Papist Act" de 1778 qui laissait le culte libre aux catholiques.
   
   Comme leur nom l’indique, ces émeutes sanglantes avaient pour meneur un certain Lord George Gordon qui souleva une armée de "sans grades" pour aller assiéger le parlement et mettre Londres à feu, à sac et à sang puisque les pauvres gueux recrutés en profitèrent pour se venger des bourgeois qui n’étaient pas tous des catholiques. Et des "ennemis" de leur cause. Mêlant personnages historiques (Lord George Gordon) et fictifs, l’auteur obtient un tissu romanesque riche en rebondissements.
   
   Dans cette tourmente, se retrouvent et se croisent des personnages de la banlieue de Londres (Epping Forest) qui convergent autour de l’auberge du Maypole appartenant à John Willet et où travaille un certain Hugh, être frustre, emblématique du sans-grade auquel il est donné une possibilité d’avoir un certain pouvoir pendant un certain temps ; car Hugh est au plus bas de l’échelle sociale et identitaire : né de père inconnu et sans patronyme, il a vu sa mère se faire pendre quand il avait six ans :
   ” ‘I have been always called Hugh; nothing more. I never knew, nor saw, nor thought about a father; and I was a boy of six –that’s not very old – when they hang my mother up at Tyburn for a couple of thousand of men to stare at. They might have let her live. She was poor enough.’”
   ("On m’a toujours appelé Hugh; et c’est tout. Je n’ai jamais connu, ni vu, ni imaginé un père; Et j’avais six ans à peine – c’est très jeune encore- lorsqu’ils ont pendu ma mère à Tyburn et ils étaient deux mille à la regarder. Ils auraient pu la laisser vivre. Elle était assez pauvre.")

   
   C’est donc sur ce terreau que Lord George Gordon, député de la Chambre des Lords, va recruter ses "soldats" et déclencher l’émeute qui a un aspect tout aussi social que religieux. Dickens montre par là même que le courage se passe de calculs (Lord George), de vantardise (le bourreau Dennis, ami de Hugh) et la lâcheté rattrape bien vite ceux qui semblaient les plus enflammés.
   
   On s'intéresse surtout au microcosme formé autour du Maypole et du Warren, propriété de Mr Haredale qui élève sa nièce Emma après que celle-ci eut perdu son père assassiné par un personnage qui restera mystérieux tout au long du roman mais dont on devinera bien vite l’identité. Bien sûr la nièce est amoureuse d’un certain Edward Chester, fils de John Chester un nobliau arrogant et protestant qui montre toujours un masque différent. De même la fille du serrurier qui emploie Simon Tappertit, investit dans l’armée des émeutiers et fervent militant anti-papiste, Dolly Varden est courtisée par Joe Willet, fils de l’aubergiste qui s’oppose à son père qui voudrait pour lui un avenir tout tracé : encore un sujet de révolte. Ainsi le père se sent perdu dans ce monde en ébullition
   “The world’s undergone a nice alteration since my time, certainly. My belief is that there an’t any boys left – that there isn’t such a thing as a boy – that there‘s nothing now between a male baby and a man – and that all the boys went out with his blessed majesty King George II.”
   ("Le monde a subi bien du changement depuis mon époque, c’est certain. Mon avis c’est qu’il y plus de garçons – qu’il n’y a plus ce qu’on appelle un garçon – qu’il n’y a plus rien maintenant entre un bébé mâle et un homme – et que les garçons ont disparu avec sa gracieuse majesté le roi George II.")

   Le fils partira combattre aux Etats-Unis et y perdra un bras.
   
   Et bien sûr il y a la famille déchirée de Barnaby Rudge, qui vit avec sa mère veuve (jusqu’à preuve du contraire) de la charité de Mr Haredale. Barnaby est un simple d’esprit, un innocent rêveur qui parle avec son corbeau Grip et qui se retrouve lui-même embarqué dans l’émeute par Hugh et Dennis.
   
   Dickens montre comment les innocents, encore une fois pour se sentir aimés et importants peuvent se retrouver dans des situations qui les dépassent.
   
   Le roman culmine lors de l’incendie de la prison de Newgate par les émeutiers qui viennent libérer leurs camarades et qui donne une nouvelle tournure aux évènements.
   
   Bien sûr, on retrouve le style dickensien fait d’accumulations, un style narratif très classique voire formel et frisant parfois l’archaïsme (beaucoup de mots venant du latin, donc très "cérébraux"). S’oppose à tout cela, le langage parlé de certains protagonistes, anglais cockney que l’auteur écrit même avec la prononciation où les "v" sonnent comme des "w" par exemple. L’auteur ne choisit visiblement pas son camp dans les émeutes ou plutôt préfère-t-il celui de l’innocence, du courage et de l’honnêteté incarnées par Barnaby, Joe Willet, Mr Haredale (dont les positions évoluent sur le mariage de sa nièce) ou encore et dans une certaine mesure Hugh qui va à l’échafaud avec un courage qui le rachète.
   
   Reste un roman un peu trop long où la fin est plutôt attendue. Il manque un peu aussi de l’humour de Dickens malgré la présence de la servante impayable des Varden en la personne de Miggs. Chez lui, On s’attache toujours plus aux personnages qu’à la narration.

critique par Mouton Noir




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