Lecture / Ecriture
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L'homme des îles de Tomas O'Crohan

Tomas O'Crohan
  L'homme des îles

L'homme des îles - Tomas O'Crohan

Dernier refuge
Note :

   Imaginez quelques îles perdues au large de l'Irlande, pas très loin certes, car visibles à l’œil nu, mais si différentes. Les Blasket, ces dernières terres avant l'Amérique, le gouvernement irlandais a décidé de les évacuer en 1953, mais là sont nés ou ont vécu trois des plus grands écrivains irlandais de langue gaélique. Peig SAYERS, Tomas O'CRIOMTHTHAIN et Muiris O SUILEABHAIN. Trois sur une population qui ne dépassa pas cent vingt, cent trente habitants! Les versions anglaises des noms pour les hommes sont Tomas O'Crohan et Maurice O'Sullivan. On peut y ajouter Micheal O'Gaoithin, fils de Peig Sayers qui mit sur papier les paroles de sa mère. Au moment de son évacuation, seules vingt deux personnes y résidaient encore! Ce livre, terminé en 1926 et publié en 1929, fut certainement le premier livre de renommée mondiale publié en gaélique.
   
   Tomas est paysan et pêcheur comme tout îlien, il est nécessaire d'avoir plusieurs activités. Les familles sont souvent nombreuses, mais beaucoup des enfants quitteront l'île pour partir, souvent en Amérique. Les naufrages, non provoqués (?) qui soulagent l'île de la misère en apportant des marchandises inattendues dans ces contrées, où l'auteur dit avoir eu l'âge adulte avant de boire du thé! Les habits bleus, honnis de la population représentent le pouvoir anglais, luttant contre l'alcool de contrebande et tentant de rafler le butin des naufrages. L’école et la nécessité d'apprendre l'anglais, mais les institutrices repartent pour se marier, et le poste reste vacant pour un temps indéterminé. L’habitat est en général petit et tout le monde cohabite, poulets, cochons, chiens et chats, seul l'âne reste dehors! La vie quotidienne simple, mais rude et la précarité de toutes choses ont amené les autorités à déplacer la population restante en Irlande, où elle s'est fondue petit à petit!
   La vie, mais aussi son contraire la mort précoce, par maladie ou par la mer, grande dévoreuse d'hommes! Les îliens, société miniature, entraide, comme cette garde permanente signalant l'arrivée de tous bateaux, surtout ceux de l'administration anglaise!Les "continentaux", comme l'inspecteur scolaire aux quatre yeux, premier homme portant des lunettes que les enfants voient!
   
   Une écriture sobre, certaines critiques parlent même de sécheresse, je pense que le but de l'auteur n'était pas d'écrire beau, mais vrai. On sent malgré tout une grande nostalgie, masquée parfois sous un humour naturel. Certaines expressions sont très imagées : "Le fond de l'écuelle" comme dit l'auteur, le dernier de la nichée. Ou toujours en parlant de lui même "Le veau d'une vieille vache".
   
   N'attendez pas des héros au détour de ces pages, vous ne trouverez que des gens exceptionnels, mais modestes. Mais cette population fût une mine d'or pour les linguistiques du monde entier. Un témoignage indispensable d'un monde mort à tout jamais, l'île n'étant plus peuplée que de moutons et quelques bergers parfois.
   Quelques lignes du poète Desmond Egan au sujet des Blasket :
   - j'ai attendu du haut d'une falaise
   quelque signe de la terre d'Irlande
   ai commencé à comprendre pourquoi la médiocrité
   n'a jamais été de mise ici
   où la vie est un exil.

   
   
   Titre original : An t'Oileanach (Titre gaélique).
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critique par Eireann Yvon




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O'Thentique
Note :

    A suivre ce très beau document conseillé par l'ami Eireann O'CRIOMHTHAIN Tomas / L'homme des îles est digne des plus belles collections ethnologiques. Le récit de Tomas O'Crohan(1856-1937) nous transporte au point le plus occidental d'Europe, l'archipel des Blasket, dernière paroisse avant l'Amérique. Ces îlots moins connus que les Aran (voir le cinéma de Robert Flaherty) ont vu leur population quasiment disparaître. Les 22 derniers habitants de Grand Blasket furent évacués en 1953, Dublin considérant que la vie y était impossible.
   
    Tomas O'Crohan raconte par le menu et sans bravades le quotidien des îliens. Modestes parmi les modestes les gens des Blasket chassent le lapin, heureusement fort prolifique en ces climats. Ils chassent aussi le phoque qu'ils assomment allègrement en prenant bien des risques. De très belles pages nous décrivent les grottes marines et la pêche aux homards, les rivalités avec les "continentaux" de la péninsule de Dingle, les morts prématurées et l'absence de soins de ce bout du monde. O'Crohan lui-même aura dix enfants dont deux survivront, c'était à peu près normal. Ne manquent pas bien sûr les jours de marché à Dunquin ou Dingles, les chansons arrosées et cette fraternité rude qui n'exclut pas les bourrades, du classique en Irlande, plus marqué encore en ces contrées inhospitalières. On parle aussi assez souvent de l'autre côté, l'Amérique, chimérique et souvent pourvoyeuse de retours piteux.
   
    J'ai eu l'occasion de visiter il y a quelques années le Centre du Grand Blasket à Dunquin qui tente avec un certain succès de faire revivre la mémoire de cet archipel de l'extrême, nanti de photos superbes et des écrits des poètes de Blasket, plus nombreux que partout ailleurs en Irlande où ils sont déjà plus nombreux que partout ailleurs en ce monde. Tout cela fait un peu cliché. Mais tout cliché recèle une bonne part de vérité.

critique par Eeguab




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