Lecture / Ecriture
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Argent brûlé de Ricardo Piglia

Ricardo Piglia
  Respiration artificielle
  Argent brûlé
  Cible nocturne
  La ville absente
  Le dernier lecteur
  Pour Ida Brown

Ricardo Emilio Piglia Renzi est un écrivain argentin né en 1941 et mort en 2017.

Argent brûlé - Ricardo Piglia

Fin de partie à Montevideo
Note :

   Le 27 septembre 1965, à Buenos Aires, des braqueurs subtilisèrent un demi-million de dollars aux employés municipaux sortant de la Banque de la Province. Les voyous — "des venimeux" — commirent alors plusieurs meurtres et prirent la fuite dans une Studebaker volée. Ils réussirent à se planquer mais quand les journaux annoncèrent les premiers progrès de l'enquête menée par le commissaire Silva, ils passèrent la frontière. Quelques semaines plus tard, les trois derniers fuyards se retrouvèrent coincés dans une souricière, un appartement de Montevideo, où ils résistèrent seize heures durant à la police — trois cents hommes!— , tuant de nombreux assaillants, et n'hésitant pas à se livrer à une provocation suprême : jeter les billets en flammes par les fenêtres de l'appartement... Un seul voyou sortit vivant du siège, et quoique lynché par les voisins, il survécut assez pour être extradé vers l'Argentine où il mourut assassiné en prison : c'était Dorda dit Gaucho Blond. Les deux autres gangsters, Brignone dit Bébé et Mereles dit le Corbeau avaient été tués durant le siège. Cependant le chef de la bande, Malito, ne sera pas retrouvé.
   
   Comme l'affaire se passe en 1965, durant l'exil madrilène du général Peron, certains des malfrats que l'on croise dans ce récit sont des activistes qui conspirent pour préparer son retour au pouvoir. On croit comprendre que le parti justicialiste (péroniste) entretenait des relations aussi bien avec des syndicalistes et des militaires, que des néo-nazis et des hommes du milieu, capables d'amasser un trésor de guerre grâce à des complicités dans la police et l'administration municipale.
   
   “Argent brûlé” ne se présente pas comme un polar classique et l'auteur, Ricardo Piglia, n'est pas spécialiste de ce genre. Au cours d'un long voyage en train, le hasard voulut qu'il reçoive les confidences de Blanca, qui se présenta à lui comme l'ancienne maîtresse du chauffeur du gang. Intéressé, Piglia prit des notes, et les oublia. Trente ans plus tard, il en fit ce récit très réaliste et extrêmement documenté en s'appuyant sur de nombreux témoignages, sur la presse, et sur les archives policières.
   
   Le récit du siège s'étend sur la seconde moitié du livre et constitue un huis clos haletant. Une autre originalité de la composition du livre, déterminante au plan littéraire, tient à la manière dont l'écrivain fait usage de sa documentation. Au lieu de commencer par présenter d'un coup ses personnages, il livre très progressivement les résultats de son enquête, soulignant ainsi le suspense. De cette façon c'est pratiquement jusqu'à la dernière page qu'on voit prendre forme et s'étoffer le caractère et le passé des personnages. Dorda et Bébé, pour ne prendre qu'eux, avaient été de jeunes délinquants. Ils s'étaient connus en maison de correction. Assassin d'un paysan et d'une prostituée, Dorda avait connu la prison et l'asile psychiatrique où le Dr Bunge avait essayé de nombreux traitements, mais son malade entendrait toujours des voix. Dorda et les autres aliénés avaient été libérés... par un fou armé de ciseaux. Puis Bébé et Gaucho s'étaient retrouvés par hasard dans une gare de Buenos Aires pour ne plus se quitter. Le hasard, décidément...
   
    Titre original : Plata quemada, 1997
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critique par Mapero




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Avant, pendant, après
Note :

   Quatrième de couverture :
   
   "Un soir de mars ou d’avril 1966, dans un train qui allait vers la Bolivie, je fis la connaissance de Blanca Galeano que les journaux appelaient "la concubine" du voyou nommé Mereles. Elle avait seize ans mais avait l’air d’une femme de trente ans et elle fuyait. Elle me raconta une histoire très étrange (…) Moi je l’écoutai comme si je m’étais trouvé en présence de la version argentine d’une tragédie grecque."
   C’est ainsi que Ricardo Piglia s’empare du braquage qui a défrayé la chronique entre septembre et novembre 1965 à Buenos Aires (et Montevideo). Il décide d’en faire un roman tant la violence des faits, la puissance des sentiments et la brutalité de la police dépassent de loin la fiction. Bébé Brignone et le Gaucho Dorda, Bazán le Bancal, Malito ou Mereles le Corbeau prennent vie sous la plume avec un réalisme et une vigueur extraordinaires, sur fond d’agitation péroniste et de magouilles politiques."

   
   
   Mon avis:

   
   L’histoire d’un avant-braquage, d’un braquage, de l’après braquage entre planques, fuites, tueries, sièges... vous allez me dire "mouaif" pas trop pour moi. Mais figurez-vous que le travail de l’écrivain rend tout cela vraiment très intéressant.
   
   Ricardo Piglia explique dans un épilogue que c’est un roman qui a eu besoin de trente ans de maturation. En effet, en 1966, il est un jeune écrivain (né en 1940) et quand il entend cette histoire, il décide d’en faire un roman. Il prend des notes, commence à rédiger mais abandonne en 1970. À la faveur d’un déménagement, il retrouve ses notes trente ans plus tard. Commence alors un véritable travail de recherche où l’écrivain va décortiquer minutieusement ce fait divers. Tous les faits dans le livre sont avérés ; ceux qui ne l’étaient pas, l’auteur a fait le choix de ne pas en parler.
   
   Dans le livre, Ricardo Piglia suit l’ordre chronologique de l’évènement. Il n’y a pas de point de vue narratif fixe : un coup, on est dans la tête des malfaiteurs, des policiers, de la population, des journalistes mais le plus souvent, on est un narrateur extérieur (mais des fois un narrateur extérieur qui vit au moment des faits et d’autres fois un narrateur extérieur qui a le recul des années). Cela donne une impression étrange, de flou, de flottement (Ricardo Piglia parle même de "rêve" dans son épilogue) comme si on cherchait à savoir quelle version croire, qui défendre (il faut dire que les policiers sont un peu dépeint comme des malfaiteurs). Au départ, on est assailli par la violence et la brutalité du fait mais au final, on se dit que tout ça, c’est juste un très grand gâchis.
   
   Au passage, on peut remercier le traducteur, en plus de son travail de traduction, pour sa note historique sur l’histoire de l’Argentine entre les années 50 et 70, qui éclaire particulièrement le contexte de ce fait divers.
   
   En conclusion, une histoire qui n’a pas vraiment grand chose pour passionner mais qui est rendue très intéressant par le travail de recherche et la plume de Ricardo Piglia.

critique par Céba




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