Lecture / Ecriture
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Quatre murs de Kéthévane Davrichewy

Kéthévane Davrichewy
  La mer noire
  Les Séparées
  Quatre murs
  L’autre Joseph

Kéthévane Davrichewy est née à Paris en 1965 dans une famille géorgienne. Après avoir publié de nombreux ouvrages pour la jeunesse, et un premier roman en 2004 "tout ira bien", elle a puisé dans la mémoire familiale et l'expérience de l'exil vécue par ses grands-parents la matière de la Mer Noire.
(Source éditeur)

Quatre murs - Kéthévane Davrichewy

Modeste et pudique
Note :

    "Ils se tiennent aux quatre coins de la pièce. Ce n’est pas intentionnel, ça s’est trouvé comme ça. Chacun fixant une ligne imaginaire, et pensant à quoi? Ils ne se regardent pas à ce moment précis, ils n’ont plus de lien. Somanges, la maison de leur enfance, se dématérialise sous leurs yeux. La pièce s’est vidée de leur chair, des blessures et des rires. Il reste le squelette de ce qui fut leur foyer."
   
   Ainsi s’ouvre ce beau récit sur une fratrie nouvelle dont je viens de faire la connaissance. Une de plus! Il faut dire que c’est un sujet qui m’intéresse vivement, tout en me troublant toujours beaucoup. Les détails diffèrent à chaque fois, bien sûr, mais la réalité demeure la même: après une vie familiale fusionnelle et intense, arrive le moment de la séparation définitive, insidieuse ou violente lors de la vente de la maison d’enfance. Le plus souvent comme ici, le père est mort, la mère ne peut plus rester dans la maison trop grande, les enfants se réunissent une dernière fois pour le déménagement. Ils sont quatre qui s’agacent et se déchirent. Les aînés ont réussi, les jumeaux ont des difficultés. La mère veut laisser à ces derniers une part d’héritage plus importante en raison de leur fragilité. L’étincelle est ainsi rallumée pour l’explosion des secrets, des rancunes, des regrets, des silences butés et des révélations. Saul, Hélène, Réna et Élias chacun racontera sa version. Ensuite, après deux ans de silence, la mère les réunit en Grèce dans la maison du fils aîné. Réussiront-ils à briser leur solitude? Sauront-ils reconstituer leur belle alliance d’autrefois? Pas si sûr et pourtant, il suffirait de si peu de choses… se dit-on de l’extérieur! La fin reste ouverte.
   
    Belle sensibilité de l’auteur, style épuré, bien petit volume sans doute (180 pages) pour une telle saga mais récit choral modeste et pudique qui a réussi à m’attacher.
    ↓

critique par Mango




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Famille
Note :

   Quand j'ai su qu'il parlait d'histoires et de secrets de famille, ce roman m'a tout de suite attirée. Et j'ai drôlement bien fait de me laisser tenter car j'ai énormément aimé cette histoire qui parle certes de familles, de relations entre frères et sœurs, de secrets, de non-dits mais aussi d'émancipation. Un roman qui m'a fait aimer encore plus la mienne de famille.
   
   Le récit s'ouvre sur la vente de la maison familiale, vente qui suscite des sentiments contradictoires chez Saul, Hélène et les jumeaux Elias et Réna. Quatre frères et sœurs qui ont été très proches - trop proches - dans leur enfance et qui se cachent en ce jour chacun derrière leurs artifices. Puis, vient la question de l'héritage. J'avoue avoir eu peur à ce moment-là car c'est tellement loin de ce qui pourrait arriver chez nous. J'ai eu peur de me sentir complètement larguée par des questions de gros sous. Puis, finalement, pas du tout. Ce n'est pas ce dont le roman traite. Nous sommes dans un rayon beaucoup plus humain.
   
   Nous rattrapons ensuite les personnages de ce récit choral deux ans plus tard, alors que tous se retrouvent ensemble en Grèce, chez l'aîné. Deux ans lourds de silences, de rancunes. Aucun de ces personnages n'est parfait. Nous somme là à les regarder - pour ma part sans m'identifier aucunement - et à avoir envie de les secouer, chacun leur tour. Les secouer pour les libérer de leur cynisme, leur dépendance ou de leur indifférence. Et à la fin, être moi-même secouée et portée à réfléchir. Sur la famille, ces liens entre nous et ces personnes qui ont été choisies pour nous, sur ce qui nous tient ensemble.
   
   J'ai été charmée par l'écriture fluide et poétique à la fois. En très peu de pages, l'auteure nous peint le portrait percutant de quatre adultes et de leur mère, tentant de se libérer de relations d'amour-haine, mais s'y raccrochant parfois sans s'en rendre compte. Tentant de faire la paix avec le passé, avec ce qui a été dit... et ce qui ne l'a pas été. La construction est habile et nous réalisons petit à petit tous ces petits et grands événements qui ont réussi à éloigner des gens qui pourtant vivaient presque dans un cocon étouffant, toujours sur le fil du malsain et de l'adorable. On réalise petit à petit que chacun cherche sa place, autant comme adulte que comme l'enfant qu'il a été.
   
   Bref, un voyage initiatique qui sera peut-être (car rien n'est joué au moment de refermer les pages... mais on espère) libérateur et une belle lecture.
   
   Je relirai l'auteur!

critique par Karine




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