Lecture / Ecriture
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Maine de J. Courtney Sullivan

J. Courtney Sullivan
  Maine
  Les débutantes
  Les liens du mariage

Julie Courtney Sullivan, est un auteur américain née en 1982, qui signe J. Courtney Sullivan.

Maine - J. Courtney Sullivan

Féroce et drôle
Note :

   "Kathleen se rendit soudain compte que l'église était comme une scène pour Alice, l'endroit où elle se tenait bien, où les autres la voyait telle qu'elle voulait être vue. Au fil des années, elle avait pris en charge les cours du dimanche, les distributions de nourriture, les levées de fonds pour les prêtres à la retraite et la kermesse de Noël. Personne, à la paroisse, ne pouvait imaginer sa cruauté à la maison. Ils la voyaient tous comme une sainte".
   
   Réjouissant, jubilatoire, très vivant, "Maine" est un roman bourré de qualités et il n'engendre pas la mélancolie!
   
   Quatre femmes de la famille Kelleher s'expriment à tour de rôle, la grand-mère Alice, la fille Kathleen, la petite-fille Maggie et la belle-fille Ann-Marie, quatre voix singulières et discordantes nous donnant au fil du roman une vision plus nette du passé de chacune.
   
   Ce qui les réunit, c'est la grande maison familiale dans le Maine, acquise autrefois par Daniel, le mari d'Alice, décédé il y a 10 ans (un saint cet homme-là!). Or, Alice, 83 ans, vient de prendre une décision concernant la propriété qui sera loin de réjouir les enfants et les petits-enfants. Les tensions accumulées depuis des décennies vont culminer et exploser.
   
   Il faut dire que les caractères en présence ne sont guère faits pour s'accorder. Alice, l'aïeule, a la rosserie chevillée au corps et s'est noyée trop longtemps dans l'alcool. Même si l'on comprend l'origine de ses comportements, sa personnalité n'attire pas la sympathie.
   
   Kathleen, une de ses deux filles, est hélas tombée elle aussi dans le piège de l'alcool. Après un premier mariage raté, elle a trouvé un second souffle avec Arlo et elle élève des vers de terre en Californie (activité difficile à placer dans la conversation n'est-il pas?). Son franc-parler est souvent perturbant pour son entourage.
   
   Maggie, fille de Kathleen est un personnage qui fait pitié. Sa mollesse est pathétique, elle a des excuses avec une mère et une grand-mère pareilles, mais tout de même, on a constamment envie de lui dire "secoue-toi, défends-toi!". Pourtant cet été là, pour une fois, elle saisira peut-être l'occasion de s'affirmer un peu.
   
   Et enfin Ann-Marie, la pièce rapportée, belle-fille parfaite, ses deux enfants parfaits (hum... hum...), l'épouse parfaite de Patrick. La façade va se lézarder et c'est tordant.
   
   Elément d'importance dans le roman, la religion catholique, ces Irlandais d'origine respectent ses principes, surtout Alice, et elle a pesé d'un poids très lourd sur toute son existence.
   
   Ce n'est pas un énième roman choral de plus, le talent de l'auteur éclate dans l'émotion, la drôlerie, la férocité, la subtilité. A 30 ans elle fait preuve d'une maîtrise étonnante et prometteuse.
   
   "Elle avait tenté de faire une thérapie, de lire tous les livres possibles et imaginables, mais rien ne semblait jamais changer. Même sa psy lui faisait parfois sentir que toute amélioration serait illusoire. Après tout, elle venait d'une famille d'ivrognes, des handicapés émotionnels, aigris par la rancune. A d'autres moments, elle se disait que chercher sans cesse à s'améliorer était surtout valable pour les immortels. S'améliorer, pour quoi faire?"

    ↓

critique par Aifelle




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Captivant !
Note :

   "Elle n'avait rencontré aucune famille aussi éprise de sa mythologie."
   

   Alice, (la matriarche imperméable aux sentiments, une femme comme on n'aimerait pas en rencontrer pour de vrai), Kathleen, la fille, (ancienne alcoolique reconvertie dans l'élevage des vers de terre), Maggie (la petite fille trop accommodante) et Ann Marie, la belle-fille parfaite, sont réunies pour quelques jours dans la maison de vacances du Maine.
   
   Si la situation géographique est idéale, la configuration familiale, elle, est pour le moins explosive!
   
    On pouvait craindre le pire, clichés à gogo, situations convenues, mais, roman polyphonique, "Maine" alterne à chaque chapitre les points de vue et éclaire sous des angles différents les personnages. Nuancés, ils deviennent tour à tour attachants ou exaspérants , mais diablement humains. Notre opinion varie et nous éloigne de toute forme de caricature.
   
   L'exploration psychologique est passionnante, les révélations se succèdent sans que le rythme fléchisse et l'on ne peut que se demander comment une "gamine" de trente ans peut avoir une telle expérience humaine! Si ce roman, impossible à lâcher, ne devient pas LE roman de l'été, c'est à n'y rien comprendre!
    ↓

critique par Cathulu




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Cette famille est devenue la mienne
Note :

   Après avoir beaucoup aimé "Les débutantes", le premier roman de J. Courtney Sullivan, c’est avec un grand plaisir que j’ai lu "Maine", son second ouvrage et que je lirai le troisième qui vient de sortir: "Les liens du mariage". J’aime les thèmes choisis, le style et les personnages.
   
   Cette histoire de famille sur trois générations, autour d’une belle propriété familiale de vacances, à Cape Neddick, dans le Maine, m’a passionnée.
   
   Au départ comme à la fin, il y a Alice, la mère et la grand-mère qui accueille tour à tour chaque été ses enfants et petits enfants dans sa maison si convoitée. A quatre-vingt-trois ans, veuve et solitaire pendant le reste de l’année, elle s’est rapprochée du jeune père Donnelly, très dévoué à la paroisse auquel elle vient de léguer toute sa propriété sans même avertir ses enfants. Les fermetures de plusieurs églises voisines l’ayant bouleversée, elle espère ainsi contribuer à sauver la sienne.
   
   C’est l’intrigue principale qui se déroule du mois de mai au moment où cette décision a été prise jusqu’au 15 août suivant, jour de l’Assomption quand Alice, la mauvaise mère, la belle méchante agaçante personne se retrouve seule à prier dans son église.
   
   Entre temps on aura connu et suivi les vies de ses enfants, essentiellement celles de Kathleen, sa fille mal aimée qui vit loin d’elle, avec son second mari, dans sa ferme d’élevage de vers de terre, Maggie, la fille de celle-ci, la douce qui pleure le départ de son ami, enceinte d’un enfant qu’elle décide de garder, celle aussi de Ann Marie, sa belle fille, l’impeccable, l’irréprochable, qui s’occupe de tout et de tous et qui vient d’être choisie pour la finale des Maisons de poupées, ce dont elle est très fière.
   
   On se doute bien que la découverte de la perte de la maison et du cottage du Maine où ils aimaient se retrouver chaque été aura des conséquences terribles pour chacun d’entre eux et on attend avec impatience leurs retrouvailles. L’attente est longue un peu trop parfois mais rien n'aurait pu m'empêcher d’aller jusqu’au dénouement, cette famille étant presque devenue la mienne le temps de ma lecture. De surprises en révélations sur les uns et les autres, je n’ai vraiment pas été déçue.
   
   J’ai aimé. Beaucoup.
    ↓

critique par Mango




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Monologues
Note :

   Roman choral, quatre voix (Alice 83 ans, Kathleen sa fille cinquantaine avancée, Ann-Marie sa belle-fille même génération, Maggie sa petite fille 32 ans).
   
   Alice vit dans le Maine une propriété vaste en bord de mer avec accès direct à la plage par "une sublime allée d’arbres qui mène jusqu’à leur maison" . Le mari d’Alice Daniel a gagné le terrain au poker, ses frères et lui ont construit un grand cottage, plus tard Patrick le fils d’Alice et sa femme ont fait construire une maison plus moderne et confortable.
   
   Nous sommes en juin, Alice a décidé de donner la propriété à sa paroisse, administrée par le père Donnelly, jeune prêtre, d’origine irlandaise comme elle. A sa mort, qu’elle sent prochaine, ses descendants n’en jouiront donc point !
   
   Ce n’est pas le seul événement de ce mois ; Maggie la petite fille vit aussi une époque troublée, elle est enceinte et vient de rompre avec son ami. Kathleen vit dans une ferme en Californie, et élève des vers de terre pour faire de l’engrais. Elle vit d’une façon assez spartiate, avec un partenaire d’allure plutôt "hippie vieillissant". Ann-Marie, la belle –fille d’Alice, à l’opposé, est très attachée à sa maison qu’elle a voulu nantie d’un luxe relatif ; elle aime tellement l’aisance matérielle dont elle a été privée enfant, qu’elle occupe son temps à décorer des maisons de poupées.
   
   Ces quatre femmes que tout sépare, excepté l’appartenance à la même famille, et l’alcoolisme plus ou moins avancé, vont se retrouver réunies dans la maison de vacances du Maine, et se supporter pendant quelques semaines.
   
   A travers leurs monologues, on se laisse emporter par leurs vécus, souvenirs, conflits, difficultés et petits bonheurs ; j’ai pris grand plaisir à cette lecture, à l’égal des "Débutantes".

critique par Jehanne




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