Lecture / Ecriture
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La Famille Lament de George Hagen

George Hagen
  La Famille Lament
  Les grandes espérances du jeune Bedlam

La Famille Lament - George Hagen

Le meilleur est toujours à venir
Note :

   L'histoire commence en Afrique du Sud, dans les années 50, où Howard, chercheur idéaliste dans les valves, épouse Julia, peintre amateur, jeune femme bien élevée mais rebelle. De l’Afrique du Sud au New Jersey en passant par l'Angleterre, Howard, Julia et leurs trois enfants voyagent leur vie au gré des opportunités professionnelles, entre insouciance de l'après-guerre et explosion des années 70.
   
   J'ai aimé ce livre :
   Ce récit de vies qui voyagent est doux tant sa tonalité semble légère. Tu n'oses pas prendre partie car ce serait comme ne plus prendre la vie comme elle vient, comme elle s'offre, comme tu lui ouvres tes horizons.
   Et pourtant … Que d'idéaux bafoués sous-tendent cette succession de petits quotidiens comme autant d'anecdotes de voyages : oui les Lament voyagent et s'intègrent en écho douloureux au refus d'ouverture des civilisations conquérantes à la veille de la mondialisation …
   En filigrane de l'histoire qui est simple et amusante, drôle et mélancolique, écrite sans phrases ampoulées ni effets de style surannés, les fondations du drame de notre réalité sociale d'aujourd'hui sont méticuleusement bâties. Les Lament sont bel et bien des étrangers, où qu'ils se trouvent, ils sont seuls face à une société ultra conservatrice et raciste. Pourtant, jamais le récit ne tombe dans une histoire terne et désenchantée, les pires horreurs sont dédramatisées. La résignation n'a pas sa place chez les Lament, qui gardent la tête relevée – chacun à sa manière grandissante - malgré les difficultés qui s’accumulent. Si le bonheur et la tristesse vont de pair, gardons à l'esprit que le meilleur est toujours à venir.
   
   Vous l'aimerez aussi, si vous êtes curieux de l’évolution des mœurs des années 50 - 70, du rêve américain des droits civiques et de la liberté de pensée, convaincus que l'avenir repose sur l'ouverture et l'intégration, et que le racisme et la discrimination sont les pré-requis de toute décadence historique, courageux aux idées neuves prônant l'amélioration constructive de la condition de la femme et la compréhension de la dépression.
   Vous serez touché par Will, l'orphelin adopté, qui incarne la quête de sa place en toute géographie culturelle ou familiale; par les jumeaux, parce qu'ils sont deux, qui avancent et grandissent en dépit de tout, aussi attachants et frais que miraculeusement originaux et indépendants; par Howard carriériste mais idéaliste, génial mais chômeur; par Julia femme moderne et pilier du foyer en proie elle aussi à son démon de mère; par cette dernière qui voyage à outrance pour nourrir ses intolérances.
   
   A noter que La famille Lament est un premier roman.
   
   Et pour prolonger le regard caricatural sur ce que peut être une vie étriquée sans curiosité dans une seule géographie, j'ai pensé à "L'étourdissement" (Joël Egloff). Pour la traversée d'époques et de mœurs, pour Will l'orphelin, pour ce qui est mauvais un jour et bon le lendemain, j'ai pensé à "L'œuvre de Dieu et la part du Diable" (John Irving). Pour ces sociétés que l'on regarde faire sans rien y faire vraiment, pour ces comportements culturels qu'il serait prudent de combattre, même si l'on n'en meurt pas (immédiatement) de ne pas le faire, j'ai pensé à "Les cerfs-volants de Kaboul" (Khaled Hosseini).
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critique par Alexandra




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Drôle et entrainant
Note :

   A la maternité, les Lament ont bien du mal à trouver un nom pour leur fils tout juste né «Un prénom est pour un enfant un portail qui s’ouvre sur le monde. Il fallait trouver le bon ». Mais les jeunes parents vont perdre leur bébé. Pas le temps d’avoir du chagrin qu’ils en retrouvent immédiatement un autre, Will, orphelin adopté à la maternité grâce à la complicité d’un chirurgien.
   
   Destin hors du commun pour ce jeune garçon, recueilli ainsi dès ses premiers jours par ce couple aussi sympathique qu’excentrique, qui se caractérise par sa propension à voyager. Balloté d’un pays à l’autre, il voyagera au gré des recherches d’emploi de ses parents, suivant toutefois avec bonheur les pérégrinations de ce couple qui mettra bientôt au monde des jumeaux, que Will prendra rapidement sous sa coupe. Pas toujours épargnée par la vie, victime de rejet parfois et de racisme, rien ne résiste pourtant à l’optimisme de ce foyer. De l’Afrique à l’Angleterre, j’ai suivi avec beaucoup de plaisir cette famille, au premier rang de laquelle Will, qui fera aussi au cours de ses nombreux périples son apprentissage amoureux.
   
   Tout à la fois récit d’initiation, roman d’aventures, ce livre au rythme vif et alerte est drôle de la première à la dernière page. Pas un instant on ne s’ennuie, d’autant que le récit est drôlement bien construit. La fin est particulièrement judicieuse, et fait la part belle à la grand-mère, exilée au début du livre mais qui les rejoindra et à qui Will envoie des lettres plutôt alarmantes tout au long de leur périple.
   
   De rebondissement en rebondissement, il n’est pas facile de lâcher ce roman familial gai, picaresque et épique. Avec une seule devise en filigrane: demain est un jour meilleur. Une belle réussite en tout cas pour ce premier roman désormais disponible en 10/18.

critique par Éléonore W.




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