Lecture / Ecriture
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La fin du monde a du retard de J. M Erre

J. M Erre
  Prenez soin du chien
  Série Z
  Le mystère Sherlock
  Made in China
  La fin du monde a du retard
  Le grand n'importe quoi

Jean-Marcel Erre, qui préfère signer ses livres "J.M. Erre" (on se demande pourquoi), est un écrivain français né en 1971 à Perpignan.

La fin du monde a du retard - J. M Erre

... et on n'est pas en avance
Note :

   "Tu peux compter sur moi. Dès que j'ai sauvé le monde, je me lance dans une opération vide-greniers."
   
    Alice et Julius, deux amnésiques, s'échappent de la clinique psychiatrique où il sont traités. Alice est totalement dénuée d'émotions et Julius est persuadé qu'un terrible complot menace l'humanité. Pour le déjouer, il leur faudra s'emparer d'un mystérieux Codex et échapper aux nombreux poursuivants qui sont à leurs trousses. Cette "quête qui tourn[e]à la collection de désaxés", enchaîne les "péripéties d'anthologie alliant surprise épique et burlesque échevelé" contient, au bas mot, une trouvaille humoristique par page! Mais comment fait-il?
   
   D'autant que, mine de rien, c'est toute une réflexion enjouée et intéressante qui s'intercale avec bonheur entre les épisodes de cette folle course-poursuite, sur la nécessité de fictionnaliser nos existences. Clins d’œil en tous genres (les frères Volfoni des Tontons flingueurs!) trouvailles langagières, commentaires sur le récit qui se met en place sous les yeux du lecteur, font de ces 400 pages un pur bonheur de lecture! Et zou, sur l'étagère des indispensables!
   
   
   Présentation de l'éditeur:
   
   "Construit sous la forme d'une course poursuite, "La fin du monde a du retard" met en scène Alice et Julius, deux amnésiques qui s'évadent de la clinique psychiatrique où ils sont traités. En effet, Julius s'est donné pour mission de déjouer un terrible complot qui menace l'humanité. Poursuivis par la police, par des journalistes et par de mystérieux personnages de l'ombre, ils iront de péripéties en rebondissements jusqu'à l'incroyable révélation finale."
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critique par Cathulu




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Vraiment très drôle !
Note :

   Les romans comiques sont une gageure bien difficile à tenir et pour laquelle J.M Erre a toujours manifesté des dons, et de plus en plus marqués au fil de ses productions. Là, disons-le, il est au summum. Pratiquement pas une phrase sans connotation humoristique, pas une page qui ne fasse rire, et je ne parle pas du petit sourire amusé assez facile à obtenir, mais d'un vrai bon rire. Bref, ce bouquin m'a fait du bien.
   
   L'histoire d'abord : très originale, du pas encore vu, me semble-t-il et superbement traité, sans doute inspiré par la grande vague actuelle de complots davincicodistes, l'auteur a su en tirer tout le suc.
   
   Julius et Alice ne se connaissent pas encore mais ils sont déjà tous deux voisins... à la clinique psychiatrique Saint-Charles. Ils sont aussi tous deux amnésiques, mais pour des raisons différentes. Alice était la jeune mariée lorsqu'une explosion gigantesque pulvérisa la noce faisant 200 victimes et 1 rescapée : elle, mais rendue amnésique par le choc et de plus étrangère à toute émotion quelle qu'elle soit. Julius quant à lui a été récupéré à l'état d'épave errant dans la campagne sans plus rien savoir du quoi ni du qu'est-ce et nous l'imiterons en ignorant tout de lui. Ceci étant, il a suffisamment récupéré pour tenir un blog dans lequel il développe sa théorie du complot selon laquelle une entreprise nommée Tirésias, trafiquerait la réalité ou du moins la connaissance que les gens en ont depuis les temps les plus reculés. Fondant sa pensée moitié sur l'allégorie de la caverne de Platon, moitié sur une parfaite connaissance des scenarii de films d'aventure de série B, il a mis au point un raisonnement hautement "logique" qui lui permet même dans une certaine mesure de prévoir l'avenir puisque ces scenarii passent tous par à peu près les mêmes étapes de la même progression jalonnée de phrases indispensables (le Top Ten de Julius) que l'on rencontrera au fil de l'aventure. Bref, pour mettre un terme aux agissements de plus en plus criminels de Tirésias qui de son côté essaie de le tuer, Julius (dopé au sniff de nespresso) s'évade, emmenant Alice et suivi d'un mystérieux pigeon...
   Et pour la suite, je vous laisse la découvrir, bien évidemment.
   
   C'est très plaisant à lire, plein de clins d’œil, littéraires souvent. Et je tiens à souligner au passage une excellente maitrise de l'écriture car on m'a déjà dit de certains livres qu'ils étaient "faits pour distraire, on ne peut pas leur demander d'être bien écrits" et j'ai toujours répondu que si, on peut parfaitement. J.M Erre me donne raison. Le ton est parfait, très drôle avec beaucoup de justesse, du très fin à l'énorme, l’œil qui voit tout. Pas mal de clichés sont dynamités au passage comme par exemple, "Les gens ne lisent plus" (258-9)
   - Les gens ne lisent plus? Comment vous le savez?
   - Vous vous moquez de moi? Ouvrez les yeux!
   - Ça veut dire que les gens lisaient avant? Mais quand? (…) J'essaie juste de comprendre parce que j'avais appris à l'école que jusqu'à la fin du 19ème siècle et les lois de Jules Ferry, la majorité des Français ne savaient pas lire.
   - Toujours votre mauvaise foi.
   - Je sais aussi que jusqu'à la fin des années 1950, les gens qui faisaient des études secondaires étaient rares. (…) Si on considère que la société des écrans nait à partir des années quatre-vingt avec le développement des télévisions, l'apparition des magnétoscopes et le début des ordinateurs, finalement on peut dire qu'au cours de l'Histoire de France, les gens ont lu pendant vingt ans. Les années soixante et soixante-dix, c'est ça?"

   
   L'histoire est très bien trouvée et pleine de rebondissements inattendus qui ne laissent pas le lecteur s'endormir. La chute vous surprendra jusqu'à la dernière minute et met vraiment en miette une des principales règles du roman.
   
   Et pour les amateurs, je vous mets quelques citations dans "Ce qu'ils en ont dit", dont une que je vous ressortirai cet automne pour la rentrée littéraire.
   ↓

critique par Sibylline




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Efficace
Note :

   Efficace dans l’exercice, il arrive à retomber sur ses pieds et ce n’est pas là le moindre de ses talents. Tout comme Pascal Fioretto dont j’ai particulièrement aimé les cinq ouvrages couvrant l’ensemble de la littérature et de ses styles, J.M Erre s’amuse et nous amuse. Le personnage de geek fan de séries américaines est à hurler de rire et de réalisme.
   
   Il sortira probablement en poche, mais j’aime bien les livres de chez cet éditeur, du moins ceux avec de l’humour. Aussi, voici un bon livre qui peut se lire comme un polar, ou comme un remède anti…(choisissez qui quoi vous voulez!). Attention toutefois à ne pas finir à la Clinique psychiatrique Saint-Charles. Trois toqués au guide Dumachin. Un lieu sans métro, sans boulot, mais avec beaucoup de dodo.
   
   Extrait :
   
   "Les esprits s’échauffaient, les voix mugissaient à l’unisson, l’effet de groupe commençait à jouer à plein, favorisant chez ses membres cette bonhomie humaniste pétrie de retenue langagière que les supporters de jeux à baballes illustrent si bien le samedi soir à l’apéro. On rivalise d’invectives, tendu vers l’ennemi, en se jetant des regards complices pour se dire combien on se sent heureux, fondu dans la masse dans un apaisant oubli de soi. On lynche, certes, mais dans l’amour."
   
En période de coupe du monde de foot, j’ai trouvé que l’extrait en valait un autre.

critique par Le Mérydien




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