Lecture / Ecriture
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Le labyrinthe de Poutine de Steve LeVine

Steve LeVine
  Le labyrinthe de Poutine

Le labyrinthe de Poutine - Steve LeVine

Le tsar sous-estimé
Note :

   Ce roman a été écrit en 2009 alors que V. Poutine avait déjà été élu 2 fois président et qu’il était premier ministre.
   Steve LeVine est un journaliste états-unien passionné de géopolitique, qui à travers ses enquêtes, se penche sur la Russie et les méthodes parfois expéditives de son ex-mais-aussi-actuel-et-probable-futur président, Vladimir Poutine.
   
   Il tente d’expliquer comment celui qui n’était qu’un simple espion plutôt discret, pas dans le haut du panier (de crabes) de la profession (on est très loin du charme et de l’efficacité de James Bond ou de ceux de l’inénarrable OSS 117 -inénarrable surtout dans son excellente interprétation cinématographique récente) a pu devenir un véritable chef dur et sans pitié, le Tsar Poutine : "Vladimir Poutine était l’archétype de l’homme venu de nulle part, le genre d’homme dont on se demande comment il a pu faire autant de chemin. […] Le facteur décisif fut l’infinie loyauté de Poutine. […] Poutine se surpassa aux yeux d’Eltsine et de ses conseillers en aidant à ruiner la carrière d’un fonctionnaire qui embarrassait beaucoup le président et son entourage. […] la télévision russe diffusa une vidéo le montrant [le fonctionnaire embarrassant] nu avec des prostituées. Pour couper court à toute accusation de faux, Poutine prit la peine de déclarer publiquement que le document était authentique. Le Kremlin en fut très ému." (p.52/53)
   
   C’est évidemment un texte à charge : "Je n’avais aucune illusion sur Poutine. Depuis quelque temps, il laissait apparaître sa préférence pour un pouvoir sans états d’âme. Après ces événements [les assassinats d’Anna Politkovskaïa et d’Alexandre Litvinenko], on ne pouvait éviter de conclure à l’avènement de jours encore plus sombres. Ce à quoi j’assistais dépassait la simple question d’un style de gouvernement. Poutine ressuscitait la Russie des époques les plus brutales." (p.25) Mais il faut aussi dire que l’auteur de cet essai ne met pas tout sur le dos de Poutine. Lorsqu’il doute d’un fait ou d’un autre, il le dit, tire des conclusions pas toujours en défaveur du président russe. Il explique que le climat qui règne actuellement dans ce pays est "un troublant climat d’assassinats et de violences, et donne la nette impression que l’Etat russe sous Poutine en est, au moins partiellement, responsable." (p.28)
   
   Néanmoins, Steve LeVine modère son propos vis-à-vis de Poutine et parle d’obligation de restauration de la puissance du pays. Poutine a pris le pouvoir d'un pays aux abois et a voulu absolument que celui-ci remontât la pente et redevînt un pays fort, si ce n’est LE pays fort, avec lequel il faudrait compter. Pour cela, il n’hésita pas à s’opposer aux Etats-Unis, notamment lorsqu’ils voulurent installer un système de défense antimissile en Pologne et en République tchèque. Et Steve LeVine de conclure sur cet incident : "L’Occident s’indigna du caractère belliqueux de Poutine mais, à mon sens, sa remarque cinglante sur la façon dont l’Amérique étendait sa présence était pertinente. Il était évident que, dans le monde entier, les Etats-Unis ne respectaient aucune limite." (p.74)
   
   Ensuite, le journaliste enquête sur les assassinats les plus emblématiques du régime Poutine, Anna Politkovskaïa, bien sûr, mais aussi Paul Klebnikov ou Alexandre Litvinenko. Il dresse les portraits de ces opposants, sans rien occulter : leurs points forts mais aussi leurs faiblesses comme ce que l’on pourrait presque appeler de la paranoïa ou de la mythomanie chez Litvinenko.
   
   Très documenté, ce travail journalistique est passionnant à lire au lendemain de la réelection (pour un troisième mandat alors qu’il est sensé n’en faire que deux) de Vladimir Poutine. Il se lit très vite et si l’on oublie quelques petits soucis de traduction ou de coquilles (juste trois ou quatre sur 280 pages, c’est finalement peu) il se révèle être une source ou une mine d’informations sur les pratiques poutiniennes pour arriver jusqu’au pouvoir et le garder le plus longtemps possible.

critique par Yv




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