Lecture / Ecriture
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Une vie entre deux océans de M.L. Stedman

M.L. Stedman
  Une vie entre deux océans

Une vie entre deux océans - M.L. Stedman

Gardien de phare
Note :

   A la fin de la première guerre mondiale, Tom Sherbourne devient gardien de phare sur l'île de Janus en Australie, un endroit désert, sauvage et éloigné de tout. Peu après il rencontre Isabelle, qu'il épouse et qui le rejoint sur l'île où ils mènent une vie heureuse. Ils sont très amoureux l'un de l'autre. Mais leur bonheur est contrarié car Isabelle, malgré son désir d'enfant, n'arrive pas à aller au terme de ses grossesses : elle fait en effet trois fausses couches et commence à désespérer de pouvoir pouponner un jour.
   
   Leur quotidien est troublé par l'arrivée d'un dinghy qui s'échoue un matin d'avril sur le rivage avec à son bord un homme mort et un nourrisson toujours vivant. Pour Isabelle, c'est un vrai miracle et elle supplie Tom de ne pas consigner dans son carnet, comme il en a l'obligation, cet incident. Elle veut en effet prendre en charge cette enfant. Malgré son malaise, Tom finit par céder à la demande de sa femme. Après avoir enterré l'homme, ils adoptent l'enfant en le faisant passer pour le leur. Mais cette décision sera lourde de conséquences car la mère de cette petite fille, qui doit être âgée d'à peine trois mois, n'a pas renoncé à retrouver son nourrisson disparu en mer.
   
   Un premier roman qui fait l'unanimité dans mon entourage, c'est ce qui m'a d'ailleurs poussée à le lire. Malgré certaines incohérences, c'est une histoire dans laquelle on se plonge, en raison notamment de l'atmosphère qui fait que ce récit rappelle "Les déferlantes" de Claudie Galley. Ces deux livres ont en commun de mettre en avant la nature et l'air marin. On a vraiment l'impression d'être sur une île et de ressentir la dureté du climat, le vent, la mer. Le récit se lit bien aussi en raison du suspens présent tout au long du texte, car on se demande bien comment cette histoire va finir. Enfin, ce roman interroge sur le lien parents-enfants, la maternité, le désir d'enfant, la détresse des femmes qui n'arrivent pas à être mères.
   
   Sans être un coup de cœur, ce roman fut pour moi un agréable moment de lecture.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Inégal dans l’intensité
Note :

   C’est l’impression qui me reste de cette lecture, quelques semaines après. Très forte intensité dans la mise en route du roman. Le destin de Tom Sherbourne, revenu en Australie marqué dans son être et sa chair des combats de la Première Guerre mondiale en Europe, porte déjà le sceau du tragique. Il accepte un poste de gardien de phare, et de se retrouver isolé de tout et de tous au large de l’Australie sur la petite île de Janus Rock, comme pour mener une thérapie vis-à-vis de l’humanité.
   
   Puis, contre toute attente, il rencontre Isabel, lors d’un congé à terre, qui finit par épouser l’homme et sa vie. Les voilà tous deux sur Janus Rock, isolés du monde, en circuit fermé.
   
   Les choses se compliquent quand les fausses couches se multiplient et qu’il apparait qu’Isabel ne pourra mener une maternité à terme. Surtout isolée ainsi, loin de tous soins. Et apparait brutalement le tournant du roman quand le désespoir d’être mère commence à pointer le bout de son nez. Un tournant qui m’a rappelé un peu celui de "Sukkwan Island" de David Vann quand celui-ci, d’une brève phrase à la fin du premier chapitre fait basculer le roman.
   
   Il y a de cela quand, soudainement, d’un canot qui est venu s’échouer sur Janus Rock, Tom et Isabel y découvre un homme, mort, mais surtout un bébé, une petite fille, encore vivante.
   
   Le roman va basculer là aussi puisque Tom, homme intègre et respectant scrupuleusement les consignes, notamment celle de tout consigner sur le livre de bord du phare, comprend qu’il ne peut lutter contre l’opportunité de devenir mère qu’Isabel voit s’offrir à elle. On est alors au-delà du sens commun, hors rationalité, le désir de maternité emporte tout. Tom comprend que c’est Isabel avec Lucy (ainsi baptisent-ils la nourrissonne) ou plus d’Isabel. Il n’a guère le choix à vrai dire et c’est le restant de sa vie qui va s’en trouver affecté.
   
   Le roman qui m’a paru très fort jusqu’à ce stade m’a paru se déliter un peu ensuite comme si M.L. Stedman avait du mal à maîtriser des situations qui devenaient d’un coup plus complexes.
   
   Ça reste cohérent, plutôt poignant. Ça illustre bien comment une décision prise à un moment lambda peut influencer tout le restant d’une vie mais ça m’a paru moins intense en seconde partie.
   
   Un moment fort de lecture en tout cas qui reste dans la mémoire.

critique par Tistou




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