Lecture / Ecriture
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Danse dans la poussière rouge de Xuecun Murong

Xuecun Murong
  Danse dans la poussière rouge

« De son vrai nom Hao Qun, Murong Xuecun est né en 1974 dans le Shandong. Electron libre, c'est un écrivain engagé comme la Chine en compte peu. Il n'appartient pas à l'Association des écrivains de Chine et, pour contourner la censure, écrit des fins alternatives à ses romans. Il acquiert la notoriété en 2006 grâce à un roman publié par épisodes sur Internet et traduit sous le titre Oublier Chengdu. Fin 2010, lauréat du prix du magazine Littérature du Peuple, il prépare un discours qu'il aura interdiction de prononcer. "Les écrits sont châtrés, prévoyait-il de dire, mais au moins je suis un eunuque proactif... je me châtre moi-même."»
(Source éditeur)

Danse dans la poussière rouge - Xuecun Murong

L’empire de la corruption
Note :

   L'auteur de “Danse dans la poussière rouge” dénonce la corruption et la course à l'argent dans la Chine urbaine des années 2000 au mépris de valeurs comme l'honnêteté ou l'altruisme. Grâce à la corruption des milieux d'affaires, juges corrompus et avocats cyniques mènent une vie très au-dessus de leurs revenus légaux, en avides consommateurs du luxe occidental.
   
   L'image qu'il donne du monde judiciaire est effarante. "L'avocat qui veut gagner son procès a tout intérêt à soigner le juge". Comment faire? Hu Baiseur, le président du groupe, énumère les conseils qu'il prodigue aux débutants lors d'une soirée arrosée en "présence de belles étudiantes judicieusement intercalées entre les convives". Sa méthode? "En premier lieu, il faut que tu te procures le numéro de téléphone privé du juge chargé de l'affaire. S'il refuse de te le donner et te dit de l'appeler au bureau, c'est fichu. Il faut te conformer à la loi. En revanche, s'il accepte de te le donner, il y a de l'espoir." Suit une série de tests passant par des cadeaux, des invitations, "une enveloppe rouge bien garnie", etc.
   
   Wei applique la recette avec le juge Zhen Xiaoming. Avant le procès de sa compagnie, il l'invite à l'hôtel du Milieu du Fleuve. "Au cinquième étage se trouve le restaurant De Gaulle dont le chef est un Ouïghour du Xinjiang censé être un cuisinier français." Il lui avait déjà offert une Rolex pour son anniversaire ; il lui présente maintenant une amulette tibétaine appelée "perle du ciel" qui "protège des esprits maléfiques" et envoie une fille rejoindre le juge dans sa chambre. Corrompre nécessitant des moyens, l'avocat veille à extorquer de l'argent à un patron de sa clientèle. Ainsi Wei fait secrètement filmer les ébats sexuels du pdg Ding avec sa secrétaire dans un hôtel assez spécial. Mais sa chute vient d'ailleurs...
   
    Aidé par sa compagne, Wei a tué un homme et fait disparaître son corps. Comment en est-il arrivé là? Après son divorce, Wei Da avait recueilli la jeune Xiao Li qui elle-même venait de rompre avec son petit ami, Chen Jie. Or ce dernier s'est emparé d'un carnet et d'un DVD où l'avocat a noté ses secrets liés à la corruption. L'avenir du juge millionnaire est menacé. Face au chantage, il envisage l'intimidation, l'enlèvement et l'assassinat, quitte à recourir à Wang le chauve, ancien gardien de zoo devenu féroce chef de bande. La poussière rouge, c'est périlleux à la longue : Wei prépare son émigration précédée de celle de ses capitaux mais il oublie que le téléphone de l'appartement qu'il laisse à Xiao Li pourrait être sur écoutes.
   
    Dans ce monde d'hommes corrompus, menteurs, tricheurs, les femmes sont réduites aux rôles d'objets de désir, telle Yang Xueqi qui "n'est pas trop farouche" ou Gu Fei dont la poitrine "touche les nuages" et "donne le vertige à quiconque la regarde". C'est par elles que les héros tombent, que ce soit Wei Da le corrompu ou Pan Zhiming le seul juge honnête bien mal récompensé : sa femme le quitte et il se retrouve en prison pour avoir boxé un président de tribunal.
   
   Wei n'est-il animé que par l'argent et le sexe? Ne tente-t-il pas de trouver la voie de plus de vertu auprès d'un guide spirituel? "Je suis allé consulter un moine dans le temple de Shouyang. Son nom de moine est Hailiang (Lumière de la Mer). On l'appelle Grande Vertu." Mais là encore le ver est dans le fruit. "Il n'a pas cessé de mendier : un jour trois mille yuans pour réparer le temple, le lendemain cinq mille pour une statue de Bouddha. (…) Il aime aussi s'entretenir en privé avec les femmes, surtout celles qui sont belles et portent des minijupes, et il leur parle de vertu et de justice en lorgnant leurs cuisses et leurs fesses…"
   
    Outre l'intérêt d'un formidable roman critique et actuel, Murong Xuecun nous initie à de nombreux aspects de la civilisation chinoise, maintes allusions à l'histoire des empereurs ou à la littérature fleurissent au-dessus de la “poussière rouge”, ou échos des romans “Au bord de l'eau” et “Jing Ping Mei”. Le vieux poète auteur de “Poussière rouge” déclarait que "La vie se déroule comme un long rêve..." Ce biais onirique suggère à l'auteur deux chutes en épilogue, sans toutefois rendre publiable en Chine continentale l'histoire sulfureuse du juge Wei.

critique par Mapero




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