Lecture / Ecriture
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Terminus Belz de Emmanuel Legrand

Emmanuel Legrand
  Terminus Belz

Terminus Belz - Emmanuel Legrand

Un bon coup d'embruns !
Note :

   Quatre Ukrainiens "choisissent" de gagner la France clandestinement, mais tout ne se passe pas comme prévu avec les passeurs... Après cela, ils savent qu'il seront traqués et décident de se séparer aux quatre coins de la France.
   
   Marko se retrouve par hasard embarqué comme marin pêcheur sur l'île de Belz, près de Lorient. Mais ce bout du monde est-il une cachette idéale ou un piège infernal? Marko se trouve tout de suite confronté à la colère, la jalousie des locaux face à cet étranger qui leur vole une place de marin, en ces temps où le travail ne court pas les rues. Mais il peut compter sur le soutien de son patron, un homme fort mais éprouvé par la vie, et la générosité d'un vieux libraire.
   
   Pendant ce temps, la traque mafieuse se met en place, machine de mort menée par un tueur implacable. Danger plus important que la malédiction qui semble peser sur l'île? Il s'y déroule des phénomènes étranges, comme ce meurtre tellement sauvage qu'on le croirait commis par une puissance maléfique. L'Ankou aurait-il jeté son dévolu sur cette île et ses occupants? mais pourquoi?
   
   Un bon 1er polar que j'ai lu avec plaisir malgré quelques bémols: j'aurais aimé que la partie sur les immigrés clandestins soit plus étoffée, plus approfondie, certains personnages sont un peu caricaturaux et auraient mérité un peu plus de complexité, et, surtout, j'ai été gênée par quelques scènes qui manquaient pour moi de crédibilité vers la fin du livre.
   
   Emmanuel Legrand a bien lu son Anatole Le Bras et son étude des signes et intersignes qui annoncent la mort en Bretagne et parvient à faire dresser quelques poils sur la nuque sans verser trop loin du côté obscur du polar ésotérique (dont j'ai horreur!). J'ai aussi beaucoup aimé sa description du métier de marin pêcheur et ses très beaux portraits d'hommes touchés dans leur dignité. A découvrir donc!
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critique par Petit Sachem




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Vois Belz et bute-le
Note :

    Amateurs d'embruns, de sel et de houle atlantiques, embarquez pour la petite île de Belz, au large de Lorient. Le polar, on le sait, se conjugue sous toutes les latitudes, du Botswana jusqu'en Islande, c'est même devenu un genre en soi, le noir quasi ethnique. Cap à l'Ouest donc avec Emmanuel Grand pour son premier roman qui mêle habilement immigration clandestine venue de l'Est et ambiance tempête sur les îles, lorgnant avec un peu d'application vers le fantastique légendaire, le fameux Ankou, ange tutélaire de bien des malheurs bretons.
   
   Marko est ukrainien, une petite annonce lui a fait rencontrer un patron de pêche, taiseux comme pas permis qui l'embauche sur son chalutier. Curieux, pas d'une folle vraisemblance quand on sait que bien des îliens pointent au chômage et que Marko n'a mis les pieds sur un bateau qu'avec son grand-père à la pêche dans le port d'Odessa. Ce Caradec aurait-il une autre idée? Drôle de comité d'accueil pour Marko et drôles d'évènements sous le ciel souvent chargé du Morbihan. L'étranger attire les regards et dérange ce petit monde plutôt vindicatif en dehors de quelques figures imposées compréhensives, l'institutrice, le libraire lettré, le "fêlé" de service.
   
    Côté méchants, très, on a droit à une brochette de Roumains, des passeurs prédateurs mécontents que leurs proies leur aient échappé, avec un tueur sur la piste de l'exilé. On suit donc en montage alterné le gibier et le chasseur, selon un procédé habituel dans le roman policier. J'avoue avoir été plus séduit par le climat breton, ses grimoires et ses signes inquiétants sur terre et mer, que par la course-poursuite. Nous sommes en Bretagne, le prêtre, dit-on encore le recteur, joue un un rôle non négligeable dans cette lutte où les démons prennent parfois figure humaine. La malédiction, ce satané Ankou, c'est le cas de le dire, trouve beaucoup d'écho dans la population donnant à "Terminus Belz" un air assez passéiste à mon sens. Mais on ne s'ennuie pas sur cet îlot venteux, ni dans ce roman où le commissaire du continent ne s'attarde guère et où l'on a l'impression qu'on aime bien régler ses comptes entre autochtones.
   
   Revigorant comme une bolée de cidre lors de vacances sur une côte sauvage, salubre incursion en plein air, ce voyage vers l'Ouest fait plutôt du bien, dans une catégorie agréable et convenue.

critique par Eeguab




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