Lecture / Ecriture
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Confession d'un porte-drapeau déchu de Andreï Makine

Andreï Makine
  Le Testament français
  La femme qui attendait
  La musique d'une vie
  Le livre des brèves amours éternelles
  La vie d’un homme inconnu
  Une femme aimée
  Confession d'un porte-drapeau déchu
  La fille d'un héros de l'Union Soviétique
  L'archipel d'une autre vie

Andreï Makine est un écrivain russe nationalisé français, qui écrit en français. Né en Sibérie en 1957, il vit à Paris depuis 1987. L’obtention du Goncourt lui a valu d'obtenir la nationalité française en 1996.

Il a été élu à l'Académie française en 2016.

Il a également publié des romans sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Confession d'un porte-drapeau déchu - Andreï Makine

Vie quotidienne en URSS après guerre
Note :

   Récit à la première personne de Kim qui, ayant eu de très vagues nouvelles (il serait à Cleveland ou à Portland...) de son ami d'enfance, son quasi-frère, s'adresse à lui, comme s'il lui écrivait et rappelle le souvenir de tout ce qui fut leur enfance en Sibérie juste après la seconde guerre mondiale.
   
   Ils étaient tous deux pionniers, fiers de leur foulard rouge. Lui était clairon et son ami Arkadi, tambour, d'abord totalement convaincus et même tout à fait enthousiastes : les marches en chantant, les feux de camps, la camaraderie... et puis insensiblement moins convaincus jusqu'à un acte de franche rébellion qu'ils n'auraient d'ailleurs pas su justifier d'arguments théoriques, une rébellion spontanée et belle... qui valut au porte-drapeau d'être déchu.
   
   Mais entre les deux, toute cette enfance en Sibérie, dans le triangle des trois isbas communautaires qui abritaient leurs familles (et bien d'autres!), où les pères étaient ouvriers, en usine le plus souvent (mais le père d'Arkadie était professeur de math et celui de Kim, cordonnier). On retrouve dans ce roman l’image poignante du "samovar" évoquée dans "le testament français", cet invalide de guerre ainsi baptisé par ressemblance à sa silhouette actuelle de cul-de-jatte. Et le père du narrateur était de leur nombre. Il avait fait la guerre comme tireur d'élite jusqu'à la perte de ses jambes sous un tir de mitrailleuses (amies d'ailleurs, mais qu'est-ce que cela change?). Depuis, le père d'Arkadi, lui aussi survivant de guerre, le portait. Une amitié indéfectible les liait, son miroir s'établit entre leurs fils, jusqu'à leurs 14 ans du moins, ensuite, les études les séparèrent et ils ne se revirent plus jamais. C'est à lui que Kim pense maintenant en rédigeant ces mémoires d'enfance, leur enfance commune en Russie soviétique. Il les écrit comme une longue lettre, en s'adressant à lui, bien que cela n'ait pas de sens, d'une part parce qu'Arkadie connaît aussi bien que lui ce passé et qu’il n'aurait nul besoin de le lui raconter, de le lui expliquer ; d'autre part parce qu'il n'a de toute façon nulle adresse où envoyer ce courrier. Mais il lui écrit quand même, et raconte, comme s'il lui parlait, jusqu'à en faire un livre qu'il ira finalement proposer à un éditeur, avec le vague sentiment de vendre leur enfance, de trahir un peu...
   
   Un livre très réussi, magnifique même, toujours porté par l'écriture impeccable d'Andréi Makine. Un autre témoignage de cette vie quotidienne en URSS.

critique par Sibylline




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