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AfricaFrance: Quand les dirigeants africains deviennent les maîtres du jeu de Antoine Glaser

Antoine Glaser
  AfricaFrance: Quand les dirigeants africains deviennent les maîtres du jeu

AfricaFrance: Quand les dirigeants africains deviennent les maîtres du jeu - Antoine Glaser

Un monde à part
Note :

   En prise sur l'actualité la plus récente, l'essai d'Antoine Glaser s'inscrit dans la suite de “Comment la France a perdu l'Afrique” co-écrit avec Stephen Smith en 2005. Cet adieu à la Françafrique commence par rappeler le temps où la politique africaine de la France était orchestrée par Jacques Foccard plus que par quiconque. Or, déjà c'était en partie illusoire ; Antoine Glaser rappelle comment le président ivoirien Houphouët-Boigny manipulait — "maraboutait" — l'Elysée sous De Gaulle, amenant Paris à soutenir (vainement) l'insurrection du Biafra — pour prendre l'exemple le plus ancien. Il s'agit donc d'apprécier l'évolution récente des relations entre Paris et les capitales africaines du “pré carré” de jadis.
   
   La diplomatie est donc le cœur du sujet. Le journaliste spécialiste du continent africain nous fait explorer la diversité des chemins de la diplomatie, les plus officiels comme les plus secrets. Au sud du Sahara, tous les circuits ne se valent pas d'un palais présidentiel à l'autre. Les hommes des réseaux officiels du Quai d'Orsay cohabitent avec les dirigeants des grandes entreprises, les communicants, les militaires, les francs-maçons, les conseillers des présidents... Si leur régime est assez durable, les chefs africains jouent de cette pluralité des circuits d'influence afin d'amortir l'effet des changements —rapides à leurs yeux— des locataires de l'Elysée. En effet plusieurs présidents sont en place depuis très longtemps : Paul Biya (Cameroun), Idriss Déby (Tchad), Blaise Campaoré (Burkina Faso), et Denis Sassou Nguesso (Congo).
   
   Tel président a des relations privilégiées avec les généraux français qui savent apprécier son rôle politique et la compétence de son armée, c'est l'exemple du Tchad. Les présidents congolais et gabonais ont des relations étroites avec le monde du pétrole tandis que ceux de Côte d'Ivoire et de Guinée sont sensibles aux entreprises gérant leurs grands ports, Abidjan et Conakry. Au Niger, le rôle de l'entreprise minière Areva est évident, comme l'était jadis celui de Péchiney en Guinée. Dans ce cas précis, les concentrations d'entreprises ont fait passer les mines du groupe français dans l'escarcelle d'Alcan puis de Rio Tinto, fait significatif de l'éloignement progressif entre l'économie française et les ressources africaines en un cumul des effets de la décolonisation et de la mondialisation.
   
   L'enquête d'Antoine Glaser s'appuie fortement sur les entrevues qu'il a conduites avec les hommes de ces réseaux, soulignant le rôle déterminant des relations personnelles avec les présidents africains. Au fil des pages on comprendra mieux la récente arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara (Côte-d'Ivoire), Macky Sall (Sénégal), Alpha Condé (Guinée), Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Mahamadou Issoufou (Niger), sans oublier Ali Bongo (Gabon). Parallèlement, cet ouvrage éclaire plusieurs aspects des présidences de Nicolas Sarkozy et François Hollande, bien au-delà de l'anecdote.

critique par Mapero




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