Lecture / Ecriture
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Les endormeurs de Anna Enquist

Anna Enquist
  Les porteurs de glace
  Le saut
  Le chef d'oeuvre
  Le retour
  La blessure
  Les endormeurs
  Quatuor
  Contrepoint

Anna Enquist est le pseudonyme de l'écrivain néerlandais Christa Widlund-Broer, née le 19 juillet 1945 à Amsterdam aux Pays-Bas, elle a grandi à Delft.
Après des études de piano au conservatoire de musique de La Haye, elle a étudié la psychologie clinique à Leiden ayant envisagé les carrières de musicienne ou de psychanalyste.
Elle a publié des recueils de poèmes et des romans, et a connu le succès dès son premier roman "Le chef-d’œuvre". Elle se consacre maintenant à l'écriture.

Les endormeurs - Anna Enquist

Roman sur la perte
Note :

   "Une perte réveille la souffrance de pertes anciennes et on peut se demander si on est en mesure de résister à tout cela."
   

   A la mort de sa femme, Drik, psychanalyste voit sa constellation familiale se réorganiser. Sa sœur, Suzanne, endosse le rôle d'aînée pour soutenir cet homme qui avait mis sa profession entre parenthèses pour accompagner les derniers mois de son épouse. Elle-même reprend aussi son travail d'anesthésiste, ce qui lui permet d'oublier un peu que sa fille, Rose, a choisi brutalement de quitter le domicile familial, événement que son mari, Peter, accepte plus facilement.
   
   Si Suzanne accomplit ses tâches avec aisance, il n'en est pas de même pour Drik placé par un patient retors dans un conflit d'intérêts inextricable.
   
   Roman sur la perte, "Les endormeurs" permet aussi à Anna Enquist, elle-même psychanalyste d'explorer deux univers en apparence antinomiques. Comme elle le précise en conclusion: "Dans ma profession, la psychanalyse, nous partons du principe que, dans la plupart des cas, le patient gagne à savoir ce qui se passe en lui, que cela lui est salutaire.[...] Quand le refoulé peut s'exprimer, on accède au symbolique, le refoulé s'apaise et les symptômes disparaissent. L'anesthésiste, lui, épargne les sensations douloureuses à son patient, il considère qu'il a bien fait son travail si le patient n'est absolument pas conscient de la souffrance qu'on lui a infligée pendant l'intervention."
   

   Très documenté sans jamais être pesant, ce roman nous donne l'occasion de visiter les coulisses de deux univers passionnants , de nous remémorer que tous ceux à qui nous confions nos corps et/ou nos âmes sont faillibles, eux-aussi.
   
   361 pages à laisser infuser.
   
   
    PS: surtout ne pas lire la quatrième de couv' qui relate presque entièrement le roman !
   ↓

critique par Cathulu




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Médecine dure
Note :

   C’est l’histoire d’un frère et d’une sœur : Drick qui est psychothérapeute dans un centre psychiatrique, et Suzanne anesthésiste dans un hôpital. Ils ont toujours été proches : très jeunes ils ont perdu leur mère, accidentée d’une falaise (suicide accident, voire crime?) leur père qui était présent, s’est éloigné d’eux et leur tante, Leida infirmière les a élevés : elle a suscité leurs vocations dans le milieu médical, bien qu’elle ait lâché son métier pour les élever. Ne s’est pas mariée non plus. Bref un sacrifice total sur lequel on s’interroge.
   
   Drik et sa femme Hannah n’ont pas eu d’enfant ( lui n’en voulait pas, elle on ne sait pas, étaient-ils stériles? on dit qu’ils ont "conservé leur secrets"????) Suzanne a eu une fille Rose, et Peter son mari est psy tout comme Drik : les deux couples et l’unique descendante sont très proches. Sauf que Rose a voulu vivre seule subitement, ce que Suzanne vit mal. Aurait-elle un copain?
   
   Au début du roman, Drik a perdu Hannah victime d’une maladie incurable. Il recommence à travailler et reçoit son premier patient depuis la mort de sa femme. Le jeune Allard interne en première année de psychiatrie semble avoir une raison importante de venir ; il ne se plaît pas dans la spécialité qu’il a choisie, et se demande s’il ne doit pas en changer. Tout de suite, Drik a un mauvais pressentiment, ce patient lui déplaît ; mais il attribue ce malaise au fait qu’il est resté trop longtemps sans travailler : il doit tenir bon!
   
   Et pourtant la petite famille si soudée va bientôt voler en éclat!
   
   Dans une postface l’auteur explique qu’elle a voulu mettre en face l’analyse, lieu où l’on cherche à se souvenir, à prendre conscience d’événements et de pensées refoulées, et l’anesthésie, discipline basée sur l’oubli, le sommeil, l’absence de douleur. Avec Drik le lecteur perçoit les difficultés d’une psychothérapie qui se voudrait classique avec un patient qui réagit bizarrement ; avec Suzanne on pénètre dans les blocs opératoires, et on assiste à moult opérations certaines complexes et risquées ; on partage les problèmes des médecins et chirurgiens certains actes chirurgicaux sont "obligatoires mais complètement inutiles, car le patient ne vivra pas longtemps de toute façon". La proximité de la mort que confère l’anesthésie donne un sentiment de toute-puissance, et Suzanne s’afflige de découvrir que même les anesthésistes peuvent eux-aussi atterrir au bloc opératoire au titre de patients.
   
   La façon dont cette famille (Drik Suzanne et leurs proches) très soudée va progressivement se déliter, est bien décrite, la vie professionnelle de Suzanne intéresse car très bien documentée. Pourtant, on finit par s’ennuyer : d’abord avec Drik et son patient, ces séances laborieuses et qui ne mènent à rien. Drik en dit beaucoup trop à son patient, il ne le laisse pas s’exprimer.
   
   Le bloc opératoire, va nous tenir en haleine plus longuement mais l’écriture est loin d’être aussi convaincante que par exemple "Réparer les vivants" avec laquelle on ne peut s’empêcher de faire quelques comparaisons.
   
   Quant à l’intrigue elle-même, l’élément perturbateur devrait dévoiler tout ce qui ne va pas dans cette famille. Ce n’est pas franchement le cas…
    ↓

critique par Jehanne




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365 pages et un avis mitigé
Note :

   Ils sont frère et sœur : Suzanne est anesthésiste dans un hôpital et Drik est psychothérapeute. Tous deux par leur travail soignent la douleur de façon différente. Suzanne l’empêche de surgir en aval d’une opération tandis que Dirk cherche sa cause souvent inconsciente chez son patient.
   
   Eprouvé depuis la mort de son épouse, Drik recule à reprendre son travail et passe ses soirées chez Suzanne. Il s’entend à merveille avec Peter le mari de Suzanne qui est psychiatre. Rose la fille de Suzanne et de Peter a quitté le domicile familial depuis la mort de sa tante Hannah avec qui elle était très liée. Hannah manque également à Susanne qui l’a accompagnée des mois durant lors de la maladie. Ce sont des êtres marquée par le deuil, le chagrin. De plus, Suzanne n’arrive pas à communiquer avec sa fille alors qu’elle est très à l’aise dans son travail qu’elle aime. Drick accepte l’analyse didactique (obligatoire) d’Allard un étudiant en psychiatrie.
   L’histoire va prendre une tournure inattendue à cause d’Allard qui va côtoyer le frère et la sœur par ses études.
   
   L’auteure nous décrit le travail de Suzanne mais dissèque les opérations chirurgicales où elle intervient. N’étant pas étudiante en médecine (ni médecin), j’ai trouvé cela très technique et sans grand intérêt.
   Si l'histoire est un peu "poussive", elle devient plus intéressante par la suite et nous dévoile des personnages sous une autre lumière. Par contre, je n’ai pas compris, très (ou trop) souvent, Suzanne et je n’ai pas eu de clés me donnant des explications à ses comportements.
   
   Anna Enquist s’est attaquée à un sujet vaste ("(elle) interroge le rôle et l'éthique de deux corps médicaux face à la douleur. Les anesthésistes, endormeurs de l'être sensible, sont ici observés en regard des analystes, qui dans leur pratique convoquent l'inconscient et libèrent la souffrance" 4ème de couverture) et l’ensemble n’est peut-être pas à la hauteur (avec des fausses coïncidences). Donc un avis mitigé au final.

critique par Clara et les mots




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