Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

Lola Lafon
  La petite communiste qui ne souriait jamais
  Mercy, Mary, Patty

La petite communiste qui ne souriait jamais - Lola Lafon

L'idole ne déjeune pas
Note :

   Voilà un roman qui se lit facilement et avec intérêt d'un bout à l'autre. Je suis cependant restée sur la réserve quant à ma note parce que non, tout bien considéré, je n'adhère pas à cette façon de mélanger si intimement documentation et fiction. Après avoir lu ce roman aussi convaincant à mon avis, qu'on pouvait l'être pour défendre cette façon de faire, je reste sur ma position antérieure qu'il vaut mieux distinguer bien nettement les deux domaines.
   
   Ceci dit, je vais tout de même parler de ce bon roman.
    Lola Lafon imagine qu'elle est en contact (téléphone, mails et même finalement une rencontre) avec Nadia Comaneci et qu'elle entreprend de raconter sa vie en s'aidant des renseignements que cette dernière lui fournit. Attention, cela a toutes les apparences de la réalité, mais cela n'est pas le cas. Lola Lafon n'a pas écrit ce roman en consultant N. Comaneci. Et c'est mon premier reproche, si le lecteur omet de lire le très bref avant-propos (comme je l'omets souvent moi-même car il est rarement vraiment justifié), il peut mettre très longtemps à comprendre que la vraie Comaneci n'a rien à voir avec cela, car le parti-pris de réalisme est total.
   
   Ensuite, on découvre la gymnaste dès ses six ans et on la suit quand elle est repérée par Bela Karolyi, l'entraineur. On verra tout ce qui était demandé, et obtenu, de ces enfants appelées à un avenir différent de celui de leurs camarades du village d'origine. Les plus résistantes, les moins peureuses, prenaient le dessus, les autres étaient méprisées et pouvaient rentrer chez elles avec un égo bousillé. Nadia ne se plaint jamais du traitement auquel elle a été soumise, pas plus adulte qu'elle ne le faisait enfant. Elle l'accepte et considère que cela valait la peine, de même qu'elle considère que la vie n'est pas plus rose aux USA (où elle finira par atterrir – on pourrait presque dire par "échouer") que dans la Roumanie de Ceausescu. Enfin, la Nadia de Lola Lafon le pense, et vous comprenez bien le problème... sur des points aussi délicats, dire ce que pense une personne réelle, sans que ce soit une personne réelle, tout en ayant toutes les apparences de la personne réelle... on n'en sort pas, cela me gène.
   Mais je l'ai déjà dit, reprenons.
   
   La vie a été difficile pour Nadia, il lui fallait être dure, et dure, elle l'est devenue, et elle l'est restée. Au moins, on n'a pas ici le personnage tout blanc, tout rose... ni tout noir quand ses liens avec les Ceausescu deviennent si proches.
   
   Alors passons aux qualités de ce roman : D'abord une documentation au dessus de toute critique, Lola Lafon connait bien la Roumanie, et à plus d'un titre puisqu’elle y a grandi. Elle sait de quoi elle parle. Nadia Comaneci héroïne nationale, elle a connu. On en apprend beaucoup, d'abord sur la sportive et sa carrière (mais ce n'est pas vraiment ce qui m'intéressait) mais aussi sur cette incroyable société roumaine sous les Ceausescu. Ça valait son pesant d'orphelins! Le côté "1984" dépassait largement ce que j'imaginais! On se croirait chez Ubu! Ça a l'air d'une plaisanterie! Mais non, et Nadia ne voit pas la différence avec l'oppression qu'une société démocratique fait peser sur ses citoyens, ce qui est bien la marque de l'efficacité du totalitarisme mis en place.
   
   Autre qualité : l'écriture et le mode de narration, très efficaces qui font de ce livre une vrai page turner (et je peux vous dire que pour que je ne me lasse pas d'une histoire de sportive, moi qui n'ai même pas jeté un œil sur les J.O, il en faut...)
   
   Bref, un bouquin très bien fait, mais au fondement-même duquel je n'adhère pas.
   ↓

critique par Sibylline




* * *



Viva Nadia Comaneci
Note :

   "Il n'a pas pu me briser parce qu'il n'a jamais su où étaient mes VRAIES limites, je ne les ai jamais dévoilées."
   

   Aux Jeux Olympiques d'été de Montréal de 1974, une petite fée de 14 ans affole les ordinateurs car elle vient d'obtenir le note maximale de 10, jamais accordée auparavant. Nadia Comaneci entre dans l'histoire de la gymnastique, devient une star et l'emblème d'un pays communiste: la Roumanie alors sous l'emprise du dictateur Ceausescu.
   
   La narratrice de « La petite communiste qui ne souriait jamais » imagine un dialogue entre elle-même et celle qui fut un temps l'icône de la planète avant de tomber de son piédestal. L'occasion de balayer les clichés sur un pays alors très fermé mais surtout de brosser le portrait d'une fillette "Puissante et impitoyable" qui semble n'avoir peur de rien, pas même de mettre à mal son corps.
   
   J'ai été happée par l'écriture à la fois poétique et vigoureuse de Lola Lafon. Les échanges instaurés permettent de nuancer les propos (la Nadia du roman regimbe, boude, mais finalement revient toujours, sans pour autant éclairer toutes les zones d'ombre). Il s'agit en effet ici non pas d'écrire une biographie ni une hagiographie mais "d'entendre son parcours non réécrit y compris par elle-même."
   
   Un livre tout bruissant de marque-pages qui suscite un enthousiasme comparable à celui qu'avait engendré Nadia Comaneci. Et zou, un beau et grand coup de cœur!
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Nadia garde son mystère
Note :

   "Nadia plonge, sa jambe en arabesque derrière elle, un long soupir tracé au pinceau. Puis, son pied droit pointé devant, elle se détourne des mortes, des battues, tous ces sanglots de filles fracturées, et posément aligne - flic flac - les cartes de mauvais sort retournées, vaincues, une fois de plus, elle les salue, ils sont debout, follement aimants, bouleversés d'avoir goûté à l'odeur terrible d'un mauvais sort repoussé".
   
   Il y a eu déjà tellement de billets sur ce roman que je ne reviendrai pas sur l'histoire, connue de tout de le monde j'imagine, celle de Nadia Comaneci, la petite gymnaste roumaine restée dans toutes les mémoires pour ses performances, notamment aux J.O. de Montréal en 1976.
   
   14 ans. Un 10 qui a bloqué l'ordinateur, une mise en danger permanente, un corps de gamine affamée dont elle fait apparemment ce qu'elle veut, la fascination est totale, le public acquis, les médias euphoriques. Le lynchage n'en sera que plus cruel lorsque la petite fée quittera l'enfance pour les rondeurs de l'adolescence.
   
   L'histoire est racontée par une femme admiratrice de la gymnaste, qui décide d'écrire un livre retraçant son parcours, en lien avec Nadia. L'auteur imagine par ailleurs un échange de lettres et de coups de téléphone entre elles. Ce double point de vue donne une certaine épaisseur au personnage, laissant le lecteur libre de son interprétation et aussi intrigué que la narratrice par l'opacité de Nadia.
   
   Tous les aspects de la vie de Nadia son balayés, l'entraînement avec Bela, la fameux manager qui a mené son équipe sur les plus hauts podiums, père de substitution, implacable, tendu seulement vers les résultats, au mépris de leur santé et des conséquences. Et on ne peut pas parler de cette époque sans plonger dans la réalité politique, la Roumanie de Ceaucescu, l'utilisation qui a été faite de Nadia, ses relations troubles avec le fils de... (le Roitelet) et pour finir sa fuite aux Etats-Unis.
   
   Le monde du sport de haut niveau, des instances internationales apparait sous un jour loin d'être flatteur. Au nom de la performance, on ne s'interroge pas trop sur l'état des gamines et ce qu'il y a derrière l'exploit. Même chose pour les médias, prompts à s'emballer, puis à jeter, avec ici un comportement misogyne et machiste intolérable.
   
   Si je me souvenais très bien de l'irruption de Nadia Comaneci dans le paysage public, je ne m'y suis jamais intéressée d'assez près pour avoir suivi son évolution et l'attitude des médias à son égard, je n'avais pas conscience de cette violence terrible. Je n'ai rien appris par contre sur la folie de Ceaucescu et ce qu'il faisait de son pays, ayant fait un séjour là-bas lorsqu'il était au zénith. Mais il n'y a pas que la situation des pays de l'Est qui est évoquée, l'Occident n'est pas épargné, Nadia ayant à cœur de rappeler systématiquement que la liberté y est en trompe l’œil. Les deux blocs sont renvoyés dos à dos.
   
   C'est un livre fascinant, l'écriture est aussi forte que l'histoire, si le parcours de Nadia est décortiqué (tous les faits sont réels) elle garde son mystère en refermant le livre, ce qui n'est pas pour me déplaire.
   
   Prix de la Closerie des Lilas 2014

    ↓

critique par Aifelle




* * *



Roumanie et Nadia Comaneci
Note :

   Lola Lafon révèle en interview ajoutée à la fin de l’œuvre (roman écouté en mp3) qu’elle a vécu une partie de son enfance en Roumanie. Qu’elle a donc connu la Roumanie, communiste à l’époque "bénie" de l’inénarrable Ceaucescu, à travers des yeux d’enfants, les yeux qu’avait Nadia Comaneci lorsqu’elle stupéfia le monde olympique en remportant 3 médailles en gymnastique aux Jeux de Montréal (1976), avec - évènement inconcevable - des notes de 10,0. 10 la note maximale signifiant la perfection absolue.
   
   Elle nous explique aussi, dans cet entretien, que l’idée du roman – car il s’agit bien d’une fiction, encastrée dans la réalité avec tous les intervenants réels aux dates réelles – lui est venue à la lecture d’une Une de Libération en Juillet 1980, pendant les Jeux Olympiques de Moscou, au sujet de Nadia Comaneci : "La petite fille s’est muée en femme. Verdict : la magie est tombée."
   
   Nadia Comaneci n’avait alors que 18 ans ! Et ce terme de verdict – à la suite de quelle accusation ? – l’a fait réagir. Apparemment, passer de petite fille fiancée du monde entier au statut de femme athlète était le crime. Le crime ?
   
   Lola Lafon raconte donc "sa" Nadia Comaneci, tout en précisant bien qu’il s’agit de la sienne. Pas forcément de la vraie ! Situation alambiquée et difficile à intégrer.
   
   Autrement dit la vie réelle et connue – la biographie – de Nadia Comaneci fournit un cadre, un squelette auquel Lola Lafon fournit la chair, en réinterprétant, réinventant tout. Alors vrai ? Faux ? Pour un personnage aussi controversé que Nadia Comaneci, qui fut l’otage du régime Ceaucescu ? La victime du régime Ceaucescu ? Une complice consentante du régime Ceaucescu ? C’est ambigu. Mais Lola Lafon joue franc jeu. Elle le reconnait puisque précise les choses d’entrée. D’ailleurs Nadia Comaneci sera systématiquement appelée Nadia C.. C. comme un bout, un commencement de la vérité ?
   
   Lola Lafon raconte qu’elle envoyait ses chapitres au fur et à mesure à Nadia Comaneci et qu’elles échangeaient sur leur teneur. Drôle de situation tout de même. Mais raconter Nadia Comaneci et l’enfance en Roumanie, une enfance que Lola Lafon a connu, lui tenait visiblement à cœur.
   
   C’est d’ailleurs en fait aussi un roman sur la vie en Roumanie "en ce temps là". Et c’était une moche vie. Indéniablement. Même si Nadia Comaneci dans les commentaires qu’elle donnera suite aux lectures des différents chapitres – et que Lola Lafon intègre par moments dans son roman – insiste sur le fait qu’au-delà du cliché occidental sur la vie grise et sans âme des pays du bloc communiste de l’époque, on vivait tout de même en Roumanie. Des gens s’aimaient, riaient, vivaient une vie simple. Aussi. En plus du reste, qui lui n’était pas reluisant.
   
   Une œuvre qui sort de l’ordinaire et qui n’intéressera pas que les fondus de gymnastique ou les nostalgiques de la petite fiancée du monde entier en été 1976.

critique par Tistou




* * *