Lecture / Ecriture
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L'apiculture selon Samuel Beckett de Martin Page

Martin Page
  Comment je suis devenu stupide
  Peut-être une histoire d’amour
  L'apiculture selon Samuel Beckett

Martin Page est un écrivain français né en 1975.
Il a également publié des romans d'horreur ou/et de SF sous le pseudonyme de Pit Agarmen.

L'apiculture selon Samuel Beckett - Martin Page

89 pages...
Note :

   Un titre bien étrange pour un très court roman, fort sympathique, qui se dévorera d'un trait. Autant dire une réussite donc que je ne saurais trop vous recommander.
   
   Comme nous le déclare d'emblée la facétieux Martin Page, voici un roman censé lever un coin du voile de la vie de Beckett de façon totalement auto-fictionnelle. Autant dire qu'il s'agit d'une pure élucubration ce qui n'enlève rien au roman bien au contraire!
   
   A la base de cette fable, l'auteur imagine que, suite à un incendie ayant nécessité le transfert des manuscrits de Beckett pour restauration, on découvre incidemment le journal intime d'un secrétaire particulier du grand écrivain jusqu'ici totalement inconnu et dont personne, ni Beckett, ni son épouse, ni ses biographes n'ont jamais fait mention.
   
   C'est à travers les yeux de cet étudiant parisien fauché prétendument devenu l'intime de Beckett pendant quelques semaines que nous allons suivre la vie quotidienne de ce dernier. Une vie où Beckett fuit les honneurs, s'habillant n'importe comment, portant chevelure et barbe hirsutes. Une vie où il ne faut cesser de tenter de mettre un peu d'ordre dans une création continue de désordre. Une vie où l'on finit par s'amuser de la tentative d'un metteur en scène de faire rejouer l'une des pièces les plus célèbres de l'auteur par des prisonniers suédois devant tout le gratin national avant que les taulards devenus acteurs ne prennent la tangente en pleine tournée.
   
   Ce que nous voyons c'est l'humanité d'un auteur dont l'aridité des textes donnerait à penser qu'il fut rébarbatif. Un homme aimant la bonne chère, chérissant ses abeilles élevées sur la toiture terrasse de son appartement parisien. Et puis, l'évolution d'une relation où, peu à peu, un zeste d'amitié se noue entre un homme illustre et un pauvre étudiant inconnu.
   
   Tout cela est fort bien fait, souvent drôle et mérite la petite heure de lecture nécessaire à se régaler.
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critique par Yv




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Portrait du dramaturge irlandais
Note :

   "J'ai besoin des abeilles pour me rappeler que des choses merveilleuses sont possibles."
   
   Journal imaginaire d'un doctorant embauché par l'auteur d'"En attendant Godot", "L'apiculture selon Beckett" est un prétexte plein de charme et de fantaisie pour brosser un portrait du dramaturge irlandais à mille lieues des clichés qui lui sont attachés comme autant de boulets.
   
   Martin Page a fait son miel des points de vue originaux de Beckett sur les universitaires, les relations entre l'art et le monde mais aussi sur le personnage que, jeune auteur soucieux de crédibilité, il s'est créé. Il en brosse aussi un portrait ancré dans la quotidienneté. Imaginer le dramaturge confectionner des crêpes ou vêtu d'une tenue d'apiculteur est une vision plutôt rafraichissante!
   
   Pour autant ce roman ne fait pas abstraction de la gravité inhérente à celui qui "ne pouvait être proche que de gens qui savaient que la guerre n'était pas terminée et ne se terminait jamais, qui vivaient sous un climat différent de la majorité. Des gens légers et graves, fiables et passionnés."
   
   Une parenthèse enchantée de quelques mois pour le narrateur et de 86 pages pour le lecteur qui ne peut qu'espérer que le souhait suivant se réalise: "On devra oublier Beckett pour le redécouvrir et le lire comme il devrait être lu, sans la pollution de la renommée et de la réputation qui l'entoure aujourd'hui. Tout artiste est kidnappé. C'est lui rendre sa liberté que de l'oublier régulièrement, pour poser des yeux neufs sur son œuvre."
   

    86 pages piquetées de marque-pages car Martin Page et Beckett ont l'art de la formule!

critique par Cathulu




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