Lecture / Ecriture
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Âme qui vive de Véronique Bizot

Véronique Bizot
  Les jardiniers
  Mon couronnement
  Un avenir
  Âme qui vive
  Les sangliers

Véronique Bizot est une écrivaine française née en 1958.

Âme qui vive - Véronique Bizot

Austérité choisie
Note :

   "Et il est un fait que pendant ces visites ma solitude m'apparaît comme en relief, je la perçois clairement, distante de moi mais palpable, cependant j'ai définitivement cessé de me faire pitié, si bien que je ne m'en émeus plus."
   

   Quatre hommes, très différents, que ce soit par l'âge, leur activité, leur passé (dont nous n'apprendrons que des bribes) expérimentent la solitude dans un univers de brouillard et de campagne un peu montagneuse.
   
   Le narrateur qui ne s'exprime plus depuis un événement traumatique prend en charge le récit et observe la chorégraphie de ces personnages qui, bien que solitaires, ne peuvent vivre sans maintenir des liens avec les autres.
   
   Des événements, minuscules ou pas, viennent briser l'austérité choisie de ces vies, avec une volonté de briser toute prévisibilité narrative. Amateurs de récits cadrés, formatés, passez votre chemin! Un long paragraphe par chapitre, sans que pourtant le lecteur se sente étouffé, telle est ici la mesure de l'écriture de Véronique Bizot. On sourit, on s'étonne, on souligne, on s'émerveille devant plein de phrases comme celle-ci : "Les choses paraissaient plus solides que chez nous, comme absorbées dans une sourde densité qui tenait le monde à l'écart."
   
   Et le lecteur d'acquérir un regard neuf, à l'image du narrateur, plongé dans un univers à la fois si proche et si étrange.
   
   110 pages hors-normes, hérissées de marque-pages!
    ↓

critique par Cathulu




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Cœur et âme
Note :

   "Cette bibliothèque couverte de livres jusqu'au plafond était l'endroit dans lequel Fouks écrivait ses pièces et où j'étais un jour entré par hasard. J'avais dû y rester un certain temps car lorsque mon frère m'avait trouvé là, tranquillement installé dans le fauteuil de cuir, il avait eu l'air de quelqu'un qui m'avait cherché un bon moment. Puis, d'inquiet, son visage avait pris une expression étrange quand il s'était aperçu que j'avais ce livre à la main - Eugénie Grandet - mais je n'avais tout-à-coup plus eu envie de prêter attention aux expressions que prenait le visage de mon frère chaque fois qu'il me regardait et je m'étais aussitôt replongé dans ma lecture".
   

   Les textes de Véronique Bizot distillent un charme singulier qui ne se dément pas de livre en livre. Ce qui s'y passe est difficile à expliquer, même si peu à peu les contours de certains évènements prennent du relief, suggérant en creux ce qui n'est pas dit clairement.
   
   Quatre personnages masculins ici. Le narrateur est un jeune garçon mutique depuis l'incendie de sa maison et la mort de tous ceux qui s'y trouvaient. Un de ses frères qui vivait en Italie revient s'occuper de lui dans ce qui subsiste de la ferme.
   
   Fouks habite un peu plus loin une grande maison austère, remplie de livres. C'est un auteur de pièces de théâtre célèbre, il n'en tire néanmoins aucune gloire, retiré volontairement dans cette demeure, loin de ses contemporains trop agités.
   
   S'ajoute Montoya arrivé un beau jour par hasard, cherchant lui aussi à vivre en retrait et s'installant dans une maison encore plus inhospitalière, parmi les vestiges laissés par le locataire précédent, un peintre. "Pour autant, Montoya ne tenait pas à passer pour un fou, ni pour un demi-fou, ni pour un original, et sans doute ne tenait-il pas non plus à devenir effectivement fou, si bien qu'il nous regardait chaque fois arriver avec un certain soulagement".
   
   De longues phrases souples, une subtile alchimie entre les personnages, une prose élégante et délicate, des notations sur le temps et l'époque faites sans en avoir l'air, la lecture passe comme un songe, un songe enveloppé dans la brume qui laisse une empreinte. On sait que l'on vient de lire une pépite, on se demande comment l'auteur s'y est prise une fois de plus pour nous entortiller aussi bien.
   
   "J'étais assis entre Montoya et mon frère, qui tenait un sac de papier dont, malgré la présence sur les sièges voisins d'une rangée de jeunes filles comme je n'imaginais pas qu'il pût en exister d'aussi belles, il ne cessait de me rappeler que je devais vomir dedans, si bien que je finis par me lever pour rejoindre Fouks qui était en conversation avec un homme dont les cheveux blancs, maintenus en catogan et comme poudrés, faisaient penser à une perruque, et qui portait des lunettes noires et une sorte de gants de cuir noir coupés de manière à laisser les extrémités de ses doigts à l'air libre".

critique par Aifelle




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