Lecture / Ecriture
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Les derniers jours de Smokey Nelson de Catherine Mavrikakis

Catherine Mavrikakis
  Le ciel de Bay City
  Les derniers jours de Smokey Nelson
  La ballade d'Ali Baba
  Oskar De Profundis

Catherine Mavrikakis est une enseignante et écrivaine québécoise née en 1961.

Les derniers jours de Smokey Nelson - Catherine Mavrikakis

Un coupable idéal
Note :

    Smokey Nelson attend dans le couloir de la mort d'une prison près d'Atlanta. 20 ans plus tôt; il a commis le massacre d'une famille dans un motel.
   
    Un acte d'une barbarie inouïe pour lequel, à l'époque, un homme, Sydney, avait été condamné à tort et avait purgé une peine avant que le vrai meurtrier ne soit arrêté. Il était noir comme lui et représentait un coupable idéal.
   
    Une jeune femme au moment des faits, avait croisé la route Smokey Nelson et avait même plaisanté avec lui en fumant une cigarette. Un intermède charmant avant d'aller faire le ménage dans la chambre et découvrir une scène qui restera à jamais gravée dans sa mémoire. Se rendant coupable d'avoir pu le trouver sympathique.
   
    Un père, celui de la jeune femme assassinée, a aussi perdu ses deux petits enfants et son gendre dans le carnage. Dieu a été son unique secours et l'a aidé durant ces années de douleur, d'ailleurs c'est à lui qu'il parle directement.
   
    Le livre nous fait entendre l'écho de ces quatre voix, entre chuchotement très intime et incantation hallucinatoire et poignante.
   
    Les récits alternent et évoquent "les derniers jours de Smokey Neson" dont on ne sait rien, sauf la date de son exécution : le 15 Août 2008, dans quelques jours.
   
    Les voix se succèdent pour parler d'un drame vécu et qui revient les hanter. Chacun raconte les faits, comment les années ont passé, ce qu'ils ont fait. La répétition devient insistante et lancinante.
   
    Mais personne n'échappe à son destin, et le jour de l'exécution sera pour chacun l'ultime attente
   .
    L'auteur nous sert un style et un vocabulaire différent pour chaque personnage, appartenant tous à des milieux divers, ils représentent pourtant l'image de l'Amérique.
   
    Une Amérique qui se veut blanche et puritaine, éprise de liberté, mais qui reste raciste envers les noirs et les laissés pour compte du rêve américain et qui condamne toujours à mort des hommes.
   
    Un livre étonnant, un véritable coup de poing dans cette rentrée littéraire 2012.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Ceci n'est pas un commentaire de lecture
Note :

   Disons plutôt un commentaire de non lecture. Par honnêteté et respect du travail de l'auteur, et bien que je l’aie (presque) lu dès sa sortie en France, j'ai attendu que quelqu'un ayant vraiment lu le roman ait fait sa fiche avant de mettre ceci en ligne, et au-dessous :
   
   Abandonné au bout de 70 pages. Ce n’est pas captivant et j'ai vraiment trouvé cela écrit dans le "style laborieux". On voit bien que l'auteur s'applique et veut bien faire les choses (en changeant par exemple de niveau de langue pour différencier ses quatre narrateurs, en nous faisant pénétrer leurs pensées...), mais cela manque complètement d'inspiration. Et puis cette histoire, je me demande si je ne l'ai pas déjà lue... et plusieurs fois même. N'ayant pas eu l'impression que cette fois-ci allait m'apporter quoi que ce soit de nouveau, après 70 pages j'ai "oublié" de rouvrir le livre...
   
   Alors oui, j'ai lu, vu, entendu, une quantité de critiques dithyrambiques... L'express dit "Magnifique! Puissant! Troublant!" avouant ensuite que les adjectifs lui manquent. (Ce qui m'étonne car le dictionnaire des synonymes en est plein). Mais moi, non. Je ne me suis qu'ennuyée et comme j'estime normalement que 50 pages doivent suffire aux livres pour me donner envie de les terminer, on peut même dire que je lui ai accordé une petite prolongation, eu égard aux commentaires positifs mentionnés. Mais non. Rien ne se passe entre ce roman et moi.
   
   On m'a dit qu'il y avait une surprise à la fin et, comme il était évident que je ne le finirais pas, on m'a dit laquelle. Ok, cela peut améliorer les choses, mais pas l'écriture et le manque d'élan. Ni le fait qu'il ait fallu attendre si longtemps pour être enfin un peu étonné.
   
   
   
   PS : Impossible de lire quoi que ce soit sur ce bouquin sans rencontrer l'expression "récit choral". (sauf ici où sans ce post-scriptum, vous y échappiez. Cela aurait été dommage) Je me demande comment les commentateurs faisaient avant que cette expression ne soit devenue tellllllement prisée. (Quoi, ils utilisaient des termes pas du tout branchés comme "prisé"?)
    ↓

critique par Sibylline




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Effet retour
Note :

   Aux Etats-Unis, l'actualité évoque souvent la peine de mort et l'exécution capitale de criminels ayant passé des années dans le “couloir de la mort”. Si dans ce roman, Catherine Mavrikakis n'entre pas dans la controverse sur la peine capitale, c'est pour suivre trois personnages concernés par le meurtre commis par Smokey Nelson, dans un motel proche d'Atlanta en 1989 : une famille horriblement massacrée. Vingt ans plus tard, la justice de Géorgie exécute le criminel.
   
   L'intérêt du livre ne réside absolument pas dans le déroulement du crime ni dans les détails de l'enquête policière pas plus que du procès : autant d'aspects de l'histoire que la romancière ne fera qu'effleurer. Non, l'intérêt du livre réside dans ces trois récits parallèles et très contrastés, conduisant à une fin inattendue.
   
   Retour sur trois personnages.
   

   Quand Smokey Nelson quitta les lieux du crime, il croisa Pearl Watanabe. La jeune femme échangea quelques propos avec ce bel homme, lui offrit une cigarette et ç'aurait pu être le début d'un flirt mais Smokey s'enfuit précipitamment en voiture. Quelques heures plus tard, Pearl découvrit la scène du crime et sa vie en restera perturbée. Son témoignage innocenta un suspect en même temps qu'elle identifia le coupable. Vingt ans plus tard, elle quitte Hawaï où elle gère un hôtel, et revient passer des vacances avec sa fille Tamara à Chattanooga ; ce séjour correspond au moment de l'exécution de Smokey Nelson qui n'a cessé de hanter son esprit.
   
   Avant l'arrestation de Smokey Nelson, un autre Noir avait été incriminé. Approchant maintenant de la quarantaine Sydney Blanchard mène une vie de musicien amateur : on le découvre à Seattle sur la tombe de Jimi Hendrix, son héros et son modèle. L'illustre guitariste est décédé à Londres en même temps que naquit Sydney en Louisiane, le 18 septembre 1970. En quittant Seattle pour rejoindre La Nouvelle-Orléans à peine remise du choc de Katrina, Sydney apprend fortuitement l'imminence de l'exécution capitale du criminel qui lui a injustement valu de connaître la prison et d'y souffrir plusieurs mois.
   
   Dans ce massacre, Ray Ryan, lui, avait perdu sa fille chérie, Sam, ainsi que son gendre et deux petits-fils. Aucun de ses fils n'a réussi à tenir dans son cœur la place de la disparue. Petit commerçant aisé, Ray vit aussi dans la nostalgie de la Confédération sudiste et collectionne des armes d'autrefois. Tom, l'un de ses fils, cache encore moins que lui des idées fixes sur les complots dont l'Amérique blanche serait victime. Toute cette famille, à l'image de Ray Ryan, partage une religiosité fanatique sans doute représentative de la “Bible belt”. Mus par l'esprit de vengeance, Ray et son fils Tom font le projet d'aller assister à l'exécution capitale.
   
   L'art du récit
   
   Chacun de ces trois personnages principaux intervient trois fois, en respectant le même ordre — Sydney puis Pearl et Ray —, avant un dixième et dernier chapitre consacré au meurtrier. L'écrivaine québécoise a choisi des types de narration très différents ce qui constitue, avec la chute imprévue de chaque histoire, l'autre raison — peut-être majeure — de lire son roman. Deux fils conducteurs du roman peuvent enthousiasmer par leur écriture : d'abord la part de Sydney Blanchard puis celle de Ray Ryan. La contribution de Sydney se déroule totalement sous la forme d'un monologue intérieur, ponctué de points de suspension à la manière de Céline, truculent souvent, trivial aussi, s'adressant régulièrement à son chien. Dès l'incipit, quand Sydney se rend sur la tombe de son idole, tout en pestant contre l'embouteillage causé par l'affluence aux obsèques d'un asiatique, Catherine Mavrikakis a su emporter la conviction du lecteur. L'autre tour de force qu'elle réalise prend une tout autre allure puisque c'est Dieu lui-même qui tutoie Ray Ryan, reprend les grands événements de sa vie, l'exigence de sa foi aveugle, et l'esprit de vengeance, le tout associé à la vision d'une Amérique fanatique et ultra conservatrice.
   
   Ainsi s'esquisse une image critique de la société américaine en réunissant le point de vue des deux hommes : l'un souffrant du racisme anti-noir quand il évoque la vie de sa famille en Louisiane mais lui-même raciste contre les asiatiques, l'autre voyant son pays souffrir de "l'apocalypse moderne", croyant à "un complot généralisé", dénonçant "un Internet satanique, source de pornographie, de mensonges, de haine…" et refusant de voter pour Obama.

critique par Mapero




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