Lecture / Ecriture
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Opération Sweet tooth de Ian McEwan

Ian McEwan
  Samedi
  Les chiens noirs
  Le jardin de ciment
  Délire d'amour
  Un bonheur de rencontre
  Sur la plage de Chesil
  Expiation
  Solaire
  L'enfant volé
  Opération Sweet tooth
  Amsterdam
  L'intérêt de l'enfant
  Dans une coque de noix

Ian McEwan est un romancier et scénariste britannique né en 1948.

Opération Sweet tooth - Ian McEwan

Opération bec sucré
Note :

   Il était temps que je me décide à lire Ian McEwan. Depuis le temps que sa promo est si bien faite à chaque sortie de nouveau roman, c'était pure injustice de ma part de ne pas avoir encore cédé à l'appel des télés, radios, articles etc. pour ne rien dire des étoiles dont il avait déjà été ici parsemé. En fait, les raisons en étaient des plus simples : 1) je n'ai pas le temps de tout lire 2) les thèmes de ses précédents romans ne me tentaient pas. Mais ici, cela semblait plus dans mon créneau, on allait parler d’écrivains, de création littéraire et d'édition... je pouvais bien tenter le coup quand même! Et je ne l'ai pas regretté, j'ai passé un plutôt bon moment, le nez dans son "Opération Sweet tooth". Je ne m'engage pas à sauter tout de suite sur d'autres titres de l’auteur, mais là, oui, c'était bien.
   
   L'histoire est celle-ci : On est dans la décennie 70 en Angleterre où le moral et les finances de la population sont au plus bas. (Je ne me rendais pas compte que cela avait été si gris!) La crise de l'énergie, de la perte de l'hégémonie, des colonies, du prestige, de la puissance etc. a porté un coup fatal à l'ambiance chez nos amis grands bretons. Et de plus, la guerre froide n'est pas encore finie et les sphères du pouvoir, comme toujours les dernières à sentir les choses, sont encore à fond dedans. Leur vient alors l’idée d'imiter la CIA qui, pas en crise, elle, abreuve de ses dollars à peu près tout mouvement artistique allant dans le bon sens idéologique (comprenez antisoviétique). Le MI5 décide alors de créer une société bidon par l'intermédiaire de laquelle elle favorisera l’œuvre, la publication et la promotion de livres romans ou essais, d'auteurs qui leur semblent avoir le bon état d'esprit, car il ne s'agit de rien d'aussi grossier (et inefficace) que de leur dicter ce qu'ils doivent écrire, il s'agit de leur fournir les moyens (rente) de faire ce qu'ils veulent, une fois pris le pari que cela ira dans le sens voulu. Il y aura 10 écrivains, chacun parrainé, sans le savoir, par un employé du MI5, et parmi eux le vraiment talentueux Thomas Haley, coatché par la remarquablement belle Serena Frome et alors... mais je vous laisse découvrir la suite, parfaitement bien racontée quoique sur un rythme qui n'a rien d'haletant. Le suspens est agrémenté de considérations sur la création littéraire, non dénuées d’intérêt, comme on pouvait l'espérer de l'auteur, et d'une belle histoire d'amour. Résultat : un roman intéressant et agréable.
   
   En particulier, j'ai apprécié que McEwan se soit donné la peine, pour donner corps à son personnage d'écrivain, de nous fournir les œuvres qu'il était censé avoir écrites et que ces nouvelles ne se limitent pas à un vague script mais aillent jusqu'à une histoire suffisamment intéressante pour que le lecteur (de McEwan) prenne vraiment T. Haley pour un sérieux potentiel de talent. Le lecteur se soucie alors beaucoup plus de sa carrière. Et il a des idées précises de ce que doit être son travail (celles de son auteur, je n'en doute pas), par exemple:"Selon moi, l'auteur avait passé un contrat tacite avec le lecteur. Il ne devait laisser aucun élément d'un monde imaginaire et aucun personnage se dissoudre pour satisfaire un de ses caprices. Ce qui était inventé devait être aussi solide et consistant que le réel. Le contrat reposait sur une confiance mutuelle."
   
   J'ai apprécié l'absence de manichéisme dans le jugement des deux principaux personnages. Bien que jeunes, ils savent de quoi la vie est faite et ils peuvent faire la part des choses. Ils sont à la fois idéalistes, romantiques et pragmatiques. C'est une psychologie en nuances bien plus intéressante pour le lecteur que les stéréotypes du bon ou du mauvais.
   
   J'ai regretté la typically british over-consommation du vin (ils boivent cela comme les sodas- et même comme soda, ça ferait trop). De deux à quatre bouteilles par repas, pour deux, ne leur semble pas excessif, après quoi ils passent un certain temps à se demander s'il vont vomir ou non... Tu m'étonnes.
   
   Alors, oui pour ce "roman d'espionnage". De toute façon, pour Ian McEwan, tous les écrivains sont des espions puisqu'ils observent, surveillent, notent tout ce que font les autres, leurs moindres gestes comme leurs sentiments secrets ou leurs opinions affichées, pour en faire état dans leurs romans.
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critique par Sibylline




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Conquise !
Note :

   Serena, lectrice compulsive, fait partie du MI5, le service chargé de la sécurité en Grande Bretagne, spécialisé dans le renseignement intérieur. Elle a pour collègue Shirley et aussi Max, à qui elle n'est pas insensible. Ce dernier a appris qu'un projet très intéressant est en passe d'aboutir, il s'agit de l'opération Sweet Tooth et il suggère le nom de Serena qui jusque là était cantonnée à des missions de gratte papier...
   
   Il s'agit de rentrer en contact avec un écrivain anticommuniste - nous sommes dans les années 1970 et la guerre froide est loin d'être finie-, et de lui proposer de l'argent qui lui permette d'écrire sans être obligé de travailler par ailleurs, afin de pouvoir avoir le luxe de consacrer tout son temps à ses romans qu'ils espèrent très critique sur le régime socialiste... En se faisant passer pour une fondation convaincue de son talent d'auteur... Mais Shirley va rapidement tomber amoureuse de Tom Haley, ce jeune auteur prometteur...
   
   Contre toute attente, j'ai été totalement conquise par ce roman alors que j'avais eu du mal à adhérer jusqu'à présent aux récits de Ian McEwan. Tout d'abord j'ai adoré les premiers chapitres qui nous présentent la succulente Serena, recrutée dès la fin de ses études. Certes il a pour toile de fond le monde du renseignement -et on apprend beaucoup de choses sur le MI5- mais il est aussi écrit avec beaucoup d'humour, ce qui en fait un roman drôle et succulent, qui se lit d'une traite et dont la fin m'a totalement emballée. Et ce qui ne gâche rien, la première de couverture est superbe, avec la photographie d'une ancienne machine à écrire. Un bel objet livre que vous pouvez offrir les yeux fermés!
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critique par Éléonore W.




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Bravo !
Note :

   Ian McEwan possède un talent incontestable pour distiller dans ses romans un souffle intimiste où l'ambiguïté règne parfaitement dans une humanité aux prises avec ses abîmes et ses doutes.
   Dans cet époustouflant roman, il nous sert en plus, une page d'Histoire, celle de l'Angleterre des années 1970, en pleine dépression culturelle et sociale où la guerre froide exacerbe le monde politique.
   Avec un humour féroce, il raconte les débuts de Serena, étudiante très brillante juste diplômée de Cambridge, recrutée par le fameux MI5, service très secret de sa Majesté. Belle, sensuelle et surtout lectrice avide et gourmande, Serena veut croquer la vie et les hommes.
   Elle se verra confiée une mission, appelée opération Sweet Tooth qui a pour but de soutenir et financer des écrivains aux idées non communistes.
   Serena doit se rapprocher de Tom Haley, écrivain prometteur dont elle tombe amoureuse.
   
   Ce livre foisonnant et captivant possède différents niveaux de lecture.
   
   L'auteur par son style égale les grands romans d'espionnage tels ceux de Ian Fleming ou John le Carré et place son récit dans une Angleterre meurtrie par une crise économique et qui voit l'Irlande entrer dans un conflit sanglant. Londres pullule d'espions et le terrorisme éclate, mensonges et trahisons se succèdent alors que la création artistique n'a jamais été aussi flamboyante.
   Le monde assiste à son prodigieux changement.
   
   Si le livre s'inspire de faits réels, ceux du recrutement volontaire ou pas par le MI5 d'intellectuels afin de dénoncer les idées communistes, il devient un vibrant hommage à la littérature, à la lecture, à l'écriture et surtout à la création littéraire, au rôle de l'écrivain et à la force des livres.
   C'est aussi une vibrante passion amoureuse que l'on découvre en épiant les personnages.
   
   Le lecteur a dans ce livre, un rôle important et c'est toute la finesse et l'intelligence de Ian McEwan qui dans les dernières pages nous donne une leçon époustouflante de lecture.
   
   La fin est grandiose et à l'instar de ces héros, l'auteur a réussi à nous manipuler façon MI5.
   Bravo!
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critique par Marie de La page déchirée




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La désillusion des années 70
Note :

   Années 1970. Fille d'un évêque anglican, séduisante, intelligente, diplômée d'une licence de maths à Cambdrige pour faire plaisir à sa mère, Serena Frome intègre sur les conseils de son amant plus âgé le MI5, l'agence de renseignements anglaise.
   
    De la jeunesse de Serena se dégagent deux grands axes : son goût pour les hommes et son amour des livres. Le lecteur la suit ainsi à travers les quelques relations qui l'ont fortement marquée, voire construite, mais aussi de livre en livre. La jeune femme est une grande lectrice et surtout une lectrice rapide, ce qui lui permet d'engloutir roman sur roman, appréciant Jane Austen tout autant que des romans de gare, jusqu'à l'intervention de son amant Tony qui lui apprend à être plus exigeante en la matière. Vous l'avez compris, je me suis régalée (et n'ai pas manqué de relever un certain nombre de titres).
   
   Mais revenons-en au MI5. Cantonnée à des tâches ingrates, peu rétribuée, Serena souffre du manque total de perspectives pour les recrues féminines de l'agence. Jusqu'à ce qu'on lui propose une mission dans ses cordes : offrir à un jeune auteur prometteur une bourse lui permettant de se consacrer à son art, un certain Tom Haley ayant été retenu pour la qualité de ses rares nouvelles et ses articles plutôt anti-communistes. Et voilà que l'agent infiltré devient la maîtresse de l'écrivain travaillant sans le savoir pour le MI5. Une fois l'histoire amorcée, deux interrogations vont guider la lecture : quelle sera l'issue de la rencontre entre Tom et Serena (quid de leur relation? L'opération Sweet Tooth sera-t-elle un succès?)? Mais aussi : pourquoi Serena a-t-elle été recrutée sans mention quand ses collègues sont toutes diplômées de lettres avec les félicitations du jury? Vous verrez que l'agent infiltré est lui aussi source d'intérêt pour le MI5, sans que l'on comprenne tout à fait pourquoi au départ.
   
   J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman suivant de multiples pistes. J'aurais pu craindre un roman d'espionnage classique (ce qui n'est absolument pas ma tasse de thé) or il n'en est rien.
   
   C'est un roman d'initiation, en compagnie d'une jeune femme qui, ayant à peine plus de vingt ans, a déjà beaucoup vécu à la fin du roman. Elle a fait des rencontres marquantes, s'est émancipée de sa condition de fille d'évêque anglican en fréquentant les bars rock underground, les hommes et les soirées arrosées, mais elle a également souffert de grandes désillusions. C'est aussi un roman sur l'écriture : Tom Haley s'interroge sur sa capacité à écrire plus qu'une longue nouvelle, à réitérer après un premier succès. Ses nouvelles (dont plusieurs m'ont séduite par leur trame audacieuse) sont lues par Serena, qui nous en fait le résumé : j'ai appris depuis que Ian McEwan s'était servi de ses premiers écrits pour les attribuer à Tom.
   
   Le décor historique passionnant est clairement planté : les années 1970 avec leurs désillusions et une jeunesse en déclin, loin de l'effervescence optimiste des années 1960 ; la question irlandaise ; la crise (qui donne lieu à une semaine de trois jours) ; la guerre froide et l'influence des diverses agences de type CIA ou KGB ; l'actualité littéraire.
   
   Le seul bémol - s'il faut en trouver un - tient au fait que je ne me suis vraiment attachée à aucun personnage, même si leur histoire était très intéressante à suivre.
   
   Un roman dense, haletant qui me donne très envie de relire rapidement l'auteur. Ce roman me conforte une fois de plus dans l'idée que la littérature anglo-saxonne a conservé un véritable attachement à l'art de la narration et offre une meilleure continuité avec les grands romans du XIXe que notre littérature, souvent plus introspective (lorsqu'elle n'est pas nombriliste) et parfois aride.

critique par Lou




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