Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La Reine du silence de Marie Nimier

Marie Nimier
  La Reine du silence
  Les inséparables

Marie Nimier est une romancière française, née en 1957.

La Reine du silence - Marie Nimier

Jeu de piste sur le mythe du père
Note :

   Marie Nimier est en quête de son père, Roger, écrivain célèbre, disparu en 1962 dans un accident de voiture. Elle avait 5 ans au moment de l'accident et elle cherche par des bribes de souvenirs ou des témoignages de reconstituer ce qu'a pu être son père de son vivant.
   
   Parallèlement, elle tente d'expliquer ses propres angoisses et ses réactions. Elle échoue au permis de conduire, elle a des cauchemars récurrents, elle a voulu se suicider... Visiblement elle veut en finir avec ce père qui semble l'avoir ignorée aussi bien dans ses jeux que dans son testament au profit de son demi-frère et elle souffre visiblement de n'avoir compté que pour du beurre. Ainsi ponctue-t-elle son récit des histoires qu'elle lit à ses enfants ou d'examens du permis de conduire pendant lesquels elle manque de confiance voire d'initiative.
   
   Bien sûr elle se pose aussi la question de la filiation dans l'écriture, des contradictions entre ses propres convictions lorsqu'elle manifeste à gauche et sait que Céline l'a fait sauter sur ses genoux... Enfin elle trouve parfois des coïncidences troublantes ou les interprète comme telles.
   
   On passe sans cesse d'un présent où l'auteure avance à petits pas et s'adresse au lecteur en le tutoyant - ce qui crée à la fois une distance ironique et une complicité de la quête du père, car c'est un thème très utilisé dans l'art et la littérature (voir Modiano) - à un passé qui se construit à la manière d'un puzzle, comme si le récit était improvisé et ténu quand même. Ce constant va et vient évite l'ennui de la quête et on a presque l'impression d'assister à un jeu de piste où le moindre détail est développé, évoque des souvenirs un peu à la manière de Proust. Et si l'auteure semble s'égarer ou digresser, c'est pour mieux se retrouver et éclairer son passé, ses appréhensions dans un récit vivant, d'une subjectivité somme toute très légitime.
   ↓

critique par Mouton Noir




* * *



Pas toujours facile d'être la fille de son père
Note :

   Prix Médicis 2004
   
   Bien des années après le tragique accident de Roger Nimier, sa fille est enfin parvenue à affronter les réalités de la vie de son père. Elle semble dans ce livre se libérer un tant soit peu du terrible poids de certaines vérités enfouies jusque-là, consciemment ou non. Dans “la reine du silence”, l’auteure exorcise ses propres souffrances sans pour autant sombrer dans le pathétique facile ni dans l’autolâtrie. Un style qui frôle l’autodérision par moments, ce qui rend la lecture assez dynamique.
   
   Très vite cette introspection douloureuse m’a fait penser aux «mots pour le dire» de Marie Cardinal où la narratrice tente de conjurer tant bien que mal ses névroses liées à une enfance torturée.
   Ici, c’est l’amour mutilé par l’accident du parent qui déséquilibre la petite fille de l’époque et à qui il faudra tant d’années pour oser affronter cette réalité en reconstituant l’existence réelle de ce père trop tôt disparu.
   
   Marie Nimier a certes hérité d’un nom en littérature mais au prix de bien des névroses.
   ↓

critique par Véro




* * *



Libération
Note :

   Marie Nimier avait cinq ans lorsque son père, l’écrivain Roger Nimier, est décédé dans un accident de voiture. Bien que la mémoire de cet homme, qui a marqué la littérature française (Le Hussard bleu), soit le pilier central du livre, il n’est aucunement question d’un hommage.
   
   Avec des entretiens de son frère et de son demi-frère, elle tente de reconstituer l’image de son père, elle fouille dans ses souvenirs, à la fois bouleversée par la douleur de l’absence et celle d’une distance avec lui. L’énigme d’une vie, une enquête, Marie Nimier pose un regard lucide sur sa vie et celle de son père, mais surtout, se concentre sur les conséquences de sa disparition. Comment vivre sans un père? Comment vivre avec la trace indélébile de cette brève relation filiale tourmentée? La nier? S’en différencier?
   
   Certains ont interprétés le propos comme un règlement de compte. On peut parler plutôt d’un processus de libération, jamais complaisant, aux vertus thérapeutiques pour la principale concernée, certes, mais assez honnête dans sa démarche pour en faire un témoignage intime touchant.

critique par Benjamin Aaro




* * *