Lecture / Ecriture
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La Lanterne verte de Jerome Charyn

Jerome Charyn
  Il était une fois un Droshky
  Marilyn la dingue
  Zyeux bleus
  Kermesse à Manhattan
  Metropolis: New York
  Dès 10 ans : Le Prince et Martin Moka
  Un bon flic
  Les Filles de Maria
  Rue du petit ange
  Dès 09 ans: Bande à part
  El Bronx
  La belle ténébreuse de Biélorussie
  Mort d'un roi du tango
  Capitaine Kidd
  Hemingway – Portrait de l’artiste en guerrier blessé
  Sinbad
  Citizen Sidel
  C comme: Madame Lambert
  C comme: Bouche du diable
  Appelez-moi Malaussène
  Le cygne noir
  C comme: White Sonya
  Bronx boy
  C'était Broadway
  La Lanterne verte
  New York - aquarelles
  Sténo sauvage. La vie et la mort d'Isaac Babel
  Marilyn : La dernière déesse
  Johnny Bel-Œil : Un conte de la Révolution américaine
  C comme: Marilyn la Dingue
  La Vie secrète d’Emily Dickinson
  Jerzy Kosinski
  C comme: Little Tulip

AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2013 & JANVIER 2014

Jerome Charyn est un écrivain américain né à New York en 1937. Ses parents étaient des gens modestes, Juifs émigrés d'Europe de l'Est avant la guerre. Il a grandi dans Le Bronx

Il a fait ses études au Columbia College puis a été enseignant aux Etats Unis, puis à Paris où il a enseigné à l'université américaine de Paris.

Il a vécu à Paris une quinzaine d'années.

Son premier roman, « Il était une fois un Droshky », a été publié en 1964.

Eclectique, il a publié des romans, des romans policiers, des biographies plus ou moins romancées, des livres documentaires sur New York, des romans pour enfants et des bandes dessinées.

La Lanterne verte - Jerome Charyn

L'ombre de Staline
Note :

   Titre original : The Green Lantern: A Romance of Stalinist Russia (2004)
   
   
   De Staline nous connaissons tous son implacable propension à exécuter, envoyer en camp le moindre de ses contradicteurs. Le dictateur sans affect qu'il a été apparaît régulièrement au long de ce livre, et quand il n'est pas là, son système hallucinant dont le but est de maîtriser tout le monde est omnipotent. Ici, il enveloppe de son horrible chape le milieu culturel moscovite. Tous subissent la folie d'un système paranoïaque, même le petit nouveau, au talent fulgurant d'acteur, le plus au centre de cette histoire mêlant personnage historique et de fictions, Ivan Azerbaïdjan, nouvel arrivé encore naïf dans ce vaste panier où le crabe en chef manipule tout le monde.
   "Il pouvait à la fois aimer Gorki et vouloir le voir mort. Les contradictions du Khozaïn (lire Staline) étaient sans fin. Il avait aimé Nadia et orchestré son suicide. Il vivait au cœur de sa propre tempête. Un Géorgien dans sa mère Moscou." P 227
   
   Au départ, une troupe de théâtre s'installe au Paradiz, théâtre mal en point, pour y jouer le Roi Lear de Shakespeare. Dans cette troupe, une comédienne célèbre ayant eu le culot de travailler sur le sol de l'ennemi américain, de retour au pays, dont les relations permettent de survivre aux risques de tout Soviétique ayant fréquenté l'occident (mais elle a couché avec le Secrétaire Général donc tout va bien), et notre Ivanoushka qui illuminera le tout Moscou de son talent scénique, Staline et fille compris. A la tête de la troupe, Touchkov, a réussi, grâce à ses connaissances à monter ce spectacle, prenant l'immense risque de ne pas plaire... avec un spectacle mettant en scène un vieux Roi fatigué et sa fille Cordelia.
   
   Nous suivons alors les multiples intrigues entre les protagonistes d'une élite aux pouvoirs immenses. Se croisent les lieutenants de Staline, ayant véritablement existé comme Beria chef de la police secrète, ou encore des écrivains ayant le privilège de quelques pouvoirs comme Gorki... Il y a également Roustaveli, écrivain en grâce, qui influence de ses avis mais qui est toujours sur la corde raide, à la limite. C'est lui qui écrira clandestinement "la lanterne verte" et osera mettre en livre le chef du kremlin, celui qui du bureau éclairé de lumière verte surveille tout le monde. Ce petit monde se fréquente au gré des intérêts des uns et des autres, vivant toujours dans un climat instable et à mes yeux, irrespirable.
   
   Le fond m'a interpellé. La forme m'a déçu. A mon goût, beaucoup trop de dialogues, des personnages difficiles à suivre, presque fuyants... Et ça m'a paru dommage, car le milieu et les relations qui se nouent auraient pu donné lieu à quelque chose de plus impressionniste et de plus impressionnant. Les personnages restent trop froids alors que les événements qui s'enchaînent sont d'une dramaturgie évidente. Dans un sens cela semble normal et Roustaveli nous l'annonce clairement : "On est à Moscou, camarade. Les vivants sont somnambules et les morts te murmurent à l'oreille." P 248
   
   Au final, si l'objectif était de décrire une jungle où sang froid et destins acceptés sont la règle, alors bravo. Les personnages ont les comportements adéquats et le style est assorti. Simplement, je n'ai pas pris beaucoup de plaisir avec cette fresque. Mais peut-être n'ai-je pas réussi à bien rentrer dans le livre...
   ↓

critique par OB1




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Le loup aux yeux jaunes
Note :

   Un roman bien différent de l’œuvre new-yorkaise de l'auteur, et où j'ai eu bien du mal à entrer. J'aurais même pu l'abandonner en route si je ne m'étais pas engagée à en fournir le commentaire, tant j'ai mis longtemps à m'intéresser au sort de ces personnages improbables et compliqués. On retrouve les exagérations propres à la nature slave (à ce qu'on dit, je n'en sais rien) et à l'auteur.
   
   Et puis, au bout d'un moment, on s'habitue. On commence à s'y retrouver dans les noms à rallonge et à déclinaison des Russes, les surnoms... d'autant que plusieurs sont connus : Beria, Molotov, Iagoda, Iejov et le Loup : Staline! Mais aussi des intellectuels, Gorki, Eisenstein. Un moment encore et l'on y prend goût! Et voilà que je referme maintenant ce livre avec le sentiment d'une bonne lecture.
   
   Alors, je situe l'histoire : A une époque où tout ce qui pourrait passer pour une remarque critique vous coûte la vie, la petite troupe théâtrale de Touchkov a bien du mal à survivre. Cependant, il a fini par suffisamment corrompre, flatter les fonctionnaires et triturer les textes pour arriver à une version soviétique du roi Lear de Shakespeare (largement revu et corrigé et même chanté! "un salmigondis de Shakespeare") qui a enfin obtenu l'autorisation d'être jouée. Et voilà que le hasard donne la place du Roi Lear à un rustre, même pas comédien, mais beau comme un dieu et d'un charisme fou, qui ravit les foules et propulse d'un coup la pièce minable au pinacle! Il s'appelle Ivan Azerbaïdjan et on ne parle plus que de lui, si bien que Staline lui même, homme sensible s'il en est, se déplace pour le voir jouer, et l'embarque avec lui à Moscou.
   
   Ivan de son côté ne pense qu'à Valentina Michaelson, star actuellement en disgrâce pour avoir tenté (et raté) une carrière à Hollywood. Il suit donc Staline sans discuter (mais le pouvait-il?) contre l'assurance que Valentina, sera sa partenaire dans les prochaines représentations de la pièce. Une fois à Moscou et évoluant dans l'intelligentsia, il découvrira que l'on peut être écrivain et tchékiste, espion, tueur etc., qu'on le doit, même, puisque l'écrivain "doit servir son pays comme un soldat de la littérature" ; et que Staline règne en tyran imprévisible sur une vaste cour où il peut faire torturer et tuer sans avertissement celui qu'il a encore embrassé la dernière fois qu'il l'a vu.
   
   Nos pas s'attachent alors en particulier à ceux de Vladimir Roustaveli, personnage mythique qui côtoie des personnages réels comme Gorki ou Boulgakov etc. Ce Roustaveli est un écrivain, très proche de Staline, et également Colonel du NKVD. Sa vie ne tient toujours qu'à un fil, tant sont imprévisibles et mortels les caprices du Grand Homme. Son art, par contre, a sombré avec ses compromissions. Pourtant, il sauve par deux fois la vie du pâle écrivain Khlebnikov qui avait déplu, et finit par reprendre son personnage récurrent pour en tirer un bien plus énergique et contestataire roman qu'il ne peut diffuser que clandestinement. Mais Staline voit tout...
   
   La pire cruauté côtoie toutes les apparences de la normalité. Le monde est mis sens dessus-dessous, la ligue des écrivains travaille à une réécriture soviétique des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale, peu de gens ressortent des caves de la Loubianka et quasiment personne de la Kolyma... mais Staline est Grand et on boit de la vodka, si on peut du moins.

critique par Sibylline




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