Lecture / Ecriture
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Lointains hivers de Mario Rigoni Stern

Mario Rigoni Stern
  Lointains hivers
  En attendant l’aube
  Histoire de Tönle
  Les saisons de Giacomo
  Le sergent dans la neige
  Le livre des animaux

Mario Rigoni Stern est né en Vénétie en 1921. C’est un montagnard très attaché à ses racines.
Il a participé à la seconde guerre mondiale dans les chasseurs alpins, a été fait prisonnier en stalag pendant des longs mois avant de s’évader.
Il a été publié assez tard.
Il a reçu le prix PEN italien en 1999.
Il est mort en juin 2008 à 86 ans.

Lointains hivers - Mario Rigoni Stern

« Hiver, saison des souvenirs »
Note :

   Je découvre depuis quelque temps les ouvrages de cette collection «Mille et une nuits», dont celui-ci fait partie. Je dois dire que je les apprécie et que de reconnaître leur couverture bipartite jaune et bleu nuit, guide maintenant souvent ma main. Il s’agit toujours de très courts ouvrages mais, pour ceux que j’ai lus jusqu’à présent, il s’est toujours agi de textes intéressants et d’excellents auteurs que j’ai souvent ainsi découverts. Je vais donc continuer à pêcher dans ces eaux-là.
   Il faut cependant préciser - j’en ai fait l’expérience - que les quelques dizaines de pages de ces ouvrages s’accommodent très mal d’une lecture fragmentée. Je pense que cela s’explique fort bien : il faut d’abord s’accorder un moment de plusieurs pages pour comprendre l’univers de l’ouvrage, de l’auteur, et s’y installer, avant de se livrer à ce texte-là lui-même. C’est pourquoi, pour bien en profiter, il faut admettre que ce sont les livres d’une soirée, ou d’une après-midi lecture. On s’installe avec dans son coin préféré et on s’y plonge pour la durée que nous prendrait un film. On n’en ressortira que la dernière page tournée.
   La collection «Mille et une nuits» est un département de Fayard et, à ce qu’il me semble, les plus récentes parutions ont renoncé aux couvertures bicolores… tant pis. Si les textes restent intéressants.
   
   J’ai rencontré ici Rigoni Stern que je ne connaissais pas. Né en 1921, ce paysan montagnard, homme pacifique s’il en fut, se trouva engagé dans les Chasseurs Alpins italiens et dut combattre sur le front russe, tout comme il dut résister aux hivers dans les camps où il fut fait prisonnier et à ceux qui suivirent la fin « de la guerre, mais non celle de la misère».
   
   C’est un petit livre à lire quand l’hiver arrive, un livre qui parle du froid et de ce qu’il représente pour les hommes quand la nature inexorable fait sentir sa poigne de fer.. Le montagnard qu’est R. Stern s’y prépare en rangeant soigneusement durant la belle saison les provisions et le bois qui le chauffera cet hiver, comme il s’y est toujours préparé toute sa vie ; et il fut des années où quelques bûches faisaient la différence entre vivant et mort. «Le jour de Noël de l’année 1940, en Albanie, un rouge-gorge chantait dans un buisson enneigé. La neige était très haute et les mulets qui descendaient des Guri i Topit portaient en travers de leur bât les corps des chasseurs alpins du Vestone morts de froid.»
   
   Et puis, juste parce que l’homme n’est pas un animal comme les autres, à cet engrangement prévisionnel qui commence dès le printemps avec la plantation des pommes de terre, s’allie un engrangement intellectuel, fruit de la petite bibliothèque municipale dont s’est occupé Stern.«Finalement, quelle importance si les ouvrages qu’ils nous restituaient sentaient la vache et le lait et s’ils étaient un peu abîmés ? En attendant, ils étaient lus durant les longues soirées d’hiver, peut-être à voix haute, dans des cuisines faiblement éclairées, ou dans les étables pendant que les vaches vêlaient.»

critique par Sibylline




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