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Dossier 64 de Jussi Adler-Olsen

Jussi Adler-Olsen
  Miséricorde
  Délivrance
  Profanation
  Dossier 64
  Promesse

Jussi Adler-Olsen est un écrivain danois né en 1950.

Dossier 64 - Jussi Adler-Olsen

Face au passé et au présent
Note :

   Le département V de Copenhague est une petite unité dirigée par Carl Morck assisté d'une secrétaire schizophrène Rose et d'un drôle de personnage qui dit s'appeler Hafez El-Assad. Cette unité est spécialisée dans la réouverture de vieilles affaires non résolues. Celle qui va occuper les trois acolytes concerne la disparition de plusieurs personnes en 1987. Dans le même temps, Carl semble mis en cause dans deux histoires, une très vieille concernant la mort de son oncle et une plus récente, la fusillade qui a causé la mort d'un de ses ex-équipiers, la tétraplégie d'un autre (dont il s'occupe) et sa propre blessure à la tête qui lui a valu sa mise au placard dans le Département V.
   
   Quatrième volet des enquêtes du Département V, toujours aussi bon, je ne vous le cache pas. Nous sommes nombreux à avoir aimé les trois précédents tomes (Miséricorde, Profanation et Délivrance), nous devrions être au moins autant à apprécier ce roman-ci.
   
   Cette fois-ci encore le trio fonctionne admirablement et de la même manière : Rose déterre un dossier qu'elle s'empresse de rendre attirant à Carl, Assad lui étant tout acquis. Carl est un flemmard dont l'instinct de flic, dès lors qu'il est réveillé ne s'endort plus qu'à l'ultime seconde de la résolution de l'énigme. Le travail de Rose et d'Assad est donc de lui présenter un dossier "clef en main" : ils sont les petites mains qui cherchent, furètent dans les archives pour appâter leur chef. Rose est toujours sur le fil, entre ses différentes personnalités qui ne demandent qu'une raison pour s'intervertir. Assad, toujours mystérieux sur ses origines est collant, ne lâche rien et n'en fait qu'à sa tête. Carl, plus flegmatique est très pris par sa vie privée, entre sa future ex-femme qui veut partager leurs biens, son beau-fils qui ne fait rien, son ex-équipier cloué sur un lit médicalisé dans son salon et Mona son ex-psychologue devenue sa maîtresse.
   
   Pour cette affaire, Jussi Adler-Olsen nous plonge dans le Danemark de l'extrémisme : le parti de l'extrême droite est en passe d'avoir des représentants au Parlement et son chef Curt Wald qui a tout fait pour que son parti arrive un jour au pouvoir est en première ligne. J. Adler-Olsen démonte les rouages de ce parti, fondé sur ce que la société danoise refuse de voir en face et sur ce dont elle ne peut s'enorgueillir : l'eugénisme mis en pratique au début du siècle dernier, lorsque des femmes jugées de mauvaise vie était enfermées dans l'île de Sprogø, surveillées, maltraitées voire stérilisées pour ne pas que leur progéniture gangrène la vie des honnêtes gens de l'époque. "Elles étaient maltraitées, elles travaillaient dur. Elles étaient menées à la baguette et brutalisées quotidiennement par un personnel sans qualification qui considérait ces filles, ainsi qu'on les appelait là-bas, comme des êtres inférieurs. Elles étaient surveillées nuit et jour. Il y avait des cellules on l'on mettait à l'isolement celles qui refusaient de marcher au pas. Elles pouvaient y rester des jours et des jours. Si l'une de ces filles nourrissait quelque espoir de partir un jour de Sprogø, il fallait de toute façon qu'elle accepte d'abord d'être stérilisée. Stérilisée de force! On leur enlevait tout, Carl! Excision et hystérectomie!" (p.187). J. Adler-Olsen construit une histoire dure, parfois insupportable d'intolérance et de violence tant physique que psychologique. Un contexte très fort, malheureusement réel. J. Adler-Olsen ne prend pas de gants et met ses compatriotes face à leur passé et leur présent (face à la montée des extrémistes). Dans le même temps, il sait se faire plus léger lorsqu'il parle des relations entre ses trois protagonistes (il y a notamment deux pages hilarantes d'une théorie implacable de Rose sur l'utilité pour les hommes de remonter la cuvette des toilettes pour uriner et de la rabaisser, une fois leur affaire faite), ou lorsqu'il décrit les rapports entre Carl et Mona, la femme qu'il aime :
   
   "- On s'en fiche", dit-elle en l'attirant contre elle avec tant de volupté que le sang de Carl se mit à bouillir. "Je crois que tu es mûr pour une petite séance de gymnastique sous la couette", lui susurra-t-elle en glissant une main là où les petits garçons en bonne santé se tripotent à longueur journée." (p.317)

   
   Une quatrième enquête très convaincante de 604 pages jamais ennuyeuses, au contraire (ce qui est pour moi un gage de grande qualité) qui se hisse très largement à la hauteur de "Délivrance", le tome précédent que je trouvais le plus abouti. Mais jusqu'où ira-t-il ce Jussi Adler-Olsen, si à chaque épisode que je lis je le trouve encore meilleur que le précédent, et sachant que d'autres sont prévus, pour ma plus grande joie?
   
   
   Les enquêtes de Carl Morck et du département V:
   

   1 - Miséricorde (Kvinden i buret, 2007)
   2 - Profanation (Fasandræberne, 2008)
   3 - Délivrance (Flaskepost fra P, 2009)
   4 - Dossier 64 (Journal 64, 2010)

   5 - L’Effet papillon (Marco Effekten, 2012)
   6 - Promesse (Den Grænseløse, 2014)
    ↓

critique par Yv




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Et on tuera tous les affreux
Note :

   "Copenhague, 2010. Une brutale agression dans le quartier de Vesterbro incite Rose, la bouillonnante assistante de l’inspecteur Morck, à rouvrir un cold case sur la disparition inexpliquée d’une prostituée. Cédant à ses pressions, le Département V exhume une macabre affaire datant des années 1950 : sur la petite île de Sprögo, des femmes sont internées et stérilisées de force sous la direction du docteur Curt Wad…"
   

   C’est toujours avec plaisir que je retrouve le département V. Des vieux amis en quelque sorte. Bon, on n’en connaît pas beaucoup plus à la fin sur le passé de Assad et Rose reste bien schizophrène mais les choses avancent un peu à la maison. Avec des sensations pour l’ancien coéquipier de Carl, un règlement amiable avec son ex femme et un locataire supplémentaire.
   
   Mais c’est le cœur politique de l’histoire qui est le plus intéressant. Dans ce pays qui nous sert souvent de référence quand on veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes en éducation, on apprend que l’extrême droite continue de progresser, aidée en cela par une classe politique qui semble furieusement avoir les même défauts que la nôtre.(mêmes causes, même effets ?)
   
   Il est ici question d’eugénisme, non pas sous la domination nazie, mais dans les années cinquante. Toute personne déviant de certains critères sociaux, économiques,voire physiques se voyait expédier en institution pour un temps plus ou moins long. Avec dans le cas des déviances "sexuelles plus pauvreté", la porte de sortie par la stérilisation. Pourquoi laisser des pauvres, affreux, sales et méchants, continuer à se reproduire pour laisser à la société le soin d’éduquer et d’élever voire de subvenir au besoin de leur descendance ? Le plus simple est de provoquer l’extinction de l’espèce en la stérilisant. Le problème disparait alors de lui même.
   
   Carl se retrouve donc à faire le lien entre une succession de disparitions passées inaperçues et un médecin à la tête d’un parti d’extrême droite dont le cercle restreint de dirigeants poursuit cette mission d’éradication qu’il s’est fixée il y a bien longtemps, noyautant même le cœur de la fonction publique et de L’État..
   
   Un bon cru, même si suspens et action ne sont pas la priorité de ce polar.

critique par Le Mérydien




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