Lecture / Ecriture
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De sang froid de Truman Capote

Truman Capote
  Un été indien
  Dès 10 ans: L'invité d'un jour
  De sang froid
  Petit déjeuner chez Tiffany
  Musique pour caméléons
  Prières exaucées
  La traversée de l'été
  Un arbre de nuit et autres nouvelles.
  Des cercueils sur mesure
  Un Noël
  Un plaisir trop bref

Truman Capote est le nom de plume de Truman Streckfus Persons, écrivain américain né en 1924 et décédé en 1984.

De sang froid - Truman Capote

Autopsie d'un meurtre
Note :

   (Attention, ce commentaire dévoile l'histoire)
   
   Le récit possède un sous-titre : " histoire véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences." En fait, Truman Capote voulait inventer un nouveau genre de roman, le « roman non fictionnel » en reprenant un fait divers paru dans la presse, qui a eu lieu au Kansas en novembre 1959 : le meurtre d’une famille entière pour quelques dollars seulement. A partir de là, Capote tient l’essentiel de son histoire et la raconte avec des personnages réels s’essayant à l’exploration psychologique.
    L’auteur divise son histoire en quatre parties et commence par raconter les derniers jours de la famille Clutter en s’attachant plus particulièrement à Nancy, la jeune fille de la famille à l’emploi du temps bien rempli en ce samedi. La maisonnée semble déborder d’activités et les Clutter, dit on, sont une famille estimée que ce soit des voisins ou des ouvriers agricoles. On intitule cette partie « les derniers à les avoir vus vivants » comme au début de toute enquête de police.
    En parallèle, on suit l’itinéraire des deux meurtriers que l’auteur alterne avec les passages chez les Clutter, Perry Smith et Dick (Richard) Hickock qui sortent juste de prison où ils se sont rencontrés. On a informé Dick de l’existence d’un coffre dans le mur de la maison Clutter. Après le vol, les deux hommes veulent aller tenter leur chance au Mexique.
   Après le meurtres, dans la deuxième partie, on s’intéresse aux personnages de Smith et Hickock en montrant comment leurs vies ne fut qu’une suite d’échecs même si au départ, il avaient les capacités de réussir. Ils ne reçurent guère d’encouragements de leur entourage ou de leurs parents. Perry se souvient : Par exemple, j’a su jouer de l’harmonica dès que j’en ai touché un. La guitare, pareil. J’avais ce don musical naturel .Ce que Papa n’a jamais reconnu. Ou il s’en foutait. J’aimais lire aussi, enrichir mon vocabulaire, faire des chansons. Et je savais dessiner. Mais on ne m’y a jamais encouragé, lui ou les autres. (133)
   
   Le récit commence à ressembler à un polar au moment où l’on suit la vie errante de Perry et Dick. Capote a fait un travail d’enquête minutieux en interrogeant aussi bien les meurtriers que leurs familles respectives, il essaie de trouver le « pourquoi » de la chose et parvient à donner quelques «réponse[s] » justifiant le titre de la troisième partie. Dick voit l’injustice partout, c’est une victime sociale et ne veut que sa part du gâteau, du rêve américain très certainement. Convaincre son complice semble être son seul talent.
   L’Envie c’était toute personne qu’il voulait être et qui possédait tout ce qu’il n’avait pas. (200)
   
   La personnalité de Perry semble plus complexe car il n’est pas uniquement mû par l’envie ou la convoitise. Dans son cas, il s’agit de la frustration issue de ses talents non reconnus et le manque de reconnaissance de son intelligence qui le font agir, ainsi est-il responsable des quatre meurtres à l’instigation de son complice. Si Perry agit et regrette, Dick veut agir mais ne s’implique pas vraiment finalement. Contrairement à Dick, Perry se sent mal à l’aise dès lors qu’il se trouve en situation de voyeur de lui-même, lorsque par exemple, il cambriole la chambre de Nancy :
   Je me voyais dans un film tordu. Ça me dégoûtait. J’étais tout simplement écoeuré. Dick parlait du coffre d’un riche et j’étais là à ramper par terre pour voler un dollar en argent à une gamine. Un dollar. Et je rampais pour l’avoir. (240)
   
   L’auteur décrit les relations entre les deux hommes comme celles d’un metteur en scène et d’un acteur malgré lui.
   
   La dernière partie du livre se termine par l’exécution des deux hommes par pendaison dans une grange obscure qu’on appelle « le coin sombre ». Leur vie quotidienne en prison où ils rencontrent Lowell Lee Andews, un jeune homme brillant et corpulent qui a tué toute sa famille sans raison particulière apparente, illustre les motivations de Perry. De son côté, Dick potasse des livres de droit, cherchant un moyen de défense et des raisons pour ajourner le procès par une série d’appels qui s’avèrent inefficaces.
   Le récit alterne, entre des explications sur les rouages de la justice américaine dans le choix délicat des jurés jusqu’au procès lui-même raconté avec un certain sens du suspense, et la vie quotidienne des prisonniers soutenus de façon inattendue par leur famille ou des amis perdus de vue. L’exécution elle-même, avec ses considérations sur la peine capitale, décrite de façon très clinique, est un chef d’œuvre d’horreur réaliste renforcé par les dernières paroles et regrets des condamnés. Dick dit qu’il va « vers un monde meilleur » tandis que Perry se confond en excuses. Dewey, l’officier de police qui les a arrêtés ressent plus de pitié pour Perry que pour Dick, car il a « l’aura d’un animal exilé, la démarche d’une créature blessée… » (341)
   
   En voulant réinventer le roman en le rendant « non fictionnel », Capote a aussi écrit un excellent roman policier dont les détails, puisqu’ils sont tirés de la réalité sont d’autant plus efficaces et terrifiants.

critique par Mouton Noir




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