Lecture / Ecriture
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Théorie de la vilaine petite fille de Hubert Haddad

Hubert Haddad
  Palestine
  Vent printanier
  La double conversion d’Al-Mostancir
  Théorie de la vilaine petite fille
  La culture de l'hystérie n'est pas une spécialité horticole
  Oholiba des songes
  Le peintre d'éventail
  Quelque part dans la voie lactée
  Corps désirable
 

Hubert Haddad est un écrivain français né en 1947 en Tunisie.

Théorie de la vilaine petite fille - Hubert Haddad

Enthousiaste !
Note :

   Les sœurs Fox, Kate, une douzaine d'années et Margaret, trois ans de plus sont les témoins de phénomènes étonnants qui surviennent dans la vieille et pauvre ferme de leurs parents à Hydesville, dans l'état de New York au beau milieu du XIXe siècle. Dans ce pays en pleine construction, très puritain, Kate découvre son pouvoir de médium. Elle initie Margaret, et grâce à Leah, leur sœur de vingt ans leur aînée qui vit à Rochester, la grande ville la plus proche, elles vont inventer le spiritisme, attirer l'amour et la haine, la curiosité, la dévotion, le scepticisme ou de violentes attaques. Elles seront connues bien au-delà de leurs frontières. Dépassées, moquées, vilipendées, enviées, leurs vies ne seront pas de tout repos.
   
   Hubert Haddad s'empare de la vraie vie des sœurs Fox (eh oui, elles ont vraiment existé, et si vous cherchez sur le Net, vous trouverez encore et toujours des articles les encensant et d'autres les descendant en flèche, comme quoi elles restent bien présentes ; de là à croire à la présence des esprits...). Il y mêle des noms de célébrités de l'époque, de gens moins connus et également des personnages de fiction. Et tout cela fonctionne admirablement. Il s'intéresse tout d'abord à la personnalité des sœurs Fox et de divers personnages qui interviendront dans l'histoire. Le début du roman peut paraître un peu long, demande attention et persévérance et l'on peut parfois se demander pourquoi untel ou untel est cité, mais on sait que tous se rejoindront un moment ou un autre ; l'écriture de H. Haddad est là pour nous tenir, et heureusement, parce que la mise en scène passée, le reste du bouquin est un délice et se dévore jusqu'au bout (398 pages).
   
   Il en vient rapidement aux premiers signes des esprits : "C'est alors que se fit entendre un claquement répété ; elle dénombra une douzaine de coups vivement martelés suivis de trois coups plus puissants et espacés, tout à fait comme l'annonce du brigadier sur le plancher des anciens théâtres, en signe des apôtres et de la Trinité" (p.41) Kate vient de découvrir son don de médium, et l'esprit qui l'habitera toute sa vie, elle le nomme "Mister Splitfoot". Le reste de l'histoire est l'enchaînement qui emmènera les sœurs Fox sur les grandes scènes, dans la belle société états-unienne de l'époque ; leur ascension est fulgurante, ce qui excite les jalousies et les conversions de certains flairant le bon filon pour se faire de l'argent ; c'est l'avènement des médiums et spirites en tout genre, charlatans et autres (si tant est qu'on ne croie pas déjà que tous sont des charlatans)
   
   Hubert Haddad ne se contente pas de tirer le portrait des sœurs, il les replace dans leur époque et décrit l'Amérique de la seconde moitié du XIXe siècle. Le rattachement du Mexique à l'Union, la guerre de sécession, les luttes pour les droits des noirs, ... On croise quelques personnalités connues et d'autres beaucoup moins ou oubliées comme Frederick Douglass, né esclave, qui deviendra homme politique et conseiller de A. Lincoln, abolitionniste convaincu et convaincant qui militera également pour les droits des femmes, le premier homme noir à atteindre d'aussi hautes fonctions (il conclura l'un de ses discours par : "Right is of no sex- Truth is of no colour- God is the father of us all, and we are all brethren!" (p.274)
   
   Ce qui a fini de me convaincre et qui est pour moi la plus grande qualité du bouquin -parmi toutes celles qui l'habitent-, c'est l'écriture de Hubert Haddad. De longues ou très longues phrases, dans un langage châtié, aux tournures élégantes, empli de mots rares mais néanmoins connus ("furibonderie", "séditieuse", "méjuger", "impécunieux", pour n'en citer que quelques uns) et d'autres nettement moins courants. Je me dois d'avouer ici en public que je n'aime pas trop les textes dans lesquels trop de mots que je ne connais pas sont inscrits, j'ai la flemme d'ouvrir un dictionnaire et j'oublie leur existence et a fortiori leurs définitions peu après. Mais maintenant que j'ai un dico tout neuf, je me fais un plaisir de l'ouvrir, et second aveu ici même, jamais je n'ai autant cherché avec plaisir des définitions de mots que dans ce livre ; j'attendais même avec gourmandise le moment ou j'allais en trouver un inconnu de moi : "canitie", "liliale", "stertoreux", "égrotant", "épigone", "cachectique", "cippe", "amaurose", "cariatide", "valétudinaire", "herméneutique" (je connaissais ces quatre derniers, mais point leurs significations)
   
   Vous l'aurez compris, ce roman est une vraie réussite, un de ceux que l'on ne quitte qu'avec regret, un de ceux qui instruisent et distraient les lecteurs simultanément, un de ceux dont on se dit que là, on a lu un grand roman et que tout le monde devrait le lire, un de ceux dont on aimerait que notre enthousiasme à son propos soit communicatif!
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critique par Yv




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Haddadomanie
Note :

   Ce roman, je voulais le lire. Genre, vraiment.
   
   En effet, je suis tombée amoureuse de la plume de Hubert Haddad avec "Le peintre d'éventails" et quand j'ai vu ce nouveau roman, c'est simple, il me le fallait. J'avais une vague idée de m'être dit qu'en plus, le thème était ma foi fort tentant mais quand je l'ai ouvert, je n'avais plus aucune idée de ce que pouvait être le dit thème. Du coup, après 50 pages, je me demandais toujours où l'auteur voulait nous emmener. Idem après 100 pages. Du coup, j'ai lu le début de la présentation de l'éditeur pour me situer un peu. Et ensuite j'ai mieux apprécié. Ce n'est qu'à la toute fin du roman qu'une bizarre d'impression m'est venue en tête. Un drôle de sentiment de déjà vu... quelques googlages plus tard, je réalisais qu'en fait, les fameuses sœurs Fox avaient existé "pour de vrai". Je pense, en fait, que l'avoir su plus tôt m'aurait davantage fait apprécier le roman.
   
   Entendons-nous, j'ai aimé, hein! Je n'ai juste pas eu le même coup de cœur que pour "Le peintre d'éventails." Je n'ai pas retrouvé la plume fine et ciselée qui m'avait tant plu dans le premier livre mais l'auteur nous montre plutôt ici une autre palette de son répertoire. Il réussit à créer une étrange atmosphère, avec des styles contrastants entre les dialogues et la narration dense. Je suis d'ailleurs de plus en plus curieuse de découvrir toutes les facettes de sa plume!
   
   Mais pitchons un peu.
    Nous sommes en 1848. C'est l'histoire des sœurs Fox qui nous est narrée ici, avec un point de vue choisi par Hubert Haddad. Un point de vue qui peut sembler volontairement flou. Le roman s'ouvre sur Kate, 11 ans, fille de paysans américains. Somnambule, la jeune fille prétend entrer en contact avec un esprit, Mister Splitfoot. Folie? Supercherie? Réalité? Ces coups frappés dans la ferme familiale vont devenir la source d'une célébrité étrange et la base du Modern Spiritualism, avec tout ce que ça implique de tables qui tournent, de Ouija et autres trucs du genre. Et c'est à travers cette lunette que nous verrons défiler plus d'un demi-siècle d'histoire américaine, rythmée, entre autres, par la guerre de Sécession et l'abolition de l'esclavage. Exercice ambitieux où nous rencontrons plusieurs personnages réels et revivons par petites touches des événements qui éclipsent bien souvent les sœurs Fox et leur petite histoire à elles.
   
   Car, avouons-le, je n'ai pas réussi à m'attacher à ces trois sieurs.
   
   Toutefois, le portrait d'un monde mouvant, en plein changement, qui se cherche tant au plan idéologique que spirituel est réussi. Et certains chants et poèmes insérés ça et là m'ont touchée droit au cœur, surtout les chants folkloriques ou les chants des esclaves.
   
   Bref, un roman pas toujours facile à cerner, très bien écrit, mais auquel il faut parfois s'accrocher un peu!

critique par Karine




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