Lecture / Ecriture
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L'amour soudain de Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld
  La Chambre de Mariana
  Floraison sauvage
  Et la fureur ne s'est pas encore tue
  Le garçon qui voulait dormir
  Histoire d’une vie
  Le temps des prodiges
  Les eaux tumultueuses
  L'amour soudain
  Badenheim 1939
  Dès 09 ans: Adam et Thomas
  Les partisans

Aharon Appelfeld, (אהרן אפלפלד) est un écrivain israélien, né en 1932 à Jadova (Roumanie), ayant subi La Shoah dans son enfance et installé en Israël.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'amour soudain - Aharon Appelfeld

La tendresse, doucement
Note :

    Aharon Appelfeld ne fait pas dans le spectaculaire et "L'amour, soudain" tient plus de la méditation que de la love story. J'ai lu ce livre à petites doses, suivant les chapitres eux-mêmes parsemés de manière très fragmentaire, c'est donc un livre que j'appellerai "homéopathique".
   
    Jerusalem, Ernest Blumenfeld, septuagénaire malade et tourmenté, Juif en quelque sorte antisémite, ancien officier de l'Armée Rouge, reste longtemps indéchiffrable aux yeux d'Iréna, trentenaire qui tient sa maison et le soigne avec dévouement. Ernest a jadis frôlé le terrorisme, condamnant férocement les Juifs orthodoxes, comme un combattant communiste qu'il était dans la Russie d'avant-guerre. Ses propres parents, modestes épiciers, ne trouvent guère grâce à ses yeux. Y a-t-il chez Ernest du remords maintenant, maintenant qu'il se bat avec les mots qu'il ne trouve pas et les années qui s'amenuisent? L'empathie qui s'est joliment insinuée entre le vieux lutteur et la jeune altruiste peut-elle les aider à aller un peu moins mal?
   
    C'est à l'aide de tout petits gestes qu'Iréna et Ernest apprennent à se lire et à faire ensemble un petit bout de cette route sablonneuse, plus encore quand on vient de ces Carpates de basalte et qu'on s'appelle Blumenfeld. Si j'ai peiné un peu lors de la première partie de "L'amour, soudain", un peu sentencieuse, j'ai lu ensuite des passages admirables sur les grand-parents d'Ernest par exemple, sur lesquels il revient, confiant à la douce et calme Iréna l'incompréhension et la violence qui furent siennes en ce siècle d'épouvante. Ernest, qu'as-tu fait de ton passé?
   
    Les gens des Carpates ne meurent pas dans leur lit mais dans les champs, dans les potagers, entre les sillons de la plantation, parfois près d'un arbre qu'ils s'apprêtaient à abattre.
   
    A la synagogue on se souvient non seulement de Grand-père mais aussi de son père et du père de son père. "Ne pense pas qu'en abattant l'arbre on fait disparaître son ombre". Cette maxime est comprise au sens littéral mais certains disent qu'elle parle de l'homme.
   
    Je n'ai pas vérifié mais il me semble avoir assez souvent dit du bien de livres publiés aux Editions de l'Olivier. Il y a des maisons de référence et je crois que c'est le cas. Quant à la littérature israélienne elle est d'une richesse fabuleuse. J'ai déjà dit ça, non?
    ↓

critique par Eeguab




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Quand les âmes savent dialoguer
Note :

   Le grand romancier israélien nous propose une fois encore un parcours intérieur dans un univers clos, celui qui va se nouer entre deux personnages, progressivement.
   
   A l’automne de sa vie, un écrivain juif originaire des Carpathes et émigré à Tel-Aviv va prendre les services d’une jeune femme, simple, travailleuse et dévouée.
   
   Veuf de sa première épouse dont on apprendra qu’elle est morte pendant la retraite de Russie et divorcé de sa seconde épouse, qu’il détestait, l’écrivain par ailleurs spécialiste des langues et membre de l’intelligentsia locale, vit en reclus et en toute simplicité.
   
   Malade d’un cancer et temporairement en phase de rémission, il entreprend de conter sa vie. Entre lui et Irena, la jeune femme qui prend soin de lui, va se nouer petites touches par petites touches, une relation chaste mais fusionnelle. Un sentiment d’une telle pureté qu’il va permettre à l’écrivain de trouver le chemin d’une écriture allégée, essentielle, celle qui va droit au cœur des lecteurs.
   
   Une écriture qui lui permet d’affronter ses démons. Tout jeune, il s’embrigada dans les jeunesses communistes et, grâce à son talent d’écriture et de dialectique, il en devint un cadre essentiel entièrement tourné vers la persécution des siens, Juifs, pour les sauver d’une religion abrutissante et dégradante.
   
   Coupé de ses parents dont le silence pesant l’étouffait, il lui faudra la fureur de la deuxième guerre mondiale, ses horreurs et les exactions staliniennes pour comprendre ses erreurs et, progressivement, se rapprocher de ceux qu’il aura abominés et terrorisés.
   
   Cette vie dont il se repent et le retour vers ses souvenirs d’enfance, rythmés par une religion ancrée au plus profond du quotidien ne pourront refaire surface que grâce au progrès de la maladie qui accélère l’urgence de se souvenir et d’écrire et à l’amour quasi céleste qui se noue entre lui et Irena.
   
   C’est à un duo entre deux êtres que tout oppose que se livre brillamment Appelfeld, une fois de plus. Celui de l’érudit dont l’intégrité physique ne cesse de diminuer d’une part, celui d’Irena, femme simple et aimante, auditrice attentive des récits où l’écrivain met avec énergie et détermination toute son âme, tout son cœur et tout l’amour qu’il éprouve une dernière fois.
   
   Un duo aux phrases minimalistes car il y a peu à dire quand les âmes savent dialoguer. La force de ce roman réside dans sa puissance évocatrice et ses plongées, en apnée, dans un passé idéal et perdu qu’il convient de faire connaître aux nouvelles générations avant qu’il ne soit trop tard.
   
   Car la vie n’est pas l’érudition. C’est ce que comprend enfin l’écrivain. Elle est avant tout savoir être aux autres, les écouter et apprendre d’eux. Elle est symbiose avec son environnent, ce que dit la religion hébraïque de façon symbolique lorsqu’il convient de laver à grande eau ses péchés dans la rivière.
   
   Un superbe moment de sincérité, un cheminement vers le dépouillement indispensable quand on sait avoir encore le temps de se préparer à la mort qui vous attend.

critique par Cetalir




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