Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Esquisse d’un pendu de Michel Jullien

Michel Jullien
  Esquisse d’un pendu

Esquisse d’un pendu - Michel Jullien

L'atelier du copiste
Note :

   " Ses doigts doivent contraindre le calame à pression égale, lui imprimer la même force afin que l'écoulement sorti de la tuyère reste homogène"
   

    Partons à Paris vers 1375 pour faire connaissance de Raoulet.
   
   Raoulet d’Orléans est copiste, son atelier, composé de laïcs, travaille pour le roi Charles V, il fait partie de ces artisans relieurs, enlumineurs, libraires, qui travaillent par privilège royal.
   
   Raoulet n’est pas un patron très sage, non, c’est plutôt un joyeux luron au gosier en pente et aimant la bonne chaire, un de ses passe-temps favori est de courir les tripots de la ville, bouges, ribaudes n’ont pas de secrets pour lui, parfois curieux il assiste au spectacle donné à Montfaucon. Le gibet de Montfaucon "La machine domine les guinguettes : elle agit comme un théâtre de faubourg, un Grand Guignol avant l'heure".
   
   Le roi lui passe commande de deux livres peu ordinaires, fini les Bibles à répétition, le voilà chargé de codex prestigieux, un texte d’Aristote traduit pour la première fois en français, et Les Grandes Chroniques de France.
   
   Deux livres très différents, un reflet de la pensée grecque, une œuvre universelle et de l’autre, un livre de commande destiné à servir la gloire du roi et de ses prédécesseurs, moins noble, mais qui peut assurer la richesse du copiste.
   
   Le travail sera long surtout que par sécurité Raoulet fait faire une seconde copie à son atelier, une sécurité, une assurance sur l’avenir.
   
   Un travail long, après le travail des copistes le livre passe en atelier d’enluminure, une faute, une tâche, une coquille et toute une page est à refaire, la commande peut prendre du retard.
    " Une assemblée extraordinaire n'attendant plus que lui"
   

   Le maître d’œuvre est attentif à tout faux pas, c’est lui qui apposera sa marque, le "congé de l’écrivain" dans un "cul de lampe" à la dernière feuille. Pas question que cette signature soit entachée d’erreur ou pire d’irrégularité. Il en fait parfois des cauchemars surtout lorsqu’un soupçon de contrefaçon lui vient. Plagiaires et faussaires font leur apparition au mépris du risque encouru : une place sur le gibet de Montfaucon!!
   
   Raoulet mène l’enquête, ne pensez pas pour autant être dans un polar, non rien à voir, Michel Jullien préfère plutôt la parabole. Il met en scène un métier qui est sur le point de disparaître, tout près se profile la presse de Gutenberg qui va à jamais ruiner les ateliers de copistes.
   
   Raoulet est un peu inquiet mais cache cela derrière une jovialité moqueuse, quoique dangereux ce papier cet "attrape-nigaud" ne saurait perdurer n’est-ce pas?
   
   Le vocabulaire est d’une grande richesse et d’une grande précision, souvent on devine le sens des mots, d’autres exigent le recours au dictionnaire et de temps à autre les mots du moyen-âge viennent se frotter aux mots d’aujourd’hui avec un anachronisme réjouissant.
   
   Le roman interroge l’époque actuelle : le moyen-âge connut le passage du livre réservé aux puissants à ce qui deviendra le livre pour tous. L’imprimerie a chassé les copistes, le numérique chassera-t-il le papier?
   Demain?
   
   Petite mise en garde : le premier chapitre peut rebuter et même vous faire fermer le livre. La solution? passez directement au second chapitre vous reviendrez ici en temps voulu.
   
   Un livre un peu exigeant mais qui procure un grand plaisir et qui pose une vraie question.
    ↓

critique par Dominique




* * *



Gibet et calligraphie
Note :

   "Esquisse d’un pendu" est à la limite de ce qu’on peut appeler un roman. C’est presque à la limite une œuvre documentée, disons un documentaire, d’une part sur le Gibet de Montfaucon et d’autre part la copie écrite, la calligraphie et les enluminures à la veille de la révolution Gutenberg, au quatorzième siècle.
   
   Pour ma part, le Gibet de Montfaucon et les joyeusetés qui s’y produisaient ne me passionnent pas plus que cela. Quant à la calligraphie, sa raison d’être à l’époque et toute la technicité qui s’y rapportait, bon … pas ma passion non plus.
   
   D’intrigue, de ligne directrice … oui il y en a bien une, quand même ténue et qui fait un peu alibi dans le corps du roman. Roman que j’ai bien eu un peu de mal à lire, avouons-le, pas follement accroché que j’étais. J’imagine bien qu’un passionné de l’Histoire du Moyen-Age y trouvera robuste pitance mais justement, moi, c’est le côté "robuste" qui m’a coupé la digestion. Il y a eu comme un malentendu, j’avais vraiment cru au côté roman.
   
   Reste l’aspect vertigineux de la situation qui prévalait à l’époque où toute œuvre était recopiée, à la main, sur vélin. C’est vrai qu’on a du mal à se projeter dans ce contexte ;
   "L’inestimable valeur d’un manuscrit subissait, on pourrait le croire, une brutale décote sitôt que l’écrivain en avait terminé la copie. Décote immédiate de cinquante pour cent dès lors qu’un second exemplaire bien complet venait au jour, de soixante-dix pour cent à peu près dans le cas où le stationnaire prévoyait d’en tirer par sa plume deux modèles à la fois. Il n’en est rien. Trois, quatre unités au lieu d’une n’étanchent pas, n’apaisent nullement la demande."

critique par Tistou




* * *