Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Au diable vauvert - Suivi de Alatyr de Evgueni Zamiatine

Evgueni Zamiatine
  L'inondation
  Le Pêcheur d’hommes
  Au diable vauvert - Suivi de Alatyr
  En coulisses
  Les Insulaires

Ievgueni Ivanovitch Zamiatine (Евгений Иванович Замятин) est un écrivain russe né en 1884 et décédé en 1937.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Au diable vauvert - Suivi de Alatyr - Evgueni Zamiatine

En une lointaine garnison
Note :

   “Au diable vauvert” est centenaire : ce court roman date de 1914. Imaginez une garnison perdue tout au bout de la glaciale Sibérie, sur les rives froides du Pacifique : au Diable-Vauvert en somme! L'action se passe entre la guerre russo-japonaise et la Grande Guerre. Evgueni Zamiatine décrit une poignée d'officiers qui pestent d'être là : le général Azantcheev, amateur de bonne cuisine, le capitaine Netchessa, les lieutenants Molotchko, Schmidt, et Tikhmen. Pourtant ces messieurs sont accompagnés : il y a Katioucha la générale et sa sœur — "hystérique", "bourrique", "détraquée"—, la capitaine Netchessa et Maroussia, avec sa tête de petite souris, l'épouse du lieutenant Schmidt (alias Nikolaï Petrovitch).
   
   Dans tout bon roman russe d'avant la révolution, il y a forcément des domestiques alcooliques ou stupides : c'est le cas des ordonnances Neprotochnov ou Gousliaïkine et de Larka, qui sert le général et qui est catalogué comme samovar… Et Lomaïlov, l'ordonnance du capitaine, qu'on surnomme l'ours Patapouf et qui s'occupe des petits polissons… les enfants Netchessa… J'allais oublier le pope car c'est nécessaire pour baptiser le petit Piotr. Et de passage, plus tard, les officiers d'un croiseur français : eux, est-ce qu'ils sont capables de boire de la vodka?
   Tous ces officiers vont au cercle boire et chanter des chansons à boire qui n'en finissent pas de faire chanter :
   "Le pope avait un chien, et après Dieu le fils,
   Il l'aimait plus que tout.
   Mais le jour où son chien goba une écrevisse,
   Le pope lui tordit le cou.
   Il enterra son chien, et sur le frontispice
   Du tombeau du toutou,
   Grava ces mots témoins du triste sacrifice :
   Le pope avait un chien, et après Dieu le fils
   Il l'aimait plus tout.
   Mais, le jour où son chien…etc, etc…" 

   
   Le décor étant planté, deux actions s'entrelacent. Imaginez que pour tromper et l'ennui et son mari, la capitaine a eu un enfant avec certains officiers. Et elle accouche du huitième, c'est le petit Piotr. Question : Qui est le père? Tikhmen n'est pas sûr de lui. Ça se comprend un peu : "Il passait son temps à lire le diable savait quels Schopenhauer et autres Kant." Résultat : les officiers se moquent de lui et de son pif trop long. Au baptême, j'allais oublier, il faut un parrain. Tikhmen n'y échappe pas. Mais il espère obtenir le point de vue du capitaine sur la paternité du petit dernier. Pas son poing sur la figure. Encore que…
   
   Imaginez ensuite un officier romantique, c'est le lieutenant Andreï Ivanytch Polovets, qui a décollé de Tambov pour atterrir au beau milieu de ce cirque à la première page du récit. C'est lui "l'unique petit agneau innocent" car Zamiatine adore les comparaisons animalières. Romantique, Andreï Ivanytch sait jouer du piano : des sonates, du Grieg. Vous croyez qu'il en jouera pour Maroussia? Vous avez raison. Mais avec quelles conséquences? Pas si agneau que ça, le Polovets. Parfois il s'imagine qu'un coup de révolver abolirait le Schmidt. Qu'en penserait Maroussia?
   
   Les éditions Verdier ont fait suivre ce roman d'une grosse nouvelle. Avec "Alatyr" (1915) on sent encore un parfum de Gogol, et le lecteur passe du rire au sourire et inversement. Mais c'est un humour différent car Alatyr est une curieuse petite ville où les filles ne trouvent plus de mari et où on relève une certaine tendance aux diableries. Zamatiane nous montre deux filles bonnes à marier. Glaphira la fille du commissaire, qui rêve d'un mari toutes les nuits. Et la fille du pope, Barbara, qui est un peu vampire. Arrive un Prince-et-Postier. Capable de rompre le sort jeté sur Alatyr? Comme les notables du lieu, Kostia, le jeune poète manqué devenu employé de la poste, ira apprendre l'espéranto à leur côté. (Au fait, à l'été 1914 il devait se tenir un congrès espérantiste…). Le jour où on donnera un bal à Alatyr, qui donc ira danser avec le Prince du Monde?

critique par Mapero




* * *