Lecture / Ecriture
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L'inconnu du Nord Express de Patricia Highsmith

Patricia Highsmith
  On ne peut compter sur personne
  L'inconnu du Nord Express
  Carol
  L’Empreinte du faux

Patricia Highsmith est le nom de plume de Mary Patricia Plangman, auteure américaine de thrillers policiers. Elle est née dans le Texas en 1921 et est décédée en Suisse en 1995.

L'inconnu du Nord Express - Patricia Highsmith

Comme d'habitude, le livre est plus profond que le film
Note :

   ATTENTION, CE COMMENTAIRE RACONTE L'HISTOIRE
   
   Le roman de Patricia Higsmith, "L'inconnu du Nord-Express" présente une idée de départ géniale que Hitchcock a repris intégralement pour s'en éloigner ensuite.
   
   L'intrigue du Roman :

   Dans un train en direction de la petite ville de Melcalf, Guy Haines, un architecte de talent à qui l'on vient de faire une commande qui lancera sa carrière, se trouve en présence d'un inconnu, Charley Bruno. Ce dernier, un riche héritier, lui avoue bien vite qu'il hait son père et souhaite le tuer. Guy, sous l'effet de quelques verres d'alcool, se livre à des confidences. Il lui confie qu'il est en route pour rencontrer sa femme Miriam, enceinte d'un autre, et obtenir le divorce. Il souhaite, en effet, se remarier avec Anne et n'éprouve plus que haine et mépris pour Miriam, légère et vulgaire, qui l'a trompé et l'a fait souffrir. Bruno lui fait un proposition : Il se charge de tuer Miriam et Guy éliminera son père! Comme il n'y a aucun lien entre eux, le crime sera parfait. Guy repousse cette proposition sans la prendre au sérieux. Il va voir Miriam. Celle-ci refuse de divorcer. Charley Bruno qui continue à s'intéresser à Guy décide alors de supprimer la jeune femme. Il va ensuite exiger que Guy fasse de même pour son père sinon il le fera accuser du meurtre de Miriam. Le piège dans lequel Guy Haines est tombé se referme sur lui! Il n'y a plus d'échappatoire possible et les deux personnages sont liés indissolublement, "frères" dans le Mal.
   
   L'intrigue du film :

   Elle est semblable à celle du livre si ce n'est que Guy est un joueur de tennis réputé et, à ce titre, il est déjà repéré par Bruno qui sait tout sur lui et peut le manipuler aisément. La scène du meurtre a lieu au même endroit que dans le roman, dans un parc d'attraction, sur une petite île, et Hitchcock retient l'idée du manège qu'il va utiliser avec tant de brio dans la scène finale.
   
   Les thèmes:

   Dans les deux œuvres, les thèmes qui intéressent les créateurs sont les mêmes :
   Patricia Highsmith s'interroge sur la notion du bien et du mal. Le personnage de Charley Bruno, pervers, malade mental, machiavélique, prétend que nous sommes tous capables de tuer.
   "Voilà justement où vous vous trompez! N'importe qui peut tuer! C'est une simple question de circonstances et ça n'a rien à voir avec le caractère! Les gens vont jusqu'à un certain point... et il suffit d'un rien pour faire déborder le vase, n'importe qui. Même votre grand-mère, j'en suis sûr!"
   
   Chaque homme, dit-il, porte en soi un double, le Bien et le Mal.  
    Les gens, les sentiments, tout est double, expliqua-t-il. Il y a deux personnes dans chacun de nous. Il y a soi et quelqu'un qui est exactement votre opposé, comme un double invisible qui vous attend quelque part dans le monde, en embuscade."
   Et il a raison puisqu'il parviendra à pousser Guy au meurtre. Patricia Higsmith analyse avec beaucoup de talent la lente mais inexorable érosion morale qui se fait en Guy et qui l'amène peu à peu à envisager le crime puis à l'exécuter. Elle analyse aussi avec finesse le sentiment de culpabilité qui ronge Guy, le pousse au désespoir et fait de sa vie un enfer.
   Alfred Hitchcok s'intéresse aussi au thème de la culpabilité. Comme dans le roman, Guy porte une responsabilité morale et n'est pas entièrement innocent du meurtre de Miriam puisqu'il a souhaité sa mort. Lui aussi est manipulé par le "Diable" qui tire les ficelles et ne lui laisse aucune initiative. Mais Guy refusera le mal et ne tuera pas. Une fin optimiste!
   
   Le roman est donc beaucoup plus noir que le film. Highsmith poursuit une logique dans la psychologie des personnages que Hitchcock ne pouvait pas respecter, tenu par la censure, obligé par la morale de l'époque et les impératifs de la réussite… Le héros devait être au-dessus de tout soupçon, une victime innocente pour que le public puisse s'intéresser à lui et pour qu'il y ait une fin heureuse. C'est pourquoi, si la réalisation de Hitchcock est brillante, il me semble que le roman de Highsmith va plus loin dans l'analyse du bien et du mal, de la culpabilité, et est, par conséquent, plus profond.

critique par Claudialucia




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