Lecture / Ecriture
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Le maître de café de Olivier Bleys

Olivier Bleys
  Le colonel désaccordé
  Concerto pour la main morte
  Le maître de café
  B comme: Chambres Noires Tome 1 Esprit, es-tu là?
  Semper Augustus
  L'art de la marche

Olivier Bleys est un écrivain français né en 1970.

Le maître de café - Olivier Bleys

Vous en prendrez bien une tasse?
Note :

   Massimo Pietrangelo est maître torréfacteur auprès du président de la république italienne en 1954. Il réchappe miraculeusement à un infarctus grâce à une tasse d'un excellent café fait par l'un de ses fils. Dès lors, lui qui sent sa fin proche décide d'un dernier voyage avec ses enfants et leurs conjoints vers une destination mystère. Voyage qui lui permettra de se livrer un peu à ses enfants, desquels il n'a jamais été très proche.
   
   Le café est le personnage principal de ce roman. Pour moi qui lis préféremment assis -ou semi-allongé- sur le canapé du salon, ma tasse de café pas loin histoire de lamper une ou deux gorgées entre deux paragraphes, c'est le roman idoine. Sauf que Olivier Bleys est tellement bien documenté et précis que mon breuvage habituel a un goût amer. Il nous décrit tellement bien la torréfaction, l'écoulement du liquide dans les tasses que j'aimerais bien goûter à l'un des cafés du maître Pietrangeli. J'en ai eu l'eau à la bouche pendant toute ma lecture! Et pourtant, ce n'est pas gagné au départ : "Prises telles quelles, sur la branche, les cerises de café n'ont rien à offrir : ni le goût, très amer ; ni l'aspect, celui d'une baie vénéneuse comme en portent tant de buissons. C'est à se demander quelle inspiration l'homme a eue de les boire." (p.333/334)
   

   Les autres personnages sont tous les membres de la famille Pietrangelo, Massimo en tête, Massimo qui subit une attaque : "Maintenant, il gisait là, les jambes réunies sous un simple drap, les bras dans l'alignement du buste, la tête dépassant seule d'une couverture tirée jusqu'aux épaules, et de si peu de poids, sur l'oreiller taché de sueur, qu'à peine elle y creusait sa forme ronde. Le maître de café n'avait plus sa connaissance et rien qu'une apparence de vie qui tenait tout entière dans une petite veine bleue palpitant à son poignet. Il fallait venir tout contre ses lèvres pour sentir un frisson tiède, dernier vestige de la respiration." (p.29). Au cours de leur voyage, Massimo, d'habitude peu enclin aux confidences, va s'ouvrir de plus en plus, se livrer, à sa fille romancière, Chiara. Les liens qui s'étaient distendus entre tous se resserrent un peu. Mon petit bémol viendrait peut-être des seconds rôles tenus par les enfants Pietrangeli qui écoutent et subissent leur père et dont on n'apprendra rien ou très peu. Eux, restent assez effacés face à cette grande figure du maître Massimo. Un parti pris respectable d'Olivier Bleys qui centre son histoire sur Massimo et son rapport au café. Et puis tout est pardonné à un auteur qui écrit aussi bien. L'art de faire de belles phrases, de changer parfois tout simplement la place d'un mot pour que la phrase entière sonne mieux.
   
   Un roman qui commence assez lentement comme un café allongé -mais toujours aux graines choisies- avec un rien d'ironie, d'humour qui égaye la lecture, puis qui se met de plus en plus à ressembler à un ristretto -pas celui de M. Clooney, non, un vrai celui de Massimo Pietrangelo!- parsemé de grosses touches de burlesque (la description du convoi familial est très visuelle et drôle), de délicatesse, de tendresse et d'amour.
   
   Vous en prendrez bien une tasse?
   
   
   PS : Olivier Bleys a écrit plusieurs romans mais je n'en ai lu qu'un autre de lui qui m'a laissé un excellent souvenir : Le colonel désaccordé. Si un voyage au Brésil d'il y a deux cents ans vous intéresse, n'hésitez pas.

critique par Yv




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